Des fonctions productives et logistiques très présentes dans les aires urbainesAtouts et défis des Hauts-de-France

David Desrivierre, Sophie Éblé, Élisabeth Vilain

Dans les Hauts-de-France, 72 % de l’emploi se concentre dans 15 grands pôles d’emploi et leurs aires d’influence en 2014. Comparé aux aires urbaines de province de taille similaire, c’est-à-dire d’au moins 35 000 emplois,celles de la région se caractérisent par une plus forte présence des fonctions productives et transversales. Parmi les fonctions productives, la fabrication est particulièrement bien implantée dans les aires urbaines de tradition industrielle comme Maubeuge, Dunkerque ou Valenciennes. Situées à des carrefours d’échanges, les aires de Douai-Lens et Saint-Quentin ont développé des fonctions transversales avec une surreprésentation de la logistique, surtout dans le domaine des transports. L’aire urbaine de Lille rassemble comme d’autres capitales régionales de taille comparable l’essentiel des fonctions métropolitaines, en particulier dans la gestion. D’autres aires centrées autour de grandes villes de la région, notamment les chefs-lieux de départements (Amiens, Arras, Beauvais), regroupent également des fonctions métropolitaines mais aussi des métiers de l’administration publique. Enfin, les fonctions présentielles sont surreprésentées dans de grandes aires urbaines du littoral (Calais et Boulogne-sur-Mer), notamment à travers la vente aux particuliers et les services de proximité tels que l’hébergement, la restauration ou l’action sociale.

Cette étude fait partie d'une série de publications sur les Atouts et défis des Hauts-de-France.

Les 15 plus grandes aires urbaines régionales concentrent près de 3 emplois sur 4

Les grands pôles urbains et leurs aires d’influence (définitions) concentrent la population et surtout les emplois. Parmi les 24 grandes aires urbaines des Hauts-de-France, 15 jouent un rôle particulier dans la structuration du territoire (figure 1 et méthodologie). Elles regroupent chacune au moins 35 000 emplois. Cet ensemble, sur lequel repose 90 % de l’emploi des grandes aires de la région, concentre 1,54 million d’emplois, soit 72 % des emplois régionaux et 68 % de la population sur seulement 34 % du territoire régional. Avec 518 000 emplois en 2014, l’aire urbaine de Lille est de loin celle qui accueille le volume d’emplois le plus important. La deuxième plus grande aire urbaine de la région, Douai-Lens, est de taille trois fois moindre et compte 171 000 emplois. Trois autres aires urbaines (Valenciennes, Amiens et Béthune) dépassent le seuil des 100 000 emplois. Dunkerque est très proche de ce seuil avec ses 98 000 emplois. Les 9 autres aires urbaines regroupent entre 37 000 et 60 000 emplois.

Figure 1 – 15 grandes aires urbaines de plus de 35 000 emploisGrandes aires urbaines des Hauts-de-France selon leur taille

Davantage de fonctions productives et transversales, moins de fonctions métropolitaines

Pour analyser la répartition de l’emploi sur le territoire, les métiers ont été regroupés en quinze fonctions, réparties dans quatre grandes catégories : fonctions productives, présentielles, transversales et métropolitaines (définitions et figure 2). Comparées aux 99 aires urbaines de province de taille similaire (plus de 35 000 emplois), celles de la région se distinguent par la surreprésentation des fonctions dites « productives ». Ces dernières regroupent les métiers qui produisent directement des biens matériels ou mettent en œuvre concrètement des processus techniques. Elles rassemblent 17 % des emplois contre 15 % dans les autres régions de province. Hormis l’aire de Lille, cette part s’élève à 19 % en moyenne dans les 14 autres aires. La plus forte présence des fonctions productives au sein de la région est soutenue par l’importance de la fabrication qui regroupe 10 % des emplois, soit 2 points de plus que la moyenne des aires urbaines de province de taille comparable. La région s’appuie en effet sur un tissu productif industriel encore très présent, avec des filières industrielles de réalisation plutôt que de conception, et un moindre niveau de qualification des actifs.

Figure 2 – La fabrication et la logistique surreprésentées dans les aires régionales Répartition de l’emploi dans les 15 fonctions dans les aires urbaines régionales et de province de plus de 35 000 emplois en 2014

La fabrication et la logistique surreprésentées dans les aires régionales
AU de plus de 35 000 emplois des Hauts-de-France AU de plus de 35 000 emplois des autres régions de province
Productives Fabrication 9,9 8,0
BTP 5,9 6,3
Agriculture 1,1 1,6
Transversales Logistique 9,3 7,8
Entretien-réparation 7,8 7,4
Métropolitaines Gestion 12,8 13,3
Commerce inter-entreprises 3,4 4,0
Prestations intellectuelles 3,2 4,0
Conception-recherche 2,0 3,0
Culture-loisirs 1,6 2,1
Présentielles Santé et action sociale 10,2 10,4
Administrations publiques 9,7 9,6
Services de proximité 9,5 9,8
Distribution 7,7 7,6
Education-formation 5,8 5,2
  • Note de lecture : la fabrication représente 10 % de l’emploi des aires urbaines de plus de 35 000 emplois des Hauts-de-France contre 8 % pour celles de France de province.
  • Source : Insee, recensement de la population 2014.

Figure 2 – La fabrication et la logistique surreprésentées dans les aires régionales Répartition de l’emploi dans les 15 fonctions dans les aires urbaines régionales et de province de plus de 35 000 emplois en 2014

Les fonctions « présentielles », qui assurent les services à la population (distribution, services de proximité, santé et social, éducation et formation), sont présentes dans la même proportion que celle des autres régions de province (43 %). Elles se répartissent sur le territoire proportionnellement à la population.

À l’interface des fonctions productives et présentielles, les fonctions dites « transversales », qui regroupent des métiers tels que ceux de la logistique en relation directe aussi bien avec les entreprises qu’avec les ménages,sont plus développées dans la région. Elles y représentent 17 % des emplois contre 15 % dans les autres aires urbaines de province. Le développement d’atouts logistiques comme les infrastructures portuaires, les plateformes multimodales, les réseaux autoroutiers, ferroviaires et fluviaux ou encore le terminal Eurotunnel contribuent à renforcer la présence de ces fonctions au sein de la région.

À l’inverse, sauf dans l’aire urbaine de Lille, les fonctions dites « métropolitaines », habituellement localisées dans les villes, sont sous-représentées dans la région : 23 % contre 26 %. Cette plus faible présence traduit le moindre développement à l’échelle régionale des activités de services à forte valeur ajoutée ainsi qu’une plus faible attractivité vis-à-vis des actifs les plus qualifiés.

Cinq profils permettent de distinguer les 15 plus grandes aires urbaines selon les fonctions qui y sont présentes en 2014 (figure 3 et méthodologie). Depuis 1999, l’évolution de l’emploi dans les aires urbaines a peu impacté le profil de ces aires dans la région. Celles qui possédaient initialement un profil plus productif conservent cette caractéristique, de même que celles plus orientées vers les fonctions présentielles ou métropolitaines.

Figure 3 – Les fonctions productives représentent plus d’un emploi sur 5 dans cinq aires urbaines Profil des 15 plus grandes aires urbaines de la région et poids des fonctions productives, transversales, métropolitaines et présentielles en 2014.

Les fonctions productives représentent plus d’un emploi sur 5 dans cinq aires urbaines
Emploi total Part dans l’emploi total (%)
Fonctions productives Fonctions transversales Fonctions métropolitaines Fonctions présentielles
Aires urbaines avec une surreprésentation des fonctions de fabrication :
Valenciennes (partie française) 121 200 21,4 17,4 17,4 43,8
Béthune 104 400 22,7 18,5 16,0 42,8
Dunkerque 97 900 22,7 18,2 18,8 40,2
Maubeuge (partie française) 40 900 24,7 17,2 16,9 41,2
Saint-Omer 36 700 21,1 22,1 17,2 39,7
Aires urbaines avec une surreprésentation des fonctions de logistique :
Douai - Lens 170 900 17,5 19,9 18,1 44,5
Saint-Quentin 40 400 18,9 19,3 18,4 43,3
Aire urbaine avec une surreprésentation des fonctions métropolitaines :
Lille (partie française) 517 800 12,2 14,8 31,0 42,0
Aires urbaines avec une surreprésentation des fonctions de gestion et d’administration publique :
Amiens 118 900 16,2 17,1 21,0 45,7
Arras 59 900 16,3 17,0 22,0 44,7
Beauvais 55 600 18,6 18,0 21,7 41,7
Compiègne 41 000 18,8 15,3 23,1 42,8
Creil 39 400 15,5 20,5 20,2 43,8
Aires urbaines avec une surreprésentation des fonctions de distribution et services de proximité
Boulogne-sur-Mer 48 100 19,8 16,8 18,1 45,3
Calais 46 700 15,1 19,0 18,5 47,4
Ensemble des aires urbaines de plus de 35 000 emplois de la région 1 539 800 16,9 17,1 22,9 43,0
  • Source : Insee, recensement de la population 2014.

Des fonctions productives encore bien présentes dans les aires de tradition industrielle

Malgré le phénomène de désindustrialisation qui s’opère depuis quarante ans, les aires de Dunkerque, Béthune, Maubeuge, Valenciennes et Saint-Omer conservent une empreinte industrielle plus marquée qu’ailleurs en région. Elles font partie des plus importants pourvoyeurs d’emplois industriels des Hauts-de-France. En moyenne, 23 % de l’emploi de ces aires se concentre dans les fonctions productives contre 17 % dans l’ensemble des 15 plus grandes aires de la région. La prédominance de ces fonctions repose avant tout sur les métiers de la fabrication. Ils représentent 15 % de l’emploi total, soit 4 points de plus que la moyenne des 15 plus grandes aires urbaines. Parmi les aires urbaines de province de plus de 35 000 emplois, ces 5 aires se classent parmi les 10 qui comptent les plus grandes parts d’emplois dans les métiers de la fabrication.

Maubeuge, qui concentre 17 % de ses emplois dans la fabrication, est ainsi au 3e rang national, après Cluses (25 %) et Montbéliard (21 %). Des activités industrielles spécifiques y sont implantées, notamment la métallurgie avec des établissements comme Vallourec ou la fabrication de matériel de transports avec Maubeuge Construction Automobile. À Valenciennes, ces deux activités concentrent un métier de la fabrication sur deux (par exemple dans les établissements Vallourec, Alstom, Bombardier, Peugeot-Citroën ou Toyota). À Dunkerque, la métallurgie est le premier employeur des métiers de la fabrication, avec la présence d’un établissement majeur du groupe mondial ArcelorMittal. Sur l’aire urbaine de Béthune, la structure industrielle est plus diversifiée. Les métiers de fabrication concernent les secteurs des produits en caoutchouc (Bridgestone), du matériel de transports (La Française de Mécanique), de l’agroalimentaire (Roquette Frères) et de la métallurgie (TyssenKrupp).

Enfin, à Saint-Omer, les effectifs sont très concentrés dans les grands établissements, notamment dans le premier établissement industriel de la région, la cristallerie Arc International. Son profil présente une autre particularité : l’aire se distingue nettement pour la part de ses emplois dans la logistique. Cette fonction regroupe en effet 13 % de ses emplois totaux, soit la part la plus importante des aires urbaines de province de plus de 35 000 emplois, devant Châlons-en-Champagne et Le Havre.

Saint-Quentin et Douai-Lens, un profil logistique plus marqué

La situation géographique stratégique des aires urbaines de Douai-Lens et de Saint-Quentin les place à des carrefours d’échanges ouverts aux transports multimodaux (route, fer, eau). Elle est propice au développement des fonctions transversales, plus précisément des activités de logistique. Des plateformes et infrastructures multimodales y sont implantées grâce à la présence de réseaux autoroutiers, ferroviaires et fluviaux. C’est le cas par exemple de la plateforme trimodale Delta 3, localisée à l’intersection de deux corridors de transports européens dans l’aire urbaine de Douai-Lens. Près de 20 % de l’emploi total de ces deux aires est ainsi regroupé dans les fonctions transversales, soit deux points de plus que la moyenne des 15 plus grandes aires régionales. Les métiers de la logistique y représentent 12 % de l’emploi, contre 9 % en moyenne. De grandes entreprises du secteur des transports y sontimplantées : Amazon France Logistique, SNCF Mobilités et Keolis à Douai-Lens ; Transports Blondel et Citra à Saint-Quentin.

L’aire urbaine de Lille concentre l’essentiel des fonctions métropolitaines

L’aire urbaine de Lille se distingue nettement des autres aires régionales par son orientation marquée vers les fonctions métropolitaines. Ainsi, en Hauts-de-France, 31 % de ses emplois y sont concentrés, soit 12 points de plus que la moyenne des 14 autres aires urbaines. Lille concentre d’ailleurs à elle seule 25 % de l’emploi régional et 36 % de l’emploi des fonctions métropolitaines. La part de ces fonctions dans l’emploi est comparable à celle d’autres grandes aires urbaines de taille similaire comme Bordeaux ou Toulouse.On constate en effet une concentration dans les capitales régionales des activités à fort potentiel de développement économique et à contenu décisionnel élevé. Quelques éléments caractéristiques des grandes villes expliquent cette localisation : densité des réseaux de transports, taille du bassin d’emploi, présence de services rares et de main-d’œuvre qualifiée.

À Lille, comme dans la plupart des autres aires urbaines de province bien dotées en fonctions métropolitaines, ce sont les métiers de la gestion qui prédominent. Ils y représentent 16,4 % de l’emploi total, contre 12,8 % pour l’ensemble des 15 plus grandes aires régionales. Cela s’explique par l’implantation de sièges sociaux ou d’administrations d’entreprises, comme Auchan, Leroy Merlin ou La Redoute présents dans la région depuis de nombreuses années, mais également d’activités financières, de banques ou d’assurance (Cofidis, Axa, Allianz, etc.).

Les autres fonctions métropolitaines (conception-recherche, commerce interentreprises, etc.) se développent de manière plus différenciée dans les plus grandes aires urbaines de province. Pour celle de Lille, comme pour Lyon, Nantes ou Bordeaux, le commerce interentreprises est surreprésenté (environ 5 % de l’emploi total, contre 4 % en moyenne dans les aires urbaines de province de plus de 35 000 emplois). Toulouse et Grenoble, qui ont développé une activité économique de haut niveau (aéronautique à Toulouse, recherche à Grenoble), se distinguent par une présence élevée d’emplois relevant des métiers de conception-recherche (plus de 7 % contre seulement 3 % en moyenne et dans l’aire urbaine de Lille).

Au sein des fonctions métropolitaines, les emplois stratégiques sont occupés par des cadres et chefs d’entreprises de dix salariés ou plus qui participent au rayonnement économique et décisionnel des métropoles. La place qu’ils occupent dans l’emploi total s’accroît généralement avec la taille de l’aire urbaine. Celle de Lille compte ainsi 7,3 % des cadres des fonctions métropolitaines, contre 7,1 % à Bordeaux, 8,9 % à Lyon et 11,7 % à Toulouse. Ces emplois ont tendance à se concentrer géographiquement en raison de la métropolisation du développement économique. Dans les Hauts-de-France, 48 % des cadres des fonctions métropolitaines exercent ainsi dans l’aire urbaine de Lille, soit une part deux fois supérieure à celle de l’ensemble des emplois.

Cinq autres aires concentrent aussi des fonctions métropolitaines

Dans les aires urbaines d’Amiens, Arras, Beauvais, Creil et Compiègne, les fonctions métropolitaines représentent aussi une part importante de l’emploi total (environ 20 %). L’aire urbaine d’Amiens profite en effet de son statut d’ancienne capitale régionale, celles de Beauvais et d’Arras de leur statut de préfectures de département et celles de Creil et de Compiègne de leur proximité avec l’aire d’influence de Paris. Comme pour l’aire urbaine de Lille, l’essentiel de l’emploi des fonctions métropolitaines est dirigé vers la gestion (plus de 12 % de l’emploi total des aires). À Creil, et surtout à Compiègne, les fonctions métropolitaines sont plus qu’ailleurs liées à la recherche et à l’innovation. Parmi les 15 plus grandes aires urbaines de la région, Compiègne possède la plus grande part d’emploi dans la conception-recherche, à égalité avec l’aire urbaine de Lille (3 % contre 2 % en moyenne). Les centres de recherche de trois secteurs majeurs y sont implantés : la fabrication de produits en plastique (Plastic Omnium), la transformation du verre (Saint-Gobain) et l’industrie chimique (Colgate-Palmolive, Chanel Parfums Beauté ou encore Bootik).

En raison de leur statut de chefs-lieux de département, les aires urbaines d’Amiens, Arras et Beauvais présentent une autre spécificité : l’importance des emplois dans l’administration publique. Entre 11 et 13 % de l’emploi s’y concentre, contre 9,7 % dans l’ensemble des 15 plus grandes aires urbaines régionales.

Un profil plus présentiel, lié aux métiers de la distribution et des services de proximité

Enfin, Boulogne-sur-Mer et Calais ont un profil tourné vers les services à la population. Les fonctions présentielles y sont surreprésentées : 46 % de l’emploi contre 43 % pour l’ensemble des 15 plus grandes aires régionales. Les métiers de la distribution (vente aux particuliers) sont en effet plus présents qu’en moyenne (9,9 % contre 7,7 %), de même que ceux des services de proximité (11 % contre 9,5 %). Le dynamisme du tourisme dans ces zones littorales génère en effet des emplois dans l’hébergement et la restauration. Des activités médico-sociales y sont aussi présentes (par exemple l’association des parents d’enfants inadaptés de Boulogne-sur-Mer). Parmi les 15 aires, Calais est celle qui possède la plus grande part de ses emplois dans les fonctions présentielles (47 %), suivie d’Amiens et de Boulogne-sur-Mer (45 % chacune).

Encadré

9 autres grandes aires urbaines dans les Hauts-de-France

Dans les Hauts-de-France, 9 autres aires urbaines rassemblent plus de 10 000 emplois dans la région et sont ainsi considérées comme de grandes aires urbaines.Elles regroupent 8 % de l’emploi total de la région et 10 % de l’emploi des grandes aires urbaines. Elles présentent des spécificités en termes de fonctions. Les aires de Saint-Amand-les-Eaux et de Château-Thierry sont ainsi davantage orientées vers les fonctions productives, notamment la fabrication. Les fonctions transversales sont bien représentées dans l’aire de Soissons avec des emplois dans la logistique comme à Douai-Lens ou Saint-Quentin. Enfin, les fonctions présentielles sont plus développées à Laon, préfecture du département de l’Aisne, avec une concentration des métiers dans l’administration publique comme c’est le cas à Amiens, Arras et Beauvais. Dans d’autres aires, les fonctions présentielles sont très présentes dans les métiers de la distribution, des services de proximité, de la santé et de l’action sociale. C’est notamment le cas à Hazebrouck ou Armentières, mais surtout à Abbeville et à Berck-Montreuil où 54 % des emplois se concentrent dans les fonctions présentielles.

Pour comprendre

La loi « rang-taille » correspond à la relation entre la taille de l’aire urbaine (en nombre d’emplois) et son rang de classement. Pour déterminer les aires urbaines les plus influentes, il est possible de s’appuyer sur cette loi, en sélectionnant toutes les aires qui dépassent un certain seuil. Pour les aires urbaines des Hauts-de-France, la courbe met en évidence des ruptures, dont une au seuil de 35 000 emplois qui conduit à considérer 15 grandes aires urbaines dans l’étude.

Une typologie de ces 15 aires urbaines a été construite selon une méthode de classification ascendante hiérarchique (CAH) sur les résultats d’une analyse en composante principale (ACP). Les aires sont d’autant plus proches que leur profil en termes de fonctions se ressemble.

Définitions

Une grande aire urbaine est un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain de plus de 10 000 emplois, et par les communes dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi, travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. La région Hauts-de-France est ainsi composée de 24 grandes aires urbaines. L’étude se concentre sur les 15 plus grandes aires urbaines ayant un volume minimal de 35 000 emplois en 2014. Pour les autres régions de province, 84 aires urbaines dépassent ce seuil.

Analyse fonctionnelle : les territoires sont ici analysés avec une approche transversale aux secteurs d’activité traditionnellement utilisés. Les emplois sont répartis en 15 fonctions définies à partir de la profession exercée. Ces fonctions sont ensuite regroupées en quatre grandes catégories : productives, transversales, métropolitaines et présentielles.

Les fonctions productives regroupent les métiers de l’agriculture (agriculteurs, éleveurs, horticulteurs, viticulteurs, etc.), de la fabrication (ingénieurs de l’industrie, ouvriers qualifiés et non qualifiés, artisans en mécanique générale, etc.) et du BTP (artisans maçons, plombiers, électriciens, géomètres, menuisiers, etc.).

Les fonctions transversales sont liées aux métiers de la logistique (conducteurs routiers, transporteurs indépendants, livreurs, conducteurs de taxis, ambulanciers, etc.) et de l’entretien et la réparation (électriciens, dépanneurs, mécaniciens de maintenance, etc.).

Les fonctions présentielles concernent les métiers de l’administration publique (inspecteurs des impôts et du trésor, adjoints administratifs et personnels de catégorie B de la fonction publique, douaniers, gendarmes, pompiers, etc.), l’éducation et la formation (instituteurs, professeurs, conseillers principaux d’éducation, formateurs, etc.), la santé et l’action sociale (médecins, dentistes, pharmaciens, infirmiers, éducateurs de jeunes enfants, assistants de service social, etc.), la distribution (ensemble des professions de la vente aux particuliers, y compris l’artisanat commercial) et les services de proximité (personnels de l’hôtellerie et de la restauration, coiffeurs, aides ménagères, agents de sécurité et de surveillance, etc.).

Les fonctions métropolitaines regroupent les métiers de la conception-recherche (ingénieurs en recherche et développement, chercheurs de la fonction publique, agents qualifiés des laboratoires, etc.), des prestations intellectuelles (avocats, notaires, experts comptables, architectes, etc.), du commerce interentreprises (grossistes, cadres et représentants commerciaux, etc.), de la gestion (chefs d’entreprises, cadres des ressources humaines, professions opérationnelles de la banque et de l’assurance, techniciens des services comptables et financiers, etc.) et de la culture et des loisirs (gestionnaires de spectacles, bibliothécaires, journalistes, artistes, photographes, etc.).

Pour en savoir plus

Lejeune F., Terra S., « La troisième région logistique française », Insee Analyses Hauts-de-France, n° 55, août 2017.

Cuchère E., Terra S., « Une région jeune qui dispose d’un potentiel pour faire face à ses défis », Insee Analyses Hauts-de-France, n° 46, mars 2017.

Brutel C., « Un maillage du territoire français : 12 aires métropolitaines, 29 grandes aires urbaines », Insee Première, n° 1333, janvier 2011.

Van Puymbroeck C., Reynard R., « Répartition géographique des emplois : Les grandes villes concentrent les fonctions intellectuelles, de gestion et de décision », Insee Première, n° 1278, février 2010.