3 % des individus isolés de leur famille et de leur entourage : un cumul de difficultés socioéconomiques et de mal-être

François Gleizes, Sébastien Grobon, Stéphane Legleye (division Conditions de vie des ménages, Insee)

En 2015, 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées de leur famille et de leur entourage non familial, au sens où elles ont au plus une rencontre physique ou un contact distant par mois avec leur réseau relationnel en dehors de leur ménage. Cette proportion est stable depuis 2006. Les personnes isolées sont plus souvent des hommes, âgées de plus de 40  ans ; elles sont peu diplômées et plus souvent inactives. L’isolement relationnel est associé à une vulnérabilité économique accrue en matière de ressources ou de précarité de l’emploi, à une santé dégradée et à un moindre niveau de bien-être. En cas de difficultés, les personnes isolées ont également 30 % de chances en moins d’obtenir de l’aide que les personnes non isolées. Solitude et isolement ne vont pas nécessairement de pair : 8 % des individus se sentent seuls « tout le temps » ou « la plupart du temps », alors que 62 % d’entre eux ne sont isolés ni de leur famille, ni de leurs amis.

François Gleizes, Sébastien Grobon, Stéphane Legleye (division Conditions de vie des ménages, Insee)
Insee Première  No 1770 - septembre 2019

L’isolement, signe d’une forte vulnérabilité sociale et enjeu de politiques publiques

Avoir des relations sociales fréquentes est associé à des conditions de vie plus favorables, à une sécurité accrue en cas de difficultés et, globalement, à la santé et au bien-être. Ces relations peuvent être aussi bien des rencontres physiques que des contacts distants (courrier ou courriel, téléphone, vidéos, réseaux sociaux). Elles peuvent concerner la famille ou l’entourage (amis, voisins, collègues de travail), mais on ne considère dans cette étude que les contacts et les rencontres avec des personnes hors du ménage : ainsi, un couple peut être isolé alors que les deux conjoints se côtoient au quotidien.

Entre 2006 et 2015, la fréquence des rencontres avec la famille est stable (70 % des personnes disent rencontrer des membres de leur famille au moins une fois par mois), tandis que celle avec l’entourage progresse légèrement (72 % déclaraient rencontrer leur entourage au moins une fois par mois en 2006, contre 75 % en 2015). En revanche, les contacts distants progressent nettement, en particulier avec l’entourage : la part de contacts mensuels avec la famille est passée de 82 % à 86 % entre 2006 et 2015, celle des contacts mensuels avec les amis de 69 % à 79 %. L’essor des moyens numériques de communication au cours des années 2000 a pu contribuer à cette augmentation.

L’isolement, au sens d’un faible nombre de relations peut conduire à une disqualification sociale [Paugam, 1991], ou nourrir un sentiment d’« invisibilité sociale » [Onpes, 2016] ; c’est pourquoi il constitue un réel enjeu pour les politiques publiques [Cese, 2017].

3 % des individus sont isolés

En 2015, 3 % des personnes de 16  ans ou plus sont isolées de leur famille et de leur entourage, au sens où elles déclarent avoir au plus une rencontre physique ou un contact distant par mois avec leur réseau social (figure 1, encadré). Cette proportion est stable sur la période 2006-2015 : elle passe de 4 % à 3 %. La proportion des personnes isolées uniquement de leur entourage passe de 17 % à 13 %, celle des personnes isolées uniquement de leur famille est stable (7 %). À l’inverse, la part des personnes cumulant contacts et rencontres, avec leur famille d’une part et leur entourage d’autre part, est passée de 72 % à 77 % sur la période, cette hausse étant essentiellement le fait de la multiplication des contacts distants.

Par ailleurs, en 2015, 8 % des individus déclarent se sentir seuls « tout le temps » ou « la plupart du temps ». Bien que ce sentiment touche davantage les personnes isolées de leur entourage et de leur famille (17 %), il touche également les personnes uniquement isolées de leur famille (10 %) ou de leurs amis (13 %), ainsi que les personnes ayant des contacts plus fréquents avec famille et amis (6 %). Ainsi, 62 % des personnes se sentant seules ne sont isolées ni de leur famille, ni de leurs amis. Ce sentiment plus diffus renvoie davantage à une perte de lien consécutive à un événement (divorce ou licenciement) ou à un sentiment de fragilité devant des difficultés économiques, sociales ou affectives [Van de Velde, 2011].

Figure 1 – Isolement au sens de contacts et rencontres une fois par mois ou moins en 2015

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Figure 1 – Isolement au sens de contacts et rencontres une fois par mois ou moins en 2015 (en %) - Lecture : en 2015, 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées à la fois de leur famille et de leur entourage, au sens où elles ont au plus une rencontre physique ou un contact distant par mois avec leur réseau social.
Uniquement isolé de la famille Uniquement isolé de l’entourage Isolé de la famille et l’entourage
Contacts et rencontres au plus une fois par mois (seuil retenu dans cette étude) 7 13 3
  • Lecture : en 2015, 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées à la fois de leur famille et de leur entourage, au sens où elles ont au plus une rencontre physique ou un contact distant par mois avec leur réseau social.
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

Figure 1 – Isolement au sens de contacts et rencontres une fois par mois ou moins en 2015

  • Lecture : en 2015, 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées à la fois de leur famille et de leur entourage, au sens où elles ont au plus une rencontre physique ou un contact distant par mois avec leur réseau social.
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

L’isolement s’ajoute aux difficultés socioéconomiques

Comparativement aux personnes non isolées, les personnes isolées de leur famille et de leur entourage sont moins diplômées, moins souvent en emploi, plus souvent retraitées, et plus souvent en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle (figure 2). Lorsqu’elles travaillent, elles sont moins souvent cadres ou professions intermédiaires, plus souvent en contrat à durée déterminée (CDD), et travaillent plus fréquemment de nuit. Ce sont aussi des personnes plus âgées et plus souvent des hommes. Enfin, elles sont à peine plus nombreuses à vivre seules que celles qui ne sont pas isolées.

Figure 2a – Part des personnes en situation de pauvreté parmi les personnes isolées en 2015

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Figure 2a – Part des personnes en situation de pauvreté parmi les personnes isolées en 2015 (en %)
Pauvreté monétaire En privation matérielle
Isolé de la famille et de l’entourage 23 23
Uniquement isolé de la famille 19 18
Uniquement isolé de l’entourage 14 12
Non isolé 9 9
Ensemble 13 12
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

Figure 2a – Part des personnes en situation de pauvreté parmi les personnes isolées en 2015

  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

Une fois neutralisés les effets de composition (différences d’âge, de lieu de résidence, etc.), les déterminants restent similaires (figure 3) : toutes choses égales par ailleurs, les personnes isolées sont deux fois plus souvent des hommes que les personnes non isolées, elles sont plus souvent âgées de 40 ans ou plus (les 16-24 ans sont moins concernés que les 25-39 ans), peu diplômées et disposant de revenus modestes. Le faible lien entre le fait de vivre seul et l’isolement a été également mis en évidence par des études antérieures, qui suggèrent que, toutes choses égales par ailleurs, les personnes seules ont un réseau davantage tourné vers l’extérieur que vers la famille proche [Kaufmann, 1994]. Ces personnes ont plus de contacts que les personnes en couple, mais sont sujettes à un sentiment de solitude plus important, particulièrement les personnes divorcées et veuves [Pan Ké Shon, 1999].

Figure 3 - Profil des personnes en situation d’isolement relationnel, toutes choses égales par ailleurs

Figure 3 - Profil des personnes en situation d’isolement relationnel, toutes choses égales par ailleurs - Lecture : par rapport aux personnes non isolées, les hommes ont 2,32 fois plus de chances que les femmes d’être isolés de leur entourage et de leur famille.
Risques relatifs relativement à l’absence d’isolement
Isolé de la famille et de l’entourage Uniquement isolé de la famille Uniquement isolé de l’entourage
Femmes Réf. Réf. Réf.
Hommes 2,32** 1,74** 1,00
16-24 ans 0,57 2,09** 0,28**
25-39 ans Réf. Réf. Réf.
40-49 ans 1,85** 1,64** 1,59**
50-64 ans 2,39** 1,58** 2,17**
65 ans ou plus 2,45** 1,46** 2,54**
Aucun diplôme 2,56** 1,38** 1,58**
Inférieur au Bac 1,54** 1,23* 1,13*
Bac 1,22 1,26* 0,93
Bac + 2 0,90 1,06 0,99
Supérieur à Bac + 2 Réf. Réf. Réf.
Personne seule Réf. Réf. Réf.
Famille monoparentale 1,17 1,14 1,01
Couple sans enfant 0,92 0,80** 1,24**
Couple avec au moins un enfant 1,28 1,11 1,20**
Autre type de ménage (ménage complexe) 1,27 1,17 0,98
En emploi 1,01 1,06 0,93
Au chômage Réf. Réf. Réf.
1ᵉʳ quintile de niveau de vie 2,05** 1,49** 1,34**
2ᵉ quintile 1,38* 1,17 1,23**
3ᵉ quintile 1,06 1,12 1,22**
4ᵉ quintile 1,23 1,33** 1,06
5ᵉ quintile Réf. Réf. Réf.
Commune rurale 0,73* 0,67** 0,88*
Unité urbaine de 2 000 à 49 999 habitants 0,72* 0,78** 0,89
Unité urbaine de 50 000 à 199 999 habitants 0,83 0,83 0,98
Unité urbaine de 200 000 habitants ou plus 0,82 0,67** 0,94
Agglomération de Paris Réf. Réf. Réf.
  • Note : régression de Poisson modifiée. Significativité à 10 % (*) ou à 5 % (**).
  • Lecture : par rapport aux personnes non isolées, les hommes ont 2,32 fois plus de chances que les femmes d’être isolés de leur entourage et de leur famille.
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

Les personnes isolées de l’entourage, plus âgées et plus pauvres que celles isolées de la famille

Les profils sont différents selon que l’isolement concerne uniquement la famille, ou uniquement l’entourage. Les personnes isolées uniquement de leur famille sont plus souvent des hommes ; elles sont plus diplômées et bénéficient de meilleures conditions économiques et d’emploi que les personnes isolées ; en leur sein, les familles avec enfant (couples ou familles monoparentales) sont surreprésentées, à l’inverse des couples sans enfant. Toutes choses égales par ailleurs, ce sont les 25-39 ans qui sont les moins concernés par l’isolement familial : le risque augmente dès 40 ans, mais culmine surtout parmi les 16-24  ans. Les personnes en couple sans enfant sont moins concernées que les personnes seules. Par ailleurs, le risque augmente avec la faiblesse du niveau d’éducation et pour les personnes dont le niveau de vie est le plus modeste (premier quintile).

Les personnes qui ne sont isolées que de leur entourage sont nettement plus âgées et un peu plus souvent des femmes, mais cette différence selon le sexe disparaît toutes choses égales par ailleurs ; elles sont plus souvent retraitées ou inactives et leurs revenus sont globalement moins modestes que ceux des personnes isolées de leur entourage et de leur famille ou des personnes isolées de leur famille exclusivement. Toutes choses égales par ailleurs, leurs revenus restent néanmoins nettement plus modestes que ceux des personnes non isolées, et elles restent plus souvent en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle que les personnes non isolées ; ce sont par ailleurs plus souvent des personnes en couple.

Les trois formes d’isolement sont plus répandues dans l’agglomération parisienne qu’ailleurs, sans que l’on puisse établir de différences nettes entre les unités urbaines de taille plus réduite. Enfin, les personnes isolées de leur entourage et les personnes isolées disposent moins souvent d’un accès à Internet à leur domicile.

Globalement, le lien observé entre difficultés socioéconomiques et isolement, notamment vis-à-vis de l’entourage, illustre l’idée d’une hiérarchie culturelle de la sociabilité, selon laquelle le nombre de contacts et le réseau social, en dehors des liens de parenté proche, croissent avec le statut social [Héran, 1988]. Il peut aussi s’interpréter comme un cumul de handicaps lié à la fragilité que provoque un défaut d’intégration sociale par le travail, et l’absence des ressources nécessaires à la participation à une vie sociale. En effet, la désindustrialisation et les évolutions récentes du marché du travail ont favorisé le délitement des liens professionnels d’une partie de la population en emploi précaire [Paugam, 2000 ; Castel, 2009].

Moins d’activités sociales et de loisirs, une santé dégradée et moins d’aide en cas de besoin

Les personnes isolées sont logiquement moins engagées dans des activités sportives ou sociales comme le bénévolat. De même, elles communiquent moins souvent via les réseaux sociaux lorsqu’elles sont équipées d’Internet. Enfin, elles se sentent plus souvent en mauvaise santé.

Si 89 % de la population en demande d’aide financière, matérielle ou morale obtient satisfaction auprès de son entourage ou de sa famille, les personnes isolées déclarent moins souvent en recevoir (figure 4). Ce dernier résultat reste vrai toutes choses égales par ailleurs : les personnes isolées de leur entourage et de leur famille ont ainsi presque 30 % de chances en moins d’obtenir de l’aide en cas de besoin que les personnes non isolées, les personnes isolées de leur famille 8 % de chances en moins et celles isolées de leur entourage 5 % de chances en moins. En distinguant simultanément la fréquence des contacts et celle des rencontres avec l’entourage d’une part et avec la famille d’autre part (au seuil d’au moins une occurrence par mois), les chances d’obtenir de l’aide de la famille dépendent à égalité de la fréquence des rencontres (+ 5 % de chance en plus dès une rencontre par mois) et des contacts distants (+ 7 %), alors que l’obtention d’aide de l’entourage repose uniquement sur la fréquence des rencontres physiques (+ 7 %), celle des contacts ayant un effet négligeable non significatif.

Figure 4 - Bien-être des personnes en situation d’isolement relationnel

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Figure 4 - Bien-être des personnes en situation d’isolement relationnel (en %) - Lecture : 32 % des personnes isolées sont insatisfaites de la vie qu’elles mènent actuellement, contre 13 % des personnes non isolées.
Isolé de la famille et de l’entourage Uniquement isolé de la famille Uniquement isolé de l’entourage Non isolé
Insatisfait (note inférieure ou égale à 5)
Des relations avec la famille et les amis 31 7 7 2
De la vie menée actuellement 32 18 27 13
Des loisirs 50 24 41 21
Du travail 12 8 9 7
Du logement 16 14 11 9
A bénéficié d’une aide de la famille ou de l’entourage* 61 83 83 91
N’a pas les moyens financiers de recevoir amis ou famille 29 15 16 7
Communique au moins une fois par mois sur les réseaux sociaux 16 43 17 44
Peut discuter de questions personnelles avec un ami ou de la famille 53 82 73 90
Se sent seul presque tout le temps ou tout le temps 17 10 13 6
Limité dans les activités courantes 35 29 40 21
Maladie chronique (autodéclarée) 47 38 51 35
Mauvais état de santé perçu 14 7 14 5
Bénévole (association ou non) 12 22 21 31
Ne fait pas de sport 76 54 70 49
  • * Parmi les personnes qui en avaient besoin.
  • Lecture : 32 % des personnes isolées sont insatisfaites de la vie qu’elles mènent actuellement, contre 13 % des personnes non isolées.
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

L’isolement lié à un moindre bien-être sous toutes ses formes, mais pas à l’insatisfaction au travail

Logiquement, les personnes isolées expriment un bien-être inférieur à celles qui sont plus proches de leur entourage et/ou de leur famille. Toutes choses égales par ailleurs, la faiblesse des liens sociaux a d’ailleurs un effet plus important sur le bien-être que la situation matérielle, la santé, l’insécurité physique ou l’environnement [Godefroy, Lollivier, 2014]. L’isolement est en effet associé à différentes dimensions du bien-être subjectif : davantage de personnes isolées se sentent insatisfaites de leurs relations amicales ou familiales, de leurs loisirs, et même de leur logement ; seule l’appréciation du travail semble indépendante des relations avec les proches (figure 4). Même si l’isolement se cumule avec les difficultés liées au travail, le bien-être au travail semble maintenu dans certains cas, même quand d’autres dimensions du bien-être sont affectées, ce qui suggère dans ce cas un relatif cloisonnement des espaces d’intégration lorsque le travail joue ce rôle, voire la possibilité de surinvestir le travail en cas de difficultés sociales. Le lien avec le bien-être est particulièrement marqué pour les personnes en situation d’isolement relationnel ; il est plus important pour celles qui sont isolées de leur entourage que pour celles qui ne le sont que de leur famille.

Relativement aux personnes non isolées, les personnes isolées de leur entourage et de leur famille ont 20 % de chances en plus d’être insatisfaites dans la vie, les personnes isolées de leur entourage 13 %, alors qu’il n’existe pas de différence avec les personnes isolées seulement de leur famille. En distinguant comme précédemment la rareté des contacts et des rencontres avec l’entourage et la famille (au seuil de moins d’une occurrence par mois), l’insatisfaction générale dans la vie apparaît favorisée à la fois par la rareté des rencontres et des contacts avec l’entourage (7 % de chances en plus pour chacun des deux), mais uniquement par la rareté des contacts avec la famille (+ 5 %), celle des rencontres ayant un effet négligeable non significatif. De même, l’insatisfaction à propos des relations avec l’entourage est autant influencée par la rareté des rencontres que par celle des contacts : déclarer l’un ou l’autre moins d’une fois par mois augmente de 20 % les chances d’être insatisfait, alors que pour l’insatisfaction à propos de la famille, la rareté des contacts joue davantage que celle des rencontres (30 % de chances en plus, contre 10 %).

Enfin, le sentiment de solitude est, toutes choses égales par ailleurs, 2,5 fois plus répandu parmi les personnes isolées, 1,9 fois plus parmi celles qui sont isolées de leur entourage, mais seulement 1,4 fois plus parmi les personnes isolées de leur famille. En distinguant une nouvelle fois la rareté des contacts et des rencontres avec la famille et l’entourage, le sentiment de solitude apparaît associé à la rareté des rencontres et des contacts avec l’entourage (50 % de chances supplémentaires dans les deux cas), alors que pour la famille, seule la rareté des rencontres joue (38 % de chances en plus), celle des contacts étant négligeable. Cela tient aux différences entre le réseau familial, relativement restreint mais constitué de liens forts basés sur les rencontres, qui perdurent et protègent de la solitude même lorsque les contacts sont rares, et le réseau de proches, plus étendu mais constitué de liens plus faibles, dont l’entretien nécessite davantage de contacts réguliers.

Encadré

Mesurer l’isolement vis-à-vis de la famille et/ou de l’entourage

L’enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) interroge sur la fréquence des contacts distants et des rencontres d’une part avec l’entourage (défini au sens large : amis, voisins, collègues) et d’autre part avec la famille (hors ménage) à l’aide d’une échelle allant de « jamais » à « chaque jour ou pratiquement ».

À partir de ces quatre questions et avec un seuil limite d’une rencontre ou d’un contact mensuel pour établir une situation d’isolement relatif, quatre groupes sont distingués :

- les personnes non isolées, c’est-à-dire qui déclarent des contacts et des rencontres plus d’une fois par mois avec leur famille et leur entourage (77 % en 2015) ;

- les personnes isolées de leur entourage mais pas de leur famille (13 %) ;

- les personnes isolées de leur famille mais pas de leur entourage (7 %) ;

- les personnes isolées de leur entourage et de leur famille, c’est-à-dire en situation d’isolement relationnel ou encore isolées (3 %).

La proportion de personnes isolées varie selon les seuils et les variables retenus (figure). Selon les enquêtes permanentes sur les conditions de vie (1996-2006), en considérant comme isolées les personnes n’ayant eu que quatre contacts ou moins d’ordre privé au cours d’une semaine de référence, 11 % des personnes étaient isolées en 2001 [Pan Ké Shon, 2003]. Cette proportion est proche de celle des personnes ayant au plus une rencontre par mois avec la famille ou les proches en 2015 dans les données SRCV, qui s’élève à 10 %. En prenant en compte les contacts distants, la définition de l’isolement retenue dans cette étude s’avère un peu plus restrictive.

Proportion de personnes isolées en 2015 selon le type de relations et le seuil de fréquence

en %
Proportion de personnes isolées en 2015 selon le type de relations et le seuil de fréquence (en %) - Lecture : 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées de leur famille et de leur entourage au sens où elles ont au plus un contact distant ou une rencontre par mois avec leur réseau social : il s’agit du seuil retenu dans cette étude. Un seuil ne prenant en compte que les rencontres conduirait à 10 % de personnes ne rencontrant leur famille ou leur entourage qu’au plus une fois par mois.
Au sens des rencontres seulement Au sens des rencontres et contacts distants² (définition retenue dans l’étude)
Uniquement isolé de la famille¹ Uniquement isolé de l’entourage Isolé de la famille et de l’entourage Uniquement isolé de la famille Uniquement isolé de l’entourage Isolé de la famille et de l’entourage
Jamais ou sans objet (seuil le plus restrictif) 2 4 1 1 4 0,4
Au plus plusieurs fois par an³ 15 10 5 4 8 1
Au plus une fois par mois (seuil retenu dans l’étude) 20 15 10 7 13 3
Au plus plusieurs fois par mois⁴ (seuil le plus large) 23 22 29 13 25 12
  • 1. En dehors des membres de la famille vivant dans le ménage.
  • 2. Communications par téléphone, SMS, Internet, courrier, courriel, etc.
  • 3. Mais moins d’une fois par mois.
  • 4. Mais moins d’une fois par semaine.
  • Lecture : 3 % des personnes de 16 ans ou plus sont isolées de leur famille et de leur entourage au sens où elles ont au plus un contact distant ou une rencontre par mois avec leur réseau social : il s’agit du seuil retenu dans cette étude. Un seuil ne prenant en compte que les rencontres conduirait à 10 % de personnes ne rencontrant leur famille ou leur entourage qu’au plus une fois par mois.
  • Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête SRCV 2015.

Sources

L’enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) est réalisée en face-à-face avec un enquêteur ; 21 000 personnes résidant en ménage ordinaire, en France métropolitaine, y ont répondu dont 15 000 sans proxy, c’est-à-dire en personne. Les questions sur l’isolement ont été posées en 2006, 2011 et 2015.

Dans cette étude, les non-répondants à chacune des quatre questions sur un type de relation (entre 0,3 % et 3,3 % par question) sont considérés comme n’ayant pas de relation.

Définitions

Privation matérielle : incapacité de se procurer certains biens ou services considérés par la plupart des individus comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (au moins trois parmi neuf éléments) ; elle concerne 10 % de la population en 2015.

Satisfaction : évaluation subjective que chacun fait de sa vie dans son ensemble ou dans les différentes dimensions qui la composent. Dans l’enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV), les questions de satisfaction sur une échelle de 0 (« pas du tout satisfait ») à 10 (« entièrement satisfait ») portent sur la vie menée actuellement, le logement, le travail, les loisirs, la famille, les amis et la santé. On parle d’insatisfaction lorsque la note est inférieure ou égale à 5 (environ 10 % de la population, pour chaque dimension).

Analyse toutes choses égales par ailleurs : fondée sur une régression, cette méthode vise à démêler l’effet des différentes variables affectant un phénomène : par exemple, mesurer l’effet de l’âge sur l’isolement, à niveau de diplôme comparable, en tenant compte du fait que les plus âgés sont en moyenne moins diplômés. Les analyses présentées ici correspondent à une régression de Poisson modifiée, fournissant des rapports de risques ou risques relatifs (RR). Les variables prises en compte sont celles de la figure 3.
















Pour en savoir plus

« Combattre l’isolement social pour plus de cohésion et de fraternité », Avis du Conseil économique, social et environnemental, 2017.

Onpes, « L’invisibilité sociale : une responsabilité collective », rapport 2016.

Godefroy P., Lollivier S., « Satisfaction et qualité de vie », in Économie et statistique n° 469-470, 2014.

Van de Velde C., « La fabrique des solitudes », in Rosanvallon Pierre (dir.), « Refaire société », Le Seuil, La République des idées, 2011.

Castel R., « La montée des incertitudes - Travail, protections, statut de l’individu », Le Seuil, La couleur des idées, 2009.

Pan Ké Shon J.-L., « Isolement relationnel et mal-être », Insee Première n° 931, 2003.

Paugam S., « Le salarié de la précarité. Les nouvelles formes de l’intégration professionnelle », PUF, 2000.

Pan Ké Shon J.-L., « Vivre seul, sentiment de solitude et isolement relationnel », Insee Première n° 678, 1999.

Kaufmann J.-C., « Vie hors couple, isolement et lien social : figures de l’inscription relationnelle », in Revue française de sociologie, 35-4, 1994.

Paugam S., « La disqualification sociale : essai sur la nouvelle pauvreté », PUF, 1991.

Héran F., « La sociabilité, une pratique culturelle », in Économie et statistique n° 216, 1988.