Mode de collecte et questionnaire, quels impacts sur les indicateurs européens de l'enquête Emploi ?

Klara Vinceneux
Documents de travail
No F1804
Paru le : 04/10/2018

Dans le cadre du futur règlement européen sur les enquêtes sociales (IESS), dont l’objectif est d’harmoniser et de standardiser les enquêtes sociales, le questionnaire de l'enquête Emploi française va devoir évoluer. Les modifications attendues sur le module du questionnaire consacré à la position sur le marché du travail (Module A) auront probablement un impact sur la mesure des principaux indicateurs relatifs au marché du travail, au premier rang desquels les taux d'emploi et de chômage. Participant à la task force élaborant le modèle de questionnaire européen, l'Insee a favorablement répondu à l'appel à candidatures lancé par Eurostat en 2015 pour mener un test pilote des questions « At work » de ce futur nouveau module. L'institut a ainsi mis en oeuvre l'expérimentation dite de « Module A » dont l'objectif principal était de mesurer un « effet questionnaire » sur le taux d'emploi et le taux de chômage en particulier, mais aussi d'analyser le lien entre la modification des questions et les estimations obtenues.

En pleine réflexion sur la mise en oeuvre du multimode dans ses enquêtes (avec l'intégration d'Internet en particulier), l'Insee a choisi de mener ce test en ligne, sans aucune intervention d'enquêteurs. 40 000 ménages ont été exclusivement interrogés sur Internet : la moitié recevant le questionnaire actuel de l'enquête Emploi ; l'autre moitié une version proposée par Eurostat. La comparaison des réponses apportées à chacune des deux versions du questionnaire a permis de mettre en exergue un « effet questionnaire » sur les principaux indicateurs du marché du travail. À titre d'exemple, sur Internet, le taux de chômage calculé à partir du questionnaire actuel s'élève à 12 %, contre 11 % à partir de la version proposée par Eurostat.

Une fois « l'effet questionnaire » analysé, les données collectées par Internet ont ensuite été confrontées à celles collectées au même moment en face-à-face dans le cadre de l'enquête Emploi. Cet effet de mode a été analysé et décomposé en un effet de sélection et un effet de mesure, comme le préconise la littérature. L'analyse du profil des répondants a permis de mettre en évidence un effet de sélection sur Internet. Ainsi, les ménages ayant des revenus élevés ont une plus grande propension à répondre sur Internet. Il en est de même pour les ménages propriétaires ou encore pour les ménages résidant dans des communes urbaines. Les personnes âgées de 65 ans ou plus sont, quant à elles, moins représentées au sein des répondants à l'enquête en ligne que les plus jeunes. Une fois cet effet de sélection corrigé, l'écart est de deux points sur le taux de chômage : il s'élève à 12 % lorsqu'il est calculé à partir des données collectées en ligne, contre 10 % en face-à-face. La comparaison des données post correction de l'effet de sélection a également permis de révéler une sur-représentation des chômeurs au sens BIT parmi les répondants sur Internet.

En conclusion, ce test a permis de démontrer qu'un changement de questionnaire ou l'introduction d'Internet comme mode de collecte pouvait avoir un impact sur les principaux indicateurs du marché du travail. Cependant, il a également permis de révéler de potentiels impacts positifs d'un changement de mode de collecte, qui pourrait être un facilitateur pour certains profils d'enquêtés.