Synthèse démographique de la Guyane - Une démographie toujours dynamique

Rémi Charrier

La Guyane présente une triple spécificité : plus grand département français par sa superficie, il est le moins peuplé d’Outre-mer avec 252 338 habitants, mais affiche le taux de croissance annuel moyen le plus élevé à + 2,4 % par an sur la période récente. Dans les autres régions d’outre-mer, la population recule légèrement en Guadeloupe (– 0,1 % par an), diminue en Martinique (– 0,6 % par an) et augmente à La Réunion (+ 0,7 % par an). Pour la première fois depuis 50 ans d’histoire des migrations en Guyane, les années 2012 et 2013 avaient été marquées par davantage de départs que d’arrivées : les migrations avaient alors freiné l’accroissement de la population. L’année 2014 annonce une possible inversion de cette tendance dans les années à venir, comme l'illustrent la difficile situation économique et politique des pays voisins en 2015 et 2016, ainsi que la hausse des demandes d'asile en Guyane depuis 2015. Le solde naturel reste le principal moteur de la croissance démographique.

Après une longue période d’augmentation modérée de sa population, la Guyane enregistre depuis le début des années 1980 une forte croissance démographique. L’impulsion en revient, pour l’essentiel, à la natalité. Combinée à une immigration historiquement importante, cette natalité a favorisé la très forte croissance de la population.

L’année 2014 annonce une possible inversion de cette tendance dans les années à venir, comme l'illustrent la difficile situation économique et politique des pays voisins en 2015 et 2016, ainsi que la hausse des demandes d'asile en Guyane depuis 2015.

Même si la Guyane demeure la région française la plus dynamique en termes de croissance démographique, le rythme a ralenti. Entre 1999 et 2009, la population augmentait chaque année de 3,6 %. Entre 2009 et 2014, l’accroissement démographique de la Guyane est intégralement dû au solde naturel (différence entre naissances et décès) positif qui s’établit à 2,4 % en moyenne par an.

Cette croissance masque de grandes disparités au sein de la Guyane. Ce dynamisme démographique est essentiellement porté par les communes de l’Ouest guyanais et notamment Saint-Laurent-du-Maroni

Figure 1 – Le solde naturel demeure le principal moteur de la croissance de la populationDécomposition du taux de variation annuel (en %)

Le solde naturel demeure le principal moteur de la croissance de la population
Taux de variation annuel Taux de variation dû au solde naturel Taux de variation dû au solde apparent des entrées sorties
1975-1982 3,9 1,9 2,0
1982-1990 5,8 2,5 3,3
1990-1999 3,5 2,7 0,8
1999-2009 3,6 2,8 0,8
2009-2014 2,4 2,4 0,0
  • Lecture : entre 2009 et 2014, le taux de variation annuel régional est de 2,4%, intégralement porté par le taux de variation annuel lié au solde naturel.
  • Source : Insee, Recensements de la population (exploitation complémentaire).

Figure 1 – Le solde naturel demeure le principal moteur de la croissance de la populationDécomposition du taux de variation annuel (en %)

Le nombre de naissances poursuit sa hausse en 2015

En 2015, 6 800 bébés sont nés en Guyane. L’histoire récente de la natalité guyanaise peut être regroupée en trois phases. La première étape est faite d’une augmentation forte et continue entre 1998 et 2007. La deuxième phase est constituée de trois années consécutives de baisse du nombre de naissances entre 2008 et 2010. Depuis lors, la natalité est de nouveau en hausse : entre 2010 et 2015, le nombre de naissances augmente de 11 %. Cette forte natalité s’explique par une fécondité élevée, mais aussi par l’augmentation de la population féminine en âge de procréer

En Guyane, 44 % des bébés nés en 2015 ont deux parents de nationalité française, 29 % un parent français et un parent étranger et 27 % deux parents étrangers. Avec plus de 1 800 naissances en 2015, Saint-Laurent-du-Maroni est la première commune de Guyane en termes de nombre de naissances devant Cayenne (près de 1 650) et Matoury (plus de 700).

Regain du taux de fécondité sur le territoire

Mayotte et la Guyane sont les deux territoires de France ayant les fécondités les plus élevées. Depuis 2010, la fécondité guyanaise s’est d’abord stabilisée puis est repartie légèrement à la hausse. En 2015, l'indicateur conjoncturel de fécondité s'élève à 3,6 enfants par femme en Guyane. Cette hausse de la fécondité provient à la fois des femmes âgées de 25 à 34 ans et de celles de 40 à 49 ans. Même si elle n’augmente plus, la fécondité des jeunes femmes reste élevée en Guyane. C’est une des particularités du territoire par rapport au niveau national ou aux pays voisins. En 2014, le nombre de naissances précoces s’élève à 80 pour 1 000 femmes de 15 à 19 ans en Guyane, contre 47 au Suriname et 67 au Brésil.

Rattrapage en termes d’espérance de vie

En 2014, l'espérance de vie à la naissance diminue de trois mois pour les hommes et augmente de six mois pour les femmes. Elle est de plus de 77 ans pour les hommes et de presque 84 ans pour les femmes. Malgré cette évolution en léger retrait pour les hommes, l’écart avec l’hexagone se réduit sur la période récente : au début des années 2000, les hommes et les femmes de Guyane avaient une espérance de vie de quatre ans inférieure à celle de la France hexagonale. En 2014, l’écart a été réduit de plus de moitié et est maintenant inférieur à deux ans.

Cette amélioration s'explique notamment par la baisse tendancielle de la mortalité infantile. Jusqu’au milieu des années 2000, pour 1 000 naissances, au moins dix enfants n’atteignaient pas l’âge de un an. En 2013 et 2014, ce nombre à été réduit à huit.

Figure 2 – Forte intensité migratoireMigrations résidentielles de la Guyane avec le reste de la France par âge en 2013 (en nombre)

Forte intensité migratoire
Entrants en Guyane Sortants en Guyane Solde migratoire
1 an 112 -94 18
2 ans 71 -131 -60
3 ans 91 -99 -8
4 ans 119 -111 8
5 ans 93 -96 -3
6 ans 118 -74 44
7 ans 89 -98 -9
8 ans 62 -72 -10
9 ans 64 -93 -29
10 ans 65 -78 -13
11 ans 62 -75 -13
12 ans 91 -110 -19
13 ans 47 -63 -16
14 ans 45 -47 -2
15 ans 76 -51 25
16 ans 39 -86 -47
17 ans 41 -62 -21
18 ans 32 -230 -198
19 ans 55 -136 -81
20 ans 52 -132 -80
21 ans 60 -176 -116
22 ans 105 -123 -18
23 ans 96 -133 -37
24 ans 166 -111 55
25 ans 143 -127 16
26 ans 132 -70 62
27 ans 169 -73 96
28 ans 107 -114 -7
29 ans 108 -113 -5
30 ans 152 -100 52
31 ans 156 -103 53
32 ans 120 -96 24
33 ans 147 -107 40
34 ans 132 -83 49
35 ans 84 -90 -6
36 ans 122 -58 64
37 ans 139 -79 60
38 ans 57 -73 -16
39 ans 97 -114 -17
40 ans 90 -86 4
41 ans 134 -54 80
42 ans 64 -82 -18
43 ans 56 -51 5
44 ans 50 -53 -3
45 ans 36 -47 -11
46 ans 38 -53 -15
47 ans 62 -40 22
48 ans 32 -42 -10
49 ans 43 -31 12
50 ans 30 -41 -11
51 ans 67 -27 40
52 ans 20 -15 5
53 ans 54 -14 40
54 ans 53 -35 18
55 ans 49 -35 14
56 ans 37 -33 4
57 ans 41 -17 24
58 ans 26 -16 10
59 ans 38 -19 19
60 ans 21 -18 3
61 ans 12 -33 -21
62 ans 16 -10 6
63 ans 13 -15 -2
64 ans 5 -12 -7
65 ans 4 -8 -4
66 ans 8 -15 -7
67 ans 0 -3 -3
68 ans 0 0 0
69 ans 2 -18 -16
70 ans 3 -3 0
71 ans 0 0 0
72 ans 0 0 0
73 ans 6 -3 3
74 ans 0 -1 -1
75 ans 2 0 2
76 ans 0 -3 -3
77 ans 0 -1 -1
78 ans 5 0 5
79 ans 0 0 0
  • Lecture : en 2013, ont été dénombrés 230 départs d’individus âgés de 18 ans, pour seulement 30 arrivées d’individus du même âge. Le solde migratoire des natifs de cet âge est déficitaire de 200 personnes.
  • Source : Insee, recensement de la population 2013 (exploitation complémentaire).

Figure 2 – Forte intensité migratoireMigrations résidentielles de la Guyane avec le reste de la France par âge en 2013 (en nombre)

De forts mouvements migratoires malgré un solde quasi-nul

Depuis la fin des années 60 jusqu’au début des années 1990, le solde apparent des entrées-sorties en Guyane a contribué à plus de la moitié à la croissance de la population guyanaise. Cette répartition s’est inversée sur la période 1990-2009 et, pour la première fois en 2012 et 2013, l’émigration a été plus importante que l’immigration. L’année 2014 annonce une possible inversion de cette tendance dans les années à venir.

S'agissant des migrations vers et en provenance de l'hexagone, le solde migratoire varie selon l’âge. Ainsi, entre 18 et 25 ans, les sortants sont beaucoup plus nombreux que les entrants : ces jeunes sortants quittent la Guyane vers l’hexagone pour y poursuivre leurs études et démarrer leur vie active.

Une structure de population multiculturelle

La Guyane est le territoire français où l’impact migratoire est le plus fort. Au dernier recensement, plus de 84 000 étrangers sont présents sur le sol guyanais, soit le tiers de la population totale. Cette immigration est avant tout régionale et s’explique par le niveau de vie français, attractif pour les ressortissants des pays environnants, avec en tête, le Suriname, le Brésil et Haïti.

L’immigration brésilienne, la plus ancienne, s’est développée dès les années 60. Les flux en provenance du Suriname ont eux fortement augmenté durant la guerre civile dans ce pays (1982-1992), alors que l’immigration haïtienne entamée dans les années 80 avec les premiers troubles politiques s’est accrue dans les années 90 avec les regroupements familiaux.

Encadré

Le recensement en ligne, c’est simple, sûr et rapide. Le 19 janvier 2017 débutera le recensement annuel de la population. Le recensement de la population évolue en offrant désormais aux habitants la possibilité de répondre par internet. Une notice d’informations (avec codes d’accès) décrit la procédure. Les questionnaires électroniques sont accessibles sur le site www.le-recensement-et-moi.fr. La confidentialité des informations recueillies est garantie par l’Insee selon des procédures approuvées par la CNIL

Pour en savoir plus

- « Synthèse démographique de la Martinique : La baisse de la population martiniquaise se poursuit en 2014 » - Insee Flash Martinique n° 57, janvier 2017.

- Recensement de la population - «  400 187 habitants en Guadeloupe au 1er janvier 2014 », Insee Flash Guadeloupe n°56, janvier 2017.

- Recensement de la population - « 383 910 habitants en Martinique au 1er janvier 2014 », Insee Flash Martinique n°56, janvier 2017.

- « Croissance démographique : Vers une inversion de tendance »- Insee Analyses Guadeloupe n° 17, janvier 2017.