La croissance est-elle sous-estimée ?

Didier Blanchet, Marie-Baïanne Khder, Marie Leclair, Raphaël Lee, Hélène Poncet, Nicolas Ragache

Une interprétation possible du ralentissement de la croissance économique est l’hypothèse dite de l’« erreur de mesure ». La croissance resterait soutenue mais sous des formes qui échapperaient aux sources de données traditionnelles : dématérialisation et renouvellement accéléré d’un grand nombre de biens et services, déconnexion croissante entre leurs prix et leurs valeurs d’usage avec pour cas limite celui des nouveaux services gratuits. La mesure de la croissance serait également perturbée par les effets de la mondialisation. Elle permet des réallocations rapides et artificielles des revenus de la production, avec des risques de biais en miroir : une croissance artificiellement surestimée dans certains pays et sous‑estimée dans les autres.

Ces conjectures rouvrent des questions régulièrement débattues depuis la création des comptes nationaux : le périmètre du PIB, la pratique et les fondements théoriques des partages volumes-prix, la pertinence de la notion de produit « intérieur ». Y répondre oblige à repréciser ce qu’on souhaite mesurer et dans quels buts. La comptabilité nationale sert à la régulation macroéconomique conjoncturelle, au pilotage et à la surveillance des finances publiques. Elle vise aussi à informer sur le rythme auquel s’améliorent les conditions de vie des populations. Les problèmes de mesure ne se posent pas dans les mêmes termes selon l’utilisation qui est privilégiée, et il n’est pas évident qu’ils se soient intensifiés sur la période récente.

Insee Références
Paru le : 04/10/2018