Insee Flash MayotteCoup de frein sur la croissance en 2018Produit intérieur brut 2018 – résultats provisoires

Florian Rageot (Insee)

En 2018, le produit intérieur brut (PIB) de Mayotte augmente de 3,2 % en valeur, soit deux à trois fois moins rapidement que les années précédentes. L’année 2018 a en effet été marquée par des mouvements sociaux de grande ampleur qui ont paralysé l’ensemble de l’activité économique durant plusieurs semaines. Le PIB par habitant recule pour la première fois depuis 2009. Le pouvoir d’achat individuel moyen progresse peu et les ménages ajustent leur consommation. De leur côté, les sociétés voient leur valeur ajoutée ralentir nettement et leur marge reculer.

Insee Flash Mayotte
No 113
Paru le : Paru le 10/12/2020
Florian Rageot (Insee)
Insee Flash Mayotte  No 113 - Décembre 2020

À Mayotte, le produit intérieur brut (PIB) augmente de 3,2 % en valeur en 2018, soit deux à trois fois moins vite que les années précédentes. Le contexte économique et social est en effet nettement plus défavorable : des mouvements sociaux en début d’année ont entraîné la paralysie de l’île, réduisant fortement l’activité économique pendant plusieurs semaines. De fait, le chômage augmente fortement au deuxième trimestre 2018 pour s’établir à 35 % (+ 5 points en un an). Les créations d’entreprises reculent de 18 %, et les entrepreneurs déclarent être prudents sur les perspectives d’activité.

Le PIB par habitant recule pour la première fois depuis 2009

En 2018, pour la première fois depuis 2009, la convergence économique vers le niveau national subit un coup d’arrêt : le PIB par habitant baisse de 0,6 % pour atteindre 9 250 euros (figure 1). La croissance du revenu disponible brut (RDB) des ménages ralentit : + 4,8 % après + 8,8 % en 2017. De fait, sous l’effet de la forte croissance de la population et malgré une hausse modérée des prix à la consommation (+ 0,3 %), le pouvoir d’achat individuel moyen des ménages augmente faiblement : + 0,7 % en 2018, soit un rythme cinq à six fois inférieur aux années précédentes.

Constituant la plus grande part du RDB, la rémunération des ménages augmente de 3,6 % en 2018 contre + 10 % en moyenne par an entre 2014 et 2017. Les salaires versés par les administrations publiques, qui constituent près des trois quarts des salaires à Mayotte, ralentissent. D’une part, avec la fin de la montée en charge de l’indexation des salaires des fonctionnaires, la hausse des rémunérations des titulaires est quatre fois moins forte qu’en 2017. D’autre part, les salaires versés par les collectivités territoriales reculent, en lien notamment avec la baisse du nombre de contrats aidés pour lesquels la masse salariale a été divisée par deux entre 2017 et 2018.

Figure 1La convergence économique vers le niveau national interrompue en 2018PIB par habitant à Mayotte et en France et rapport des PIB par habitant de 2011 à 2018

La convergence économique vers le niveau national interrompue en 2018 - Lecture : en 2018, le PIB par habitant à Mayotte s’élève à 9 250 euros contre 34 200 en France (échelle de gauche). Le PIB par habitant est donc 3,7 fois plus élevé en France qu’à Mayotte (échelle de droite).
PIB par habitant Rapport France / Mayotte
Mayotte France
en euros en nombre
2011 7 222 32 427 4,5
2012 7 444 32 372 4,3
2013 7 719 32 338 4,2
2014 8 137 32 436 4,0
2015 8 789 32 681 3,7
2016 8 992 32 952 3,7
2017 9 308 33 636 3,6
2018 9 251 34 187 3,7
  • Lecture : en 2018, le PIB par habitant à Mayotte s’élève à 9 250 euros contre 34 200 en France (échelle de gauche). Le PIB par habitant est donc 3,7 fois plus élevé en France qu’à Mayotte (échelle de droite).
  • Source : Insee, estimations de PIB.

Figure 1La convergence économique vers le niveau national interrompue en 2018PIB par habitant à Mayotte et en France et rapport des PIB par habitant de 2011 à 2018

  • Lecture : en 2018, le PIB par habitant à Mayotte s’élève à 9 250 euros contre 34 200 en France (échelle de gauche). Le PIB par habitant est donc 3,7 fois plus élevé en France qu’à Mayotte (échelle de droite).
  • Source : Insee, estimations de PIB.

La consommation des administrations devient le premier moteur de la croissance

La dépense de consommation finale des administrations publiques est le premier moteur de la croissance en 2018, et contribue à hauteur de 1,8 point à la croissance du PIB. Elle correspond aux services fournis par les administrations, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé. Elle représente 61 % du PIB (figure 2), soit largement plus qu’au niveau national (23 %). Sa croissance est cependant deux fois moindre en 2018 (+ 2,9 %) que les années précédentes. Habituellement première contributrice à la croissance du PIB à Mayotte, la consommation des ménages est le deuxième moteur de la croissance en 2018, loin derrière la consommation des administrations publiques.

Du fait de la faible progression du pouvoir d’achat qui amène les ménages à ajuster leur consommation, la consommation des ménages ralentit très nettement par rapport à 2017 : + 2,1 % après + 9,5 % en 2017. Elle contribue ainsi pour seulement 1 point à la hausse du PIB en 2018.

Fortement déficitaire, la balance commerciale continue de peser négativement sur le PIB, mais moins que les années passées avec une contribution de - 0,2 point à la hausse du PIB en 2018, contre − 1,1 point en moyenne entre 2014 et 2017. En effet, du fait du net ralentissement de la consommation des ménages, les importations augmentent faiblement en 2018 (+ 0,7 %). Cependant, à l’instar des autres départements d’outre-mer, la dépendance de Mayotte aux importations reste structurellement forte : le déficit du commerce extérieur représente 27 % du PIB.

Figure 2Le PIB progresse seulement de 3,2 % en 2018Estimation des approches demande et production du PIB

Le PIB progresse seulement de 3,2 % en 2018
2018 Part du PIB Évolution 2018/2017
en millions d'euros en %
PIB - approche production 2 449 100 3,2
Valeur ajoutée (VA) des administrations publiques 1 295 53 5,1
VA des ménages 455 19 5,6
VA des sociétés (financières et non-financières) 664 27 1,3
Impôts nets de subventions sur produits 35 1 -36,6
PIB - approche demande 2 449 100 3,2
Dépense de consommation finale des administrations publiques 1 502 61 2,9
Consommation finale des ménages 1 152 47 2,1
Formation brute de capital fixe et variations de stocks 450 18 3,2
Solde des échanges avec l'extérieur -656 -27 0,7
  • Source : Insee, estimations de PIB.

La valeur ajoutée des sociétés ralentit nettement

Conséquence des cinq semaines de blocage du mois de mars 2018, la valeur ajoutée dégagée par les sociétés ralentit nettement : elle augmente sept fois moins vite que l’année précédente (+ 1,3 % en 2018 contre + 9 % en 2017). Le tissu économique privé étant peu développé à Mayotte, la valeur ajoutée des sociétés ne représente qu’un quart du PIB, soit deux fois moins qu’au niveau national. Conjuguée à la faible hausse de la valeur ajoutée, cette dynamique des salaires a pour conséquence de réduire la marge des sociétés : leur excédent brut d’exploitation recule de 15 %.

De son côté, avec une progression de 5,6 %, la valeur ajoutée dégagée par les ménages est plutôt dynamique. Cette valeur ajoutée représente 19 % du PIB : la moitié de cette valeur ajoutée provient du service de logement (loyers réels ou imputés), tandis que l’autre moitié est générée par des entrepreneurs individuels qui exercent dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, de la santé et de la construction. En 2018, le dynamisme de la valeur ajoutée des ménages est principalement due à la progression du service de logement et de la production agricole, largement portés par la forte croissance démographique à Mayotte.

Définitions


Le produit intérieur brut (PIB) est le principal agrégat mesurant l'activité économique. Il correspond à la somme des valeurs ajoutées brutes nouvellement créées par les unités productrices résidentes une année donnée, évaluées au prix du marché. Le PIB donne une mesure de la richesse produite sur le territoire sur une année et permet des comparaisons internationales.


Le revenu disponible brut (RDB) des ménages est le revenu dont disposent les ménages pour consommer ou investir, après opérations de redistribution. Il comprend les revenus d'activité, les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d'autres ménages et les prestations sociales en espèces (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs.


La dépense de consommation finale des administrations comprend les dépenses collectives correspondant aux fonctions d’administration générale (justice, défense, police, administration générale, etc.) et les dépenses individuelles dont le bénéfice revient aux ménages (dépenses de santé, d’éducation, action sociale, etc.).


L’évolution du pouvoir d’achat du revenu disponible brut rapporte l’évolution du revenu disponible brut à celle du prix de la dépense de consommation finale des ménages, mesurée par l’évolution de l’indice des prix à la consommation. Pour approcher une notion plus individuelle du pouvoir d’achat, sa progression est rapportée à des unités démographiques (personne, ménage, unité de consommation), ici le nombre d’habitants à Mayotte.

Pour en savoir plus

Costes B., « Les entreprises formelles génèrent 587 millions d’euros de richesse », Insee Flash Mayotte n° 96, novembre 2019 ;

Paillole P., « Un taux de chômage de 35 % », Insee Flash Mayotte n° 82, février 2019 ;

Seguin S., « Créations d’entreprises : Les créations en forte baisse en 2018 », Insee Flash Mayotte n° 81, janvier 2019 ;

Rageot F., « La hausse du PIB reste aussi vive en 2017 qu’en 2016 », Insee Flash Mayotte n° 95, octobre 2019 ;

Le compte Twitter de l’Insee La Réunion-Mayotte : @InseeOI.