Economie et Statistique / Economics and Statistics n° 497-498Progrès technique et automatisation des tâches routinières : une analyse à partir des marchés du travail locaux en France dans les années 1990-2011

Pauline Charnoz et Michael Orand
Economie et Statistique / Economics and Statistics
Paru le : 07/02/2018

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Question clé

Au cours des trois dernières décennies, la France, comme les autres économies avancées, a connu une profonde transformation de la demande de travail de la part des entreprises, en faveur des travailleurs les plus qualifiés. La littérature empirique avance principalement deux hypothèses pour expliquer cette évolution : le progrès technique et la croissance du commerce international. Cet article teste l’hypothèse d’un progrès technique lié à la diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui ferait disparaître les métiers à fort contenu en tâches routinières au profit de métiers de services (tâches manuelles) et des métiers les plus qualifiés.

Méthodologie

À partir de données sur les métiers des travailleurs salariés et indépendants, tirées des recensements de la population, au niveau géographique des 304 zones d’emplois de France métropolitaine, l’article apporte une caractérisation pour la France des métiers de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) en fonction de leur contenu en tâches routinières, tout en distinguant les métiers support de ceux liés à la production. Il étudie ensuite la validité empirique sur la période 1990-2011 des prédictions du modèle théorique d’Autor et Dorn (2013) liant l’évolution de la structure de l’emploi sur les marchés du travail locaux à la diffusion des TIC.

Principaux résultats

Les résultats empiriques sur données françaises sont globalement cohérents avec les prédictions du modèle théorique :

  • Les zones d’emploi, où les métiers routiniers (à fort contenu en tâches routinières) étaient davantage présents en début de période, ont connu :
    • une plus forte augmentation du capital informatique ;
    • une diminution plus importante de la part de métiers routiniers (substituables au capital informatique) et une plus forte augmentation de la part de métiers qualifiés (complémentaires au capital informatique) que dans les autres zones d’emploi ;
    • une augmentation de la part des emplois de service pour les travailleurs peu qualifiés et une croissance de leur chômage : les emplois routiniers ne seraient pas systématiquement remplacés par des emplois de service peu qualifiés, comme dans d’autres économies avancées telles les États-Unis.
  • Ces résultats sont robustes à l’introduction d’hypothèses explicatives alternatives comme les délocalisations, la concurrence des importations et les économies d’agglomération dans le modèle empirique.

Principaux messages

L’hypothèse de progrès technique, et plus précisément de l’automatisation des tâches routinières, est cohérente avec l’évolution observée des marchés du travail locaux en France entre 1990 et 2011. Il ne peut être exclu que la mondialisation et la croissance du commerce international aient joué un rôle également ; toutefois, l’effet du progrès technique se maintient lorsque l’on tient compte également de ces hypothèses. Enfin, deux phénomènes doivent être pris en compte dans le cas français sur la période : un taux de chômage élevé et un accroissement de la spécialisation fonctionnelle des marchés du travail locaux entre métiers de production et de support.

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