Participation électorale 2017 : un vote de moins en moins systématique, notamment aux législatives

Thierry Geay, Anna Simon, Insee

Le premier semestre de l’année 2017 a été rythmé par les élections présidentielle et législatives et leurs quatre tours de scrutin. Parmi les 5,2 millions d’électeurs appelés à voter en Auvergne-Rhône-Alpes en 2017, 13 % ne se sont pas du tout rendus aux urnes. À l’opposé, 35 % des inscrits ont participé à l'ensemble des quatre tours proposés, une part en nette diminution. Le vote intermittent devient donc une pratique majoritaire dans la région comme en France. La présidentielle demeure l’élection majeure. En revanche, les législatives peinent à mobiliser l’électorat, notamment les jeunes.

En Auvergne-Rhône-Alpes, 5 202 000 personnes sont inscrites sur les listes électorales en 2017. Ainsi, 88,6 % des personnes en capacité de s'inscrire y figurent formellement. Ce taux d’inscription est l’un des plus bas de France métropolitaine, où la moyenne s'établit à 89,5 %. Seules les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse et Île-de-France affichent un score inférieur.

Dans la région, 12,9 % des personnes inscrites ne sont pas allées voter

Le premier semestre 2017 a été marqué par deux échéances politiques majeures, l'élection présidentielle (les dimanches 23 avril et 7 mai), puis les élections législatives (les dimanches 11 et 18 juin). En Auvergne-Rhône-Alpes, lors de ces deux scrutins (soit quatre tours)1, 12,9 % des électeurs se sont abstenus systématiquement. C’est légèrement moins qu’en France métropolitaine (– 0,5 point). L’abstention dans la région est plus forte que dans les Pays de la Loire (11,1 %), mais se situe loin des niveaux atteints en Corse (17,2 %), dans les Hauts-de-France ou en Provence-Alpes-Côte d'Azur (15,7 % et 15,6 % respectivement). Au total, si l’on tient compte des non-inscrits, 22,8 % de la population régionale en âge de voter en 2017 n’a pas fait l’usage de son droit de vote, se tenant ainsi à l’écart du jeu politique.

À l’opposé, 35,2 % des inscrits ont participé à l'ensemble des quatre tours proposés (figure 1).

1 Lors de ces législatives, les députés d’Auvergne-Rhône-Alpes ont tous été élus au second tour ; il y a donc eu quatre tours pour tous les électeurs inscrits dans la région.

Figure 1 – Auvergne-Rhône-Alpes : une participation à l'image de la moyenne nationaleParticipation systématique aux quatre tours des élections de 2017

Auvergne-Rhône-Alpes : une participation à l'image de la moyenne nationale
région votant systématique votant intermittent abstentionniste systématique classe abstention classe participation
Pays-de-la-Loire 52 36,2 52,8 11,1 5 2
Bretagne 53 38,0 50,4 11,6 5 1
Normandie 28 36,7 51,1 12,3 5 2
Occitanie 76 38,4 48,9 12,7 4 1
Bourgogne Franche-Comté 27 36,4 50,7 12,9 4 2
Auvergne-Rhône-Alpes 84 35,2 51,9 12,9 4 3
Île-de-France 11 34,0 52,9 13,1 3 4
Nouvelle Aquitaine 75 38,9 47,9 13,2 3 1
Grand Est 44 34,0 52,0 14,0 3 4
Centre 24 36,7 49,3 14,0 3 2
Provence-Alpes-Côte d'Azur 93 33,7 50,7 15,6 2 4
Hauts-de-France 32 35,5 48,8 15,7 2 3
Corse 94 32,6 50,3 17,2 2 4
  • Champ : Français inscrits sur les listes électorales en France en 2017 et résidant en France en 2015 (hors Mayotte)
  • Source : Insee, enquête participation éléctorale 2017

Figure 1 – Auvergne-Rhône-Alpes : une participation à l'image de la moyenne nationaleParticipation systématique aux quatre tours des élections de 2017

La présidentielle demeure l'élection majeure

L'élection présidentielle continue de mobiliser beaucoup plus que les élections législatives. En 2017, en Auvergne-Rhône-Alpes, 86,1 % des inscrits ont voté au moins une fois pour la première. Ils ne sont que 58,4 % à l'avoir fait pour les secondes. Plus précisément, 72,3 % des inscrits se sont déplacés lors des deux dimanches de la présidentielle contre seulement 38,5 % pour ceux des élections législatives. Cette proportion d’électeurs « assidus » diminue nettement par rapport à 2012 pour les deux scrutins, et plus fortement pour les élections législatives (– 10,8 points). Concernant ces dernières, les comportements ont évolué en faveur d’une abstention systématique (+ 9,4 points). Dans le cas de la présidentielle, les électeurs se sont davantage orientés vers une abstention partielle (vote sur un seul des deux tours).

Un désintérêt des jeunes pour les élections législatives

Le niveau de participation aux élections législatives a été particulièrement faible. En 2017, un peu plus de quatre électeurs sur dix ne se sont pas déplacés pour élire leur député. Ce désintérêt est très marqué chez les plus jeunes générations (de 18 à 29 ans), dont l’abstention atteint près de 64 % en région comme au niveau national (figure 2).

Ainsi, seulement 36,4 % des jeunes inscrits ont pris part au scrutin législatif et moins de 20 % ont voté aux deux tours. Les seniors restent plus fidèles à ce rendez-vous électoral. En Auvergne-Rhône-Alpes, plus de la moitié des électeurs âgés de 60 à 79 ans ont participé aux deux tours de scrutin.

Figure 2 – Les plus jeunes générations portent peu d'intérêt aux élections législativesParticipation aux élections présidentielle et législatives 2017 selon l'âge en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

Les plus jeunes générations portent peu d'intérêt aux élections législatives
A voté aux 2 tours Vote intermittent N'a pas voté
Présidentielle (ensemble) 72,3 13,8 13,9
Législatives (ensemble) 38,5 19,9 41,6
dont de 18 à 24 ans 18,8 17,0 64,2
de 25 à 29 ans 18,4 18,7 62,9
de 30 à 39 ans 26,3 20,9 52,8
de 40 à 49 ans 33,6 24,9 41,5
de 50 à 59 ans 47,1 20,2 32,7
de 60 à 69 ans 51,8 20,1 28,1
de 70 à 79 ans 52,2 19,6 28,2
80 ans ou plus 44,7 13,9 41,3
  • Champ : Français inscrits sur les listes électorales en France en 2017 et résidant en Auvergne-Rhône-Alpes en 2015
  • Source : Insee, enquête participation électorale 2017

Figure 2 – Les plus jeunes générations portent peu d'intérêt aux élections législativesParticipation aux élections présidentielle et législatives 2017 selon l'âge en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

Le vote intermittent se développe au détriment du vote systématique

Les pratiques électorales évoluent dans le temps, et l’on vote aujourd’hui de manière moins systématique. Le vote devient plus sélectif et plus intermittent. Lors des élections de 2017, 51,9 % des électeurs ont voté de façon intermittente, soit entre une et trois fois, contre 43,0 % cinq ans auparavant (figure 3). Désormais, ce type de comportement devient donc majoritaire en Auvergne-Rhône-Alpes comme dans de nombreuses régions. Il progresse quel que soit l’âge et dans toutes les catégories sociales.

Figure 3 – Après un sursaut citoyen en 2007, le vote systématique décroît au profit du vote intermittentRépartition des votes par année d'élection en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

Après un sursaut citoyen en 2007, le vote systématique décroît au profit du vote intermittent
Abstention systématique Vote intermittent Vote systématique
2002 11,6 41,2 47,2
2007 7,9 40,0 52,1
2012 10,7 43,0 46,3
2017 12,9 51,9 35,2
  • Champ : Français inscrits sur les listes électorales en France métropolitaine et résidant en Auvergne-Rhône-Alpes
  • Source : Insee, enquêtes participation éléctorale 2002, 2007, 2012 et 2017

Figure 3 – Après un sursaut citoyen en 2007, le vote systématique décroît au profit du vote intermittentRépartition des votes par année d'élection en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

Entre 2012 et 2017, le vote systématique, c’est-à-dire le fait de voter à chacun des tours des deux scrutins proposés, recule de façon inédite (– 11,2 points). Après le sursaut citoyen observé en 2007, qui s’était traduit par un redressement de la participation systématique, l’année 2012 marquait peu ou prou un retour aux valeurs enregistrées en 2002 (– 0,9 point). Chez les jeunes de 25 à 29 ans, cet affaiblissement de la participation systématique a pour contrepartie une plus forte abstention à tous les scrutins. Leurs aînés ont aussi tendance à s’abstenir davantage, mais le font à certains tours seulement.

Le profil du votant assidu

De nombreux facteurs socio-économiques influent sur la participation, à commencer par l’âge. Les seniors restent les plus nombreux à s’être déplacés à chacun des quatre tours. En Auvergne-Rhône-Alpes, entre 40 % et 50 % des personnes inscrites âgées de 50 à 79 ans ont systématiquement voté en 2017.

Faire des études ou être bien inséré sur le marché du travail rapproche aussi des urnes. Ainsi, 16 points séparent les votants titulaires d'un diplôme supérieur au baccalauréat des personnes sans diplôme (43,3 % des premiers ont voté systématiquement contre seulement 27,5 % pour les seconds). C'est donc logiquement parmi les cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures et les retraités que se trouve la plus grosse proportion de votants réguliers en Auvergne-Rhône-Alpes (46,7 % et 45,4 % ont voté aux quatre tours) comme en France métropolitaine. Hommes et femmes connaissent un même niveau de participation mais celle-ci est plus élevée si l'on vit en couple. Toutefois, les hommes de la région se sont un peu moins souvent exprimés aux deux tours de la présidentielle qu’en France.

Sources

Depuis l’élection présidentielle de 1988, l’Insee réalise des enquêtes sur la participation électorale. En suivant le comportement des inscrits sur les listes électorales entre deux tours d’un même scrutin et entre différents scrutins successifs, ces enquêtes permettent d’observer le comportement de participation et notamment l’intermittence du vote, en fonction des caractéristiques socio-démographiques des votants.

L’enquête de 2017 porte sur les élections présidentielle et législatives pour les personnes résidant en France (hors Mayotte) en 2015 en capacité de voter. À partir d'un échantillon de 300 000 électeurs potentiels, la participation aux élections d’un sous-échantillon de 45 000 personnes résidant en France (hors Mayotte) et inscrites sur les listes électorales françaises est ensuite relevée par les agents de l’Insee par consultation des listes d’émargement en préfecture dans les dix jours qui suivent le scrutin, comme tout électeur peut le faire. En Auvergne-Rhône-Alpes, ce sondage a concerné 4 400 personnes inscrites dans 366 communes.

Le vote blanc ou nul est bien comptabilisé ici comme une participation, puisqu’il implique un émargement sur la liste électorale.

Pour en savoir plus

« Élections présidentielles et législatives de 2002 à 2017 : une participation atypique en 2017 », Insee Première n° 1671, octobre 2017

« Participation aux élections présidentielle et législatives 2017 : neuf inscrits sur dix ont voté à au moins un tour de scrutin », Insee Première n° 1670, octobre 2017

« L'inscription et la participation électorale », Portrait social 2013 de la Posra - Décrochage et non-recours aux droits, janvier 2014