Livrets d’épargne et résidence principale constituent l’essentiel du patrimoine des plus modestesLe patrimoine des ménages réunionnais en 2015

Aurore Fleuret, Coralie Ramaye, Insee

Rares sont les ménages réunionnais qui ne possèdent ni patrimoine financier, ni patrimoine immobilier ni patrimoine professionnel. Les ménages modestes sont davantage propriétaires de leur logement à La Réunion qu’en métropole. Les ménages plus aisés disposent souvent d’un bien immobilier qu’ils ont mis en location. Certains d’entre eux bénéficient en effet d’avantages fiscaux spécifiques aux Outre-mer, et les cadres venus de métropole mettent souvent leur ancienne résidence principale en location. Les Réunionnais ont une large préférence pour les livrets d’épargne sécurisés : sept ménages sur dix possèdent un livret A. En revanche, ils continuent de délaisser les produits risqués ou peu liquides, surtout les plus modestes d’entre eux.

Livrets d’épargne et résidence principale constituent l’essentiel du patrimoine des plus modestes

En 2015, la quasi-totalité des ménages réunionnais détiennent du patrimoine (taux de détention). Il peut s’agir d’un livret d’épargne, d’une résidence principale ou de tout autre patrimoine immobilier, financier ou professionnel. Depuis 2010, la détention de patrimoine à La Réunion comme en métropole est stable, quel que soit son type (figure 1).

Figure 1 – Les Réunionnais détiennent moins souvent un patrimoine que les métropolitainsTaux de détention d’actifs en 2010 et en 2015 à La Réunion et en France métropolitaine

En %
Les Réunionnais détiennent moins souvent un patrimoine que les métropolitains
La Réunion France métropolitaine 2015
2010 2015
Patrimoine immobilier 57 58 63
Résidence principale (yc. usufruit) 55 53 59
Autres logements1 11 14 18
Patrimoine financier (hors compte courant) 83 83 91
Livrets d’épargne 76 75 86
Livrets soumis à l’impôt 2 2 6
Livrets A ou Bleu 61 68 76
Livrets de développement durable 23 21 37
Livrets d’épargne populaire 11 6 20
Livrets jeunes 12 9 14
Épargne-logement 20 19 32
Plans épargne-logement 16 14 25
Comptes épargne-logement 8 8 15
Assurances-vie ou décès volontaire et épargne retraite 36 35 50
Assurances-décès volontaires2 19 19 11
Assurances-vie 19 17 36
Ensemble épargne retraite (yc. PERP et PEP) 6 6 16
Autres produits financiers3 10 9 30
Patrimoine professionnel 13 12 15
  • 1. Les autres logements contiennent les logements mis en location, les logements mis à disposition gratuitement, les logements vacants, les résidences secondaires et les pied-à-terre.
  • 2. L’assurance-décès volontaire est comptabilisée dans le patrimoine, ce qui explique les écarts avec les chiffres publiés au niveau national. En revanche, l’assurance-décès non volontaire n’est pas comptabilisée dans le patrimoine, contrairement au choix fait dans les publications réunionnaises sur l’édition 2010.
  • 3. Les autres produits financiers comprennent les valeurs mobilières, l’épargne salariale, les bons d’épargne, de caisse ou de Trésor, les comptes à terme, les compte-courant d’associés, les livrets d’épargne d’entreprise.
  • Lecture : en 2015, 75 % des ménages résidant à La Réunion détiennent au moins un livret d’épargne contre 86 % pour ceux vivant en France métropolitaine. Ils étaient 76 % en 2010 à La Réunion.
  • Champ : ménages ordinaires résidant à La Réunion et en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquêtes Patrimoine 2009-2010 et 2014-2015.

Malgré des niveaux de vie bien plus faibles à La Réunion, seulement 8 % des ménages ne possèdent aucun patrimoine, contre 6 % des ménages métropolitains. Cette situation concerne surtout les plus défavorisés : les ménages inactifs non-retraités (19 %), les ménages dont la personne de référence est née dans un pays de l’océan Indien (18 %) et les familles monoparentales (14 %).

En parallèle, 4 % des ménages réunionnais ne disposent pas de compte courant (1 % en métropole). Ces ménages disposent toutefois quasiment tous d’un livret d’épargne pour effectuer la plupart des opérations bancaires (versement, retrait, virement, prélèvement, paiement et encaissement de chèques). Il s’agit essentiellement de personnes seules, âgées ou inactives.

Plus de ménages modestes propriétaires de leur logement qu’en métropole

À La Réunion, plus de la moitié des ménages sont propriétaires de leur logement en 2015, soit une proportion moins élevée qu’en métropole (53 % contre 59 %). Cet écart s’explique par des ménages inactifs non-retraités, employés ou ouvriers proportionnellement plus nombreux (54 % contre 31 %). En effet, ces ménages sont moins souvent propriétaires de leur logement.

Comme en métropole, être propriétaire de son logement dépend des ressources du ménage. Ainsi, 85 % des ménages dont la personne de référence est retraitée d’un emploi de cadre ou d’indépendant sont propriétaires de leur résidence principale (figure 2). À l’inverse, les inactifs non-retraités le sont nettement moins souvent.

Figure 2 – Moins d’écart entre catégories socioprofessionnelles qu’en métropolePart des ménages qui possèdent leur résidence principale selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence

En %
Moins d’écart entre catégories socioprofessionnelles qu’en métropole
La Réunion France métropolitaine
Retraité ancien cadre ou indépendant 85 85
Retraité ancien salarié 65 67
Agriculteur, artisan, commerçant, chef d'entreprise 60 72
Profession intermédiaire 60 59
Profession libérale, cadre 58 67
Ouvrier 50 45
Employé 42 33
Inactif non-retraité 38 24
  • Lecture : en 2015, 38 % des ménages inactifs non-retraités vivant à La Réunion sont propriétaires de leur résidence principale.
  • Champ : ménages ordinaires résidant à La Réunion et en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête Patrimoine 2014-2015.

Figure 2 – Moins d’écart entre catégories socioprofessionnelles qu’en métropolePart des ménages qui possèdent leur résidence principale selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence

Cependant, à La Réunion, ces inactifs non-retraités sont plus nombreux qu’en métropole à posséder leur résidence principale (38 % contre 24 % en métropole). C’est également le cas des ménages dont la personne de référence est employée (42 % contre 33 %) ou ouvrière (50 % contre 45 %). En effet, donations et héritages permettent plus souvent de devenir propriétaire à La Réunion qu’en métropole : 15 % des ménages devenus récemment propriétaires contre 6 % en métropole.

Si la part de propriétaires reste inférieure pour les catégories socioprofessionnelles modestes par rapport aux catégories plus aisées, les écarts sont donc de moindre ampleur qu’en métropole. Cependant, ces ménages modestes propriétaires de leur résidence principale vivent aussi plus souvent dans des logements surpeuplés ou de moindre qualité que les autres ménages propriétaires.

L’accès à la propriété augmente aussi avec l’âge. Ainsi, les ménages dont la personne de référence a plus de 50 ans sont quatre fois plus souvent propriétaires de leur résidence principale que ceux de moins de 30 ans.

Davantage de logements mis en location chez les ménages les plus aisés

En dehors d’une résidence principale, un ménage peut détenir un ou plusieurs logements dans lequel il ne réside pas de manière permanente : 14 % des ménages réunionnais sont dans ce cas (18 % en métropole). À La Réunion, très peu de ces logements sont utilisés à titre de résidence secondaire ou de pied-à-terre : seul 1 % des ménages réunionnais possèdent une résidence secondaire contre 6 % en métropole (figure 3). En revanche, l’investissement locatif est aussi fréquent à La Réunion qu’en métropole : un ménage sur dix possède un logement qu’il a mis en location.

Les ménages dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession libérale sont les plus nombreux à posséder un autre logement (42 % contre 31 % en métropole). La plupart de ces logements sont mis en location : 33 % des ménages cadres ont un logement mis en location, contre 20 % en métropole. Si les cadres sont plus souvent propriétaires d’un logement qu’ils mettent en location c’est notamment parce qu’il s’agit de leur logement de métropole, dont ils sont majoritairement originaires. En effet, dans 61 % des ménages cadres, la personne de référence est née en métropole. Par ailleurs, les lois de défiscalisation spécifiques aux Outre-mer (lois Girardin et Pinel Outre-mer) favorisent l’investissement locatif pour les plus aisés. Elles permettent en effet des réductions d’impôts plus avantageuses qu’en métropole lors de l’achat d’un logement destiné à être loué. En revanche, les ménages cadres sont moins souvent propriétaires de leur résidence principale (58 % contre 67 % en métropole).

Figure 3 – Un patrimoine immobilier atypique des cadres réunionnaisTaux de détention des autres logements selon l’usage

En %
Un patrimoine immobilier atypique des cadres réunionnais
La Réunion France métropolitaine
Ensemble des ménages Logement en location 10 9
Résidence secondaire ou pied-à-terre 1 6
Mise à disposition gratuite ou logement vacant 5 6
Profession libérale, cadre Logement en location 33 20
Résidence secondaire ou pied-à-terre 7 10
Mise à disposition gratuite ou logement vacant 11 9
  • Lecture : en 2015, 33 % des ménages réunionnais dont la personne de référence est cadre ou de profession libérale disposent d’un logement mis en location.
  • Champ : ménages ordinaires résidant à La Réunion et en France métropolitaine.
  • Source : Insee, enquête Patrimoine 2014-2015.

Figure 3 – Un patrimoine immobilier atypique des cadres réunionnaisTaux de détention des autres logements selon l’usage

Le livret A, mode d’épargne favori des Réunionnais

En 2015, à La Réunion, huit ménages sur dix disposent d’un produit financier autre qu’un compte courant. Le livret d’épargne est le produit financier le plus répandu : trois ménages réunionnais sur quatre en détiennent au moins un, comme en 2010. Cette proportion est la même pour les ménages les plus modestes. Parmi ces livrets, le livret A ou Bleu conforte sa place de favori des Réunionnais : 68 % des ménages en possèdent un, soit 7 points de plus qu’en 2010. Cette progression se fait au détriment des autres livrets défiscalisés : livret de développement durable (LDD, ex-Codevi), livrets d’épargne populaire (LEP) et livrets jeunes. Ils sont en effet devenus moins attractifs du fait de la baisse de leur taux d’intérêt. De plus, le plafond du livret A ayant été relevé en 2012-2013, les ménages ont donc moins besoin d’ouvrir un deuxième livret d’épargne, notamment les plus modestes.

Les ménages réunionnais possèdent moins souvent un livret d’épargne qu’en métropole (75 % contre 86 %). Si les plus jeunes se rapprochent des standards nationaux (84 % ont un livret), ce n’est pas le cas des 50 ans ou plus (66 %). En effet, la détention d’un livret d’épargne dépend notamment du lieu de naissance : 73 % des ménages dont la personne de référence est née à La Réunion en ont un, 87 % pour ceux nés en métropole (figure 4). Or, au-delà de 50 ans, les ménages nés en métropole sont nettement moins présents que chez les plus jeunes.

Figure 4 – Les ménages réunionnais nés en France métropolitaine détiennent plus souvent des produits financiersTaux de détention des produits financiers selon le lieu de naissance de la personne de référence

En %
Les ménages réunionnais nés en France métropolitaine détiennent plus souvent des produits financiers
Répartition des ménages Ensemble patrimoine immobilier Résidence principale Autres logements Ensemble patrimoine financier Livrets d’épargne Assurance-vie ou décès volontaire et épargne retraite Épargne-logement Autres produits financiers Ensemble patrimoine professionnel Au moins un patrimoine Compte-chèque
Ensemble 2014-2015 100 58 53 14 83 75 35 19 9 12 92 96
Ensemble 2009-2010 100 57 55 11 83 76 36 20 10 13 91 95
Âge exact de la personne de référence
Moins de 30 ans 12 21 17 7 85 84 23 18 4 9 86 96
De 30 à 39 ans 16 44 34 13 92 89 33 27 10 14 94 98
De 40 à 49 ans 26 60 57 13 85 80 37 20 13 15 94 97
De 50 à 59 ans 20 66 63 14 79 66 37 18 10 13 89 97
De 60 à 69 ans 14 76 68 24 79 66 39 13 8 10 95 96
70 ans ou plus 12 73 73 11 79 64 38 13 3 10 92 92
Catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence
Agriculteur, artisan, commerçant, chef d'entreprise 5 66 60 31 89 79 42 25 14 73 95 100
Profession libérale, cadre 6 78 58 42 94 88 65 49 33 25 97 100
Profession intermédiaire 13 68 60 21 91 85 37 44 20 14 96 100
Employé 23 46 42 8 85 78 33 15 9 9 90 98
Ouvrier 18 51 50 5 83 77 28 10 5 6 93 97
Retraité ancien agriculteur, artisan, commerçant, chef d'entreprise, cadre ou profession libérale 5 89 85 25 87 75 49 18 9 13 97 92
Retraité ancien salarié 17 69 65 15 76 61 36 11 3 7 93 96
Inactif non-retraité 13 41 38 6 75 71 21 5 1 1 81 88
Type de ménage
Personne seule 26 49 43 10 76 68 30 14 7 6 87 93
Famille monoparentale 18 37 35 7 79 75 25 7 5 5 86 96
Couple sans enfant 17 71 67 21 87 77 39 26 12 16 95 98
Couple avec enfants 33 67 62 18 89 80 41 25 12 20 96 99
Autre type de ménage (ménage complexe) 6 63 60 11 89 78 40 12 7 12 96 94
Lieu de naissance de la personne de référence
Née en France métropolitaine 16 58 44 27 92 87 43 40 23 22 93 97
Née Outre-mer 79 59 57 11 82 73 34 15 6 10 92 96
Née à l'étranger 6 39 31 16 82 79 25 16 7 14 85 94
  • Lecture : en 2015, 87 % des ménages dont la personne de référence est née en France métropolitaine détient au moins un livret d’épargne. En 2015, 84 % des ménages réunionnais dont la personne de référence a moins de 30 ans détient au moins un livret d’épargne.
  • Champ : ménages ordinaires résidant à La Réunion.
  • Source : Insee, enquête Patrimoine 2014-2015.

Figure 4 – Les ménages réunionnais nés en France métropolitaine détiennent plus souvent des produits financiersTaux de détention des produits financiers selon le lieu de naissance de la personne de référence

Une aversion marquée pour les produits financiers peu liquides ou risqués

Plus les produits financiers sont risqués et peu liquides, plus les Réunionnais s’écartent des comportements d’épargne de métropole. Les niveaux de vie plus faibles et la structure socio-démographique (moins de cadres et population plus jeune à La Réunion) expliquent cette différence. Ainsi, 19 % des ménages réunionnais possèdent un produit d’épargne-logement (32 % en métropole). Ce placement est sécurisé et uniquement disponible sous conditions. L’épargne-logement est davantage détenue par les ménages dont la personne de référence est âgée de 30 à 39 ans et par les couples, avec ou sans enfant (figure 5). Ces produits sont privilégiés comme apport pour un premier achat immobilier ou en prévision de travaux.

Figure 5 – Les Réunionnais de 50 ans ou plus ont moins souvent un livret d’épargneTaux de détention des produits financiers selon l’âge de la personne de référence

En %
Les Réunionnais de 50 ans ou plus ont moins souvent un livret d’épargne
Répartition des ménages Ensemble patrimoine immobilier Résidence principale Autres logements Ensemble patrimoine financier Livrets d’épargne Assurance-vie ou décès volontaire et épargne retraite Épargne-logement Autres produits financiers Ensemble patrimoine professionnel Au moins un patrimoine Compte-chèque
Ensemble 2014-2015 100 58 53 14 83 75 35 19 9 12 92 96
Ensemble 2009-2010 100 57 55 11 83 76 36 20 10 13 91 95
Âge exact de la personne de référence
Moins de 30 ans 12 21 17 7 85 84 23 18 4 9 86 96
De 30 à 39 ans 16 44 34 13 92 89 33 27 10 14 94 98
De 40 à 49 ans 26 60 57 13 85 80 37 20 13 15 94 97
De 50 à 59 ans 20 66 63 14 79 66 37 18 10 13 89 97
De 60 à 69 ans 14 76 68 24 79 66 39 13 8 10 95 96
70 ans ou plus 12 73 73 11 79 64 38 13 3 10 92 92
Catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence
Agriculteur, artisan, commerçant, chef d'entreprise 5 66 60 31 89 79 42 25 14 73 95 100
Profession libérale, cadre 6 78 58 42 94 88 65 49 33 25 97 100
Profession intermédiaire 13 68 60 21 91 85 37 44 20 14 96 100
Employé 23 46 42 8 85 78 33 15 9 9 90 98
Ouvrier 18 51 50 5 83 77 28 10 5 6 93 97
Retraité ancien agriculteur, artisan, commerçant, chef d'entreprise, cadre ou profession libérale 5 89 85 25 87 75 49 18 9 13 97 92
Retraité ancien salarié 17 69 65 15 76 61 36 11 3 7 93 96
Inactif non-retraité 13 41 38 6 75 71 21 5 1 1 81 88
Type de ménage
Personne seule 26 49 43 10 76 68 30 14 7 6 87 93
Famille monoparentale 18 37 35 7 79 75 25 7 5 5 86 96
Couple sans enfant 17 71 67 21 87 77 39 26 12 16 95 98
Couple avec enfants 33 67 62 18 89 80 41 25 12 20 96 99
Autre type de ménage (ménage complexe) 6 63 60 11 89 78 40 12 7 12 96 94
Lieu de naissance de la personne de référence
Née en France métropolitaine 16 58 44 27 92 87 43 40 23 22 93 97
Née Outre-mer 79 59 57 11 82 73 34 15 6 10 92 96
Née à l'étranger 6 39 31 16 82 79 25 16 7 14 85 94
  • Lecture : en 2015, 87 % des ménages dont la personne de référence est née en France métropolitaine détient au moins un livret d’épargne. En 2015, 84 % des ménages réunionnais dont la personne de référence a moins de 30 ans détient au moins un livret d’épargne.
  • Champ : ménages ordinaires résidant à La Réunion.
  • Source : Insee, enquête Patrimoine 2014-2015.

Figure 5 – Les Réunionnais de 50 ans ou plus ont moins souvent un livret d’épargneTaux de détention des produits financiers selon l’âge de la personne de référence

L’écart avec la métropole est encore plus marqué pour l’assurance-vie ou l’épargne retraite, qui sont des produits plus risqués. Les ménages réunionnais détiennent deux fois moins souvent une assurance-vie (17 % contre 36 % en métropole) et l’épargne-retraite reste peu répandue (6 % contre 16 % en métropole). Ces produits offrent aux épargnants un cadre fiscal attractif et la possibilité de sécuriser au moins une partie de leur épargne. Les ménages de moins de 30 ans en détiennent moins souvent que leurs aînés, la préparation de leur retraite ou de leur succession étant plus éloignée de leurs préoccupations.

Pour les autres produits financiers tels que les valeurs mobilières ou l’épargne salariale, l’écart avec la métropole est maximal (9 % contre 30 %). Néanmoins, le taux de détention des valeurs risquées est resté stable depuis 2010 à La Réunion, alors qu’il baisse en métropole à la suite des crises financière et économique de 2008.

L’assurance-décès dite volontaire est en revanche davantage prisée à La Réunion (19 % contre 11 % des ménages en métropole). Il s’agit du seul actif patrimonial plus fréquemment détenu par les ménages réunionnais que par les ménages métropolitains. Ce produit permet l’obtention d’un capital au décès du souscripteur. L’importance des rites funéraires et des veillées dans la société réunionnaise explique cette particularité. L’organisation des funérailles étant plus coûteuse, certains Réunionnais épargnent ainsi chaque mois dans l’anticipation de ces frais.

Les cadres réunionnais ont moins souvent un patrimoine financier que ceux de métropole

À La Réunion comme en métropole, les ménages dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession libérale possèdent plus souvent des actifs financiers. Mais les écarts entre les ménages aisés et modestes sont plus marqués sur l’île. Les ménages dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession libérale détiennent ainsi trois fois plus souvent une épargne-logement que les ménages ouvriers ou employés. Ils ont aussi deux fois plus souvent une assurance-vie, une assurance-décès volontaire ou une épargne-retraite. Les écarts sont encore plus importants pour les valeurs mobilières et l’épargne salariale.

En dépit de ces écarts, les cadres réunionnais détiennent moins souvent un produit financier que les cadres résidant en métropole. Ils sont pourtant mieux rémunérés en moyenne, dans le secteur public comme dans le privé. Ce paradoxe s’explique sans doute par leur détention plus fréquente d’un logement mis en location.

Encadrés

Les indépendants réunionnais possèdent moins souvent un patrimoine professionnel

En 2015, 12 % des ménages réunionnais détiennent un patrimoine professionnel (15 % en métropole). Ce patrimoine peut prendre la forme d’une entreprise, de terres, de bâtiments, de fonds de commerce, qu’il soit exploité ou non par le ménage dans le cadre d’une activité professionnelle.

Parmi les ménages dont la personne de référence est agricultrice, artisane, commerçante, cheffe d’entreprise ou exerce une profession libérale, sept sur dix disposent d’un actif professionnel contre huit sur dix en métropole. Une fois à la retraite ou retirés des affaires, ces ménages indépendants conservent rarement un tel patrimoine (13 % contre 21 % en métropole). Par ailleurs, la détention d’un patrimoine professionnel est plus fréquente parmi les ménages dont la personne de référence est née en métropole (22 %).

Partenariat

Cette étude a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’Insee et la direction générale des Outre-mer (DGOM).

Sources

Depuis 1986, les enquêtes de l’Insee sur le patrimoine des ménages ont pour but de décrire les taux de détention des différents actifs patrimoniaux ainsi que leur distribution dans la population. Elles apportent aussi une information complète sur les facteurs explicatifs du patrimoine : biographie familiale et professionnelle, héritages et donations, revenus, endettements et situation financière.

Les deux dernières éditions de 2010 et 2015 ont donné lieu à une extension de l’échantillon à La Réunion, permettant une exploitation locale des résultats. En 2015, la collecte a été réalisée tout au long de l’année : 1 576 ménages réunionnais y ont répondu.

Définitions

Le taux de détention d’un actif patrimonial est la proportion de ménages détenant cet actif.

La personne de référence du ménage est le principal apporteur de ressources ou à défaut, l’actif le plus âgé du ménage.

Les livrets d’épargne regroupent les livrets soumis à l’impôt (livret B, épargne Orange, etc.) et les livrets défiscalisés : les livrets A ou Bleu, les Livrets de développement durable (LDD, ex-Codevi), les Livrets d’épargne populaire (LEP) et les Livrets jeunes.

L’épargne-logement regroupe les plans épargne logement (PEL) et les comptes épargne logement (CEL).

La catégorie des assurances-vie ou décès volontaire et épargne-retraite comprend : assurances-vie, assurances-décès volontaires, plans d’épargne populaire (PEP), retraites complémentaires volontaires ou sur-complémentaires, plans d’épargne retraite populaire (PERP, depuis 2010) et bons de capitalisation. Les assurances-décès non volontaires, exigées par les banques lors d’un prêt immobilier par exemple, sont exclues de cette catégorie.

Les valeurs mobilières sont les actions (notamment les Plans d’épargne en actions - PEA), les obligations, les parts de Sicav ou de Fonds communs de placement (FCP), les parts sociales de banque et les parts de Sociétés civiles de placements immobiliers (SCPI).

L’épargne salariale comprend l’intéressement, la participation aux résultats de l’entreprise, avec un abondement éventuel de l’entreprise, placés sur des plans d’épargne salariale d’entreprise, inter-entreprise ou groupe (PEE, PEI ou PEG).

Pour en savoir plus

Coder Y., Fabre E., « Moins de dépenses mais des logements moins confortables qu’en métropole - Le logement des ménages pauvres à La Réunion », Insee Analyses Réunion n° 21, février 2017

« Des conditions d’habitat aux dépenses des ménages - Panorama du logement à La Réunion fin 2013 », Insee Dossier Réunion n° 4, janvier 2017

« Les revenus et le patrimoine des ménages », Insee Références Édition 2016

Levet A., « La moitié des ménages possèdent plus de 90 000 de patrimoine - Enquête Patrimoine des ménages 2010 », Information Rapides Réunion n° 206, novembre 2011

Kosmowski F., « Plus de 3 ménages sur 4 possèdent un livret d’épargne - Enquête Patrimoine des ménages 2010 », Information Rapides Réunion n° 166, novembre 2010