Accessibilité des services au public dans l'Isère

Geneviève Burel, Simon Guevara, Insee

L’Isère est l'un des départements métropolitains où les inégalités d'accès aux équipements sont les plus marquées. Ainsi, à Grenoble comme dans toute la vallée du Grésivaudan et dans la partie nord du département, les habitants disposent facilement d’un panel étoffé de commerces et de services utiles à la vie courante. Dans ces territoires, les temps d'accès en voiture sont faibles. A contrario, dans les massifs alpins très peu denses, les équipements sont beaucoup moins présents et les temps d’accès figurent parmi les plus élevés de France.

Si 10 % des communes isèroises sont très proches des équipements de la vie courante, avec un temps d'accès de moins de 3,1 minutes, 10 % en sont éloignées de plus de 13,4 minutes (figure 1). Ainsi, l'Isère est le huitième département métropolitain où les disparités d'accessibilité aux équipements sont les plus marquées.

Une concentration des équipements dans le Y grenoblois

Les habitants des territoires les plus peuplés, les plus urbanisés et les mieux pourvus en infrastructures de transport, n’ont pas de difficultés particulières pour accéder aux équipements si l’on considère les seuls temps en voiture. Ainsi en 2012, 440 500 habitants, soit un Isérois sur trois, accèdent en moins de 3,1 minutes aux services courants et 434 400 entre 3,1 et 4,7 minutes. Ils résident pour l'essentiel dans Grenoble et sa périphérie, le long des vallées urbanisées de l'Isère et du Drac, ainsi que dans le Nord-Isère, dans l'aire urbaine lyonnaise ou celle de Vienne. Dans ces territoires, la forte densité urbaine favorise la proximité des équipements pour le public. Les pôles des bassins de vie correspondant, qui sont aussi des pôles d’emploi importants, possèdent un panel étoffé d’équipements dans les quatre paniers étudiés. De plus, dans ces bassins de vie, de nombreuses autres communes abritent également les commerces et services de base les plus fréquents. Ainsi, dans les bassins de vie de Grenoble, Tullins et Crolles, ainsi qu'en bordure nord du département dans ceux de Charvieu-Chavagneux, Villefontaine et Heyrieux, 2 % de la population met plus de sept minutes pour accéder à l'ensemble des équipements courants, seuil national qualifiant l'éloignement.

Un éloignement très prononcé dans les massifs alpins

À l'inverse, au sud du département, dans l'Oisans et le Vercors, les habitants sont beaucoup plus éloignés des équipements. Dans ces espaces de très faible densité, les contraintes du relief constituent un réel obstacle aux déplacements. Le réseau des communes équipées est lâche et peu fourni. Seules La Mure, Le Bourg d'Oisans et Vif possèdent la quasi-totalité des équipements et services retenus dans le panier de vie courante. Toutefois, Vif est décentrée au nord de son bassin de vie, rendant difficile l'accès aux équipements pour la population des communes méridionales. Enfin, les habitants du bassin de vie de Mens ne trouvent dans cette localité qu'une partie des services de la vie courante. Dans tous ces pôles, les équipements spécifiques sont rares, notamment pour les jeunes de 19 à 29 ans et les familles avec enfants.

Dans ces zones de montagne, les communes partiellement équipées occupent une position stratégique. Monestier-de-Clermont et Gresse-en-Vercors sont ainsi des relais indispensables pour limiter les temps d'accès aux équipements pour les populations du sud du bassin de vie de Vif. De même, Valbonnais, Motte-d'Aveillans et Pierre-Châtel, dans le bassin de vie de la Mure, et Clelles, dans celui de Mens, offrent une partie du panier vie courante. Une dégradation du niveau d’équipement de toutes ces communes induirait mécaniquement une forte augmentation des temps d’accès dans ces territoires déjà enclavés où la part des personnes très âgées, potentiellement moins mobiles, est importante. Cependant, maintenir le niveau d’équipement pour diffuser une offre de services au plus près des habitants est rendu difficile par la très faible densité et les baisses de population. Enfin, dans l'Oisans, même si les domaines skiables de l'Alpe d'Huez et des Deux Alpes apparaissent suréquipés eu égard à la population résidente, seul Le Bourg d'Oisans offre aux habitants de la vallée de la Romanche tout l'éventail des équipements du panier de vie courante. Ainsi, malgré la présence de ces communes partiellement équipées, 69 % de la population des bassins de vie du Bourg d'Oisans et 71 % de celle de Mens accèdent en plus de sept minutes au panier d'équipements de la vie courante.

Un accès contraint pour les jeunes dans l'espace périurbain lyonnais

Dans les espaces périurbains de l'aire urbaine de Lyon situés dans la moitié Nord-Ouest du département jusqu'à l'Isle d'Abeau, les communes bien équipées sont nombreuses et desservent bien le territoire. Les temps d'accès aux services et équipements de la vie courante sont donc réduits. Cependant, les services et équipements spécifiques pour les jeunes de 19 à 29 ans sont inégalement répartis. Ainsi, les jeunes adultes des bassins de vie de Vienne, Villefontaine, Bourgoin-Jailleu ou encore La Tour-du-Pin accèdent à leurs équipements en moins de 13 minutes. En revanche, ces équipements étant particulièrement rares dans les bassins de vie nettement moins urbanisés de Beaurepaire, Saint-Jean-de-Bournay, Montalieu-Vercieu, Morestel et Saint-Laurent-du-Pont, l'éloignement atteint jusqu'à 17 minutes.

Ce sont aussi ces mêmes bassins qui souffrent d'un manque de services et équipements spécifiques aux familles avec enfants. Ainsi, à Beaurepaire, 38 % des parents et des enfants accèdent en plus de 16 minutes aux équipements du panier famille, soit au-delà du seuil national qualifiant l'éloignement pour cette population.

Figure 1 – Niveau d'équipement et éloignement des communes au panier « vie courante »

  • Source : Insee, Base permanente des équipements 2013 et 2014, Distancier métric.

Encadré

Une aide au diagnostic des schémas d’accessibilité des services au public

Cette étude a pour but d’identifier au sein du département les principales disparités d’accessibilité des services au public. Elle s’inscrit dans le cadre de l’élaboration du schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public que l’État et le département doivent réaliser conformément aux dispositions de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (dite NOTRe). Ce schéma définit, pour une durée de six ans, un programme d’actions destiné à renforcer l’offre de services dans les zones présentant un déficit d’accessibilité des services.

Pour en savoir plus

Retrouvez la méthodologie, des données complémentaires et les publications sur l'accessibilité des services au public dans les autres départements d'Auvergne-Rhône-Alpes sur insee.fr ;

Guevara S., Vallès V., « Les montagnes d'Auvergne-Rhône-Alpes éloignées des services courants », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n°2, janvier 2016 ;

Barbier M., Levy D., Toutin G., « L'accès aux services, une question de densité des territoires », Insee Première n°1579, janvier 2016.