Du confinement à la reprise d’activité : des conditions de vie inégales dans les quartiers d’Ajaccio

Arnaud Huyssen, Michel Akiki (Insee)

Les effets du confinement et de reprise d’activité peuvent être variables dans les quartiers ajacciens selon la structure familiale et les conditions de logement. Ainsi à Ajaccio, 90 % de la population vit en appartement et 10 % dans un logement trop petit par rapport à la taille du ménage. Les familles monoparentales sont particulièrement concernées par la suroccupation de leur logement (18,6 %). Les personnes vivant seules (8 000 à Ajaccio) peuvent être également particulièrement vulnérables dans ces périodes exceptionnelles. D’autant que 26 % d’entre elles sont âgées de 75 ans ou plus. Enfin, les familles avec enfants peuvent également rencontrer des difficultés dans la phase de confinement comme de déconfinement : dans 26 % des familles il y a au moins un enfant de 16 ans ou moins et tous les parents travaillent.

Insee Flash Corse
No 51
Paru le : Paru le 05/06/2020
Arnaud Huyssen, Michel Akiki (Insee)
Insee Flash Corse  No 51 - juin 2020

Le 17 mars 2020, des règles de confinement strictes sont entrées en vigueur en France pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19. À partir du 11 mai, le déconfinement commence progressivement mais la reprise des activités reste partielle, notamment pour les enfants scolarisés. Dans ce contexte exceptionnel, la structure familiale et les conditions de logement impactent plus que jamais la qualité de vie du quotidien. Les effets du confinement et de la reprise d’activité peuvent ainsi être variables dans les quartiers ajacciens, en fonction des caractéristiques de leur habitat et de leur population.

9 ajacciens sur 10 en appartement ; 1 sur 10 en logement suroccupé

À Ajaccio, 89 % de la population vit en appartement, avec un accès à l’extérieur de fait restreint. C’est presque deux fois plus que dans les unités urbaines de 50 000 à 100 000 habitants en France de Province (48 %). Cette contrainte touche particulièrement des quartiers comme ceux de la Place Foch, de Candia et des Cannes qui sont constitués presque exclusivement d’appartements. À l’inverse, dans ceux de La Confina et du Vazzio moins d’un habitant sur deux réside en appartement.

De plus, près de 7 000 personnes vivent dans un logement suroccupé, soit 10,4 % de la population. Ces personnes vivent à deux ou plus dans un logement où le nombre de pièces est insuffisant au regard de la taille de leur ménage. Les quartiers d’Ajaccio les plus concernés sont ceux de Candia et avenue Franchini avec respectivement 17,2 % et 16,4 % de leur population en logement suroccupé (figure 1). À l’inverse les IRIS de Balestrino et du Cours Grandval sont les moins concernés (moins de 4,5 % de la population).

Figure 1Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Ajaccio (par IRIS)

Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Ajaccio (par IRIS)
Iris Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé (%)
La Gare 11,30
Saint-Jean 15,00
Place Abbatucci 8,80
Centre Ville 8,40
Place Foch 10,10
Grandval 4,20
Balestrino 4,30
Boulevard Fred Scamaroni 7,40
Parc Berthault 13,70
Res des Iles 7,40
Les Palmiers 6,50
Res a Gravona 8,60
Les Jardins de l'Empereur 11,20
Les Cannes 13,60
Alzo di Leva 11,10
Candia 17,20
Maréchal Juin 12,50
Le Finosello 13,00
Aspretto 10,70
Avenue Franchini 16,40
Hauts de Pietralba 7,00
Vazzio 12,70
La Confina 10,10
Suartello 9,10
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 1Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Ajaccio (par IRIS)

  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

La suroccupation des logements est plus fréquente dans les grandes villes. Elle concerne 4,9 % des ménages dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants de France de Province pour 1,6 % de ceux vivant dans celles de moins de 10 000 habitants ou dans des communes rurales. Cependant, avec 7,3 % de logements en suroccupation, l’unité urbaine d’Ajaccio se détache nettement des autres unités urbaines de taille comparable (3,0 % dans les unités urbaines de 50 000 à 100 000 habitants en France de Province).

À Ajaccio, 8 000 personnes vivent seules dans leur logement

En période de confinement, les personnes vivant seules peuvent être particulièrement vulnérables, notamment lorsqu’elles sont âgées ou en situation de pauvreté ou de handicap. L’isolement est en effet susceptible d’avoir des conséquences sur le moral mais aussi sur la santé, et peut complexifier les actes indispensables de la vie quotidienne (faire ses courses, se faire soigner…).

À Ajaccio, 8 000 personnes vivent seules dans leur logement soit 11,5 % de la population. Parmi elles, 45 % sont âgées de 65 ans ou plus et 26 % ont 75 ans ou plus. Ces personnes âgées de 65 ans et plus vivant seules représentent une part importante de la population dans certains quartiers d’Ajaccio, en particulier dans l’IRIS du Boulevard Fred Scamaroni (7,3 % de la population totale), de la Place Foch (7,4 %) et de Saint-Jean (7,5 %) (figure 2). À l’inverse, dans les quartiers du Vazzio et de la Confina où le développement est plus récent la population reste plus jeune (respectivement 1,2 % et 2,6 %).

De surcroît, parmi les personnes vivant seules, 17,4 % vivent sous le seuil de pauvreté, une proportion plus importante que dans l’ensemble de la population ajaccienne (15,8 %). C’est particulièrement le cas, dans les quartiers des Cannes ou de Candia où la pauvreté touche près d’un quart des personnes seules (respectivement 24,1 % et 24,0 %).

À Ajaccio, fin 2018, plus de 10 000 allocataires bénéficient de prestations versées par la CAF et près de la moitié sont isolées et sans enfant. Ces prestations peuvent être le revenu de solidarité active (RSA socle, 1 000 allocataires) ou encore l’allocation adulte handicapé (AAH, 1 600 allocataires) destinée aux personnes handicapées aux revenus modestes. Pour ces personnes, les difficultés du confinement, qu’elles soient physiques ou psychologiques, s’ajoutent donc aux problèmes du quotidien. 40 % des allocataires de l’AAH se concentrent dans les 4 quartiers que sont Candia, Suartello, Avenue Maréchal Juin et Le Finosello, soit au total 600 personnes.

Figure 2La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement

La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement
Iris Population par quartier Taux de seniors vivants seuls (%) Taux de familles avec au moins un enfant de 16 et moins dont tous les parents travaillent (%)
Candia 2 104 4,75 20,27
Avenue Franchini 2 393 7,15 26,29
Les Cannes 2 362 4,78 22,47
Saint-Jean 2 782 7,55 22,43
Le Finosello 4 727 4,55 25,16
Avenue Maréchal Juin 4 159 4,30 26,00
Alzo di Leva 3 039 5,79 26,99
Place Foch 1 952 7,43 22,28
Centre Ville 2 425 6,39 25,68
Aspretto 2 799 6,72 27,80
La Gare 1 751 5,71 12,73
Place Abbatucci 3 000 5,87 30,78
Les Palmiers 2 324 5,46 25,38
Les Jardins de l'Empereur 3 389 5,16 28,00
Parc Berthault 3 516 5,57 34,91
La Confina 2 657 2,60 22,35
Hauts de Pietralba 2 498 4,16 31,19
Res des Iles 4 167 5,02 20,97
Balestrino 3 035 4,09 23,63
Boulevard Fred Scamaroni 3 509 7,32 25,15
Cours Grandval 2 661 4,85 28,49
Suartello 4 095 3,03 26,61
Res a Gravona 2 006 3,79 28,60
Vazzio 1 718 1,16 33,64
  • Note de lecture : Selon les indicateurs, la situation de chaque quartier est variable en fonction de la structure de sa population et de ses logements. Il est possible de calculer un risque global de la population des quartiers face au confinement et/ou déconfinement. Pour chaque IRIS, l’ensemble des 12 indicateurs cités dans cette étude (données complémentaires) sont rapportés à la moyenne d’Ajaccio, puis sont multipliés entre eux pour obtenir une valeur unique. Cette valeur, qui constitue le score du quartier permet de les répartir en 4 classes de risque : des quartiers potentiellement les moins fragilisés (en bleu, tel Balestrino) aux quartiers en première ligne (en rouge, tel Avenue Franchini).
  • Sources : Insee, recensement de la population 2016, données complémentaires, Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Figure 2La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement

  • Note de lecture : Selon les indicateurs, la situation de chaque quartier est variable en fonction de la structure de sa population et de ses logements. Il est possible de calculer un risque global de la population des quartiers face au confinement et/ou déconfinement. Pour chaque IRIS, l’ensemble des 12 indicateurs cités dans cette étude (données complémentaires) sont rapportés à la moyenne d’Ajaccio, puis sont multipliés entre eux pour obtenir une valeur unique. Cette valeur, qui constitue le score du quartier permet de les répartir en 4 classes de risque : des quartiers potentiellement les moins fragilisés (en bleu, tel Balestrino) aux quartiers en première ligne (en rouge, tel Avenue Franchini).
  • Sources : Insee, recensement de la population 2016, données complémentaires, Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Des conditions difficiles aussi pour certaines familles avec enfants en période de confinement…

La composition du ménage influe fortement aussi sur les difficultés rencontrées lors du confinement. Tout d’abord elle impacte les situations de suroccupation : 10,1 % des couples avec au moins un enfant vivent dans un logement suroccupé et 18,6 % des familles monoparentales alors que le manque d’au moins une pièce à vivre ne concerne que 2,6 % des couples et sans enfant.

De plus, en période de confinement, la situation peut être d’autant plus délicate avec de jeunes enfants, en particulier pour les occuper ou assurer une continuité pédagogique dans des espaces restreints. Ainsi, parmi les familles ajacciennes avec enfant(s), plus d’une sur deux a au moins un enfant de 11 ans ou moins. Parmi elles, 10,6 % vivent dans un dans un logement suroccupé. Ce taux grimpe à 22,6 % pour les familles monoparentales avec de jeunes enfants.

Ces familles avec des enfants de moins de 11 ans sont plus souvent présentes dans les IRIS du Vazzio ou du Parc Berthault où elles représentent près de quatre familles sur dix. L’IRIS de Candia se démarque par son taux élevé de familles monoparentales. Parmi celles ayant un enfant de moins de 11 ans, une famille sur deux comprend un seul parent, soit deux fois plus que sur l’ensemble de la commune d’Ajaccio.

… ou période de reprise d’activité

Pour les familles avec enfant(s), la période du déconfinement et de reprise d’activité peut également s’avérer problématique, notamment pour la question de la garde des enfants lorsque les deux parents travaillent. Cela concerne à Ajaccio 3 600 couples avec au moins un enfant de 16 ans ou moins, auxquelles s’ajoutent 1 600 familles monoparentales dont le parent est en emploi, soit 26 % des familles. Ces difficultés potentielles sont plus fréquentes dans les IRIS du Parc Berthault, du Vazzio, des hauts de Pietralba ou encore de la place Abbatucci.

Sources

Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Caisse Nationale d’Allocations Familiales 2018

Définitions

Quartier : la notion de quartier correspond ici à l’IRIS (Îlot Regroupé pour l’Information Statistique), l’IRIS constitue la brique de base en matière de diffusion de données infra-communales.

Suroccupation : la suroccupation est mesurée en rapportant la composition du ménage au nombre de pièces du logement, les studios occupés par une personne étant exclus du champ.

Un logement est considéré comme suroccupé quand il lui manque au moins une pièce par rapport à la « norme d’occupation normale », fondée sur :

- une pièce de séjour pour le ménage,

- une pièce pour chaque personne de référence de chaque famille occupant le logement,

- une pièce pour les personnes hors famille non célibataires ou les célibataires de 19 ans ou plus, et, pour les célibataires de moins de 19 ans :

- une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans,

- sinon, une pièce par enfant.

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est un complément de ressources permettant de garantir un revenu minimal aux personnes handicapées, sous certaines conditions.

Pour en savoir plus

Les conditions de confinement en France, Insee Focus n° 189, avril 2020

27 % des familles avec enfant(s) sont monoparentales, Insee Analyses Corse n° 24, février 2019