Insee FocusEn 2017, le revenu disponible brut des ménages reste plus élevé en Île-de-France

François Berton, Marina Robin (division Statistiques régionales et locales, Insee)

En 2017, en France, le revenu disponible brut des ménages s’élève à 20 800 euros par habitant (RDBH). Malgré un écart qui se réduit au cours des dix dernières années, il reste supérieur à la moyenne nationale en Île-de-France, et dans une moindre mesure en Auvergne-Rhône-Alpes. Dans les DOM, il est en moyenne inférieur d’un quart à la moyenne nationale. Les revenus d’activité constituent la principale source du revenu disponible brut dans toutes les régions, particulièrement en Île-de-France. Les prestations sociales en espèces, deuxième composante du revenu disponible brut, contribuent davantage aux revenus des ménages en Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté, Normandie et Occitanie.

Entre 2007 et 2017, le RDBH progresse en France métropolitaine de 11,3 % en valeur et davantage dans les DOM (+ 19,2 %). Cette progression s’explique par la dynamique des revenus d’activité et des prestations sociales. Le RDBH marque le pas en 2009 et surtout en 2013 dans toutes les régions de métropole.

Insee Focus
No 214
Paru le : Paru le 12/11/2020
François Berton, Marina Robin (division Statistiques régionales et locales, Insee)
Insee Focus  No 214 - Novembre 2020

En 2017, l’Île-de-France représente 22 % du revenu disponible brut national

En 2017, le revenu disponible brut des ménages (RDB) en France s’élève à 1 388 milliards d'euros (figure 1a), dont 1 354 milliards d'euros en France métropolitaine et 33 milliards d'euros dans les cinq départements d'outre-mer (DOM). Rapporté à la population, le RDB s’établit à 20 800 euros par habitant en 2017 (figure 1b). Les ménages d’Île-de-France concentrent 21,6 % du RDB en France alors qu'ils représentent 18,2 % de la population. Leur revenu disponible brut par habitant (RDBH) s’élève à 24 600 euros, soit 18,4 % de plus que la moyenne nationale. Le RDBH est également supérieur à la moyenne nationale en Auvergne-Rhône-Alpes avec 21 300 euros. À l’opposé, hors DOM, le RDBH est le plus bas dans les Hauts-de-France avec 18 100 euros. Les ménages des DOM disposent de 2,4 % du RDB national, bien que représentant 3,2 % de la population. Leur RDBH est ainsi inférieur d’un quart à la moyenne nationale. Il est le plus élevé en Martinique avec 18 100 euros, suivie de La Réunion avec 17 500 euros puis de la Guadeloupe (17 300 euros). La Guyane et Mayotte sont nettement en retrait (11 100 euros et 7 100 euros par habitant).

Les revenus d’activité, principale source de revenus, représentent 1 342 milliards d'euros en 2017, soit 96,8 % du RDB national (figure 1c). Cette part varie de 79,3 % à La Réunion à 115,1 % en Île-de-France. En France métropolitaine, l’Île-de-France se distingue ainsi nettement des autres régions avec une part des revenus d’activité supérieure à 100 %. Ce niveau s’explique par des revenus d’activité supérieurs à la moyenne nationale. C’est aussi la région où les prestations sociales en espèces perçues par les ménages y sont relativement plus faibles que dans les autres régions. Dans les DOM, les revenus d’activité représentent 83,2 % du revenu disponible. Mayotte se distingue des autres DOM avec une part de revenus d’activité à 98,3 % du RDB. Les prestations sociales y sont peu élevées (9,5 % contre 35,6 % pour la France). Les retraites pèsent peu : les seniors sont peu nombreux et beaucoup d’entre eux ont peu ou pas cotisé. Malgré les rattrapages de ces dernières années, le niveau des prestations sociales y reste inférieur à la métropole (par exemple, ‒ 50 % pour le RSA). En outre, une part importante de la population n’est pas éligible aux prestations sociales : le RSA et les allocations familiales notamment sont soumis à des conditions de régularité de séjour en France.

Les prestations sociales en espèces, deuxième composante du RDB, représentent 35,9 % du revenu disponible en France métropolitaine et 25,3 % dans les DOM. Il s’agit pour l’essentiel de retraites (près de 60 %) puis de prestations chômage, famille et maladie. Quatre régions métropolitaines se distinguent avec une part de prestations sociales supérieure à la moyenne métropolitaine : Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté, Normandie et Occitanie. Dans ces régions, la part des prestations atteint près de 40 % et contribue à limiter la part des revenus d’activité autour de 90 % du RDB. En Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, régions où la population est plus âgée que la moyenne nationale, les retraites et pensions constituent environ 65 % des prestations sociales en 2017. À l’inverse, ces prestations sont relativement moins élevées en Île-de-France (27,6 %), en Corse (35,0 %) et en Auvergne-Rhône-Alpes (35,4 %).

En matière de prélèvements, les cotisations sociales et les impôts directs représentent respectivement 34,9 % et 16,3 % du revenu disponible brut des ménages en France. Ces dépenses sont relativement plus élevées en Île-de-France, en raison de revenus d’activité par habitant plus importants.

Les revenus du patrimoine, qui se composent de l’excédent brut d’exploitation (EBE) et des revenus de la propriété, contribuent à hauteur de 18,7 % du RDB national. Cette part est assez homogène sur le territoire à l’exception de Mayotte où elle est relativement faible (12,1 %). En France métropolitaine, la Provence-Alpes-Côte d'Azur se distingue avec 20,3 % du RDB ; à l’opposé, les Hauts-de-France et la Normandie sont les régions avec les revenus du patrimoine relativement plus faibles (respectivement 15,8 % et 16,1 %).

Figure 1a - Formation du revenu disponible brut des ménages en 2017

en millions d'euros
Figure 1a - Formation du revenu disponible brut des ménages en 2017 (en millions d'euros)
Revenus d’activité dont revenus mixtes Revenus du patrimoine Transferts courants¹ Cotisations sociales Impôts directs Prestations sociales en espèces Revenu disponible brut
(+) (+) (+) (-) (-) (+) (=)
Auvergne-Rhône-Alpes 161 794 15 006 32 014 -16 58 360 25 875 59 938 169 494
Bourgogne-Franche-Comté 50 423 5 041 10 701 -167 18 343 7 936 22 999 57 677
Bretagne 59 354 6 070 12 757 8 21 892 9 404 25 622 66 444
Centre-Val de Loire 48 010 4 285 9 296 72 17 601 7 432 20 487 52 831
Corse 6 138 969 1 119 106 2 130 1 028 2 261 6 466
Grand Est 104 039 8 018 20 088 - 172 37 853 16 629 41 561 111 034
Hauts-de-France 104 273 7 921 17 251 - 492 37 779 16 080 41 661 108 834
Île-de-France 345 090 29 044 59 597 2 492 122 358 67 845 82 755 299 732
Normandie 60 662 6 120 10 734 - 93 21 749 9 164 26 488 66 879
Nouvelle-Aquitaine 105 757 11 186 23 684 - 47 39 822 17 239 48 590 120 923
Occitanie 102 298 10 408 22 028 - 142 38 046 16 930 45 096 114 304
Pays de la Loire 68 990 5 512 13 606 - 132 25 787 10 625 28 753 74 804
Provence-Alpes-Côte d'Azur 96 970 9 830 21 141 691 35 628 18 296 39 563 104 441
France métropolitaine 1 313 797 119 410 254 016 2 110 477 349 224 484 485 773 1 353 862
France métropolitaine hors Île-de-France 968 707 90 366 194 419 - 383 354 992 156 639 403 018 1 054 130
Ensemble DOM 27 560 2 901 6 125 - 217 6 492 2 182 8 389 33 184
Guadeloupe 5 608 456 1 221 - 48 1 595 461 1 975 6 700
Martinique 5 698 371 1 258 - 67 1 476 461 1 740 6 691
Guyane 2 612 261 465 - 32 609 178 759 3 017
La Réunion 11 867 1 622 2 962 - 69 2 498 1 037 3 744 14 968
Mayotte 1 776 191 219 - 1 314 45 172 1 808
Hors territoire² 1 005 0 0 0 208 0 244 1 041
France 1 342 362 122 311 260 141 1 893 484 049 226 666 494 406 1 388 087
  • 1. Les transferts sont constitués par exemple des primes nettes d'assurance, des indemnités d’assurance et des transferts aux associations.
  • 2. Enclaves territoriales françaises à l’étranger, gisements rattachés au territoire national, espace aérien national, par exemple.
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes régionaux des ménages définitifs, base 2014.

Le revenu disponible brut augmente plus vite dans les DOM entre 2007 et 2017

De 2007 à 2017, le RDBH passe de 18 600 euros à 20 800 euros en valeur en France, soit une hausse de 11,5 % (figure 2a). Dans le même temps, la hausse des prix a été de 7,9 % ; le RDBH national progresse ainsi finalement de 3,6 % en volume sur dix ans.

Dans les DOM, la progression du RDBH est plus rapide qu’en métropole : + 19,2 % de 2007 à 2017 contre + 11,3 %. La dispersion est forte : de + 10,1 % en Guyane à + 54,8 % à Mayotte qui a rattrapé une partie de son retard depuis l’acquisition du statut de DOM en 2011. Toutefois, le RBDH de Mayotte reste 2,2 fois inférieur à l’ensemble des DOM en 2017, contre 2,8 en 2007. Le RDBH dans les DOM représente 75 % du niveau national en 2017 contre 70 % en 2007.

Entre 2007 et 2017, en métropole, la hausse du RDBH est la plus modérée en Île-de-France (+ 8,4 %). Elle est supérieure ou égale à 13 % en Bretagne, en Corse, en Normandie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

En métropole, l’évolution du RDBH marque le pas en 2009 et surtout en 2013

Globalement, entre 2007 et 2017, le RDBH augmente chaque année dans la plupart des régions sauf en 2009 et en 2013. En métropole, le RDBH recule ainsi de 0,5 % en 2009 et de 1,0 % en 2013. Les DOM n’ont pas été affectés par ces deux années de baisse.

La baisse du RDBH est plus modérée en 2009 qu'en 2013 grâce notamment à la hausse des prestations sociales en espèces (+ 4,9 % en 2009). De fait, dans un contexte de crise économique et de baisse du PIB (– 2,9 % en volume), elles ont compensé en grande partie la baisse du revenu d'activité (– 1,2 %) et des revenus du patrimoine (– 6,1 %). En revanche, en 2013, les prestations n'ont augmenté que de 2,4 %, cette hausse ne compensant pas le recul du revenu mixte (– 3,4 %) et des revenus du patrimoine (– 4,6 %). De plus, les impôts directs ont baissé en 2009 (– 3,9 %), limitant ainsi le recul du RDBH alors qu'ils ont augmenté en 2013 (+ 4,4 %). En dépit de la baisse du PIB national, le RDBH n’a pas reculé en 2009 dans quatre régions métropolitaines : Bretagne, Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La baisse du RDBH plus marquée en 2013 touche toutes les régions de la métropole : cette baisse est significative en Île-de-France (– 2,1 %), plus modérée en Bourgogne-Franche-Comté, dans les Pays de la Loire et le Grand Est (respectivement, – 0,2 %, – 0,3 % et – 0,4 %).

Par ailleurs, la Corse est la seule région métropolitaine dont le RDBH baisse significativement entre 2012 et 2015 (– 4,4 %) : les revenus d’activité stagnent et les revenus nets de la propriété baissent, tandis que les prestations y augmentent moins vite que dans le reste du pays.

Des revenus largement tirés par les salaires bruts et les prestations sociales dans presque toutes les régions

Entre 2007 et 2017, la progression des revenus d’activité par habitant est plus dynamique que celle du RDBH national : + 14,8 % contre + 11,5 % (figure 2b). En métropole, c’est particulièrement le cas en Corse et Provence-Alpes-Côte d'Azur avec au moins 20 % de hausse des revenus d’activité. Inversement, la hausse est plus modérée en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine avec 12 % ou moins. Dans les DOM, les revenus d’activité par habitant sont un peu plus dynamiques qu'en métropole avec 18,2 % de hausse. Mais la Guyane se distingue nettement avec une augmentation limitée à 5,3 %.

Au sein des revenus d’activité, le revenu mixte des entrepreneurs individuels décroît sensiblement sur toute la période (– 9,2 % sur l’ensemble du territoire national) et un peu moins fortement dans les DOM (– 6,6 %). Les évolutions sont toutefois contrastées. En France métropolitaine, c’est en Corse et en Île-de-France que ce revenu par habitant est le plus élevé (60 % de plus que la moyenne nationale pour la Corse, 30 % de plus pour l’Île-de-France). Ce sont aussi les deux seules régions à connaître une hausse de ce revenu sur la période.

Les prestations sociales en espèces par habitant augmentent de 26,6 % en métropole et plus encore dans les DOM (34,2 %), notamment à Mayotte (+ 80,4 %). Elles soutiennent les revenus. La hausse en France métropolitaine varie de 18,1 % en Corse à 31,8 % en Bourgogne-Franche-Comté.

Enfin, en dix ans, les impôts directs par habitant augmentent de 29,4 % et les cotisations sociales de 21,1 %.

Figure 2a - Évolution du revenu disponible brut par habitant entre 2007 et 2017

en %
Figure 2a - Évolution du revenu disponible brut par habitant entre 2007 et 2017 (en %)
Évolution
Auvergne-Rhône-Alpes 12,8
Bourgogne-Franche-Comté 12,0
Bretagne 13,0
Centre-Val de Loire 11,0
Corse 13,3
Grand Est 12,6
Hauts-de-France 10,7
Île-de-France 8,4
Normandie 13,8
Nouvelle-Aquitaine 11,3
Occitanie 10,8
Pays de la Loire 11,8
Provence-Alpes-Côte d'Azur 14,1
France métropolitaine 11,3
Ensemble DOM 19,2
Guadeloupe 27,7
Martinique 31,2
Guyane 10,1
La Réunion 15,8
Mayotte 54,8
France (y compris hors territoire*) 11,5
  • * Enclaves territoriales françaises à l’étranger, gisements rattachés au territoire national, espace aérien national, par exemple.
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes régionaux des ménages définitifs, base 2014.

Figure 2a - Évolution du revenu disponible brut par habitant entre 2007 et 2017

  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes régionaux des ménages définitifs, base 2014.

Sources

Les revenus disponibles bruts régionaux sont établis en base 2014 du système européen des comptes (SEC2010). Les nouvelles séries de comptes régionaux en base 2014 ont été établies pour les années 1994 à 2017 à partir des comptes définitifs.

Les comptes économiques régionaux des ménages dans le SEC2010

En comptabilité nationale, la séquence complète des comptes des ménages décrit la formation, la redistribution et l’utilisation du revenu des ménages.

Au niveau régional, seuls les DOM disposent d'un système complet de comptes des ménages. Pour les régions métropolitaines, l’Insee estime de façon détaillée :

• le compte d’affectation des revenus primaires, dont le solde est le revenu primaire ;

• le compte de distribution secondaire des revenus, dont le solde est le revenu disponible brut.

Les comptes des régions métropolitaines sont établis à partir des comptes nationaux, selon une méthodologie qui combine une méthode dite « descendante » et une méthode « ascendante ». Pour chaque poste détaillé, la donnée métropolitaine est calculée en enlevant les valeurs des DOM à la donnée nationale, puis elle est ventilée entre les régions de métropole, en fonction d’une clé de répartition.

Propres à chaque donnée, les clés de répartition sont choisies pour refléter autant que possible la caractéristique à estimer. Leur calcul mobilise de très nombreuses sources, statistiques et administratives. Cette méthodologie assure la cohérence numérique entre les comptes nationaux et les comptes régionaux.

Définitions


Le revenu disponible brut (RDB) des ménages est le revenu dont disposent les ménages pour consommer ou investir, après opérations de redistribution. Il comprend l’ensemble des revenus d’activité (rémunérations salariales y compris cotisations légalement à la charge des employeurs, revenu mixte des non-salariés) et des revenus du patrimoine comprenant les revenus nets de la propriété (intérêts, dividendes, revenus d’assurance-vie…) et les revenus fonciers. On y ajoute principalement les prestations sociales en espèces reçues par les ménages et on en retranche les cotisations sociales et les impôts directs versés.


Le revenu disponible brut par habitant (RDBH) rapporte le revenu disponible brut des ménages à la population de l’année au recensement.


Les ménages au sens de la comptabilité nationale sont des individus occupant une même résidence principale ou des entrepreneurs individuels. Les ménages perçoivent des revenus d’activité (principalement des salaires), des revenus du patrimoine et des prestations sociales. Les ménages « entrepreneurs individuels » perçoivent le revenu de l’activité de leur entreprise individuelle appelé « revenu mixte ».


Les revenus du patrimoine correspondent à l’excédent brut d’exploitation et aux revenus de la propriété. Le solde du compte d'exploitation des ménages producteurs de service de logement est l'excédent brut d'exploitation (EBE) qui correspond à la seule rémunération du capital immobilier. L’EBE est perçu par les ménages (non comprises les entreprises individuelles qui perçoivent le revenu « mixte »).


Les revenus de la propriété sont les revenus que reçoit le propriétaire d'un actif financier ou d'un actif corporel non produit par lui-même en échange de sa mise à la disposition d'une autre unité institutionnelle. Ils comprennent principalement les dividendes versés par les sociétés, les intérêts et les loyers des terrains (les loyers des logements ou d’actifs corporels produits sont considérés comme le paiement d'un service et ne sont pas compris dans cette catégorie).


Le revenu mixte correspond au solde du compte d'exploitation des ménages propriétaires d'entreprises individuelles. Ce revenu est qualifié de « mixte » parce qu'il correspond indistinctement à la rémunération du travail de l'entrepreneur individuel et à la rémunération de son capital productif. De la même façon, lorsque les ménages sont producteurs de biens et services pour leur usage final propre (hors service de logement), ils en retirent « un revenu mixte » rémunérant travail et capital immobilisé. Le revenu mixte est perçu essentiellement par les entrepreneurs individuels.

Pour en savoir plus

« Les comptes de la nation en 2019 », Insee Résultats, mai 2020.