Inégalités femmes-hommes : En Martinique, les femmes sont davantage en emploi précaire que les hommes

Philippe Clarenc

En 2014, les conditions d’emploi en Martinique sont moins favorables aux femmes qu’aux hommes. Cependant, la mixité professionnelle est assez forte sur l’île et les inégalités salariales entre les deux genres sont parmi les plus faibles des régions françaises.

En matière d’activité professionnelle, la Martinique enregistre les inégalités entre les hommes et les femmes les plus faibles de France. Ce résultat s’explique par un taux d’activité des Martiniquaises égal à la moyenne nationale alors que celui des Martiniquais est très en dessous. Cependant, l’effet générationnel est plus fort pour les Martiniquaises que pour les habitantes de la France hexagonale. Compte tenu de la surreprésentation des familles monoparentales en Martinique, l’entrée dans la vie professionnelle des jeunes Martiniquaises est significativement retardée par rapport aux jeunes Martiniquais. En outre, comme dans la plupart des autres régions françaises à l’exception de la Guyane, les filles sont davantage scolarisées en Martinique. Davantage que les femmes, de nombreux jeunes hommes quittent la Martinique pour trouver un emploi en France hexagonale et pour poursuivre leurs études.

Le chômage concerne davantage les femmes

Comme les habitantes des autres régions de France, les Martiniquaises sont davantage exposées au chômage que les hommes (figure 1). Ce phénomène est plus intense dans les territoires ultra-marins et la Corse et impacte plus fortement les jeunes femmes actives avec un taux de chômage de 58 %. 

En proportion, les femmes de 55 ans et plus (16 %) sont moins concernées par le chômage  que les autres femmes. En effet, 45 % des femmes de cette classe d’âge sont inactives alors que le taux moyen est de 21 % pour l’ensemble des Martiniquaises.

Dans un contexte de chômage élevé en Martinique, certaines femmes sont ainsi amenées plus souvent que les hommes à accepter le sous-emploi. Elles acceptent souvent des emplois faiblement qualifiés ou faiblement rémunérés plutôt que de n’avoir aucun emploi.

Ce décalage entre formation initiale et emploi, appréhendé ici en termes de déclassement scolaire touche 27 % des Martiniquaises contre 23 % des Martiniquais. Malgré ces difficultés d’insertion sur le marché du travail, le taux de déclassement des femmes en Martinique est du même niveau que celui de la  France (28 %, y compris les DOM).

Elles occupent moins souvent un poste en CDI que les hommes : l’écart atteint trois points, soit le 4e plus fort de France. Leur taux d’emploi en CDI est un des plus faibles de France (14e rang).

Figure 1Des conditions d’emploi très différentes selon le genreConditions d’emploi en Martinique et en France selon le genre (en%)

Des conditions d’emploi très différentes selon le genre
Indicateur Martinique France
Femme Homme Femme Homme
Taux d’activité 71 72 71 78
Taux de chômage 28 25 15 13
Part du salariat 91 79 92 85
Part de CDI 81 83 84 86
Part de temps partiel 12 5 18 5
Taux de déclassement 27 23 28 22
  • Lecture : pour les Martiniquais, le taux d’activité est 72 % en 2014.
  • Champ : ensemble de la population de 15 à 64 ans.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2014.

Autre différence, le recours au temps partiel est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes.  Lorsqu’elles ont un emploi, les femmes occupent des postes dans des secteurs très féminisés comme les services à la personne dans lesquels la norme est un emploi à temps partiel. Cependant, les Martiniquaises comme les autres domiennes, occupent des postes à temps partiels en proportion bien plus faible que les habitantes de France hexagonale.

Une faible différenciation professionnelle en Martinique

Pour les salariés, la féminisation de certains secteurs est plus ou moins marquée. L’emploi féminin se singularise par une proportion plus élevée de femmes en poste dans les secteurs de l’administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale et des autres activités de services. En conséquence, l’emploi féminin se concentre sur des métiers distincts de ceux des hommes, renvoyant à la notion de « ségrégation professionnelle » (figure 2 et encadré). En 2014, les dix premiers métiers employeurs pour les femmes représentent 52 % des salariées contre 39 % pour les hommes. Sur l’ensemble du salariat, l’indice de ségrégation professionnelle (encadré) place la Martinique à la 6e place des régions où cette ségrégation est la plus faible, avec une valeur de 51,67.

Figure 2Les femmes sont employées de maison, les hommes conducteurs de véhiculesLes cinq premiers métiers employeurs en Martinique

Les femmes sont employées de maison, les hommes conducteurs de véhicules
Homme Femme
Famille professionnelle Part (En%) Famille professionnelle Part (En%)
Conducteurs de véhicules 6,5 Agents d'entretien 8,8
Maraîchers, jardiniers, viticulteurs 4,9 Employés administratifs de la fonction publique 7,2
Ouvriers qualifiés du second œuvre du bâtiment 4,2 Aides à domicile et aides ménagères 7
Agents d'entretien 4,1 Enseignants 7
Enseignants 3,8 Infirmiers, sages-femmes 4,7
  • Lecture : pour les Martiniquais, le premier métier employeur est celui des conducteurs de véhicules représentant 6,5 % du total des salariés de sexe masculin.
  • Champ : ensemble de la population de 15 à 64 ans.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2014.

Une partie des différences de traitement des femmes par rapport aux hommes s’explique par un effet de nomenclature : les métiers à dominante masculine sont plus précisément décrits dans la nomenclature des familles professionnelles que les métiers féminins. Ils font davantage l’objet d’enjeux visibles dans les négociations professionnelles. Par exemple, les femmes sont très peu présentes dans les groupes professionnels dit « masculin » du bâtiment et des travaux publics, des transports, de la logistique et du tourisme et des Industries de process. Les avancées dans les négociations salariales ou sur les conditions de travail, sont ainsi moins marquées dans les secteurs dits féminisés.

En revanche, en Martinique, la surreprésentation des femmes parmi les cadres et professions intellectuelles supérieures limitent le phénomène. Aux Antilles, autre effet favorable aux femmes, les écarts en proportion entre les deux genres sont les plus forts pour les cadres intermédiaires que dans le reste du pays et la part des femmes parmi les employés est moins élevée que le niveau national (écart de 1,4 point).

Un écart salarial faible en Martinique

En 2015, en Martinique, les femmes salariées du secteur privé et semi-privé gagnent en moyenne 11 % de moins que les hommes salariés (figure 3). Cet écart est le 3e plus faible des régions françaises (avec un taux variant de 9 % pour La Réunion à 21 % pour la région Auvergne-Rhône-Alpes). Cependant, les Martiniquaises sont en moyenne mieux payées que les femmes résidant en France de province (y compris les DOM).

Les inégalités salariales ne concernent pas tous les secteurs d’activité : les femmes travaillant dans des établissements appartenant aux secteurs du bâtiment et travaux publics ou du transport et entreposage sont en moyenne mieux rémunérées que les hommes. Les écarts de salaire entre les hommes et les femmes dépendent fortement du type de contrat de travail : faible pour les personnes en CDD et fortes pour les autres types de contrat.

Figure 3Des écarts de salaires Homme versus Femme moins forts dans les DOMSalaire EQTP par genre selon la zone géographique (en €)

Des écarts de salaires Homme versus Femme moins forts dans les DOM
Zone géographique Femme Homme Écart (%)
Martinique 23 320 26 250 -11
France entière 23 840 29 270 -19
France de province 21 790 27 010 -19
Dom 22 970 25 420 -10
  • Lecture : pour les Martiniquaises, le salaire équivalent temps plein (salaire EQTP) est de 23 320 € contre 26 250 € pour les Martiniquais, soit un écart de - 11 %.
  • Champ : salariés du secteur privé et des entreprises publiques de 15 ans et plus hors agriculture, hors salariés des particuliers employeurs, hors apprentis et stagiaires.
  • Source : Insee, DADS 2015.

Encadré

La mesure de ségrégation professionnelle

L’indice de dissimilarité de Duncan et Duncan se calcule comme la demie-somme, sur l’ensemble des familles professionnelles (FAP), des écarts en valeur absolue entre la part des hommes dans la FAP considérée par rapport à l’emploi masculin total, et la part des femmes dans la FAP considérée par rapport à l’emploi féminin total. L’indice ID prend la valeur 0 lorsqu’il y a une égalité complète et la valeur 1 lorsqu’il y a une dissimilarité complète.

Définitions

Le taux d'activité est le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et l'ensemble de la population correspondante.

Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus dans la classe. Il peut être calculé sur l'ensemble de la population, mais on se limite le plus souvent à la population en âge de travailler.

Pour en savoir plus :

Pour en savoir plus

« Indicateurs régionaux sur les inégalités entre les femmes et les hommes sur le site de l'Insee »

« Inégalités femmes-hommes : Une insertion professionnelle difficile pour les femmes », Insee Flash Guyane n° 81, mars 2018

« Inégalités femmes-hommes : Des fortes disparités pour les conditions d’emploi, faibles inégalités pour les salaires », Insee Flash Guadeloupe n° 85, mars 2018.