La Métropole Européenne de Lille : un espace qui attire les jeunes des territoires situés à proximité

Vincent Bonjour, David Desrivierre

Environ 263 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans vivent sur le territoire de la Métropole Européenne de Lille (MEL) en 2012, soit près d’un résident sur quatre. Si cette proportion est proche de la moyenne des métropoles de province, celle des 15 à 17 ans est en revanche la plus élevée. Le nombre de jeunes dans la MEL a reculé sur la période récente, lié en partie au déficit migratoire caractérisant ce territoire depuis plusieurs décennies. Pôle d’emploi et d’études de premier plan, la MEL accueille toutefois plus de jeunes qu'elle n'en voit partir. Par rapport aux autres grandes métropoles de province, elle profite d'un plus large excédent migratoire avec les territoires proches géographiquement.

Insee Analyses Hauts-de-France
No 41
Paru le : 31/01/2017

Au sein de la région, le territoire de la Métropole Européenne de Lille (MEL) joue un rôle doublement polarisant en étant un pôle à la fois d’emploi et d'études de premier plan pour les jeunes.

Près d'un résident de la MEL sur quatre est jeune

En 2012, près de 263 000 personnes âgées de 15 à 29 ans résident au sein de la MEL, soit 23,5 % de la population (figure 1). Comparé aux métropoles de Lyon, Aix-Marseille et Toulouse, proches en nombre d'habitants mais présentant des profils démographiques différents (méthodologie), la MEL a la 3e plus forte population de jeunes.

Figure 1 – Un poids démographique des jeunes dans la MEL à la baisse sur la période récentePoids en 2012 et évolution démographique 2007–2012 de la population des 15-29 ans

Un poids démographique des jeunes dans la MEL à la baisse sur la période récente
Zone Poids des 15-29 ans en 2012 Taux de croissance annuel moyen des 15-29 ans entre 2007 et 2012 Population 15-29 ans 2012
Toulouse 26,6 0,27 192 867
Strasbourg 24,1 -0,39 114 132
Rouen 22,3 -0,47 108 761
Rennes 26,7 0,73 112 516
Nice 17,6 -0,77 94 420
Nantes 23,1 0,25 139 331
Montpellier 26,1 0,85 113 162
Lyon 23,8 0,92 315 109
Lille 23,5 -0,48 262 943
Grenoble 23,9 -0,71 105 342
Brest 24,0 -0,46 49 526
Bordeaux 24,2 0,47 178 361
Aix - Marseille 19,4 -0,74 276 543
  • Source : Insee, recensement de la population.

Figure 1 – Un poids démographique des jeunes dans la MEL à la baisse sur la période récentePoids en 2012 et évolution démographique 2007–2012 de la population des 15-29 ans

Les quatre communes les plus peuplées de l'agglomération lilloise, Lille, Roubaix, Tourcoing et Villeneuve-d’Ascq, concentrent près de 54 % des jeunes de la MEL, soit 11 points de plus que leur poids démographique. Cette proportion varie sensiblement en fonction de l’âge : de 40 % pour les 15 à 17 ans, elle atteint près de 59 % pour les 18 à 25 ans. Du fait de son attractivité pour les études et l'emploi, Lille affiche une part importante de jeunes âgés de 18 à 25 ans, là où Roubaix et Tourcoing concentrent une plus grande part d'adolescents de 15 à 17 ans.

Une part de jeunes importante mais en recul

La population des jeunes est loin d’être homogène dans l'ensemble des 13 grandes métropoles de province. La MEL est ainsi celle où la part des 15 à 17 ans dans la population totale est la plus élevée : 3,8 % contre 3,1 % pour la métropole de Toulouse. À partir de 18 ans, la MEL se situe dans une position intermédiaire. Avec respectivement 13,8 % et 5,9 %, les proportions de 18-25 ans et de 26-29 ans sont quasi comparables à la moyenne des métropoles de province. Toutefois, l’évolution sur la période récente est systématiquement moins favorable sur la MEL. Entre 2007 et 2012, la population des 18-25 ans a ainsi diminué de 0,4 % par an alors qu’elle est restée stable dans les métropoles de province. Si la diminution est plus prononcée sur la métropole de Aix-Marseille (– 0,7 %), l’évolution a été en revanche bien plus favorable sur celle de Toulouse : + 1,2 % par an. Les effectifs des 26-29 ans sont restés stables sur la MEL alors qu'ils ont progressé de 1,0 % par an dans les métropoles de Lyon et de Toulouse.

Un territoire marqué par un déficit migratoire récurrent

Entre 15 et 29 ans, les jeunes doivent faire face à d'importants choix : la poursuite des études dans l’enseignement supérieur, l'entrée dans la vie active qui dans bien des cas s’accompagnent de mobilités géographiques. La baisse de la population des jeunes observée sur la période récente dans la MEL repose en partie sur le déficit migratoire chronique qui caractérise cette métropole depuis plusieurs décennies : tous âges confondus, il y a davantage de personnes qui quittent ce territoire que de personnes qui viennent s’y installer. Ce déficit migratoire s'est traduit dans le passé par une baisse du nombre de femmes en âge de procréer et par conséquent d'un manque à gagner en termes de naissances et de jeunes enfants. Quelques années plus tard, c’est la population des 15 à 29 ans qui s'en trouve affectée.

Une métropole attractive pour les jeunes mais moins que d'autres

Cette baisse de la population jeune n'est en outre pas compensée par une attractivité suffisamment forte de la métropole lilloise. Ainsi, le solde migratoire des 18-22 ans largement excédentaire sur la métropole de Toulouse a tendance à accroître le poids démographique des jeunes sur ce territoire, à l’inverse de celle de Aix-Marseille, où ce solde est proche de l’équilibre. En comparaison, la MEL et la métropole lyonnaise sont dans une situation intermédiaire : le poids des 15-29 ans y est plus élevé que sur la métropole de Aix-Marseille mais plus faible que sur celle de Toulouse.

À l'exception de la métropole de Nice, le solde des arrivées et départs pour les jeunes reste positif pour chacune des grandes métropoles de province. Ces territoires constituent en effet des pôles d’attractivité pour les 15-29 ans pour poursuivre des études supérieures ou démarrer une première expérience professionnelle. Avec un excédent de 136 personnes pour 10 000, l’attractivité résidentielle de la MEL à ces âges apparaît plus faible comparée aux autres métropoles (figure 2). Si ce rapport est bien inférieur sur la métropole de Aix-Marseille, il est en revanche supérieur à Lyon et surtout Toulouse avec respectivement 227 et 345 personnes pour 10 000 (figure 3).

Figure 2 – Des flux de migrations résidentielles de moindre ampleur sur la MELTaux d’entrées, de sorties et nets pour 10 000 habitants chez les 15-29 ans

Des flux de migrations résidentielles de moindre ampleur sur la MEL
Métropoles Taux d'entrées Taux de sorties Taux nets
Lille 775 639 136
Lyon 1 063 836 227
Marseille-Aix 640 615 24
Toulouse 1 396 1 052 345
Ensemble des métropoles de province 1 086 878 208
  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Figure 3 – Un pic d’attractivité moins important que sur les métropoles de Lyon et ToulouseSolde migratoire pour 1 000 habitants par âge détaillé entre 15 et 35 ans

Un pic d’attractivité moins important que sur les métropoles de Lyon et Toulouse
Age Métropole Européenne de Lille Métropole de Toulouse Métropole de Lyon Métropole de Marseille - Aix
15 -7 12 -1 0
16 -2 -1 -1 -2
17 11 33 14 -1
18 148 266 188 56
19 64 108 73 15
20 60 69 51 15
21 23 45 38 17
22 -4 28 17 -3
23 -23 2 4 -10
24 -24 0 -21 -16
25 -17 -21 -12 -24
26 -11 -4 -5 -4
27 -14 -11 -6 -2
28 -17 -18 -12 -9
29 -21 -17 -19 -4
30 -15 -21 -14 -8
31 -15 -25 -21 -3
32 -10 -29 -14 -3
33 -13 -15 -14 -9
34 -17 -14 -15 0
35 -9 -25 -17 -5
  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Figure 3 – Un pic d’attractivité moins important que sur les métropoles de Lyon et ToulouseSolde migratoire pour 1 000 habitants par âge détaillé entre 15 et 35 ans

Ce plus faible excédent migratoire de la MEL masque des mobilités moins fréquentes en entrée comme en sortie.

La MEL partage avec les métropoles d'Aix-Marseille, Lyon et Toulouse le même profil migratoire par âge. Toutefois, l’ampleur du solde migratoire diffère assez nettement d'une métropole à l'autre. Il atteint un maximum à 18 ans sur la MEL, avec un excédent de 1 480 personnes pour 10 000, soit une proportion bien supérieure à celle de la métropole de Aix-Marseille (+ 560 pour 10 000) mais inférieure à celles de Lyon (+ 1 880 pour 10 000) et surtout de Toulouse (+ 2 660 pour 10 000). À partir de 19 ans, ce solde a tendance à diminuer dans ces métropoles mais reste néanmoins positif jusqu'à 22 ans. À cet âge, il est quasi à l'équilibre sur la MEL et la métropole de Aix-Marseille alors qu'il reste encore légèrement positif sur Lyon et Toulouse. Au-delà, il devient négatif : à 25 ans, il atteint moins 175 personnes pour 10 000 sur la MEL, soit un niveau comparable aux trois autres métropoles.

Un excédent migratoire avec les territoires situés à proximité

Entre 15 et 29 ans, l’excédent migratoire observé sur la MEL masque une différence prononcée d’attractivité au regard des territoires situés dans son environnement proche ou au contraire plus éloignés. À ces âges, la MEL dégage un excédent de 73 personnes pour 10 000 par rapport aux espaces environnants, soit un niveau supérieur à celui mesuré dans les trois autres métropoles de comparaison. Cet excédent est de 55 personnes pour 10 000 sur la métropole toulousaine. En revanche, la situation est moins favorable avec les territoires plus éloignés : + 63 personnes pour 10 000, alors que cet excédent atteint sur Lyon et Toulouse respectivement 179 et 290 personnes pour 10 000.

Un nombre de jeunes en baisse dans les espaces environnants

Sur la période récente, le nombre de jeunes de 15 à 29 ans vivant dans les territoires situés à proximité de la MEL a diminué de plus de 1 % par an, soit l’évolution la plus défavorable des métropoles de province (figure 4). Toutefois, en dépit de cette baisse, la part des jeunes dans ces espaces reste importante : 19 % de la population en 2012 contre 17 % en moyenne dans les autres métropoles. Au même titre que la MEL, ces territoires constituent aussi des pôles d'études et d'emploi attractifs pour les jeunes.

Dans la région, la MEL se situe ainsi au coeur d’un espace multipolarisé, la différenciant des trois autres métropoles de comparaison, notamment celle de Toulouse. La MEL concentre 40 % des jeunes de 15 à 29 ans résidant dans cet espace. Cette proportion est en moyenne de 47 % pour les métropoles de Province et atteint même près de 57 % pour celle de Toulouse. Même la métropole lyonnaise, pourtant insérée dans un environnement dense, se caractérise par un poids plus important : 51 %.

Figure 4 – L’importance de l’environnement localQuelques données sur les métropoles et leurs environnements

L’importance de l’environnement local
Métropole Lille Ensemble des métropoles de province Lyon Toulouse Marseille Aix
Poids des 15-29 ans dans la population (en %) - Métropole 23,5 23,1 23,8 26,6 19,4
Poids des 15-29 ans dans la population (en %) - Environnement 18,6 16,7 17,2 15,6 16,7
Taux de croissance annuelle moyen (en %) - Métropole -0,48 0,01 0,92 0,27 -0,74
Taux de croissance annuelle moyen (en %) - Environnement -1,04 -0,23 -0,19 0,95 -0,45
Poids de la métropole dans l'ensemble des 15-29 ans (en %) 40,2 47,2 51,1 56,5 61,5
Poids de l'environnement dans l'ensemble des 15-29 ans (en %) 59,8 52,8 48,9 43,5 38,5
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 5 – La Métropole Européenne de Lille et son environnement

  • Note de lecture : l'environnement « proche » de la MEL délimité ici en rouge représente l'ensemble des communes localisées à moins d'une heure du centre-ville de Lille.
  • Source : Insee, Metric, recensement de la population 2012.

Encadrés

Les 13 métropoles de province

La loi n° 2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales confère un sens précis au terme de métropole : « La métropole est un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) regroupant plusieurs communes d’un seul tenant et sans enclave qui décident de s’associer au sein d’un espace de solidarité pour élaborer et conduire ensemble un projet d’aménagement et de développement économique, écologique, éducatif, culturel et social de leur territoire afin d’en améliorer la compétitivité et la cohésion. Peuvent obtenir le statut de métropole les établissements publics de coopération intercommunale qui forment, à la date de sa création, un ensemble de plus de 500 000 habitants et les communautés urbaines instituées par l’article 3 de la loi n° 66-1069 du 31 décembre 1966 relative aux communautés urbaines ». Outre la métropole parisienne, non prise en compte ici, 13 métropoles ont été définies pour la province : Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Nice, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Grenoble, Rennes et Brest.

Les projections de population

En prolongeant les dernières tendances démographiques, la Métropole Européenne de Lille compterait à l'horizon 2020 près de 253 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans, soit 10 000 de moins qu’en 2012. Cette diminution se ferait à un rythme analogue à celui observé ces dernières années, soit – 0,5 % par an. La population totale continuant de s’accroître d'ici 2020 grâce à l’augmentation de la population des seniors (vieillissement de la population et arrivée aux grands âges des générations nombreuses du babyboom), le poids des 15-29 ans dans le MEL continuerait mécaniquement de baisser : de 23,5 % en 2012, il passerait à 22,3 % en 2020.

Pour comprendre

Champ de l'étude : la population des jeunes est appréciée à partir de l'analyse de la population des personnes âgées de 15 à 29 ans. Il s'agit d'une définition communément admise pour définir les jeunes au niveau national comme européen.

Classification des métropoles de province : la prise en compte du poids et de l’évolution du nombre de jeunes dans l'ensemble des 13 métropoles de province permet de définir 4 groupes distincts. Le premier dans lequel se trouve la MEL est constitué des métropoles de Strasbourg, Grenoble, Rouen et Brest. La proportion de jeunes y atteint un niveau comparable à celui mesuré en moyenne dans l'ensemble des métropoles de province mais leur nombre sur la période récente est en diminution. Au cours des 5 dernières années, il a baissé de 0,5 % par an sur la MEL alors qu'il est resté quasi stable à l’échelle des métropoles de province. Le second, comprenant les métropoles de Montpellier, Rennes et Toulouse, a suivi la trajectoire la plus favorable : le nombre de jeunes a cru au cours de la période récente ainsi que leur poids dans la population résidente. Le troisième groupe se situe dans une situation comparable quoique un peu moins favorable : la population des 15-29 ans comme leur poids démographique a augmenté au cours des dernières années, mais de manière moins prononcée que dans le groupe précédent. Ce groupe est constitué des métropoles de Lyon, Bordeaux et Nantes. Enfin, le dernier groupe composé des métropoles de Aix-Marseille et de Nice, a connu l'évolution la plus défavorable : le nombre de jeunes s'est contracté au cours de la période récente, leur poids dans la population résidente devenant ainsi plus faible que par le passé.

Pour faciliter l'analyse, le choix a été fait de retenir dans chacun des groupes une métropole de « comparaison » ayant un nombre d'habitants proche de celui de la MEL à savoir les métropoles de Toulouse, Lyon et Aix – Marseille.

Environnements proches des métropoles : de manière à préciser le contexte local propre à chaque métropole, un environnement avec les territoires situés à proximité a été défini pour chacune d’entre elle. Cet environnement « proche »correspond à l’ensemble des communes localisées à moins d’une heure de la ville centre, hors celles appartenant à la métropole (source : Insee, Metric). Il forme ainsi avec la MEL (figure 5) un vaste espace d’un peu plus de 3,2 millions d’habitants dont près de 654 000 jeunes, soit un peu plus d'un habitant sur cinq. Il s’agit de la plus forte proportion observée à l’échelle des 13 métropoles de province.

Pour en savoir plus

Une plus difficile insertion des jeunes sur la marché du travail de la Métropole Européenne de Lille (MEL), Insee Analyses n°42, Janvier 2017.