La moitié des entreprises signalent des barrières à l’embauche

Vincent Dortet-Bernadet, division Enquêtes de conjoncture, Insee

En octobre 2017, la moitié des entreprises de l’industrie, des services et du bâtiment rencontrent des barrières qui les empêchent d’embaucher davantage de salariés en CDI ou en CDD de longue durée. Les entreprises citent notamment l’indisponibilité d’une main-d’œuvre compétente (32 %), l’incertitude liée à la situation économique (25 %), les coûts liés à l’emploi (22 %) et la réglementation (17 %). La catégorie d’entreprise la plus contrainte dans ses embauches est celle des PME.

La moitié des entreprises signalent des barrières à l’embauche

En octobre 2017, la moitié des entreprises de l’industrie, des services et du bâtiment déclarent rencontrer des barrières qui les empêchent d’embaucher davantage de salariés en contrat à durée indéterminée (CDI) ou en contrat à durée déterminée (CDD) de longue durée : ces entreprises freinées dans leurs recrutements représentent 50 % de l’emploi salarié total de ces secteurs (figure 1). Dans l’industrie, près de six entreprises sur dix (57 %) signalent l’existence de barrières à l’embauche. Cette proportion atteint 70 % dans le bâtiment, où les difficultés de recrutement sont traditionnellement importantes, et 47 % dans les services.

Figure 1 - Existence de barrières à l’embauche en CDI ou CDD de longue durée

en % de l’emploi salarié du secteur
Figure 1 - Existence de barrières à l’embauche en CDI ou CDD de longue durée
Oui Non Sans objet
Industrie 57 26 17
Services 47 34 19
Bâtiment 70 18 12
Ensemble des secteurs 50 32 18
  • Lecture : en octobre 2017, les entreprises industrielles constatant des barrières à l’embauche emploient 57 % des salariés du secteur (résultats obtenus en pondérant les réponses par les effectifs des entreprises).
  • Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie de plus de 20 salariés, du bâtiment de plus de 10 salariés et des services marchands.
  • Source: Insee, enquêtes de conjoncture d'octobre 2017.

Figure 1 - Existence de barrières à l’embauche en CDI ou CDD de longue durée

Dans l’ensemble des secteurs, un tiers des entreprises déclarent ne pas rencontrer de barrières. Elles n’en sont pas moins potentiellement concernées par un processus d’embauche et sont même plus nombreuses qu’en moyenne à déclarer leurs effectifs en hausse. Enfin, près d’une entreprise sur cinq ne se sent pas concernée (« sans objet »), probablement parce qu'elle n'envisage pas d’embaucher des CDI ou CDD de longue durée à court terme.

32 % des entreprises citent l’indisponibilité d'une main-d’œuvre compétente

Sur l’ensemble des secteurs, 32 % des entreprises citent notamment l’indisponibilité d’une main-d’œuvre compétente (figure 2) : il s’agit de la barrière la plus fréquemment citée. Le bâtiment, gros œuvre et second œuvre, l’industrie automobile et le transport routier de marchandises signalent particulièrement ce frein (figure 3).

Figure 2 - Part des entreprises citant chaque barrière à l’embauche

en % de l’emploi salarié du secteur
Figure 2 - Part des entreprises citant chaque barrière à l’embauche
Industrie Services Bâtiment Ensemble des secteurs
Main-d’œuvre compétente indisponible 38 29 50 32
Incertitude économique 32 21 43 25
Coûts liés à l'emploi 20 21 33 22
Coûts de recrutement 5 7 10 7
Cotisations sociales trop élevées 17 15 29 17
Niveau des salaires trop élevé 6 7 9 7
Réglementation 19 15 30 17
Coûts de licenciement 10 9 20 10
Risques juridiques associés au licenciement 13 11 22 12
Pérennité de la législation du travail 11 9 18 10
Autres 6 7 4 7
  • Note : une même entreprise peut citer plusieurs types de barrières à l'embauche.
  • Lecture : les entreprises industrielles constatant des barrières à l’embauche et citant l’incertitude sur la situation économique emploient 32 % des salariés du secteur (résultats obtenus en pondérant les réponses par les effectifs des entreprises).
  • Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie de plus de 20 salariés, du bâtiment de plus de 10 salariés et des services marchands.
  • Source : Insee, enquêtes de conjoncture d’octobre 2017.

Figure 3 - Barrières à l’embauche citées selon le secteur

en % de l’emploi salarié du secteur
Figure 3 - Barrières à l’embauche citées selon le secteur
Existence de barrières à l’embauche Main-d’œuvre compétente indisponible Incertitude économique Coûts liés à l'emploi Réglementation
Industrie 57 38 32 20 19
(C1) Agroalimentaire 51 38 24 20 19
(C3) Biens d’équipement 57 31 34 19 17
(CL1) Automobile 69 52 59 16 14
(CL2) Autres matériels de transport 41 21 29 10 9
(C5) Autres industries 59 39 32 21 20
Services 47 29 21 21 15
(H) Transport routier de marchandises 63 48 25 26 23
(I) Hébergement-restauration 47 22 25 27 13
(J) Information-communication 50 31 21 22 13
(L) Activités immobilières 34 22 14 12 10
(M) Activités spécialisées, scientifiques et techniques 44 26 24 22 14
(N) Services administratifs et de soutien 42 29 16 17 13
Bâtiment 70 50 43 33 30
Gros œuvre 64 46 41 30 26
Second œuvre 74 52 43 36 32
Ensemble des secteurs 50 32 25 22 17
  • Note : une même entreprise peut citer plusieurs types de barrières à l'embauche.
  • Lecture : les entreprises de l’industrie agroalimentaire constatant des barrières à l’embauche emploient 51 % des salariés du secteur (résultats obtenus en pondérant les réponses par les effectifs des entreprises).
  • Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie de plus de 20 salariés, du bâtiment de plus de 10 salariés et des services marchands.
  • Source : Insee, enquêtes de conjoncture d’octobre 2017.

L’incertitude liée à la situation économique est citée quant à elle par 25 % des entreprises : cette barrière reflète davantage une difficulté liée à la demande qu’à l’offre. Dans l’industrie automobile, 59 % des entreprises citent ce frein.

22 % des entreprises interrogées mentionnent au moins une barrière liée au coût de l’emploi (encadré). La plus citée est le niveau des cotisations sociales (17 %), alors que le coût des recrutement et le niveau des salaires sont moins souvent évoqués (7 % chacun).

Les différentes barrières à l’embauche liées à la réglementation encadrant le marché du travail semblent jouer des rôles d’importance comparable : les risques juridiques liés à un licenciement (12 %) sont un peu plus souvent cités que ses coûts et que l’incertitude sur la pérennité de la législation (10 % chacun). Au total, 17 % des entreprises signalent au moins une de ces trois barrières.

Les barrières dues aux coûts liés à l’emploi et à la réglementation semblent être particulièrement importantes pour les entreprises du bâtiment et, au sein des services, du transport routier de marchandises.

Les PME subissent un peu plus de barrières à l’embauche

L’importance des barrières à l’embauche décroît en fonction de la taille des entreprises (figure 4). Ainsi, les petites et moyennes entreprises (PME) semblent un peu plus contraintes dans leurs embauches que les autres entreprises. Seules les difficultés liées à l’indisponibilité d’une main-d’œuvre compétente sont légèrement plus importantes pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) que pour les PME ; l’écart est malgré tout très faible.

Figure 4 - Barrières à l’embauche citées selon la catégorie d’entreprise

en % de l’emploi salarié de la catégorie d'entreprise
Figure 4 - Barrières à l’embauche citées selon la catégorie d’entreprise
Existence de barrières à l’embauche Main-d’œuvre compétente indisponible Incertitude économique Coûts liés à l'emploi Réglementation
Petites et moyennes entreprises (PME) 53 32 29 29 23
Entreprises de taille intermédiaire (ETI) 51 34 24 19 15
Grandes entreprises 46 33 21 17 12
Ensemble des entreprises 50 32 25 22 17
  • Note : une même entreprise peut citer plusieurs types de barrières à l'embauche.
  • Lecture : les PME constatant des barrières à l’embauche emploient 53 % des salariés de cette catégorie d’entreprise (résultats obtenus en pondérant les réponses par les effectifs des entreprises).
  • Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie de plus de 20 salariés, du bâtiment de plus de 10 salariés et des services marchands.
  • Source : Insee, enquêtes de conjoncture d'octobre 2017.

Depuis deux ans, les difficultés de recrutement augmentent nettement

La barrière liée à l’indisponibilité de main d’œuvre compétente a un peu gagné en importance au cours des derniers mois (+ 5 points de pourcentage entre avril et octobre 2017), particulièrement dans l’industrie (+ 9 points). La barrière liée à l’incertitude sur la situation économique a en revanche légèrement diminué (– 3 points de pourcentage).

Ces évolutions récentes semblent représentatives d’un accroissement de plus longue date des difficultés de recrutement, commencé début 2016 avec la reprise économique. Celles-ci ont maintenant retrouvé voire dépassé leur niveau de 2007 dans l’industrie et les services. Elles se sont également intensifiées dans l’industrie du bâtiment, sans avoir néanmoins retrouvé leur niveau d’avant-crise (figure 5).

Figure 5 - Part des entreprises éprouvant des difficultés de recrutement

en % de l’emploi salarié du secteur
Figure 5 - Part des entreprises éprouvant des difficultés de recrutement
Mois Ensemble des secteurs Industrie Bâtiment Services
juillet 2000 46,9 51,7 81,6 40,8
octobre 2000 50,3 57,6 81,8 43,6
janvier 2001 52,2 58,9 84,3 45,6
avril 2001 52,4 54,3 84,0 47,8
juillet 2001 52,7 53,0 81,2 49,1
octobre 2001 45,3 45,2 81,1 41,0
janvier 2002 41,3 39,3 78,3 37,5
avril 2002 40,7 37,8 78,6 37,2
juillet 2002 40,8 37,2 77,2 37,7
octobre 2002 38,2 33,9 76,1 35,2
janvier 2003 35,3 31,3 75,2 32,0
avril 2003 33,2 26,6 75,9 30,5
juillet 2003 31,8 24,6 75,5 29,1
octobre 2003 32,5 25,6 78,2 29,5
janvier 2004 36,4 26,6 79,6 34,7
avril 2004 34,0 26,8 76,6 31,4
juillet 2004 37,9 26,7 76,2 37,2
octobre 2004 38,0 26,0 78,3 37,3
janvier 2005 32,5 26,0 79,1 29,1
avril 2005 31,9 25,4 78,5 28,4
juillet 2005 29,9 25,6 77,9 25,5
octobre 2005 30,3 27,9 76,3 25,4
janvier 2006 28,2 27,3 76,6 22,4
avril 2006 33,2 28,2 77,6 29,3
juillet 2006 32,2 30,5 78,4 26,8
octobre 2006 35,4 31,1 79,2 31,1
janvier 2007 35,5 32,4 82,1 30,5
avril 2007 38,6 34,2 82,8 34,2
juillet 2007 40,6 38,0 83,7 35,8
octobre 2007 41,5 39,8 83,4 36,6
janvier 2008 43,6 41,3 81,1 39,3
avril 2008 41,1 43,2 79,3 35,3
juillet 2008 40,0 40,0 75,6 35,3
octobre 2008 33,0 33,3 68,8 28,0
janvier 2009 25,6 21,4 57,8 22,6
avril 2009 21,8 14,7 53,5 19,8
juillet 2009 21,4 13,2 49,7 20,1
octobre 2009 20,5 13,5 47,5 19,0
janvier 2010 20,6 15,4 48,0 18,5
avril 2010 21,9 17,2 49,6 19,6
juillet 2010 23,1 21,2 50,0 20,1
octobre 2010 24,9 25,2 52,1 21,3
janvier 2011 23,8 27,6 54,0 18,8
avril 2011 26,2 30,5 52,6 21,6
juillet 2011 28,2 32,1 54,2 23,8
octobre 2011 27,5 31,6 54,6 22,9
janvier 2012 25,6 30,8 54,0 20,6
avril 2012 26,1 30,4 53,1 21,5
juillet 2012 25,0 30,3 51,5 20,2
octobre 2012 24,1 29,8 49,2 19,4
janvier 2013 24,3 27,0 46,9 20,7
avril 2013 24,2 26,9 49,3 20,3
juillet 2013 21,8 25,9 44,5 17,8
octobre 2013 22,7 28,2 45,5 18,3
janvier 2014 23,0 27,1 46,1 18,9
avril 2014 23,1 27,0 46,8 19,0
juillet 2014 21,9 26,5 42,6 18,0
octobre 2014 21,7 25,8 40,3 18,3
janvier 2015 21,3 27,3 40,7 17,2
avril 2015 21,6 27,3 39,1 18,0
juillet 2015 21,9 28,5 38,3 18,2
octobre 2015 24,3 28,4 38,6 21,5
janvier 2016 23,9 30,4 42,8 19,9
avril 2016 24,2 30,2 43,4 20,5
juillet 2016 26,3 30,4 43,4 23,3
octobre 2016 27,8 33,9 44,7 24,3
janvier 2017 28,2 27,3 50,0 26,1
avril 2017 30,9 30,7 52,5 28,6
juillet 2017 34,9 39,6 56,2 31,3
octobre 2017 38,0 42,1 58,1 34,7
  • Lecture : en octobre 2017, les entreprises industrielles qui signalent des difficultés de recrutement emploient 42,1 % des salariés du secteur (résultats obtenus en pondérant les réponses par les effectifs des entreprises).
  • Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie de plus de 20 salariés, du bâtiment de plus de 10 salariés et des services marchands.
  • Source : Insee, enquêtes de conjoncture.

Figure 5 - Part des entreprises éprouvant des difficultés de recrutement

Encadré

Barrières liées au coût de l’emploi et barrières liées à la réglementation

Les entreprises limitées dans leur embauche citent en moyenne 2,6 barrières différentes parmi les 9 proposées. Certaines barrières semblent particulièrement liées, dans la mesure où les entreprises ont tendance à les citer de façon groupée. En particulier, les trois réponses sur le niveau de réglementation (incertitudes sur la pérennité de la législation du travail, coût financier direct et risques juridiques associés aux licenciements) sont très souvent similaires. De même, les réponses sur les différents coûts liés à l’emploi (coûts de recrutement, niveau des cotisations sociales et niveau des salaires trop élevé) sont aussi nettement corrélées. Les réponses des entreprises peuvent donc être résumées en regroupant d’un côté les différents coûts liés à l’emploi et d’un autre les barrières liées à la réglementation.

Sources

Les résultats sont issus de l’exploitation de nouvelles questions ajoutées depuis janvier 2017 aux enquêtes de conjoncture de l’Insee dans l’industrie, dans les services et dans l’industrie du bâtiment. Les catégories d’entreprise sont issues du répertoire Sirus (Système d'identification au répertoire des unités statistiques) de l’Insee. Ce répertoire est utilisé pour constituer les bases de sondage dans lesquelles sont tirés les échantillons des enquêtes sur le système productif. Les unités statistiques peuvent être des sociétés ou des entreprises individuelles, mais aussi des entreprises profilées ou des groupes.

Pour en savoir plus

Insee, « Que nous disent les entreprises sur les barrières à l’embauche ? », Note de conjoncture, juin 2017, pp. 74–78.