L’arrondissement d’Abbeville : des atouts touristiques et industrielsTerritoires des Hauts-de-France

Gabriel Marot (Insee)

Au 1er janvier 2016, 125 900 personnes habitent dans l’arrondissement d’Abbeville, soit un habitant de la Somme sur cinq. Depuis plusieurs décennies, la population augmente faiblement. Le territoire fait face à un départ constant d’habitants et depuis peu à un solde naturel légèrement négatif, contribuant au vieillissement de la population. L’arrondissement dispose cependant de deux atouts économiques : le tourisme en lien avec la façade littorale ainsi qu’une industrie encore bien présente. Cependant, il reste marqué par les fragilités sociales, conséquences d’un marché du travail dégradé.

Insee Flash Hauts-de-France
No 72
Paru le : Paru le 10/09/2019
Gabriel Marot (Insee)
Insee Flash Hauts-de-France  No 72 - septembre 2019

Cette étude fait partie d'une série de publications sur les territoires des Hauts-de-France.

Le deuxième arrondissement le plus peuplé de la Somme

Situé à l’ouest du département de la Somme, l’arrondissement d’Abbeville se compose de 164 communes dont deux de plus de 4 000 habitants (Abbeville et Friville-Escarbotin). Avec 125 900 habitants au 1er janvier 2016 (figure 1), il se place en seconde position au niveau départemental derrière l’arrondissement d’Amiens (304 300 habitants), mais devant ceux de Péronne (94 900 habitants) et Montdidier (47 700 habitants). Positionné entre la Normandie et le Pas-de-Calais, le territoire bénéficie d’un réseau autoroutier développé (A16, A28) facilitant les déplacements. Sur le littoral, la baie de Somme, qui s’étend sur 70 km², profite d’une renommée touristique internationale. Le territoire est agricole et peu dense avec 81 habitants au km², soit une densité inférieure au niveau départemental (93 habitants au km²).

Figure 1La population diminue dans l’arrondissement d’AbbevillePopulation 2016 par arrondissement et évolution entre 2011 et 2016

La population diminue dans l’arrondissement d’Abbeville
Arrondissement Libellé Population 2016 Taux de variation annuel moyen de la population (en %)
021 Château-Thierry 69 836 0,31
022 Laon 157 371 -0,17
023 Saint-Quentin 129 028 -0,43
024 Soissons 107 744 0,05
025 Vervins 72 157 -0,63
591 Avesnes-sur-Helpe 230 372 -0,20
592 Cambrai 162 045 0,01
593 Douai 245 280 -0,24
594 Dunkerque 377 294 0,03
595 Lille 1 237 472 0,46
596 Valenciennes 351 260 0,08
601 Beauvais 229 183 0,58
602 Clermont 130 333 0,26
603 Compiègne 182 266 0,41
604 Senlis 281 760 0,44
621 Arras 248 929 0,19
622 Béthune 293 991 0,06
623 Boulogne-sur-Mer 159 748 -0,24
624 Montreuil 112 118 -0,07
625 Saint-Omer 129 608 0,49
626 Calais 158 492 0,56
627 Lens 367 839 -0,03
801 Abbeville 125 867 -0,37
802 Amiens 304 282 0,19
803 Montdidier 47 700 0,30
804 Péronne 94 895 0,06
  • Source : Insee, recensements de la population 2011 et 2016.

Figure 1La population diminue dans l’arrondissement d’AbbevillePopulation 2016 par arrondissement et évolution entre 2011 et 2016

  • Source : Insee, recensements de la population 2011 et 2016.

Le déficit migratoire, moteur de la baisse de population

Depuis 1962, la population de l’arrondissement a augmenté plus modérément (+ 2 %) que dans le département et la région (+ 17 %). Au cours des 5 dernières années, elle baisse même à un rythme de – 0,4 % par an, soit une diminution de 2 320 habitants sur la période (figure 2). Cela s’explique par le déficit migratoire (– 0,3 % par an) et dans une moindre mesure par le solde naturel, légèrement négatif (– 0,1 % par an). L’arrondissement reste cependant attractif pour les retraités, le solde migratoire étant excédentaire chez les 55 à 64 ans (+ 232 personnes). Parallèlement, les moins de 30 ans sont plus nombreux à quitter l’arrondissement qu’à s’y installer, surtout les jeunes de 18 à 24 ans (– 410 personnes), en lien avec la fin de leurs études.

À l’horizon 2050, alors que les arrondissements d’Amiens et Montdidier gagneraient des habitants, celui d’Abbeville continuerait d’en perdre (– 0,2 % par an). La population s’établirait alors à 120 100 habitants, soit une baisse de 7 400 habitants par rapport à 2013. Le vieillissement de la population serait très marqué dans l’arrondissement, où la proportion de seniors serait la plus élevée de la région (35,5 % soit 10 points de plus que la moyenne régionale).

Le marché du travail se dégrade entre 2011 et 2016

En 2016, l’arrondissement offre près de 43 300 emplois, soit 20 % des emplois samariens. Entre 2011 et 2016, le nombre d’emplois a diminué de 4,8 %, trois fois plus rapidement qu’en région. Cela traduit les difficultés économiques du territoire où l’industrie est surreprésentée (encadré). Sur la même période, la population active a également baissé, mais de manière moins prononcée que les emplois. Le taux de chômage a par conséquent augmenté. À 16,5 % de la population active, il reste inférieur au niveau régional (17,1 %) mais bien supérieur au niveau national (13,6 %). Avec 95 emplois pour 100 actifs occupés, le territoire offre moins d’emplois qu’il ne compte d’actifs occupés. Les navetteurs représentent un peu plus d’un actif occupé sur cinq et travaillent majoritairement vers les aires urbaines d’Amiens (38 %) et d’Eu (16 %). À l’inverse, 19 % des emplois sont occupés par des actifs qui résident hors du territoire, provenant à 45 % de ces deux mêmes aires urbaines.

Un territoire confronté aux difficultés sociales

À l’instar du département et de la région, le taux de pauvreté de l’arrondissement est élevé (17,6 %). La pauvreté, concentrée dans les quartiers prioritaires d’Abbeville, existe aussi de manière diffuse sur le territoire. Près de 6 actifs sur 10 n’ont pas le baccalauréat, contre moins d’un sur deux dans les Hauts-de-France. En lien avec la forte présence industrielle sur le territoire, 33 % des actifs sont des ouvriers contre 27 % dans la région.

Figure 2Un niveau de vie médian inférieur au niveau départementalPrincipaux indicateurs démographiques et économiques

Un niveau de vie médian inférieur au niveau départemental
Arrondissement d'Abbeville Somme Hauts-de-France
Population au 1ᵉʳ janvier 2016 125 867 572 744 6 006 870
Taux de croissance annuel moyen entre 2011 et 2016 (en %) -0,4 0,1 0,2
Part des moins de 20 ans (en %) 22,7 24,8 26,3
Part des 65 ans ou plus (en %) 22,9 18,7 16,9
Nombre d'actifs occupés au lieu de résidence 45 702 217 676 2 264 531
Nombre d'emplois au lieu de travail 43 274 213 176 2 115 049
Taux d'activité des 15 à 64 ans (en %) 71,5 70,9 70,9
Part d'actifs ayant un emploi dans la population des 15 à 64 ans (en %) 59,7 59,5 58,8
Taux de chômage au sens du recensement de la population (en %) 16,5 16,1 17,1
Taux de pauvreté (en %) 17,6 17,3 18,6
Niveau de vie médian (en euros) 18 585 19 205 18 982
Part des diplômés de l'enseignement supérieur (en %) 16,5 22,2 23,8
  • Source : Insee, recensements de la population 2011 et 2016, Fichier localisé social et fiscal (FiLoSoFi) en géographie au 01/01/2016.

Deux zones d’emplois pour un arrondissement

Dans la continuité du Montreuillois au Nord, la zone d’emploi d’Abbeville est une économie résidentielle, stimulée par les dépenses du tourisme et celles des retraités. Le tourisme procure 6,5 % des emplois, soit 4 points de plus qu’en région. Les emplois tertiaires y représentent 75 % des emplois.

Au sud de l’arrondissement, la zone d’emploi de la Vallée de la Bresle-Vimeu, à cheval sur les Hauts-de-France et la Normandie, abrite une économie très industrielle. Malgré les crises successives, ce territoire a gardé plusieurs spécificités : robinetterie, serrurerie, verrerie avec des petites entreprises autonomes orientées vers le haut de gamme et l’exportation. L’industrie représente 35 % des emplois dans la partie régionale de la zone d’emploi contre 14 % dans les Hauts-de-France. Un emploi industriel sur deux se situe dans le secteur de la métallurgie (14 % en région).

Définitions

Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période.

Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes entrées sur un territoire donné et le nombre de personnes qui en sont sorties, au cours de la période considérée.

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation.

Le taux de pauvreté correspond à la proportion d’individus dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian de la population française.

Le taux de chômage au sens du recensement de la population est la proportion du nombre de chômeurs au sens du recensement dans la population active au sens du recensement.

Le taux d’activité des 15 à 64 ans est le rapport entre le nombre d’actifs (actifs occupés et chômeurs) et l’ensemble de la population correspondante.

Au recensement, les personnes actives ayant un emploi peuvent être comptées à leur lieu de résidence ou à leur lieu de travail. Au lieu de résidence, on parle de population active ayant un emploi. Au lieu de travail, on parle d’emploi au lieu de travail ou plus brièvement d’emploi.

Les navetteurs sont des actifs occupés qui résident dans un arrondissement et travaillent en dehors de celui-ci.

Pour en savoir plus

Sur le site Insee.fr : Rubrique Dossier Complet, comparateur de territoire, statistiques-locales.insee.fr

Sur le site Piver Hauts-de-France : 8ᵉ rencontre territoriale à Abbeville

« Au 1ᵉʳ janvier 2016, 572 700 habitants dans la Somme », Insee Flash Hauts-de-France, n° 63, décembre 2018

« Somme : 605 000 habitants à l’horizon 2050 », Insee Flash Hauts-de-France, n° 53, juillet 2018

« De quoi vivent les territoires ? Des fonctionnements similaires de part et d’autre de l’ancienne frontière régionale », Insee Analyses Nord-Pas-de-Calais-Picardie, n° 15, mai 2016