Qualification, progrès technique et marchés du travail locaux en France, 1990-2011

Pauline Charnoz et Michael Orand

La France, comme d’autres pays développés, a connu une forte transformation de la demande de travail au cours de 20 dernières années, avec un biais en faveur des travailleurs les plus qualifiés. Nous testons une des principales hypothèses cherchant à expliquer cette évolution biaisée de la demande : un progrès technique lié aux technologies de l’information et de la communication qui ferait disparaître les métiers composés de tâches routinières en les automatisant, et favoriserait par conséquent les métiers peu qualifiés des services d’une part et les métiers très qualifiés d’autre part. À partir d’un modèle théorique développé par Autor et Dorn (2013), qui utilise la structure de l’emploi sur des marchés locaux du travail pour identifier les effets du progrès technique, nous montrons en mobilisant les recensements de la population qu’il existe effectivement un lien entre le progrès technique et l’évolution de la structure de l’emploi entre 1990 et 2011 en France. En particulier, on assiste à la disparition d’emplois peu qualifiés routiniers, qui se transforment en partie en emplois de services, ou bien disparaissent définitivement conduisant à un accroissement du chômage. Nous montrons également une interaction entre la transformation de la demande et la spécialisation fonctionnelle des territoires. Ces résultats sont robustes à l’introduction d’hypothèses alternatives, comme l’influence de la mondialisation et du commerce international, ou encore celle de transformations démographiques.

Documents de travail N° G2017/07
No G2017/07
Paru le : 17/11/2017