Réduction des inégalités monétaires : un rôle spécifique des prestations sociales

Jean-Michel Squarcini, Insee

Avec un habitant sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté, la Corse est la région de province la plus touchée par la pauvreté monétaire. Les inégalités de niveau de vie y sont importantes. Sans les prestations sociales et les impôts, les écarts entre les plus pauvres et les plus aisés seraient bien plus forts. Sur l'île, la part des prestations familiales dans le revenu disponible des ménages est plus faible qu'ailleurs, celle des minima sociaux plus élevée. Par ailleurs, les retraites et pensions jouent un rôle essentiel, notamment dans les communes hors influence urbaine.

La pauvreté monétaire concerne un cinquième de la population

La Corse est la région de France de province la plus touchée par la pauvreté monétaire. En 2014, 20,3 % de la population (source) vit sous le seuil de pauvreté contre 14,5 % en moyenne de province (figure 1). Ainsi, 54 720 personnes font partie d'un ménage où le revenu disponible par unité de consommation est inférieur à 1 018 € par mois.

L'île est aussi la région avec Provence-Alpes-Côte d’Azur où les disparités de revenus sont les plus importantes : le niveau de vie des 10 % d'habitants les plus aisés est 3,7 fois plus élevé que celui des 10 % les plus modestes. Cet écart est de 3,3 en province. En Corse, cette différence est due essentiellement à la faiblesse des revenus des plus pauvres qui sont inférieurs de 12 % à ceux de la France de province.

Figure 1 – En Corse, une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvretéTaux de pauvreté dans les régions en 2014

En %
En Corse, une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvreté
Taux de pauvreté
Hauts-de-France 18,3
Île-de-France 15,6
Provence-Alpes-Côte d'Azur 17,5
Corse 20,3
Occitanie 17,2
Grand Est 14,2
Normandie 13,6
Auvergne-Rhône-Alpes 12,7
Bourgogne-Franche-Comté 13,1
Nouvelle-Aquitaine 13,7
Centre-Val de Loire 12,9
Pays de la Loire 11,1
Bretagne 10,8
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2014

Figure 1 – En Corse, une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvretéTaux de pauvreté dans les régions en 2014

Les prestations sociales permettent de sortir plus de 19 000 personnes du seuil de pauvreté

Ces inégalités seraient encore plus fortes en l'absence d'impôts prélevés et de prestations sociales allouées aux ménages (allocations familiales, minima sociaux et allocations logement). En effet, le revenu déclaré à l'origine par les 10 % de ménages les plus modestes est 6,4 fois plus faible que celui des 10 % les plus aisés.

En particulier, sous l’effet favorable des prestations sociales, qui représentent 29,2 % de leur revenu disponible (figure 2), le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes progresse de 57 %, passant de 6 040 € à 9 485 € par an. Ainsi, 19 000 insulaires sortent du seuil de pauvreté sur l’île.

Le niveau de vie des 10 % de ménages aux plus hauts revenus serait plus élevé de 31 % sans les impôts.

Figure 2 – Les prestations sociales contribuent à près de 30 % du revenu des plus modestesStructure du revenu disponible par tranche de niveau de vie en Corse en 2014

En %
Les prestations sociales contribuent à près de 30 % du revenu des plus modestes
Tranche de niveau de vie Impôts Revenus d'activités salariées Revenus d'activités non salariées Revenus du patrimoine Indemnités chômage Pensions, retraites et rentes Prestations sociales
01 -6,8 30,2 7,4 5,9 7,2 26,9 29,2
02 -6,3 41,5 4,1 4,5 6,5 29,0 20,7
03 -8,0 51,6 3,7 4,6 5,3 30,2 12,6
04 -10,3 60,0 3,4 4,9 4,3 30,5 7,2
05 -12,0 63,0 3,3 5,7 3,7 31,5 4,9
06 -14,0 65,5 3,3 6,0 3,1 32,8 3,4
07 -15,9 66,4 3,7 7,0 2,4 34,2 2,3
08 -17,8 67,4 4,3 8,2 2,1 34,3 1,6
09 -20,7 62,3 7,0 11,4 1,5 37,4 1,1
10 -30,9 54,7 23,2 25,9 1,0 25,7 0,5
  • Lecture : pour les 10 % des ménages les plus modestes, la part des salaires dans le revenu disponible est de 30,2 %.
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2014

Figure 2 – Les prestations sociales contribuent à près de 30 % du revenu des plus modestesStructure du revenu disponible par tranche de niveau de vie en Corse en 2014

Des transferts sociaux liés à la structure des ménages

En Corse, le poids des prestations sociales dans le revenu disponible des ménages est légèrement supérieur à la moyenne de province (5,8 % contre 5,5 %). Néanmoins, leur structure est relativement atypique.

En particulier, la part des prestations familiales est la plus faible des régions. Ces allocations (allocations familiales, de rentrée scolaire….) comptent uniquement pour 1,7 % du revenu (2,0 % en France de province). L'île comprend en effet peu de familles nombreuses : 4,1 % contre 7,3 % en province. Pour autant, le poids des prestations familiales est non négligeable pour ces familles : elles représentent 11,7 % du revenu chez les couples avec 3 enfants ou plus, comme en province, et 15,3 % chez les familles monoparentales avec 3 enfants ou plus (21,8 % en province) (figure 3).

Figure 3 – Les prestations sociales sont très importantes pour les familles nombreusesContribution des prestations sociales dans le revenu disponible selon le type de ménage en Corse en 2014

En %
Les prestations sociales sont très importantes pour les familles nombreuses
Prestations familiales Minima sociaux Prestations logement
Famille monoparentale avec 3 enfants ou plus 15,3 4,3 7,5
Couple avec 3 enfants ou plus 11,7 1,7 3,4
Famille monoparentale avec 2 enfants 5,3 4,6 4,8
Famille monoparentale avec 1 enfant 1,3 4,7 3,5
Femme seule sans enfant 0,2 4,2 2,5
Couple avec 2 enfants 3,7 1,1 1,2
Homme seul sans enfant 0,1 3,6 1,5
Couple avec 1 enfant 0,8 1,4 0,9
Couple sans enfant 0,0 1,3 0,5
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2014

Figure 3 – Les prestations sociales sont très importantes pour les familles nombreusesContribution des prestations sociales dans le revenu disponible selon le type de ménage en Corse en 2014

En revanche, la part des minima sociaux est la plus élevée dans la région, avec 2,5 % contre 1,7 % en province. Ces allocations (allocation aux adultes handicapés, RSA, minimum vieillesse….) pèsent davantage dans le revenu des personnes seules, notamment les femmes. Elles sont également importantes pour les familles monoparentales avec 4,5 % du revenu disponible en moyenne.

Enfin, la part des prestations logement dans le revenu disponible des ménages insulaires est proche de la moyenne de province : 1,6 %. Ces aides au logement ont un effet plus marqué pour les ménages résidant dans les villes d'Ajaccio et de Bastia (2,9 %).

Un rôle prononcé des retraites et pensions

Au-delà des prestations sociales, les revenus de remplacement (retraites, pensions et allocations chômage) contribuent aussi au revenu des ménages. Dans la région, la part des retraites et pensions dans le revenu disponible est plus élevée qu'en province (31,3 % contre 29,8 %), en lien avec la pyramide des âges de la population : 27,8 % des habitants de l'île ont plus de 60 ans, soit le 2e taux après l'Occitanie. Ainsi, chez les ménages dont le référent fiscal est âgé de 60 à 74 ans, la moitié du revenu disponible est lié aux retraites et pensions et cette proportion atteint 80 % quand le référent fiscal a 75 ans ou plus (figure 4). C’est toutefois moins qu'en France de province : - 12 points pour les 60-74 ans et - 5 points pour les 75 ans ou plus. Sur l’île, la part des revenus d'activités reste en effet importante, notamment chez les 60-74 ans où elle est très au-dessus de la moyenne de province (44,9 % contre 30,4 %). Le poids des minima sociaux dans le revenu disponible des plus âgés est également supérieur dans la région (+ 2 points). En effet, les bénéficiaires du minimum vieillesse sont proportionnellement plus nombreux qu'en province (10,8 % des 65 ans ou plus contre 3,3 %).

Figure 4 – Les retraites et pensions pèsent moins dans le revenu des personnes âgées qu’en province Structure du revenu disponible des personnes de 60 ans ou plus par tranche d’âge en 2014

En %
Les retraites et pensions pèsent moins dans le revenu des personnes âgées qu’en province
Impôts Revenus d'activités salariées et indemnités chômage Revenus d'activités non salariées Revenus du patrimoine Pensions, retraites et rentes Prestations sociales
Corse 60 à 74 ans -18,9 36,1 6,8 14,9 57,3 3,8
Province 60 à 74 ans -17,9 25,7 4,7 16,3 69 2,2
Corse 75 ans ou plus -14,8 11,3 2,2 15,8 81,3 4,1
Province 75 ans ou plus -13,4 5,4 0,8 18,9 86,7 1,6
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Filosofi 2014

Figure 4 – Les retraites et pensions pèsent moins dans le revenu des personnes âgées qu’en province Structure du revenu disponible des personnes de 60 ans ou plus par tranche d’âge en 2014

Le rôle des retraites et pensions est essentiel dans près du tiers des communes de Corse où elles représentent plus de 50 % du revenu disponible des ménages. Ces communes sont en majorité situées hors de l’influence des aires urbaines.

Sources

Les statistiques sont issues de l'exploitation du Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) de 2014. Celui-ci est issu du rapprochement des données fiscales exhaustives en provenance de la DGFiP et des données sur les prestations sociales de la Cnaf, Cnav et CCMSA.

Le champ couvert est celui de l'ensemble des ménages fiscaux ordinaires, ce qui exclut les personnes sans domicile ou vivant en institution (prison, foyer, maison de retraite…) et dont le revenu fiscal est positif ou nul,soit 122 411 ménages en Corse (270 104 personnes).

Définitions

Revenu disponible : revenu à la disposition du ménage pour consommer et épargner. Il comprend les revenus d'activité, les revenus de remplacement (retraites et pensions, indemnités de chômage), les revenus du patrimoine et les prestations sociales reçues, auxquels sont soustraits les prélèvements obligatoires : l'impôt sur le revenu, la taxe d'habitation, la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS).

Niveau de vie : revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (UC). Le 1er adulte du ménage compte pour 1 UC, les autres personnes de plus de 14 ans pour 0,5 UC et les enfants pour 0,3 UC.

Taux de pauvreté : part des personnes ayant un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, soit 1 018 € par mois en 2014.

Pour en savoir plus

« Transferts sociaux versés aux ménages : des effets différenciés selon les territoires », Insee Focus n°97, novembre 2017