Les jeunes Réunionnais - Le diplôme, clé de l'accès à l'emploi des jeunes Réunionnais

Édouard Fabre, Insee

En 2013, parmi les 163 500 Réunionnais âgés de 16 à 29 ans, 36 % sont scolarisés, soit 6 points de moins qu’en France métropolitaine. Depuis 1999, le niveau de formation a fortement progressé. Cependant, un tiers des jeunes Réunionnais, soit 35 500 jeunes, quittent le système scolaire sans diplôme. Les non-diplômés éprouvent les plus grandes difficultés à s’insérer sur le marché du travail : seulement 19 % d’entre eux ont un emploi. En particulier, seules 6 % des jeunes femmes sans diplôme ont un emploi, la plupart ne désirant pas travailler. Le diplôme renforce considérablement les chances d’obtenir un emploi, encore plus à La Réunion qu’en métropole. Les jeunes Réunionnais titulaires d’un CAP ou d’un BEP sont deux fois plus souvent en emploi que les non-diplômés. Les jeunes diplômés du supérieur le sont quatre fois plus. Un jeune homme titulaire d’un diplôme du supérieur a ainsi quasiment autant de chances de trouver un emploi sur l’île qu’un jeune de métropole du même niveau de formation. Par ailleurs, les jeunes ayant effectué une mobilité géographique hors de l’île sont plus souvent en emploi quel que soit leur niveau de diplôme.

Publications grand public
Insee Analyses Réunion – No 20
Paru le : 15/11/2016

En 2013, 163 500 Réunionnais sont âgés de 16 à 29 ans, soit 20 % de la population. C’est trois points de plus qu’en France métropolitaine. Mais la part des jeunes Réunionnais dans la population est en baisse (23 % en 1999), et ce recul devrait se poursuivre à l'horizon 2030. À cette date, la part des jeunes à La Réunion devrait nettement se rapprocher du niveau métropolitain. La Réunion est en effet entrée dans une phase de transition démographique : le nombre de naissances reste relativement stable autour de 14 000 par an depuis 2000, tandis que les générations nombreuses nées dans la deuxième partie du XXe siècle vivent plus longtemps, de sorte que la part des jeunes dans la population diminue au profit des plus âgés.

En 2013, 58 500 jeunes âgés de 16 à 29 ans poursuivent des études, soit 36 % d’entre eux. Cette proportion est plus faible qu’en France métropolitaine (42 %). Par exemple à 18 ans, seulement 69 % des Réunionnais sont encore scolarisés contre 84 % en métropole.

Toutefois, les jeunes Réunionnais sont de plus en plus diplômés ( figure 1 ). Parmi les 105 000 jeunes ayant terminé leur formation initiale, 25 500 détiennent le baccalauréat comme plus haut niveau de diplôme et 18 500, un diplôme de l'enseignement supérieur. La part de bacheliers a fortement augmenté depuis 1999 (de 14 % à 24 %), comme celle des diplômés du supérieur (de 10 % à 18 %). Corrélativement, les non-diplômés sont bien moins nombreux en 2013 (34 % contre 54 % en 1999).

Figure 1 – Un jeune sur trois termine ses études sans diplôme

en %
Un jeune sur trois termine ses études sans diplôme
2013 1999
Sans diplôme 33,7 54,3
CAP / BEP 24,2 22,0
Baccalauréat 24,4 13,8
Diplôme du supérieur 17,7 9,9
  • Source : Insee, Recensements de la population 1999 et 2013.

Figure 1 – Un jeune sur trois termine ses études sans diplômeRépartition des jeunes Réunionnais de 16 à 29 ans qui ont quitté le système scolaire selon le niveau de diplôme

Un niveau de formation en hausse, mais encore 35 500 jeunes sans diplôme

Le retard avec la métropole en matière de niveau de qualification reste néanmoins encore marqué. Ainsi, 35 500 jeunes sont sortis du système scolaire sans diplôme qualifiant, soit une proportion deux fois plus élevée qu’en métropole (34 % contre 19 %). Ces jeunes sans diplôme arrêtent très tôt leurs études, en moyenne à 17 ans. Un tiers se sont arrêtés entre la 6e et la 3e, un autre tiers au niveau du CAP/BEP et enfin le dernier tiers a arrêté entre la seconde et la terminale.

Corollaire au décrochage scolaire, l'illettrisme touche une part importante de la population réunionnaise : 23 % des personnes de 16 à 65 ans sont concernées en 2011, soit 116 000 personnes. L'illettrisme est trois fois plus fréquent à La Réunion qu'en métropole (7 %). Les jeunes sont moins concernés que les générations plus âgées grâce à l'accès généralisé à l'enseignement secondaire et à l'élévation du niveau de formation. Cependant, l'illettrisme touche encore 23 000 jeunes, soit 14% d'entre eux, une proportion trois fois plus forte qu'en métropole (5 %). Plus préoccupant encore, le phénomène d'illettrisme ne diminue pas chez les jeunes entre 2007 et 2011. De surcroît, les plus jeunes, qui sont toujours en cours de scolarité, ne sont pas épargnés : un sur dix est en grande difficulté à l'écrit.

Seulement quatre jeunes sur dix sont en emploi, après la fin des études

Le marché du travail réunionnais est dégradé, ce qu'illustre un taux de chômage qui est le plus élevé de France (24,6 % en 2015). Les jeunes Réunionnais sont particulièrement concernés, avec un taux de chômage de 43 %, largement supérieur à celui des jeunes de métropole (18 %). Ainsi, parmi les jeunes ayant arrêté leurs études, 33 500 sont sans emploi et en recherchent un activement ( figure 2 ). Si l'on ajoute 30 000 jeunes qui sont inactifs, c'est-à-dire qui n'ont pas d'emploi et ne font pas de démarche active pour en chercher un, ce sont donc 63 500 jeunes qui sont sans emploi et qui ne suivent pas de formation. Ils représentent la catégorie dite des « NEET » (Not in Employement, Education or Training).

De plus, lorsqu’ils sont au chômage, les jeunes y restent longtemps : la moitié d’entre eux cherchent un emploi depuis plus d’un an, un quart depuis plus de deux ans. Au total, la moitié des jeunes chômeurs n’ont jamais exercé d’emploi de manière régulière, c’est-à-dire pendant au moins 6 mois consécutifs.

Figure 2 – 63 500 jeunes sans emploi après les études, dont 33 500 au chômage

en nombre
63 500 jeunes sans emploi après les études, dont 33 500 au chômage
En emploi Au chômage Inactifs
Non scolarisés Sans diplôme 7 000 12 500 16 000
Non scolarisés CAP/BEP 10 000 9 500 6 000
Non scolarisés Baccalauréat 11 000 8 500 6 000
Non scolarisés Diplôme du supérieur 13 500 3 000 2 000
Scolarisés 4 000 500 54 000
  • Sources : Insee, Recensement de la population et enquête Emploi Réunion 2013.

Figure 2 – 63 500 jeunes sans emploi après les études, dont 33 500 au chômage

En 2013, parmi les jeunes qui ont quitté le système scolaire, 41 500 ont un emploi, soit seulement 40 % d’entre eux. Cette proportion est très faible en comparaison de la France métropolitaine (67%). En particulier, seulement 34 % des jeunes femmes ont un emploi contre 46 % des jeunes hommes. Le niveau de formation pénalise fortement l’accès à l’emploi des jeunes Réunionnais. En outre, la conjoncture économique s’est dégradée entre 2007 et 2013. Sur cette période, seuls 2 900 emplois ont été créés chaque année en moyenne contre 6 300 durant la période faste des années 2001 à 2007. Les jeunes subissent ainsi les conséquences de ce ralentissement sur le marché du travail. Le nombre d'emplois occupés par les jeunes baisse de 3 600 sur la période, soit en moyenne une perte de 600 emplois par an. Ainsi, la part des jeunes en emploi diminue de 4 points sur la période récente.

Hommes et femmes sans diplôme : une attitude différente par rapport au marché du travail

Parmi les jeunes sans diplôme, les hommes sont plus nombreux (19 500 contre 16 000 femmes). La plupart de ces jeunes hommes n'ont pas d'emploi (70 %). Toutefois, parmi ces derniers, la majorité souhaitent travailler : 8 000 sont au chômage et cherchent activement un emploi contre 6 000 inactifs qui ne font pas de démarche active de recherche ( figure 3 ). Néanmoins, les trois quarts des jeunes inactifs (soit 4 500 jeunes) souhaiteraient tout de même travailler. Ils n’effectuent pas de démarche active de recherche car ils sont souvent découragés.

Quant aux jeunes femmes sans diplôme, la très grande majorité d’entre elles n’ont pas d’emploi (15 000, soit 94 %) : deux sur trois sont inactives, les autres sont au chômage. Contrairement aux jeunes hommes, trois jeunes femmes inactives sur quatre ne souhaitent pas travailler. Elles deviennent souvent mères très vite et s’occupent à temps plein de leur(s) enfant(s). Dès 21 ans, la moitié des jeunes femmes sans diplôme ont ainsi un enfant qu’elles élèvent seules le plus souvent. Autre spécificité par rapport aux hommes, les jeunes femmes sans diplôme quittent très tôt le domicile parental. Malgré l’absence d’emploi, elles sont les plus rapides à accéder à un logement indépendant : dès 20 ans, la majorité d’entre elles ont leur propre logement. En comparaison, les hommes sans diplôme attendent 10 ans de plus en moyenne, faute d’emploi.

Figure 3 – Les jeunes hommes sans diplôme tournés vers le marché du travail

Les jeunes hommes sans diplôme tournés vers le marché du travail
Hommes Femmes
En emploi 5 500 1 000
Au chômage 8 000 5 000
Inactifs |souhaitant |travailler 4 500 2 500
Inactifs |ne souhaitant |pas travailler 1 500 7 500
  • Sources : Insee, Recensement de la population et Enquête Emploi Réunion 2013.

Figure 3 – Les jeunes hommes sans diplôme tournés vers le marché du travail

Le diplôme, passeport pour l’emploi

Le diplôme joue un rôle clé dans l'obtention d'un emploi, rôle qui s'avère même plus déterminant qu'en métropole. Sans diplôme, seulement 19 % des jeunes ont un emploi ( figure 4 ). Avec un CAP ou BEP, ils ont deux fois plus de chance d’être en emploi (39 %) et quatre fois plus avec un diplôme du supérieur (72 %). En métropole, le taux d’emploi des jeunes diplômés du supérieur est seulement deux fois plus élevé que celui des jeunes sans diplôme.

Figure 4 – Le diplôme augmente fortement les chances d'être en emploi

en %
Le diplôme augmente fortement les chances d'être en emploi
La Réunion France métropolitaine
Sans diplôme 18,7 39,25
CAP/BEP 38,6 64,27
Baccalauréat 43,2 68,86
Diplôme du| supérieur 72,1 81,57
  • Champ : jeunes de 16 à 29 ans ayant quitté le système scolaire.
  • Source : Insee, enquête Emploi 2013.

Figure 4 – Le diplôme augmente fortement les chances d'être en emploi

Parmi les 18 500 jeunes titulaires d'un diplôme du supérieur sur l’île, 13 500 ont un emploi, 3 000 sont au chômage et 2 000 sont inactifs. Parmi eux, les jeunes femmes connaissent plus de réussite dans leur parcours scolaire : 22 % d’entre elles sont titulaires d’un diplôme du supérieur contre 13 % des hommes. Cependant, les jeunes hommes diplômés du supérieur s’insèrent plus facilement sur le marché du travail : 79 % ont un emploi, contre 68 % pour les jeunes femmes ( figure 5 ).

Figure 5 – Les hommes plus souvent en emplois, quel que soit le niveau de diplôme

en %
Les hommes plus souvent en emplois, quel que soit le niveau de diplôme
Femmes Hommes
Sans diplôme 6,45 29,47
CAP/BEP 26,05 47,18
Baccalauréat 40,2 46,74
Diplôme du| supérieur 67,95 78,9
  • Champ : jeunes de 16 à 29 ans ayant quitté le système scolaire.
  • Source : Insee, enquête Emploi Réunion 2013.

Figure 5 – Les hommes plus souvent en emplois, quel que soit le niveau de diplôme

Les diplômés du supérieur sont presque aussi souvent en emploi que leurs homologues de métropole, ce qui n'est pas le cas pour les autres niveaux de diplôme. La faiblesse relative du taux d’emploi des jeunes femmes diplômées du supérieur est due à l’inactivité d’une partie d’entre elles sur le marché du travail, ce qui n’est pas le cas en métropole. Ainsi, 2 000 Réunionnaises diplômées du supérieur n’ont pas d’emploi et n’en recherchent pas, 40 % d’entre elles ne souhaitant pas travailler.

Les jeunes qui partent en mobilité s'insèrent plus facilement sur le marché du travail

En 2013, près de 30 000 jeunes de 16 à 29 ans natifs de La Réunion résident en métropole. Parmi eux, 12 200 poursuivent des études, principalement dans le supérieur. Ils y vivent pour la plupart sans leurs parents (70 %), laissant supposer qu'ils sont partis sans eux. Parmi ces étudiants, 2 700 ont un emploi par ailleurs.

Les autres natifs de l'île qui résident en métropole et qui ont terminé leurs études (17 600) ont majoritairement un emploi (12 000). Leur niveau de formation, élevé, est comparable à celui des jeunes résidents de métropole et largement supérieur à celui des jeunes résidant à La Réunion. En effet, un tiers d'entre eux sont diplômés du supérieur et un autre tiers titulaires d'un baccalauréat. De fait, leur taux d'emploi est équivalent à celui de l'ensemble des jeunes résidant en métropole. Parmi les jeunes salariés natifs de l’île et qui résident en métropole, 12 % sont cadres contre seulement 5 % des jeunes qui résident à La Réunion.

Parmi l'ensemble des jeunes qui résident à La Réunion en 2013, 16 000 ont déjà séjourné en dehors de l'île pendant au moins six mois (soit 9 % des jeunes), presque toujours en métropole. Dans quatre cas sur dix, ces jeunes sont partis y faire des études vers l'âge de 20 ans et pour une durée de deux ans et demi en moyenne. Ils sont revenus à La Réunion avec un niveau de formation élevé: six sur dix sont titulaires d'un diplôme du supérieur. Parmi eux, 56 % sont en emploi.

Dans quatre autres cas sur dix, ces jeunes ont suivi leurs parents quand ils étaient enfants, quittant l’île en moyenne vers 11 ans et y revenant vers 15 ans. Une fois leurs études terminées, 31% d’entre eux sont en emploi.

Enfin, les autres, minoritaires (deux cas sur dix), sont partis pour trouver directement un emploi. Au moment du départ, ils avaient 21 ans en moyenne et ont séjourné un an et demi en moyenne hors de l'île. Leur taux d'emploi est également au-dessus de la moyenne des jeunes (44 %).

Les jeunes partis pour un emploi et ceux qui ont suivi leurs parents durant leur enfance ont au final un niveau de formation semblable à celui de l'ensemble des jeunes Réunionnais. Pourtant, ils sont plus souvent en emploi. En particulier, les jeunes sans diplôme sont 1,5 fois plus souvent en emploi quand ils ont séjourné hors de l'île pendant au moins six mois que ceux qui n’en sont pas partis (30 % d'entre eux occupent un emploi contre 19 %). Deux effets se conjuguent probablement : ces jeunes pouvaient avoir dès le départ des compétences autres que scolaires (autonomie, esprit d’initiative…) plus importantes que les jeunes non mobiles ; ils ont aussi pu les développer durant leur parcours de mobilité, améliorant ainsi leur employabilité.

Sources

Les données de cette étude sont issues du croisement de deux sources : le recensement de la population et l’enquête Emploi Réunion. Les données relatives au niveau de formation et à la poursuite ou non d’études des jeunes proviennent du recensement de la population. La situation des jeunes par rapport au marché du travail (emploi, chômage ou inactivité) est obtenue à partir de l’enquête Emploi.

Pour en savoir plus

Besson L., « Les filles moins en difficulté que les garçons », Insee Flash Réunion n° 58, mars 2016;

Fabre E., « Les jeunes Réunionnais peinent à acquérir leur autonomie », Insee Analyses Réunion n° 9, mai 2015;

Besson L., Brasset M., Chaussy C., Daudin V., Fabre E., « Portrait de la jeunesse réunionnaise, les clefs de l’autonomie », Insee Dossier Réunion n° 2, décembre 2014;

Le Grand H., Michaïlesco F., « 116000 personnes en situation d’illettrisme en 2011 », Insee Partenaires n° 27, octobre 2013.