Artificialisation dans les VosgesUne artificialisation quasi stable

Lionel Cacheux, Vincent Nieto (Insee)

Dans les Vosges, 5,4 % de la superficie du département est artificialisée, soit légèrement moins qu’au niveau régional. Entre 2012 et 2018, la surface artificialisée évolue peu. Les espaces attribués aux zones urbanisées progressent, bien que la population diminue. Le nombre de nouveaux logements construits est toutefois en baisse, avec une proportion de logements collectifs bien inférieure à celle des logements individuels. Les zones industrielles et commerciales continuent de s’étendre, malgré un recul des emplois.

Insee Flash Grand Est
No 39
Paru le : Paru le 28/07/2020
Lionel Cacheux, Vincent Nieto (Insee)
Insee Flash Grand Est  No 39 - juillet 2020
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L’artificialisation se définit comme tout processus impliquant une perte d’espaces naturels, agricoles ou forestiers, conduisant à un changement d’usage et de structure des sols. En 2018, 5,4 % de la surface des Vosges est artificialisée, soit 32 100 ha (321  km²), ce qui en fait le 5e département le plus artificialisé du Grand Est et le 51e de France. Contrairement aux autres départements de la région, les forêts et terres semi-naturelles occupent la moitié du territoire par la présence du massif des Vosges. Les terres agricoles n’occupent ainsi que 44 % du département, contre 59 % en moyenne dans la région. Enfin, les eaux de surfaces et zones humides représentent 0,2 % du territoire vosgien.

L’habitat couvre 81 % des surfaces artificialisées, les zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication 13 %, soit la plus faible proportion des départements du Grand Est (19 % en moyenne). Le reste est occupé par les espaces verts artificialisés (3,7 %, dont certains équipements sportifs), les mines, décharges et chantiers.

L’artificialisation est davantage marquée dans les unités urbaines d’Épinal et de Saint-Dié-des-Vosges, qui représentent respectivement 13 % et 8 % des surfaces artificialisées du département (figure 1 et figure 2). Le territoire s’est également artificialisé autour d’autres grandes unités urbaines comme La Bresse ou encore Remiremont, mais de manière plus mesurée. L’unité urbaine de Gerardmer apparaît autant artificialisée, voire plus, que d’autres unités urbaines comme Le Thillot ou Moyenmoutier, alors qu’elle compte moins d’habitants. Cela est notamment dû à une présence plus importante d’équipements sportifs et de loisirs liée à l’aménagement du lac de Longemer. Rapportées à leur population résidente, ces principales unités urbaines s'avèrent moins denses que dans les autres départements.

Dans ces unités urbaines, la part des surfaces artificialisées est la plus grande à Épinal (25 %), due à une présence plus importante de tous les types de sol artificialisé, notamment l’habitat et les zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication. Elle n’est que de 6 % au Thillot, caractérisé par une plus grande étendue de forêts et milieux naturels, et est comprise entre 7 % et 11 % dans les autres principales unités urbaines. La part des espaces artificialisés consacrés à l’habitat est plus faible dans ces unités urbaines qu’en moyenne dans les Vosges (entre 64 % et 79 %), excepté à La Bresse et au Thillot. À l’inverse, celle couverte par les zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication y est plus grande (entre 15 % et 23 %), sauf à La Bresse, où la proportion est très basse, ainsi qu’à Saint-Dié-des-Vosges.

Figure 1L’artificialisation très présente autour d'ÉpinalL’occupation du sol dans les Vosges en 2018

  • Sources : Union européenne – SDES, Corine Land Cover 2018.

Figure 25,4 % de la superficie des Vosges est artificialisée

5,4 % de la superficie des Vosges est artificialisée
Unité urbaine (+10 000 hab) Surface artificialisée en 2018 (ha) Part de la surface de la zone artificialisée (%) Population rapportée à la surface artificialisée (Nombre d’habitants par ha) Part de la surface artificialisée consacrée
aux zones urbanisées (habitat) (%) aux zones industrielles, commerciales et réseaux de communication (%)
Moyenmoutier 793 8,0 12,6 79,3 16,5
Le Thillot 1 099 5,7 13,9 85,1 14,9
Remiremont 1 492 10,9 14,4 77,1 21,1
La Bresse 2 004 6,7 12,0 92,8 2,9
Saint-Dié-des-Vosges 2 682 9,0 15,3 79,0 10,8
Épinal 4 073 25,1 15,1 64,3 23,1
Vosges 32 090 5,4 11,5 80,9 12,5
  • Sources : Union européenne – SDES, Corine Land Cover 2018 ; Insee, RP 2017.

Une artificialisation quasi stable entre 2012 et 2018

Entre 2012 et 2018, les surfaces artificialisées progressent de 64 ha dans les Vosges, soit une quasi-stabilité sur cette période contrairement à l’évolution régionale (+ 0,1 % par an). Cela marque un ralentissement par rapport aux évolutions constatées au cours des périodes 1990-2000, 2000-2006 et 2006-2012 (entre + 0,2 % et + 0,7 % par an). Près de 17 % des terres nouvellement artificialisées se situent dans l’unité urbaine d’Épinal. Les espaces artificialisés proviennent essentiellement des terres agricoles (88 ha) ainsi que des forêts et milieux semi-naturels (22 ha) (figure 3). En parallèle, des surfaces artificialisées sont redevenues naturelles ou agricoles. C’est notamment le cas à Ménarmont, où un ancien centre d’enfouissement de déchets a été rendu au milieu naturel.

Figure 364 hectares de terres artificialisées de plusTransformation des surfaces dans les Vosges entre 2012 et 2018 (en hectares)

  • Lecture : en 2018, 32 100 ha sont artificialisés. Parmi eux, 88 ha ont été prélevés sur des terres agricoles entre 2012 et 2018.
  • Sources : Union européenne – SDES, Corine Land Cover 2012 et 2018.

Moitié moins de logements construits et très peu de collectifs

En cinq ans, la population a baissé de 0,5 % par an dans les Vosges. Pour autant, de nouveaux logements sont construits chaque année. Ainsi de 2013 à 2018, près de 5 500 logements ont été mis en chantier, soit 900 en moyenne par an. C'est moitié moins que pendant la période précédente (11 100 logements construits entre 2007 et 2012, soit 1 800 en moyenne par an). La surface urbanisée par logement supplémentaire est plus importante pour les maisons individuelles que les bâtiments de plusieurs logements. Dans les Vosges, 21 % des logements construits entre 2013 et 2018 font partie d'un immeuble collectif, une proportion bien inférieure à la moyenne régionale (56 %). Il s’agit du deuxième département du Grand Est où la part des constructions collectives est la plus faible. Celle-ci baisse même de 10 points par rapport à la période 2007-2012, et plus rapidement que la construction de logements individuels. Ainsi, les surfaces occupées par des zones urbanisées, assimilées à de l’habitat, augmentent de 0,1 % par an entre 2012 et 2018, chiffre stable par rapport à la période 2006-2012. Cette progression des zones urbanisées, alors que la population diminue, s’explique en partie par la diminution de la taille des ménages qui entraîne une augmentation du nombre de ménages et donc de logements nécessaires. Le taux de vacance est néanmoins en hausse dans le département (+ 4 % par an en moyenne).

Des zones industrielles et commerciales moins développées

Les zones industrielles ou commerciales et installations publiques représentent 9 % des surfaces artificialisées du département, soit la plus faible proportion des départements du Grand Est (14 % en moyenne). Elles augmentent de 0,2 % par an entre 2012 et 2018, plus faiblement qu’en moyenne dans la région (+ 0,8 % par an). Un tiers des surfaces transformées en zones industrielles ou commerciales sont situées dans l’unité urbaine d’Épinal. Ces zones progressent davantage que l’habitat mais leur progression ralentit toutefois par rapport à la période précédente (+ 0,6 % par an entre 2006 et 2012). Les Vosges sont le sixième département du Grand Est en termes de construction de locaux commerciaux (surface de plancher). L’augmentation des zones industrielles ou commerciales ne se traduit pas pour autant par une hausse du nombre d’emplois. Ainsi, ce dernier diminue en moyenne de 0,3 % par an depuis 2012. La baisse d’emploi ralentit toutefois par rapport à la période précédente (- 1,2 % par an), alors même que les zones industrielles ou commerciales se développaient.

La surface attribuée aux réseaux routier et ferroviaire et espaces associés, représentant 1,5 % des terres artificialisées, est stable entre 2012 et 2018 alors qu’elle progresse dans la région (+ 2,4 %) : dans certains départements en effet, de nouvelles voies ferrées, notamment la LGV, ainsi que de grands axes routiers ont été construits.

Encadré - Partenariat

L’étude a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre la Direction régionale de l’Insee Grand Est et la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) du Grand Est.

Pour en savoir plus

Cacheux L., Nieto V., « Artificialisation dans le Grand Est et ses espaces de coopération transfrontalière - L’artificialisation progresse toujours, mais son rythme ralentit », Insee Analyse Grand Est n° 118, juillet 2020.

Levi-Valensin M., « Occupation du sol dans la région Grand Est en 2014 », Agreste Grand Est n° 2, mars 2018.

« L’observation de l’occupation du sol en Grand Est : Quel outil, CLC-TERUTI-MAJIC-BDOCS… pour quelle observation ? », DREAL Grand Est Service connaissance et développement durable Focus n° 1, mai 2017.

« Atlas régional de l’occupation des sols en France », Commissariat général au développement durable, octobre 2016.