L’inégale réussite de l’économie occitane

Laurent Bisault, Insee

La croissance de l’économie en Occitanie est une des plus fortes des régions françaises. Elle s’appuie entre autres sur un dynamisme démographique élevé, une filière aéronautique et spatiale performante et le tourisme. Mais ces bons résultats vont de pair avec un chômage important et de conséquentes disparités sectorielles et territoriales.

Laurent Bisault, Insee
Insee Analyses Occitanie  No 76 - juillet 2019

Beaucoup de régions envieraient un tel bilan. La croissance économique est au rendez-vous en Occitanie, avec son corollaire celle de l’emploi. Elle est presque ininterrompue depuis 1990 et surtout une des plus fortes des régions françaises. L’économie régionale dispose pour cela de plusieurs atouts comme l’augmentation de la population, la réussite de la filière aéronautique et spatiale ainsi que le tourisme. La croissance démographique augmente la demande locale. L’industrie aérospatiale ouvre des marchés internationaux. Et la région attire de nombreux touristes extra-territoriaux, de Lourdes au littoral, de Toulouse à Montpellier, des campagnes aux montagnes : la région est aujourd’hui la quatrième par son nombre de nuitées. Le niveau des qualifications est élevé et l’effort de recherche affiche les meilleurs standards européens. Cependant les créations d’emplois ne sont pas suffisantes pour compenser la croissance de la population active. D’où un chômage qui demeure durablement supérieur à celui des autres régions, hormis les Hauts-de-France. Et surtout l’économie se caractérise en Occitanie par de profondes disparités. Elles sont sectorielles, la filière aéronautique et spatiale pesant très lourd dans l’industrie régionale, et territoriales avec une concentration de l’activité autour des métropoles toulousaine et montpelliéraine. Cela se traduit localement par d’importantes difficultés économiques autour d’anciens pôles industriels et par une poursuite du déclin de l’emploi agricole dans des zones rurales.

Une forte croissance

À l’aune du produit intérieur brut (PIB), l’économie régionale est l’une des plus créatrices de richesses. De 1990 à 2008, le PIB progresse hors inflation de 2,3 % en moyenne annuelle, soit 0,4 point de plus que dans l’ensemble de la France métropolitaine. Seules les économies de la Corse et des Pays de la Loire font mieux. Et depuis la récession de 2008-2009, la croissance de l’Occitanie atteint annuellement 1,0 %, soit deux fois celle de l’ensemble du pays hors DOM. Là encore seule la Corse affiche de meilleurs résultats, mais sur des volumes bien moindres (figure 1). En Occitanie, la croissance de l’économie est ainsi quasi ininterrompue depuis 25 ans, seulement affectée par la crise financière amorcée en 2008. Mais dès 2011, le PIB régional retrouve son niveau de 2008. L’emploi suit, augmentant de 30 % sur les 25 dernières années, le meilleur score régional toujours après celui de la Corse.

Figure 1L’Occitanie, plus forte croissance régionale derrière la CorseCroissance annuelle moyenne du PIB en volume (en %)

L’Occitanie, plus forte croissance régionale derrière la Corse
2008-2015 1990-2008
Corse 1,7 2,5
Occitanie 1,0 2,3
Île-de-France 0,8 2,2
Pays de la Loire 0,8 2,4
Nouvelle-Aquitaine 0,7 1,8
Provence-Alpes-Côte d'Azur 0,7 2,0
Bretagne 0,7 2,2
Auvergne-Rhône-Alpes 0,6 1,9
Centre-Val de Loire 0,1 1,1
Normandie 0,0 1,3
Hauts-de-France 0,0 1,4
Grand Est - 0,4 1,2
Bourgogne-Franche-Comté - 0,6 1,2
  • Source Insee , Comptes régionaux base 2010

Figure 1L’Occitanie, plus forte croissance régionale derrière la CorseCroissance annuelle moyenne du PIB en volume (en %)

  • Source Insee , Comptes régionaux base 2010

La croissance démographique est un moteur important de la croissance économique car chaque habitant génère une demande supplémentaire pour l’économie locale. Ce moteur fonctionne bien en Occitanie dont la population augmente de 20 % de 2000 à 2018, pour l’essentiel par un surcroît d’arrivées sur les départs dans la région, car l’Occitanie est durablement attractive. Autre facteur de croissance, l’industrie et ses marchés extérieurs. L’emploi industriel régional échappe à la baisse nationale. Il résiste mieux que celui des autres régions pendant les années quatre-vingt-dix, et s’est presque stabilisé depuis, progressant même à partir de 2010. La filière aéronautique et spatiale en est la locomotive. Articulée autour de 650 entreprises et 107 000 salariés fin 2017 en Occitanie, elle enregistre de nouveaux progrès en 2018. Même si elle est principalement implantée en Haute-Garonne, elle irrigue tous les départements de la région à commencer par le Lot, les Hautes-Pyrénées, l’Aveyron et l’Ariège. La filière génère aussi dans la région des activités connexes comme l’ingénierie et plus généralement, le domaine du numérique. D’un point de vue national, la filière aéronautique et spatiale d’Occitanie contribue à un des rares excédents commerciaux français. L’agroalimentaire est un autre point fort industriel de la région. Certes de moindre importance, mais qui présente l’avantage de n’être que partiellement délocalisable car l’activité est nécessaire pour la transformation des produits agricoles locaux. Ce secteur industriel est aussi moins sensible que beaucoup d’autres à la conjoncture comme l’a montré la crise de 2008-2009. En particulier, les effectifs salariés agroalimentaires ont très peu baissé, résistant d’ailleurs mieux en Occitanie que dans l’ensemble de la France.

Des qualifications et une recherche en pointe

Les zones d’emploi franciliennes de Paris, Saclay (Essonne) et Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) concentrent de nombreux emplois qualifiés, avec 34 %, 30 % et 22 % de cadres et de professions intellectuelles supérieures en 2015. Cependant, Toulouse et Montpellier ne sont pas en reste : 23 % à Toulouse comme à Aix-en-Provence et un peu devant Lille, Cannes-Antibes, Lyon, Grenoble (22 %), 19 % autour de Montpellier (figure 2). Les emplois toulousains sont ceux de l’industrie aéronautique et spatiale, chez Airbus ou Thales, mais aussi de l’ingénierie comme chez Altran et Alten, deux géants du secteur. Ils sont également ceux d’organismes publics de recherche ou universitaires. Ils sont davantage ceux du secteur public à Montpellier, dans la recherche notamment agroalimentaire avec l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), l’hôpital ou l’enseignement, même si IBM, Sanofi et Dell en accueillent un grand nombre. La recherche est d’ailleurs un autre point fort régional. Avec 3,7 % de dépenses de recherche et de développement (R&D) dans le PIB en 2015, l’Occitanie est avec l’île-de-France la seule région française à atteindre l’objectif européen de 3 % de dépenses de R&D. La richesse de la recherche régionale vient aussi de ce qu’elle prend plusieurs formes. Recherche fondamentale principalement dans les universités et les établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Recherche appliquée dans les établissements publics à caractère industriel et commercial (Épic) comme l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Et développement expérimental pour l’essentiel dans les entreprises. La métropole toulousaine est toutefois la seule à accueillir massivement ces trois composantes de la recherche.

Figure 2Des emplois qualifiés à Toulouse et MontpellierPoids des cadres par zone d'emploi en 2015 (en %)

Des emplois qualifiés à Toulouse et Montpellier
Zone d'emploi Part des cadres de la zone d'emploi (%)
Paris 34
Saclay 30
Toulouse 23
Aix-en-Provence 23
Marne-la-Vallée 22
Grenoble 22
Lyon 22
Cannes-Antibes 22
Lille 22
Versailles 21
Lannion 20
Strasbourg 19
Rennes 19
Orly 19
Nantes 19
Montpellier 19
Évry 19
Marseille-Aubagne 18
Cergy 18
Poissy 18
Bagnols-sur-Cèze 17
Niort 17
  • Source : Insee, Clap

Figure 2Des emplois qualifiés à Toulouse et MontpellierPoids des cadres par zone d'emploi en 2015 (en %)

  • Source : Insee, Clap

Un chômage structurellement élevé

De la croissance certes, mais aussi beaucoup de chômage. Car si les créations d’emplois sont nombreuses, en Occitanie, le chômage n’en est pas moins important. De 2008 à 2016, la région est la seconde de France métropolitaine derrière la Corse pour le taux de croissance de l’emploi. Pourtant, le taux chômage progresse en Occitanie de 2,9 points du quatrième trimestre 2008 à celui de 2016, soit la plus forte hausse régionale. L’explication tient pour partie à l’attractivité de l’Occitanie qui suscite de nombreuses installations, et dans une moindre mesure à l’impact des réformes des retraites qui prolongent les durées d’activité. Elle provient aussi d’une plus grande participation des femmes au marché du travail en Occitanie comme dans d’autres régions. Le taux de chômage atteint 11,0 % en moyenne annuelle 2017 en Occitanie, alors qu’il est de 9,1 % dans l’ensemble de la France métropolitaine. À 11,6 %, seul celui des Hauts-de-France est plus élevé. Le chômage dans la région est aussi géographiquement très contrasté (figure 3). De toutes les zones d’emploi métropolitaines, il est au plus haut autour d’Agde-Pézenas dans l’Hérault, où 16,9 % de la population active est au chômage. Le taux de chômage dépasse ou approche les 15 % à Alès dans le Gard, et à Céret et Perpignan dans les Pyrénées-Orientales. Grâce aux nombreuses créations d’emplois, le taux de chômage est nettement plus faible dans la zone d’emploi de Toulouse quoique toujours supérieur à la moyenne nationale (9,1 % en moyenne annuelle 2017). Il est de 5,9 % dans celles de Rodez et de Lozère. Handicap supplémentaire pour les territoires les plus touchés, ce sont aussi ceux où le chômage a le plus augmenté depuis 2008. De quoi accroître encore un peu plus les disparités régionales.

Figure 3Un chômage parmi les plus élevés d’Alès au nord-est à Saint-Girons au sud-ouest de l’OccitanieTaux de chômage localisés par zone d'emploi en moyenne annuelle 2017 (en %)

Un chômage parmi les plus élevés d’Alès au nord-est à Saint-Girons au sud-ouest de l’Occitanie
Code de la zone d’emploi Libellé de la zone d'emploi Taux de chômage localisés (%)
0050 Mont-de-Marsan 7,5
0051 Alençon 8,9
0052 Cosne-Clamecy 8,4
0053 Mâcon 6,8
0054 Nogent-le-Rotrou 8,5
0055 Vallée de la Bresle-Vimeu 9,5
0056 Roissy - Sud Picardie 10,2
0057 Brive-la-Gaillarde 8,2
0059 Avignon 11,4
0060 Saint-Étienne 9,1
0061 Toulouse 9,1
1101 Paris 8,0
1102 Marne-la-Vallée 7,3
1103 Coulommiers 7,3
1104 Meaux 9,0
1105 Melun 7,6
1106 Montereau-Fault-Yonne 11,2
1107 Nemours 7,1
1108 Provins 8,5
1109 Houdan 4,7
1110 Mantes-la-Jolie 10,6
1111 Poissy 8,6
1112 Rambouillet 5,4
1113 Plaisir 5,9
1114 Étampes 6,8
1115 Évry 8,4
1116 Saclay 6,1
1117 Créteil 7,5
1118 Orly 10,0
1119 Cergy 8,3
2101 Charleville-Mézières 11,7
2102 Troyes 11,8
2103 Châlons-en-Champagne 7,8
2104 Épernay 6,9
2105 Reims 9,7
2106 Chaumont-Langres 6,6
2107 Vitry-le-François/Saint-Dizier 10,3
2201 Château-Thierry 11,0
2202 Tergnier 14,3
2203 Thiérache 15,8
2204 Laon 11,7
2205 St-Quentin 14,3
2206 Soissons 12,7
2207 Beauvais 9,7
2208 Compiègne 9,3
2209 Abbeville 11,0
2210 Amiens 11,3
2211 Péronne 10,9
2301 Bernay 10,2
2302 Évreux 9,6
2303 Pont-Audemer 9,7
2304 Vernon - Gisors 10,2
2305 Dieppe - Caux maritime 9,3
2306 Le Havre 11,9
2307 Rouen 9,9
2401 Bourges 9,3
2402 Saint-Amand-Montrond 10,9
2403 Vierzon 12,7
2404 Chartres 7,8
2405 Châteaudun 9,3
2406 Dreux 11,4
2407 Le Blanc 7,6
2408 Issoudun 10,4
2409 Châteauroux 9,1
2410 Chinon 7,7
2411 Loches 8,4
2412 Tours 8,6
2413 Blois 7,9
2414 Romorantin-Lanthenay 9,1
2415 Vendôme 7,2
2416 Gien 9,5
2417 Montargis 12,0
2418 Orléans 8,0
2419 Pithiviers 8,4
2501 Bayeux 7,9
2502 Caen 8,9
2503 Honfleur 8,2
2504 Lisieux 8,7
2505 Vire 7,9
2506 Avranches 6,2
2507 Cherbourg-Octeville 8,0
2508 Coutances 7,5
2509 Granville 8,1
2510 Saint-Lô 6,7
2511 Argentan 8,4
2512 Flers 8,3
2513 L' Aigle 8,8
2601 Beaune 6,1
2602 Chatillon 8,9
2603 Dijon 7,8
2604 Montbard 7,6
2605 Morvan 7,8
2606 Nevers 8,3
2607 Autun 9,7
2608 Chalon-sur-Saône 8,3
2609 Louhans 7,3
2610 Le Creusot-Montceau 10,4
2611 Charolais 7,1
2612 Auxerre 8,4
2613 Avallon 7,6
2614 Sens 9,5
3110 Roubaix-Tourcoing 13,9
3111 Lille 10,0
3112 Dunkerque 11,7
3113 Flandre-Lys 7,4
3114 Douai 12,8
3115 Valenciennes 15,1
3116 Cambrai 12,1
3117 Maubeuge 15,2
3121 Arras 8,3
3122 Lens-Hénin 14,3
3123 Béthune-Bruay 11,0
3124 Saint-Omer 11,0
3125 Calais 14,3
3126 Boulogne-sur-mer 12,5
3127 Berck-Montreuil 8,7
4101 Longwy 9,3
4102 Lunéville 10,9
4103 Nancy 8,8
4104 Bar-le-Duc 7,5
4105 Commercy 10,0
4106 Verdun 10,1
4107 Metz 9,2
4108 Forbach 12,4
4109 Sarrebourg 7,2
4110 Sarreguemines 9,0
4111 Thionville 9,1
4112 Épinal 10,2
4113 Remiremont 9,2
4114 Saint-Dié-des-Vosges 12,3
4115 Neufchâteau 8,4
4201 Haguenau 6,6
4202 Molsheim-Obernai 6,1
4203 Saverne 6,5
4204 Sélestat 7,1
4205 Strasbourg 9,6
4206 Wissembourg 5,5
4207 Colmar 7,4
4208 Mulhouse 10,2
4209 Saint-Louis 7,0
4301 Besançon 7,7
4302 Belfort-Montbéliard-Héricourt 9,9
4303 Morteau 7,1
4304 Pontarlier 6,5
4305 Dole 7,7
4306 Lons-le-Saunier 6,1
4307 Saint-Claude 7,6
4308 Gray 8,9
4309 Vesoul 8,2
5201 Ancenis 5,4
5202 Châteaubriant 7,3
5203 Nantes 7,3
5204 Saint-Nazaire 8,2
5205 Angers 9,4
5206 Cholet 6,2
5207 Saumur 9,9
5208 Segré 6,8
5209 Laval 6,0
5210 Mayenne 6,0
5211 La Ferté-Bernard 7,6
5212 La Flèche 9,2
5213 Le Mans 9,2
5214 Sablé-sur-Sarthe 7,8
5215 Challans 8,6
5216 Fontenay-le-Comte 8,5
5217 Les Herbiers 4,7
5218 La Roche-sur-Yon 7,5
5219 Les Sables-d'Olonne 9,3
5301 Dinan 8,8
5302 Guingamp 9,6
5303 Lannion 8,8
5304 Loudéac 6,5
5305 Saint-Brieuc 8,2
5306 Brest 8,1
5307 Carhaix-Plouguer 9,2
5308 Morlaix 9,1
5309 Quimper 8,2
5310 Fougères 6,9
5311 Redon 7,9
5312 Rennes 7,0
5313 Saint-Malo 8,2
5314 Vitré 5,1
5315 Lorient 9,1
5316 Ploermel 7,4
5317 Pontivy 7,8
5318 Vannes 8,2
5401 Thouars-Loudun 7,9
5402 Châtellerault 8,5
5403 Angoulême 9,3
5404 Jonzac-Barbezieux-Saint Hilaire 8,8
5405 Cognac 7,4
5406 Saintes-Saint Jean d'Angely 9,7
5407 Royan 11,1
5408 Rochefort 10,7
5409 La Rochelle 9,3
5410 Niort 7,0
5411 Parthenay 7,8
5412 Bressuire 6,7
5413 Poitiers 7,1
7201 Bergerac 10,3
7202 Périgueux 9,3
7203 Sarlat-la-Canéda 9,7
7204 Bordeaux 9,2
7205 Libourne 10,6
7206 Pauillac 10,4
7207 La Teste-de-Buch 10,6
7208 Dax 9,9
7209 Agen 8,7
7210 Marmande 9,2
7211 Villeneuve-sur-Lot 10,6
7212 Bayonne 8,2
7213 Oloron-Sainte-Marie 6,6
7214 Pau 7,6
7301 Foix-Pamiers 11,1
7302 Saint-Girons 12,0
7303 Millau 9,2
7304 Rodez 5,9
7305 Villefranche-de-Rouergue 7,9
7306 Saint-Gaudens 9,6
7307 Auch 7,6
7308 Cahors 10,1
7309 Figeac 7,0
7310 Tarbes-Lourdes 10,4
7311 Albi 10,1
7312 Castres-Mazamet 10,3
7313 Montauban 11,0
7401 Tulle 6,5
7402 Ussel 6,5
7403 Guéret 8,6
7404 Limoges 8,8
8201 Ambérieu-en-Bugey 7,0
8202 Bourg-en-Bresse 6,8
8203 Oyonnax 8,4
8204 Annonay 8,6
8205 Aubenas 13,1
8206 Montélimar 11,3
8207 Romans-sur-Isère 10,3
8208 Valence 9,3
8209 Bourgoin-Jallieu 8,4
8210 Grenoble 7,6
8211 Vienne-Roussillon 8,0
8212 Roanne 9,0
8213 Villefranche-sur-Saône 6,4
8214 Lyon 8,3
8215 Tarentaise 7,1
8216 Chambéry 7,3
8217 Maurienne 6,8
8218 Annecy 5,9
8219 Genevois Français 7,1
8220 Vallée de l'Arve 7,9
8221 Mont Blanc 5,5
8222 Chablais 7,4
8301 Montluçon 11,1
8302 Moulins 8,4
8303 Vichy 10,1
8304 Aurillac 6,1
8305 Mauriac 5,2
8306 Saint-Flour 4,9
8307 Brioude 8,2
8308 Le Puy-en-Velay 7,5
8309 Ambert 7,7
8310 Clermont-Ferrand 7,9
8311 Issoire 8,5
8312 Thiers 10,3
9101 Carcassonne 11,4
9102 Limoux 11,6
9103 Narbonne 14,3
9104 Alès 15,7
9105 Bagnols-sur-Cèze 11,6
9106 Nîmes 12,5
9107 Agde-Pézenas 16,9
9108 Béziers 13,9
9109 Clermont-l'Hérault-Lodève 13,1
9110 Ganges 13,0
9111 Montpellier 12,2
9112 Sète 14,2
9113 Lozère 5,9
9114 Céret 15,1
9115 Perpignan 14,8
9116 Prades 12,1
9301 Digne-les-Bains 11,1
9302 Manosque 11,7
9303 Briançon 8,5
9304 Gap 8,6
9305 Cannes-Antibes 10,2
9306 Menton Vallée de la Roya 8,8
9307 Nice 10,0
9308 Aix-en-Provence 8,8
9309 Arles 12,9
9310 Marseille-Aubagne 11,9
9311 Istres-Martigues 11,2
9312 Salon-de-Provence 11,2
9313 Draguignan 11,8
9314 Fréjus-Saint Raphaël 12,2
9315 Toulon 10,0
9316 Cavaillon-Apt 12,3
9317 Orange 12,4
9401 Ajaccio 8,4
9402 Porto-Vecchio 12,9
9403 Sartène-Propriano 12,3
9404 Bastia 10,1
9405 Calvi-L'Île-Rousse 11,7
9406 Corte 9,1
9407 Ghisonaccia-Aléria 10,8
  • Source : Insee, taux de chômage localisés.

Figure 3Un chômage parmi les plus élevés d’Alès au nord-est à Saint-Girons au sud-ouest de l’OccitanieTaux de chômage localisés par zone d'emploi en moyenne annuelle 2017 (en %)

  • Source : Insee, taux de chômage localisés.

Des qualifications inégalement réparties

En matière de qualifications, ce qui est vrai à Toulouse ou Montpellier l’est beaucoup moins dans le reste de la région. Il y a en proportion deux fois plus de cadres dans la zone d’emploi toulousaine en 2015 que dans celles de Castres, Albi, Figeac, Tarbes ou dans celle de Perpignan où la part des cadres est bien en dessous de la moyenne métropolitaine. Sur longue période, de 1982 à 2015, l’écart s’accroît au profit des métropoles et surtout de celle de Toulouse. La distribution spatiale des emplois liés à la recherche est encore plus concentrée que celle des cadres. Sur les 68 000 emplois régionaux de conception-recherche en 2015, on en dénombre 43 000 dans la zone d’emploi toulousaine, 11 000 dans celle de Montpellier, 1 500 à Bagnols-sur-Cèze en lien avec la filière nucléaire ainsi qu’à Nîmes et 1 100 autour de Tarbes. L’existence d’établissements du supérieur comme les écoles des mines d’Alès ou d’Albi n’y change pas grand-chose, ces zones d’emploi comptent peu dans la recherche régionale.

Une industrie sélective

L’histoire est prégnante. La région Occitanie n’a pas de passé industriel très ancien, ce qui prive les acteurs économiques de solutions alternatives en cas de difficultés de certains secteurs. Il faut remonter au début du XIXsiècle pour le comprendre. L’ex-région Midi-Pyrénées dispose alors de peu de matières premières, les mines de charbon de Carmaux (Tarn) et de Decazeville (Aveyron) étant mal desservies par les chemins de fer. Mais surtout, la bourgeoisie locale privilégie la rente foncière pour s’enrichir. De rares tentatives sont cependant menées là où la terre est pauvre, en bordure du Massif central et des Pyrénées. À Castres on travaille la laine, à Mazamet on se spécialise dans le délainage, à Graulhet (Tarn) dans la mégisserie, à Lavelanet dans le textile et les forges fleurissent à Massat (Ariège). À Nîmes, on privilégie la viticulture au textile devant la concurrence lyonnaise. Cent ans plus tard, « L’Ouest et le Midi semblent condamnés à la marginalisation économique » [Marconis, 1996]. Les deux guerres mondiales et la politique d’aménagement du territoire des années soixante font toutefois émerger l’industrie aéronautique autour de Toulouse. Les mines sont aujourd’hui fermées, comme la production d’aluminium à Tarascon (Ariège). L’industrie textile comme celles du cuir ou du délainage ont globalement rendu les armes, même s’il reste quelques établissements de confection en activité aux portes des Cévennes. Faute de pouvoir revitaliser ces territoires, ils se sont vidés de leur population. Les sites miniers ont été les plus touchés avec 50 % d’habitants en moins depuis 1968 dans les unités urbaines de La Grande Combe (Gard) et 45 % dans celles de Bessèges (Gard) ou de Decazeville (Aveyron). Les sites liés au textile et à l’habillement ont perdu 20 % de leur population à Lavelanet (Ariège) et 15 % à Mazamet (Tarn) (figure 4). Certes quelques belles histoires industrielles se sont écrites en Occitanie, comme celle de Pierre Fabre dans la chimie et la pharmacie. Mais la spécialisation industrielle de l’Occitanie dans la construction aéronautique et spatiale demeure forte en 2015, avec 17 % des emplois industriels en équivalents temps plein (ETP) en Occitanie. De plus, les entreprises d’Occitanie de taille intermédiaire (ETI), les plus aptes à se lancer dans l’exportation, sont rares. Elles n’emploient que 16 % des ETP régionaux des secteurs marchands non agricoles non financiers, soit le taux le plus bas de France métropolitaine en dehors de la Corse (figure 5). Hormis celles qui sont intégrées à la filière aéronautique et spatiale, ces ETI régionales sont aussi davantage tournées vers les services que l’industrie, un atout de moins pour conquérir de nouveaux marchés étrangers. Parmi les exceptions, citons le confiturier Andros dans le Lot et le semencier Rouergue, Auvergne, Gévaudan, Tarnais (RAGT) dans l’Aveyron, devenu au fil des ans un acteur européen dans son domaine.

Figure 4Des territoires à la fin de leur histoire industrielleÉvolution des populations des unités urbaines (indice 100 en 1968)

Des territoires à la fin de leur histoire industrielle
La Grand-Combe Decazeville Bessèges Carmaux Lannemezan Lavelanet Mazamet
1968 100 100 100 100 100 100 100
1975 81 95 86 89 97 109 101
1982 68 85 73 81 85 101 98
1990 60 75 64 73 77 96 95
1999 50 66 57 67 71 85 89
2006 48 63 60 68 67 85 88
2011 48 60 58 67 68 81 87
2015 48 56 56 65 68 78 85
  • Source : Insee, recensements de la population

Figure 4Des territoires à la fin de leur histoire industrielleÉvolution des populations des unités urbaines (indice 100 en 1968)

  • Source : Insee, recensements de la population

Figure 5Peu d’entreprises de taille intermédiaire en OccitanieEntreprises de taille intermédiaire (ETI) par région principale d'implantation en 2015

Peu d’entreprises de taille intermédiaire en Occitanie - Lecture : en Occitanie, les 305 entreprises de taille intermédiaire (ETI) emploient 102 413 salariés en équivalent temps plein (ETP), soit 16 % des ETP régionaux.
Région Nombre d’ETI Effectif salarié des ETI en équivalent temps plein (ETP)
Ensemble des ETI dont ETI industrielles Ensemble des ETI dont ETI industrielles Part des ETI dans l’ensemble des entreprises (%)
Ensemble des ETI dont ETI industrielles
Île-de-France 1 694 212 697 395 91 457 24 3
Auvergne-Rhône-Alpes 696 294 250 878 121 115 23 11
Hauts-de-France 424 182 177 322 78 803 27 12
Grand Est 410 205 157 166 82 646 24 13
Nouvelle-Aquitaine 374 145 128 974 54 305 20 8
Pays de la Loire 344 152 122 622 62 605 25 13
Occitanie 305 70 102 413 28 304 16 5
Provence-Alpes-Côte d’Azur 281 58 99 186 24 071 17 4
Normandie 241 96 84 790 37 253 24 10
Bretagne 234 86 93 659 39 235 24 10
Bourgogne-Franche-Comté 186 87 57 840 26 083 20 9
Centre-Val de Loire 174 77 54 743 26 998 21 10
Corse 10 1 2 570 171 5 0
Ensemble 5 373 1 665 2 029 558 673 046 100 100
  • Lecture : en Occitanie, les 305 entreprises de taille intermédiaire (ETI) emploient 102 413 salariés en équivalent temps plein (ETP), soit 16 % des ETP régionaux.
  • Champ : entreprises marchandes non-agricoles, non-financières
  • Source : Insee, Esane 2015

L’emploi agricole en déclin

Le mouvement n’est pas spécifique à la région. De 1990 à 2016, l’emploi agricole recule de moitié en Occitanie. Cette évolution n’a pas d’équivalent dans les autres grands secteurs économiques : entre 1990 et 2016, les effectifs se maintiennent presque dans l’industrie, progressent un peu dans la construction et fortement dans le tertiaire. L’emploi agricole est ainsi de moins en moins en capacité de garantir un minimum d’activité dans les territoires ruraux. Sa disparition contribue aussi à la concentration de l’activité dans les zones urbanisées. Le recul de l’emploi agricole touche tous les départements mais à des rythmes différents (figure 6). Il est moins marqué dans l’Hérault et en Lozère, où un tiers des effectifs agricoles ont disparu en 25 ans, que dans le Lot ou le Tarn-et-Garonne. La raréfaction des effectifs agricoles prend plusieurs formes. Tout d’abord la concentration des exploitations dans de grosses structures qui va de pair avec des gains de productivité, ce qui permet le maintien ou même la croissance des productions. L’avancée de l’urbanisation se fait le plus souvent au détriment des meilleures terres car les villes se sont développées dans les sites les plus favorables à l’agriculture. Mais aussi l’abandon de parcelles qui retournent à l’état de friches, principalement en montagne. Ce mouvement a des conséquences sur l’environnement puisque la perte de terres agricoles réduit le stockage de CO2 dans les sols et s’accompagne souvent de l’intensification des pratiques agricoles.

Figure 6L’emploi agricole diminue dans tous les départements d’OccitanieÉvolution de l’emploi agricole en fin d’année entre 1990 et 2016 (en %)

L’emploi agricole diminue dans tous les départements d’Occitanie
Nombre d’emplois en 1990 Nombre d’emplois en 2016 (p) Variation 1990-2016 (%)
Lot 10 218 4 235 - 59
Hautes-Pyrénées 7 708 3 205 - 58
Tarn-et-Garonne 12 872 5 409 - 58
Tarn 13 505 6 168 - 54
Gers 16 495 7 979 - 52
Haute-Garonne 11 257 5 676 - 50
Ariège 4 624 2 338 - 49
Aveyron 18 750 9 871 - 47
Pyrénées-Orientales 9 244 4 992 - 46
Gard 15 649 8 902 - 43
Aude 13 491 7 736 - 43
Lozère 5 041 3 074 - 39
Hérault 14 494 9 320 - 36
  • (p) : données provisoires
  • Source : Insee, Estel

Définitions

Les cadres et professions intellectuelles supérieures regroupentles professions libérales et assimilées, les cadres de la fonction publique, les professions intellectuelles et scientifiques et les cadres et ingénieurs d’entreprise, selon la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).

La recherche fondamentale porte sur des travaux expérimentaux ou théoriques en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sans envisager une application ou une utilisation particulière. La recherche appliquée vise à acquérir des connaissances nouvelles, dirigées vers un but ou un objectif pratique déterminé. Le développement expérimental s’appuie sur des connaissances existantes pour la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs ou l’amélioration de ceux qui existent déjà.

Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active estimée au lieu de résidence.

Le champ des emplois de conception-recherche est plus large que celui de la recherche et du développement retenu par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) car ces emplois ne sont pas nécessairement liés à « un élément de nouveauté non négligeable et la dissipation d’une incertitude scientifique ou technologique ». Les emplois de la conception-recherche sont mesurés dans le recensement de la population à des fins de comparaisons territoriales.

Une entreprise régionale est ici une entreprise dont au moins la moitié des effectifs travaillent dans la région.

Une entreprise de taille intermédiaire (ETI) est une entreprise qui a entre 250 et 4 999 salariés, et soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 1,5 milliard d'euros, soit un total de bilan n'excédant pas 2 milliards d'euros. C’est une des quatre catégories d’entreprises définies pour les besoins de l’analyse statistique et économique par le décret d’application de la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008.

Pour en savoir plus

« Bilan économique Occitanie - 2018 : l’économie régionale résiste, dans un contexte de ralentissement de la croissance », Insee Conjoncture Occitanie n° 18, juin 2019

« Forte croissance de l’économie numérique, portée par les deux métropoles », Insee Analyses Occitanie n° 75, juin 2019

« Un marché du travail dynamique et attractif, mais un chômage qui reste élevé », Insee Analyses Occitanie n° 68, février 2019

« Recherche et développement en Languedoc-Roussillon : Un potentiel de recherche et une dynamique du secteur privé », Repères et chiffres pour l’économie du Languedoc-Roussillon n° 3, mars 2012

« La recherche en Midi-Pyrénées - Les moyens d’une ambition européenne », 6 pages Midi-Pyrénées n° 133, avril 2011

« Midi-Pyrénées : déclin et renouveau. Pour une lecture de l’histoire contemporaine de la région », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 108, n° 215, 1996