Intercommunalités de l’agglomération parisiennePortrait économique des 32 nouveaux territoires

Céline Calvier, Aurélie Casarotti, Insee Île-de-France

Le Schéma Régional de Coopération Intercommunale (SRCI) et la métropole du Grand Paris (MGP) redéfinissent la carte intercommunale autour de trente-deux territoires aux profils économiques diversifiés.

Les trois quarts des emplois de cet ensemble sont concentrés au sein de la MGP. Des territoires tels que la Ville de Paris (T1), Paris Ouest La Défense (T4) et Roissy Pays de France (Communauté d’agglomération) offrent plus d’emplois qu’ils ne comptent de résidents en emploi. L’ouest de la MGP est spécialisé dans les activités du secteur tertiaire supérieur. La communauté d’agglomération de Val d’Europe est davantage orientée vers les activités de commerce et services de proximité. Celles de Paris Saclay et de Saint-Quentin-en-Yvelines sont quant à elles spécialisées dans les activités industrielles et de support.

Au 1er janvier 2016, la métropole du Grand Paris (MGP) est constituée de 12 territoires : la Ville de Paris (T1) et 11 établissements publics territoriaux (EPT). Les EPT succèdent aux intercommunalités qui existaient avant la création de la MGP. Au niveau de l’Île-de-France, le Schéma Régional de Coopération Intercommunale (SRCI) a dessiné une nouvelle carte intercommunale par regroupement de certains établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre de grande couronne. Ces regroupements visent à rééquilibrer les territoires, entre la MGP et les intercommunalités voisines, ainsi qu'à accroître la capacité des différents territoires à porter des projets d’envergure.

Outre les 12 territoires qui constituent la MGP, on dénombre 20 EPCI dont le siège est situé dans l’unité urbaine de Paris, ou dont plus de la moitié de la population réside dans ce périmètre. Ces 32 territoires présentent des profils économiques variés au sein de l’agglomération parisienne (données complémentaires).

La métropole du Grand Paris concentre les trois quarts des emplois de l’unité urbaine

L’unité urbaine (Définitions) de Paris compte 5,3 millions d’emplois. Elle cumule à elle seule plus d’emplois que les 10 autres unités urbaines françaises de plus de 500 000 habitants (4,2 millions).

En son sein, les 32 territoires présentent une forte hétérogénéité : entre la communauté de communes de Sausseron Impressionnistes et la Ville de Paris (T1), la population varie de 19 000 à 2,2 millions d’habitants et le nombre d’emplois de 5 000 à 1,8 million. Un tiers des emplois de l’unité urbaine sont situés à Paris (T1), 40 % dans les autres EPT de la métropole, le reste se répartissant dans les EPCI hors MGP.

Plus d’emplois que de résidents en emploi sur un axe sud-ouest nord-est

La ville de Paris (T1) compte 1,6 fois plus d’emplois que de résidents en emploi (figure 1). De même, Paris Ouest La Défense (T4) en compte 1,8 fois plus, en raison de la présence du quartier d’affaires de La Défense. Autour de ces deux pôles centraux, le nombre d’emplois reste nettement supérieur à celui des résidents en emploi sur une diagonale qui va de Saint-Quentin-en-Yvelines et Communauté Paris Saclay jusqu’à Roissy Pays de France, en passant par Versailles Grand Parc, Grand Paris Seine Ouest et Plaine Commune. Val d’Europe Agglomération concentre aussi fortement les emplois par rapport à son nombre de résidents. Dans le reste de l’unité urbaine, les territoires sont davantage résidentiels.

Figure 1 – Des zones fortement dotées en emplois

  • Lecture : le territoire T4 dispose d’un nombre d’emplois supérieur à 125 pour 100 résidents en emploi.
  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Le tertiaire supérieur, une spécialisation de l’agglomération parisienne

Paris se démarque des autres grandes unités urbaines françaises par la prégnance d’activités tertiaires supérieures (activités financières et d'assurance, informatique, communication, conseil aux entreprises, recherche et développement...), qui emploient majoritairement des cadres. Ces activités représentent 23 % des emplois contre 15 % dans les autres grandes unités urbaines. Elles sont particulièrement implantées au centre-ouest de l’unité urbaine de Paris. Un couloir central se dessine entre Paris (T1) et Paris Ouest La Défense (T4), en passant par Grand Paris Seine Ouest (T3) et Vallée Sud Grand Paris (T2) jusqu’à Communauté Paris Saclay. Dans ces territoires, la part des activités tertiaires supérieures atteint près de 30 % des emplois pour T1, et plus de 40 % pour Grand Paris Seine Ouest (T3) et Paris Ouest La Défense (T4). De Saint-Quentin-en-Yvelines et Versailles Grand Parc à Paris Est Marne & Bois (T10), le tertiaire supérieur représente encore environ 20 % des emplois.

Les secteurs d’activité des sièges sociaux, du conseil de gestion, de la production audiovisuelle et de l’édition sont les plus emblématiques de la spécialisation dans le tertiaire supérieur.

Au-delà de cette dominante, une analyse à l’échelle des territoires permet de faire ressortir des spécialisations ou à l'inverse un tissu productif diversifié (figure 2).

Figure_2 – Le coeur de l'unité urbaine de Paris spécialisé dans les activités tertiaires supérieures

  • Lecture : le territoire T1 présente une double spécificité : dans le domaine des activités du tertiaire supérieur et dans le domaine du commerce et des services de proximité. Les communautés d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et Communauté Paris Saclay sont des zones spécialisées dans les activités industrielles et support.
  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Paris, un tissu économique singulier et néanmoins diversifié

C’est au cœur de la métropole, à Paris, que le tissu économique s’inscrit spécifiquement dans les activités tertiaires supérieures, typiquement métropolitaines. Les activités d’information et de communication y sont fortement représentées, à l’instar de la programmation et diffusion audiovisuelle (France Télévisions, Radio France), la presse écrite nationale (le Monde, l’Équipe...), l’édition.

Les activités financières et d’assurance (BNP Paribas, Banque de France, Crédit Agricole, Caisse des dépôts et consignations), les activités des sièges sociaux, juridiques et comptables y sont également fortement implantées.

Le commerce et les services de proximité contribuent aussi beaucoup au tissu économique parisien. Un peu plus du tiers des emplois du commerce de détail de l’agglomération parisienne se trouvent à Paris. La forte demande liée au grand nombre d’habitants, d’emplois et de touristes soutient les secteurs de l’hébergement-restauration (60 % de l’hébergement de l’unité urbaine et 45 % de la restauration de l’unité urbaine). Les attraits culturels de la capitale sont aussi repérables par l’importance des musées et autres activités culturelles, des activités créatives, artistiques et de spectacle. En outre, Paris se distingue dans les industries de l’habillement avec la mode et la haute couture.

À l’ouest de la MGP, importance des activités financières et de communication

Paris Ouest La Défense (T4) se singularise par la présence des activités financières et d’assurance, des sièges sociaux et d’activités de conseil de gestion. Avec respectivement 13 % et 7,5 % de l’emploi, elles y sont deux fois plus présentes que dans l’unité urbaine. La présence du quartier d’affaires de La Défense explique ces spécificités. À un degré moindre, à Paris Est Marne & Bois, les services financiers représentent une part importante de l’activité du territoire avec 7,7 % des emplois, en raison de la présence d’établissements de la Société Générale, Natixis, Crédit Foncier de France, BNP Paribas.

Les activités d’information et communication sont prégnantes à Grand Paris Seine Ouest et Paris Ouest La Défense où elles représentent respectivement 23 % et 11 % de l’emploi, contre 7 % pour l’unité urbaine.

Grand Paris Seine Ouest rassemble largement les activités de l’audiovisuel (un tiers des emplois de l’unité urbaine concentrés dans son territoire) alors que Paris Ouest la Défense concentre 20 % des emplois des activités informatiques de l’unité urbaine.

Pour autant, d’autres territoires n’ayant pas de spécificité dans les activités tertiaires supérieures comptent une part importante d’emplois dans certaines des activités de ce domaine. Ainsi, les activités de recherche et développement scientifiques, bien présentes à Vallée Sud Grand Paris (2,7 %), le sont plus encore pour Cœur d’Essonne Agglomération (3,2 % de l’emploi) et atteignent un taux maximum pour Communauté Paris Saclay (8,3 % de l’emploi) contre 1,0 % pour l’unité urbaine.

Par ailleurs, les activités d’architecture et d’ingénierie représentent 6,8 % de l’emploi à Saint-Quentin-en-Yvelines, 5,9 % à Versailles Grand Parc (8 000 emplois) et 4,1 % à Communauté Paris Saclay, contre 2,2 % de l’emploi pour l’unité urbaine. Ces trois intercommunalités voisines concentrent ainsi 20 % des emplois de l’unité urbaine du secteur.

Les territoires spécialisés dans les activités tertiaires supérieures se trouvent aussi bien dotés en industries pharmaceutiques. Les emplois de ce secteur sont deux fois plus nombreux pour Vallée Sud Grand Paris, Grand Paris Seine Ouest et surtout Paris Ouest La Défense que pour l’ensemble de l’unité urbaine.

Treize territoires spécialisés dans le domaine industriel et support

Les activités industrielles et de support sont majoritaires dans 13 territoires, situés tant dans la métropole du Grand Paris qu’en grande couronne. Elles y représentent plus de 30 % des emplois contre 24 % pour l’ensemble de l’agglomération. Cette part atteint même 50 % des emplois pour Roissy Pays de France.

Dans ce domaine, les activités les plus significatives diffèrent selon les territoires.

Les transports aériens et les activités d’entreposage génèrent un volume d’emplois important à Roissy Pays de France (43 000 emplois), Grand-Orly Seine Bièvre (19 000 emplois) et dans une moindre mesure à Paris Terres d’Envol.

Le secteur Enquêtes et Sécurité est également surreprésenté à Roissy Pays de France.

Les activités d’entreposage et services auxiliaires des transports sont aussi surreprésentées au sud de l’aéroport d’Orly dans la communauté d’agglomération Grand Paris Sud.

Plaine Commune est un territoire spécialisé dans la production et distribution d’électricité avec la présence d’EDF et d’ERDF. Ce secteur représente 2,3 % des emplois de Plaine Commune, contre 0,8 % pour l’unité urbaine. Paris Ouest La Défense et Vallée Sud Grand Paris sont aussi spécialisés dans ce secteur pour lequel ils comptent respectivement 13 200 et 2 800 emplois.

Trois territoires présentent une spécificité dans les industries alimentaires : Boucle Nord de Seine, mais également Grand-Orly Seine Bièvre et Paris Vallée de la Marne qui comptent de grands établissements (Grands Moulins de Paris à Ivry-sur-Seine ou Nestlé qui compte 3 600 salariés à Noisiel).

Par ailleurs, l’industrie chimique est présente dans Boucle Nord de Seine, Plaine Commune et Paris Terres d’Envol, avec L’Oréal et ses 4 300 salariés répartis sur ces territoires.

Ensuite, la fabrication d’équipements de communication et d’aide à la navigation est surreprésentée dans trois territoires : Boucle Nord de Seine, Communauté Paris Saclay et Saint-Quentin-en-Yvelines. Cela s’explique par la présence d’établissements de taille importante des sociétés Airbus, Thalès, Sagem et Alcatel Lucent.

Boucle Nord de Seine est aussi spécialisé dans la fabrication d’autres matériels de transports avec la présence de sociétés comme Snecma, Dassault aviation ou encore Safran - Hispano Suiza à Colombes et Argenteuil.

En outre, l’industrie automobile est très présente à Saint-Quentin-en-Yvelines et à Grand Paris Seine et Oise. En termes d’emploi, le secteur y pèse dix fois plus que dans l’unité urbaine.

Les spécificités d'un territoire ne sont pas toujours liées à la présence d’un grand établissement. Elles résultent parfois d’une présence diffuse d’établissements de plus petite taille. C’est le cas du secteur de la fabrication de ciment et de produits abrasifs pour Grand Paris Seine et Oise, de la fabrication de produits métalliques pour Les Portes Briardes entre Ville et Forêts ou la fabrication de machines et équipements pour Saint-Quentin-en-Yvelines.

Paris Vallée de la Marne présente une spécificité dans le commerce de gros avec 8,6 % des emplois, contre 4,5 % pour l’unité urbaine.

Enfin, des territoires plus petits comme Les Portes Briardes et Sausseron Impressionnistes se distinguent dans les travaux de construction auxquels ils consacrent respectivement 9 % et 14 % de leur emploi contre 4 % pour l’ensemble des territoires.

Quatorze territoires orientés vers les services publics

Les activités relevant des services publics dominent le tissu économique de 14 intercommunalités situées dans l’est de la métropole du Grand Paris et en grande couronne. Ce domaine peut atteindre 33 % à 46 % de l’emploi des zones alors qu’il est de 27 % pour l’unité urbaine.

Il va souvent de pair avec une forte présence de l’administration publique (12 % de l’emploi dans huit territoires contre 9,5 % pour l’unité urbaine). Parmi eux, Est Ensemble (T8), Grand Paris Sud Est Avenir (T11), Melun Val de Seine et Versailles Grand Parc abritent des chefs-lieux de départements et des services de préfectures ou conseils départementaux.

Dans ces 14 territoires, l’enseignement tient aussi une place plus importante. Dans des territoires de petite taille comme Plaine Vallée, Val d’Yerres Val de Seine ou encore Vallée de l’Oise et des Trois Forêts, le secteur atteint 10 % de l’emploi voire plus, contre 7 % pour l’unité urbaine. Pour ces territoires essentiellement tournés vers la sphère présentielle (80 % des activités), il s’agit surtout des activités d’enseignement primaire et secondaire.

Les activités de santé humaine sont également bien représentées. Pour Haute Vallée de Chevreuse et Val Yerres Val de Seine, leur part dans l’emploi est le double de celle de l’unité urbaine (plus de 10 % contre 5 %).

Prépondérance du commerce à Val d’Europe Agglomération

Val d’Europe Agglomération présente un profil économique atypique au sein de l’unité urbaine. En effet, le secteur d’activité « commerce et services de proximité » recouvre 65 % des emplois, contre 21 % dans l’unité urbaine. Sur les 25 000 emplois présents, pas moins de 9 700 sont en effet consacrés aux activités récréatives et de loisirs avec la présence du parc d’attractions Disneyland Paris. Les secteurs du commerce de détail et de l’hébergement contribuent aussi à la particularité de ce territoire.

Enfin, quelques territoires se révèlent spécialisés dans deux domaines. C’est le cas de Vallée Sud Grand Paris très présent dans les services publics et les activités tertiaires supérieures, mais également de Cergy Pontoise et Cœur d’Essonne Agglomération qui concentrent des services publics et des activités industrielles et support.

Sources

Clap (Connaissance Locale de l’Appareil Productif) au 31 décembre 2014.

Recensement de la population au lieu de résidence et au lieu de travail au 1er janvier 2013.

Définitions

Unité urbaine : la notion repose sur la continuité du bâti et le nombre d’habitants. On appelle unité urbaine une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.

Sphère présentielle : les activités de la sphère présentielle sont celles mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone, qu’elles soient résidentes ou touristes.

Sphère productive : les activités de la sphère productive sont déterminées par différence de celles de la sphère présentielle. Il s’agit des activités qui produisent des biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services tournées principalement vers les entreprises correspondantes.

Activités tertiaires supérieures : information et communication, activités financières et d’assurance, recherche et développement, sièges sociaux et conseil en gestion, publicité et études de marché, activités juridiques et comptables, ingénierie, architecture, contrôle et analyse technique.

(Définition des cinq domaines d'activité en Données complémentaires).

Pour en savoir plus

Série d’études sur les quartiers de gares du Grand Paris : Insee Analyses Île-de-France n° 16 (avril 2015), n° 27 et 28 (février 2016), n° 32 (mars 2016), n° 34 (avril 2016), n° 47 et 48 (décembre 2016).