Une forte détérioration du solde naturel en Nouvelle-Aquitaine

Mireille Dalla-Longa, Insee

En 2016, la différence entre le nombre de naissances et de décès s'est accrue en Nouvelle-Aquitaine ; le déficit naturel, qui s'était déjà fortement détérioré en 2015, s'accentue encore. Sur longue période, les nouveaux arrivants dans la région portent l’essentiel de la croissance de la population, le solde naturel restant équilibré. La détérioration récente résulte à la fois d’une chute des naissances et de la hausse brutale de la mortalité, portant le nombre de décès à son plus haut niveau depuis 40 ans. Le nombre de femmes en âge de procréer diminue, de même que leur fécondité, et des générations nombreuses atteignent des âges avancés ; en Nouvelle-Aquitaine, ces tendances sont accentuées par les mobilités interrégionales de la population. Au niveau départemental, seule la Gironde et, dans une moindre mesure, la Vienne bénéficient encore d’un excédent naturel.

Le déficit naturel perdure en 2016

En 2016, la Nouvelle-Aquitaine enregistre 55 800 naissances pour 62 800 décès, soit un solde naturel négatif de 7 000 individus (figure 1).

Figure 1 – Le déficit naturel s’accentue en Nouvelle-Aquitaine entre 2000 et 2016Naissances et décès en Nouvelle-Aquitaine entre 2000 et 2016

en nombre
Le déficit naturel s’accentue en Nouvelle-Aquitaine entre 2000 et 2016
Décès Naissances
2000 56 662 58 491
2001 57 308 58 224
2002 57 432 56 777
2003 58 929 56 820
2004 54 853 57 661
2005 56 737 58 456
2006 55 650 59 925
2007 55 834 59 312
2008 57 251 60 388
2009 58 374 60 741
2010 58 403 60 658
2011 57 713 59 937
2012 60 807 59 647
2013 61 033 58 864
2014 59 563 58 647
2015 63 280 56 577
2016 62 788 55 818
  • Source : Insee, État civil (évènements domiciliés)

Figure 1 – Le déficit naturel s’accentue en Nouvelle-Aquitaine entre 2000 et 2016Naissances et décès en Nouvelle-Aquitaine entre 2000 et 2016

Ce déficit naturel observé depuis 2012 s’accentue fortement sur la période récente : oscillant entre – 1 000 et – 2 000 les trois premières années, il se détériore fortement à partir de 2015 (– 6 700) sous l’effet conjugué d’une nette baisse de la natalité et d’une forte hausse de la mortalité.

Au cours des 40 dernières années, d’autres épisodes de déficit naturel ont été observés, davantage liés à la diminution tendancielle du nombre de naissances, à l’exception de 1983 et 2003, années d’épisodes caniculaires exceptionnels à l’origine de pics de décès. En 2016, la Nouvelle-Aquitaine enregistre le déficit naturel le plus important des régions françaises, alors qu’en Bretagne, Bourgogne-Franche-Comté et Corse, le déficit est plus faible et récent. Les autres régions métropolitaines bénéficient toujours d’un excédent naturel bien qu’il se soit fortement amenuisé en 2015.

De moins en moins de naissances

Dans la région, depuis l’embellie des années 2008 à 2010 où le nombre de nouveau-nés dépassait les 60 000, les naissances sont en diminution constante : on compte, en 2016, près de 5 000 naissances de moins qu’en 2010. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution. Le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans, les plus fécondes, diminue de 3 000 par an depuis 2010. De plus, elles ont moins d’enfants : 172 enfants en moyenne pour 100 femmes en 2016, contre 186 en 2010. Cette moindre fécondité provient essentiellement des jeunes femmes de moins de 35 ans, alors que celle des plus âgées se maintient, les maternités étant de plus en plus tardives. Ces dernières années, l’exposition des jeunes entrants sur le marché du travail à des formes d’emploi précaire pourrait retarder les projets d’accueil d’un enfant. Enfin, l’analyse des flux migratoires montre que la région attire des familles ayant déjà des enfants.

Tendance à la hausse des décès

Dans la région, le nombre des décès baisse peu en 2016 (– 0,8 %) après une hausse brutale en 2015 (+ 6,2 %). Cette dernière année a été marquée par une épidémie de grippe qui a occasionné une forte surmortalité au cours des mois de janvier, février et mars (2 800 décès de plus que sur ces mêmes mois de 2014). Toutefois, l’accélération du rythme des décès est plus ancienne : le seuil des 60 000 décès par an a été franchi en 2012 et le niveau atteint les 63 000, le plus élevé depuis 40 ans, en 2015. Si épidémie de grippe et canicule peuvent expliquer cette augmentation soudaine, ce n’est pas le cas en 2016. Avec l’allongement de l’espérance de vie, les générations relativement nombreuses nées entre les deux guerres, de même que les personnes issues de l’immigration à cette période, sont arrivées aux âges de très forte mortalité; les deux tiers des décès concernent des résidents âgés d’au moins 80 ans. De plus, effet du baby-boom, les populations nombreuses, nées entre 1946 et 1973, parviennent aux âges où la mortalité commence à s’élever. La Nouvelle-Aquitaine demeure une région attractive pour les retraités, qu’ils viennent bénéficier des aménités de la région ou qu’ils « reviennent au pays ». Ces deux facteurs contribuent au vieillissement de la population : la part des personnes de 75 ans ou plus est passée de 9,3 % en 2000 à 11,2 % seize ans plus tard, supérieure de 1,9 point au niveau national.

Le solde naturel : des évolutions départementales inégales

La Gironde, la Vienne et les Deux-Sèvres se distinguent par un excédent naturel sur longue période. La natalité reste dynamique en Gironde, mais s’oriente à la baisse depuis peu en Vienne et dans les Deux-Sèvres, détériorant leur solde naturel. Dans ces trois départements, les parts de jeunes de moins de 25 ans sont les plus fortes de la région. L’offre universitaire de la Gironde et de la Vienne attire des jeunes ; s’agissant des Deux-Sèvres, cette situation résulte d’une fécondité traditionnellement élevée (figure 2).

Figure 2 – Une population plus âgée à l’est de la régionSolde naturel et nombre et part des personnes de 75 ans ou plus en Nouvelle-Aquitaine en 2016

  • * Solde naturel positif continu depuis 2000.
  • Source : Insee, État civil (évènements domiciliés), Estimations de population au 1ᵉʳ janvier

Au contraire, en Corrèze, Creuse, Dordogne, Haute-Vienne et Charente-Maritime, le déficit naturel est persistant : depuis plusieurs décennies pour les quatre premiers départements et depuis un quart de siècle pour le dernier. Ces départements cumulent baisse des naissances et hausse des décès. Ils attirent davantage des préretraités et des retraités, tandis que leurs jeunes en partent pour poursuivre leurs études ou chercher un emploi.

En dépit d’un déficit naturel persistant, la Haute-Vienne, disposant de pôles d’enseignement supérieur, est attractive pour une population jeune. En revanche, une fois diplômée, une grande partie quitte le département. En outre, les arrivées de personnes âgées en Haute-Vienne sont très peu excédentaires sur leurs départs, limitant ainsi le vieillissement de la population. Ce dernier est davantage prononcé dans les autres départements. Avec l’attrait du littoral en particulier, il s’accentue fortement en Charente-Maritime où la part de la population d’au moins 75 ans passe de 9,8 % à 12,5 % entre 2000 et 2016.

Enfin, les départements de Charente, des Landes, de Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Atlantiques se caractérisent par un solde naturel quasi équilibré. Ils enregistrent, parmi les jeunes de 15 à19 ans, plus de départs que d’arrivées. Ils restent attractifs, pour les jeunes adultes et les familles avec des enfants comme pour des personnes plus âgées, sans pouvoir enrayer néanmoins le vieillissement de la population.

Pour en savoir plus

Papon S., Beaumel C., « Bilan démographique 2017 – Plus de 67 millions d’habitants en France au 1er janvier 2018 », Insee Première n° 1683, janvier 2018.

Baltz V., « 5 911 482 habitants en Nouvelle-Aquitaine au 1er janvier 2015 », Insee Flash Nouvelle-Aquitaine n° 31, décembre 2017.