Du confinement à la reprise d’activité : quelles fragilités dans les quartiers de Bastia ?

Arnaud Huyssen, Michel Akiki (Insee)

Les effets du confinement et de reprise d’activité peuvent être variables dans les quartiers bastiais selon la structure familiale et les conditions de logement. Ainsi à Bastia, 91 % de la population vit en appartement et 13 % dans un logement trop petit par rapport à la taille du ménage. Les familles monoparentales sont particulièrement concernées par la suroccupation de leur logement (20,8 %). Les personnes vivant seules (5 800 à Bastia) peuvent être également particulièrement vulnérables dans ces périodes exceptionnelles. D’autant que 27 % d’entre elles sont âgées de 75 ans ou plus. Enfin, les familles avec enfants peuvent également rencontrer des difficultés dans la phase de confinement comme de déconfinement : dans 24 % des familles il y a au moins un enfant de 16 ans ou moins et tous les parents travaillent.

Insee Flash Corse
No 52
Paru le : Paru le 05/06/2020
Arnaud Huyssen, Michel Akiki (Insee)
Insee Flash Corse  No 52 - juin 2020

Depuis le 17 mars 2020, des règles de confinement strictes sont en vigueur en France pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19. À partir du 11 mai, le déconfinement commence progressivement mais la reprise des activités reste partielle, notamment pour les enfants scolarisés. Dans ce contexte exceptionnel, la structure familiale et les conditions de logement impactent plus que jamais la qualité de vie du quotidien. Les effets du confinement et de la reprise d’activité peuvent ainsi être variables dans les quartiers bastiais, en fonction des caractéristiques de leur habitat et de leur population.

9 bastiais sur 10 en appartement ; 1 sur 8 en logement suroccupé

À Bastia, 91 % de la population vit en appartement, avec un accès à l’extérieur de fait restreint. C’est presque deux fois plus que dans les unités urbaines de 50 000 à 100 000 habitants en France de Province (48 %). Cette contrainte touche particulièrement des quartiers comme ceux de la Cité Aurore, du vieux Port ou du Ponte Prado qui sont constitués presque exclusivement d’appartements (plus de 98 %). À l’inverse, celui Monserato se démarque avec 76 % des habitants qui résident en appartement soit 5 points de moins que le suivant (Saint Antoine).

De plus, près de 5 800 personnes vivent dans un logement suroccupé, soit 13,3 % de la population. Ces personnes vivent à deux ou plus dans un logement où le nombre de pièces est insuffisant au regard de la taille de leur ménage. Les quartiers de Bastia les plus concernés sont ceux de la Citadelle et d’Erbajolo avec plus de 19 % de leur population en logement suroccupé (figure 1). À l’inverse l’IRIS du Théâtre et le moins concerné (7 % de la population).

La suroccupation des logements est plus fréquente dans les grandes villes. Elle concerne 4,9 % des ménages dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants de France de Province pour 1,6 % de ceux vivant dans celles de moins de 10 000 habitants ou dans des communes rurales. Cependant, avec 7,2 % de logements en suroccupation, l’unité urbaine de Bastia se détache nettement des autres unités urbaines de taille comparables (3,0 % dans les unités urbaines de 50 000 à 100 000 habitants en France de Province).

Figure 1Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Bastia (par IRIS)

Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Bastia (par IRIS)
Iris Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé (%)
Citadelle 19,83
Vieux Port 11,38
Monserato 13,26
Saint-Antoine 10,84
Santa Maria Maddalena 14,75
Ponte Prado 12,82
Cité Aurore 15,79
Erbajolo 19,42
Paese Novo 16,23
Labretto 14,13
Le Theatre 7,00
L'Annonciade 7,91
Cardo 8,95
Mairie 15,08
Fango 11,36
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 1Taux de personnes vivant dans un logement suroccupé à Bastia (par IRIS)

  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

À Bastia, 5 800 personnes vivent seules dans leur logement

En période de confinement, les personnes vivant seules peuvent être particulièrement vulnérables, notamment lorsqu’elles sont âgées, ou en situation de pauvreté ou de handicap. L’isolement est en effet susceptible d’avoir des conséquences sur le moral mais aussi sur la santé, et peut complexifier les actes indispensables de la vie quotidienne (faire ses courses, se faire soigner…).

À Bastia, 5 800 personnes vivent seules dans leur logement soit près de 13 % de la population. Parmi elles, 45 % sont âgées de 65 ans ou plus et 27 % ont 75 ans ou plus. Ces personnes âgées de 65 ans et plus vivant seules représentent une part importante de la population dans certains quartiers de Bastia, en particulier dans les IRIS de la Cité Aurore (8,4 % de la population totale), du Ponte Prado (8,0 %) et de la Mairie (7,6 %) (figure 2). À l’inverse, elles sont moitiés moins présentes dans les quartiers d’Erbajolo et de Monserato (respectivement 3,0 % et 4,0 %).

De surcroît, parmi les personnes vivant seules, 24,4 % vivent sous le seuil de pauvreté, une proportion plus importante que dans l’ensemble des ménages bastiais (23,0 %). C’est particulièrement le cas, dans le quartier de la Citadelle mais également dans ceux de la cité Aurore, de Paese Novo et du Vieux Port où la pauvreté touche près de trois personnes sur dix vivant seules.

À Bastia, fin 2018, 8 800 allocataires bénéficient de prestations versées par la CAF et plus de la moitié sont isolées et sans enfant. Ces prestations peuvent être le revenu de solidarité active (RSA socle, 1 200 allocataires) ou encore l’allocation adulte handicapé (AAH, 1 600 allocataires) destinée aux personnes handicapées aux revenus modestes. Pour ces personnes, les difficultés du confinement, qu’elles soient physiques ou psychologiques, s’ajoutent donc aux problèmes du quotidien. Près de la moitié des allocataires bastiais de l’AAH se concentrent dans les 4 quartiers que sont Erbajolo, Paese Novo, Labretto et Cité Aurore, soit au total 730 personnes.

Figure 2La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement

La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement - Note de lecture : Selon les indicateurs, la situation de chaque quartier est variable en fonction de la structure de sa population et de ses logements. Il est possible de calculer un risque global de la population des quartiers face au confinement et/ou déconfinement. Pour chaque IRIS, l’ensemble des 12 indicateurs cités dans cette étude (données complémentaires) sont rapportés à la moyenne de Bastia, puis sont multipliés entre eux pour obtenir une valeur unique. Cette valeur, qui constitue le score du quartier permet de les répartir en 4 classes de risque : des quartiers potentiellement les moins menacés (en bleu, tel Monserato) aux quartiers en première ligne (en rouge, tel Cité Aurore).
Iris Population par quartier Taux de seniors vivants seuls (%) Taux de familles avec au moins un enfant de 16 et moins dont tous les parents travaillent (%)
Citadelle 2 284 5,82 25,25
Vieux Port 3 089 4,82 21,71
Monserato 5 480 4,00 28,16
Saint-Antoine 2 276 5,93 31,26
Santa Maria Maddalena 1 768 5,71 21,46
Ponte Prado 2 808 7,98 18,24
Cité Aurore 1 919 8,39 10,04
Erbajolo 4 124 3,03 20,61
Paese Novo 3 090 6,05 16,73
Labretto 3 238 5,81 20,53
Le Theatre 3 358 6,88 29,11
L'Annonciade 2 813 5,83 28,98
Cardo 2 205 6,21 35,44
Mairie 3 619 7,63 25,39
Fango 2 761 6,34 23,11
  • Note de lecture : Selon les indicateurs, la situation de chaque quartier est variable en fonction de la structure de sa population et de ses logements. Il est possible de calculer un risque global de la population des quartiers face au confinement et/ou déconfinement. Pour chaque IRIS, l’ensemble des 12 indicateurs cités dans cette étude (données complémentaires) sont rapportés à la moyenne de Bastia, puis sont multipliés entre eux pour obtenir une valeur unique. Cette valeur, qui constitue le score du quartier permet de les répartir en 4 classes de risque : des quartiers potentiellement les moins menacés (en bleu, tel Monserato) aux quartiers en première ligne (en rouge, tel Cité Aurore).
  • Insee, recensement de la population 2016, données complémentaires, Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Figure 2La situation de la population dans les quartiers en période de confinement et déconfinement

  • Note de lecture : Selon les indicateurs, la situation de chaque quartier est variable en fonction de la structure de sa population et de ses logements. Il est possible de calculer un risque global de la population des quartiers face au confinement et/ou déconfinement. Pour chaque IRIS, l’ensemble des 12 indicateurs cités dans cette étude (données complémentaires) sont rapportés à la moyenne de Bastia, puis sont multipliés entre eux pour obtenir une valeur unique. Cette valeur, qui constitue le score du quartier permet de les répartir en 4 classes de risque : des quartiers potentiellement les moins menacés (en bleu, tel Monserato) aux quartiers en première ligne (en rouge, tel Cité Aurore).
  • Insee, recensement de la population 2016, données complémentaires, Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Des conditions difficiles aussi pour certaines familles avec enfants en période de confinement…

La composition du ménage influe fortement aussi sur les difficultés rencontrées lors du confinement. Tout d’abord elle impacte sur les situations de suroccupation : 10,7 % des couples avec au moins un enfant vivent dans un logement suroccupé et 20,8 % des familles monoparentales alors que le manque d’au moins une pièce à vivre ne concerne que 3,2 % des couples et sans enfant.

De plus, en période de confinement, la situation peut être d’autant plus délicate avec de jeunes enfants, en particulier pour les occuper ou assurer une continuité pédagogique dans des espaces restreints. Ainsi, parmi les familles bastiaises avec enfant(s), plus de la moitié a au moins un enfant de 11 ans ou moins. Parmi elles, 17,0 % vivent dans un dans un logement suroccupé. Ce taux grimpe à 28,4 % pour les familles monoparentales avec de jeunes enfants.

Ces familles avec des enfants de moins de 11 ans sont plus régulièrement présentes dans les IRIS du Cardo ou de l'Annonciade où elles représentent plus de quatre familles sur dix. L’IRIS de la cité Aurore se démarque par son taux élevé de familles monoparentales. Parmi celles ayant un enfant de moins de 11 ans, plus d’une famille sur deux comprend un seul parent (52,4 %), soit nettement plus que sur l’ensemble de la commune de Bastia (29,1 %).

… ou en période de reprise d’activité

Pour les familles avec enfant(s), la période du déconfinement et de reprise d’activité peut également s’avérer problématique, notamment pour la question de la garde des enfants lorsque les deux parents travaillent. Cela concerne à Bastia 1 900 familles avec au moins un enfant de 16 ans ou moins, auxquelles s’ajoutent 1 100 familles monoparentales dont le parent est en emploi, soit 24 % des familles. Ces difficultés potentielles se rencontrent plus régulièrement dans les IRIS du Cardo, du Fango, du Théatre et de Saint Antoine.

Sources

Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017

Caisse Nationale d’Allocations Familiales 2018

Définitions

Quartier : la notion de quartier correspond ici à l’IRIS (Îlot Regroupé pour l’Information Statistique), l’IRIS constitue la brique de base en matière de diffusion de données infra-communales.

Suroccupation : la suroccupation est mesurée en rapportant la composition du ménage au nombre de pièces du logement, les studios occupés par une personne étant exclus du champ.

Un logement est considéré comme suroccupé quand il lui manque au moins une pièce par rapport à la « norme d’occupation normale », fondée sur :

  • une pièce de séjour pour le ménage,
  • une pièce pour chaque personne de référence de chaque famille occupant le logement,
  • une pièce pour les personnes hors famille non célibataires ou les célibataires de 19 ans ou plus, et, pour les célibataires de moins de 19 ans :
    • une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans,
    • sinon, une pièce par enfant.

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est un complément de ressources permettant de garantir un revenu minimal aux personnes handicapées, sous certaines conditions.

Pour en savoir plus

Les conditions de confinement en France, Insee Focus n° 189, avril 2020

27 % des familles avec enfant(s) sont monoparentales, Insee Analyses Corse n° 24, février 2019