Insee Flash Provence-Alpes-Côte d'AzurSurpeuplement, isolement, pauvreté : des ménages inégalement dotés face au confinement

Carole Zampini (Insee)

Les mesures de confinement instaurées le 17 mars 2020 affectent de façon inégale les conditions de vie des ménages. Ainsi, dans la région, 571 400 personnes vivent dans un logement au nombre de pièces insuffisant en 2016. Nettement plus fréquente que dans les autres régions de province, la suroccupation des logements est très marquée sur le littoral méditerranéen urbanisé, surtout dans les Alpes-Maritimes. Elle touche tout particulièrement les familles monoparentales avec de jeunes enfants. Les conditions de confinement peuvent accentuer la fragilité de certaines populations : les seniors vivant seuls, les personnes handicapées, les ménages aux revenus faibles, ou encore les enfants dont il faut assurer la continuité pédagogique.

Insee Flash Provence-Alpes-Côte d'Azur
No 62
Paru le : Paru le 06/05/2020
Carole Zampini (Insee)
Insee Flash Provence-Alpes-Côte d'Azur  No 62 - Mai 2020

571 400 habitants de Provence-Alpes-Côte d’Azur vivent dans un logement « suroccupé »

Depuis le 17 mars 2020, des règles strictes de confinement de la population sont en vigueur en France pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19. Dans la grande majorité des familles, les membres sont contraints à passer davantage de temps ensemble dans leur logement et à y exercer les activités qu’ils effectuent habituellement à l’extérieur, travail ou scolarité. Dans un tel contexte, habiter un logement trop petit peut contribuer à dégrader la qualité de vie.

En 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 571 400 personnes habitent un logement suroccupé, soit 12 % de la population. Cela concerne 7,5 % des ménages, qui ne disposent pas de suffisamment de pièces au regard de la norme. Provence-Alpes-Côte d’Azur est davantage touchée que toute autre région de province même si la suroccupation est encore bien plus marquée en Île-de-France (19 % de la population).

Dans la région, l’ampleur de ce phénomène peut s’expliquer par la conjonction de divers facteurs. La suroccupation est très liée à l’urbanisation importante du territoire. La moitié des habitants résident dans des communes denses, contre un peu plus d’un tiers au niveau national. Après l’Île-de-France (85 %), c’est la région qui concentre le plus de population dans ce type de communes. En outre, le coût élevé du foncier et de l’immobilier, pour partie dû à la pression touristique, restreint les possibilités pour les ménages d’habiter dans des logements au nombre de pièces adapté. Conséquence de la pression foncière, l’habitat collectif est prépondérant. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, un habitant sur deux réside en appartement, contre un peu plus d’un tiers en France (hors Mayotte). Or, la suroccupation est plus fréquente en logement collectif (19 % des résidents) qu’en maison individuelle (5 %) car le nombre de pièces y est en général plus faible. En période de confinement, le sentiment d’enfermement peut y être davantage pesant qu’en maison lorsque l’appartement ne possède pas d’extérieur (balcon, terrasse, rez-de-jardin, parc de la résidence).

Phénomène urbain, la suroccupation touche deux fois plus souvent les ménages résidant dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants (8,5 % des ménages) que ceux vivant dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants ou les communes rurales (4 %). Quelle que soit la taille de l’agglomération, la population de la région est sensiblement plus concernée que la population française (figure 1).

Figure 1Une suroccupation plus marquée qu’en France dans tout type de territoirePart des résidences principales suroccupées selon la taille de l’agglomération en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en France hors Mayotte en 2016

en %
Une suroccupation plus marquée qu’en France dans tout type de territoire (en %) - Lecture : en 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 4 % des résidences principales des agglomérations de moins de 10 000 habitants sont suroccupées.
Provence-Alpes-Côte d’Azur France hors Mayotte
Communes rurales 3,6 1,5
Moins de 10 000 habitants 4,0 2,3
De 10 000 à 100 000 habitants 6,3 3,5
100 000 habitants ou plus (hors agglomération parisienne) 8,5 5,3
  • Lecture : en 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 4 % des résidences principales des agglomérations de moins de 10 000 habitants sont suroccupées.
  • Champ : France hors Mayotte et hors agglomération parisienne, résidences principales (hors studios d'une personne).
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire.

Figure 1Une suroccupation plus marquée qu’en France dans tout type de territoirePart des résidences principales suroccupées selon la taille de l’agglomération en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en France hors Mayotte en 2016

  • Lecture : en 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 4 % des résidences principales des agglomérations de moins de 10 000 habitants sont suroccupées.
  • Champ : France hors Mayotte et hors agglomération parisienne, résidences principales (hors studios d'une personne).
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire.

La suroccupation, un phénomène particulièrement présent dans les Alpes-Maritimes et sur le littoral azuréen

La suroccupation est très marquée sur le littoral urbanisé très touristique, de Mandelieu-la-Napoule à Menton, où la pression foncière est importante, mais également à Marseille (figure 2). Le département des Alpes-Maritimes est particulièrement concerné. Dans ce département, 17,8 % des habitants occupent un logement trop petit au regard de la taille de leur ménage. C’est le 5e taux le plus élevé des départements de France métropolitaine après Paris et sa petite couronne. Les prix plus élevés de l’immobilier et la fréquence du logement collectif dans les Alpes-Maritimes (70 % de la population réside en appartement) contribuent probablement à expliquer ce phénomène. Le taux de suroccupation est nettement plus faible dans les départements alpins (5 %), modéré en Vaucluse (7 %) et dans le Var (10 %). Les Bouches-du-Rhône sont dans la moyenne régionale (12,5 %).

Parmi les agglomérations de plus de 100 000 habitants de province, celle de Nice affiche le taux de suroccupation le plus fort (11,7 % des ménages), devant celles de Creil dans l’Oise (9 %), de Marseille - Aix-en-Provence (8,6 %) et de Montpellier (7,3 %).

Figure 2Une proportion très élevée de logements suroccupés dans les Alpes-MaritimesPart des résidences principales suroccupées en 2016 en %

  • Champ : résidences principales (hors studios de 1 personne).
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire.

Au sein même des villes, la population vivant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) est très concernée : 18 % des ménages habitent un logement suroccupé (figure 3). Ce taux est supérieur à la moyenne des QPV de France métropolitaine (14,4 %). Au sein de la commune de Nice, la suroccupation du logement touche 33 % des ménages du quartier de l’Ariane et 30 % de ceux vivant dans le quartier du Paillon. À Marseille, près d’un quart des logements sont suroccupés dans certains quartiers du nord et du centre-ville.

Une famille monoparentale sur trois avec enfants de moins de 10 ans vit dans un logement suroccupé

En période de confinement, les conditions de vie de diverses populations s’en trouvent dégradées. La suroccupation affecte tout particulièrement les enfants. En 2015, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 202 300 enfants âgés de moins de dix-huit ans habitent un logement auquel il manque au moins une pièce au regard de la taille du ménage. C’est 20 % de l’ensemble des enfants mineurs, contre 13 % en moyenne française. Au sein de la région, cette part s’échelonne de 8 % dans les Hautes-Alpes à 30 % dans les Alpes-Maritimes.

Dans le contexte de la fermeture des établissements scolaires, assurer la continuité pédagogique des enfants peut être plus délicat à la maison pour certains parents (encadré).

Les parents seuls, comme les couples, doivent s’organiser pour concilier leur activité professionnelle et le suivi de la scolarité de leurs enfants. La tâche est rendue plus compliquée lorsqu’ils habitent à l’étroit. La suroccupation, qui est fortement liée à la composition de la famille, touche principalement les familles avec enfants, et tout particulièrement les familles monoparentales. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, tandis que seulement 2,4 % des couples sans enfant habitent un logement suroccupé, c’est le cas de 12,9 % des couples avec enfants et de 25,8 % des familles monoparentales. Ces situations sont encore plus fréquentes en présence de jeunes enfants. Elles concernent 34,2 % des familles monoparentales comprenant au moins un enfant de moins de dix ans, contre 25 % en France.

Figure 3Les familles monoparentales très sensiblement concernées par la suroccupationPart des ménages vivant dans un logement suroccupé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en France hors Mayotte en 2016 en %

en %
Les familles monoparentales très sensiblement concernées par la suroccupation (en %)
Provence-Alpes-Côte d’Azur France hors Mayotte
Ensemble 7,5 5,0
Ménages des quartiers politique de la ville1 18,0 14,4
Moins de 30 ans2 13,3 8,5
De 30 à 49 ans 13,1 8,2
De 50 à 64 ans 6,4 4,1
65 ans ou plus 1,4 0,8
Couples sans enfant 2,4 1,7
Couples avec enfant(s) 12,9 8,1
Couples avec au moins un enfant de 10 ans ou moins 15,8 9,9
Familles monoparentales 25,8 18,1
Familles monoparentales avec au moins un enfant de 10 ans ou moins 34,2 25,0
  • 1 France métropolitaine.
  • 2 Âge de la personne de référence du ménage.
  • Lecture : en 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 12,9 % des ménages avec enfant(s) vivent dans un logement suroccupé
  • Champ : France hors Mayotte, résidences principales (hors studios de 1 personne).
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire.

Figure 3Les familles monoparentales très sensiblement concernées par la suroccupationPart des ménages vivant dans un logement suroccupé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en France hors Mayotte en 2016 en %

  • 1 France métropolitaine.
  • 2 Âge de la personne de référence du ménage.
  • Lecture : en 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 12,9 % des ménages avec enfant(s) vivent dans un logement suroccupé
  • Champ : France hors Mayotte, résidences principales (hors studios de 1 personne).
  • Source : Insee, recensement de la population 2016, exploitation complémentaire.

Le confinement difficile à vivre pour la population âgée dépendante et les personnes handicapées

Le confinement peut être plus difficilement supportable pour les personnes qui vivent seules. La perte de lien social est aggravée pour celles qui ne savent pas utiliser les technologies de communication modernes permettant d’être en contact avec leurs proches. Le confinement peut également complexifier les actes indispensables de la vie quotidienne (faire ses courses, se faire soigner, faire sa toilette, se lever, préparer ses repas…) pour les personnes âgées en situation de dépendance et pour les personnes handicapées.

En 2016, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 834 700 personnes vivent seules, soit 17 % de la population. Cette part est semblable à la moyenne française. Parmi elles, une sur quatre, soit 211 400 personnes, sont âgées de 75 ans ou plus.

Fin 2018, dans la région, 92 000 personnes perçoivent l'allocation adulte handicapé destinée à des personnes handicapées aux revenus modestes. Les trois quarts d’entre elles, soit 68 000 personnes, vivent seules et se retrouvent donc particulièrement isolées dans la période de confinement.

Par ailleurs, 213 400 personnes âgées de 60 ans ou plus sont en situation de dépendance en 2015. Elles ont besoin d’une aide régulière, voire continuelle lorsqu’elles sont sévèrement dépendantes, pour accomplir les gestes essentiels de la vie courante. La très grande majorité d’entre elles, 172 800, vivent à domicile et reçoivent habituellement une aide familiale ou professionnelle, rendue parfois plus difficile en période de confinement. En établissement, les personnes âgées peuvent également souffrir d’isolement faute de ne pouvoir recevoir de visites.

Le confinement peut aggraver les difficultés financières et compliquer l’accès à l’aide alimentaire des personnes en situation de précarité. En 2016, dans la région, 858 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté. C’est près de 17 % de la population. La pauvreté est deux fois plus fréquente pour les personnes vivant au sein d’une famille monoparentale.

Encadré - Des parents non diplômés pour 136 500 enfants mineurs

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour 136 500 enfants âgés de moins de dix-huit ans, aucun des parents avec lesquels ils vivent n’a de diplôme en 2015. C’est 14 % de l’ensemble des enfants mineurs, contre 12 % en France. Près de la moitié résident dans les Bouches-du-Rhône. En période de confinement, le suivi scolaire par les parents peut alors s’avérer plus difficile. Les jeunes écoliers et les collégiens, qui peuvent nécessiter un suivi plus rapproché, sont particulièrement concernés. Ils le sont d’autant plus lorsqu’ils vivent au sein d’une famille monoparentale, car le parent seul est plus souvent non diplômé que le parent en couple. Ainsi, 71 600 enfants âgés de 6 à 14 ans vivent au sein d’une famille dans laquelle aucun des parents n’est diplômé. Parmi eux, 32 200 vivent en famille monoparentale.

En période de confinement, l’accès à internet à domicile et la maîtrise des outils numériques sont nécessaires pour pourvoir suivre les cours assurés à distance par les enseignants. Au niveau national, parmi les enfants de moins de 17 ans, 2 % ne disposent pas, à leur domicile habituel, de l’abonnement ou du matériel pour se connecter à Internet. Cette part s’élève à 3,5 %, presque le double, pour les enfants des familles monoparentales (sources).

Sources

Recensement de la population : il fournit des statistiques sur le nombre d'habitants et sur leurs caractéristiques, notamment la répartition par sexe et âge, et les conditions de logement. L’étude mobilise les exploitations principales et complémentaires.

Fichier localisé social et fiscal (FiLoSoFi) : il fournit des indicateurs sur le niveau de vie et la pauvreté des ménages et des personnes. Le champ couvert est la population des ménages fiscaux (hors ménages en communauté et sans-abri).

Enquête annuelle auprès des ménages sur les technologies de l’information et de la communication (TIC ménages) : elle permet de décrire l’équipement et les usages des ménages dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (informatique, Internet fixe et mobile). Cette enquête fournit des résultats uniquement au niveau national.

Fichier Allstat FR6 décembre 2018 de la Caisse nationale d’allocations familiales :

Les données sur les allocataires CAF proviennent des fichiers des Caisses d'allocations familiales. Le champ est celui de l’ensemble des foyers allocataires ayant un droit versable à au moins une prestation au cours du mois de décembre, ou à une prestation versée en une seule fois (par exemple : allocation de rentrée scolaire) au cours de l’année.

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est un complément de ressources permettant de garantir un revenu minimal aux personnes handicapées, sous certaines conditions.

Enquêtes de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) : Vie Quotidienne et Santé (VQS) 2014, Capacités, Aides et Ressources des seniors (Care) 2015 et Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées (EHPA) 2015.

Les institutions ou établissements médico-sociaux accueillant des personnes âgées comprennent :

- les Ehpad, établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ;

- les USLD, unités de soins de longue durée (Établissements de soins longue durée et hôpitaux ayant une activité de soins de longue durée);

- les EHPA, établissements d’hébergement pour personnes âgées ;

- et les logements-foyers adossés à un Ehpad (Les logements-foyers sont devenus, à partir du 1er janvier 2016, des résidences autonomies).

Définitions


Suroccupation : la suroccupation est mesurée en rapportant la composition du ménage au nombre de pièces du logement, les studios occupés par une personne étant exclus du champ.

Un logement est suroccupé quand il lui manque au moins une pièce par rapport à la norme d' « occupation normale », fondée sur

- une pièce de séjour pour le ménage,

- une pièce pour chaque personne de référence de chaque famille occupant le logement,

- une pièce pour les personnes hors famille non célibataires ou les célibataires de 19 ans ou plus,

- et pour les célibataires de moins de 19 ans :

  • une pièce pour deux enfants s'ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans,
  • sinon, une pièce par enfant.

Cette notion de « suroccupation » diffère légèrement de la notion de « surpeuplement » pouvant être utilisée dans d’autres publications de l’Insee, en particulier celles issues de l’enquête nationale Logement. En effet, l’indice de peuplement des logements prend en compte, dans sa caractérisation du surpeuplement, la surface de certaines pièces, information qui n’est pas disponible dans le Recensement de la population.


Commune dense : définie par Eurostat, la grille communale de densité permet de comparer les degrés d’urbanisation des pays européens, selon une méthodologie homogène. Elle caractérise les communes en fonction de la répartition de la population sur leur territoire. Quatre niveaux de densité sont définis : les communes densément peuplées ou denses, de densité intermédiaire, peu denses, très peu denses. L’appartenance à un niveau de la grille n’est pas liée à la densité moyenne de population calculée sur l’ensemble de la commune, elle prend en compte la présence au sein de la commune de zones concentrant un grand nombre d’habitants sur une faible surface.


Seuil de pauvreté :

La population considérée est la population des ménages fiscaux (hors ménages en communauté et sans-abri) dont le revenu disponible est positif ou nul.

Un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté.

Le seuil de pauvreté est égal à 60 % du niveau de vie médian de France métropolitaine. Le niveau de vie médian est le niveau de vie au-dessous duquel se situent la moitié des ménages.

Pour en savoir plus

Bernard V., Gallic G., Léon O., Sourd C., « Logements suroccupés, personnes âgées isolées... : des conditions de confinement diverses selon les territoires », Insee Focus n°189, avril 2020

Espaze S., Pailler P., « En Paca, 557 000 personnes vivent dans un logement suroccupé », Insee Flash n°58, juin 2013