13 départements entre disparités et ressemblances

Pascale Marasovic, Insee

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est une région attractive. Cette attractivité est particulièrement forte dans les départements urbains, la Haute-Garonne et l’Hérault. Elle l’est aussi sur le littoral méditerranéen et dans le Tarn-et-Garonne alors que les départements ruraux sont moins attractifs. Le dynamisme démographique accompagne la croissance de l’emploi en Haute-Garonne, dans l’Hérault, le Tarn-et-Garonne et les Pyrénées-Orientales. Pourtant, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales sont avec l’Aude dans le trio de tête des départements métropolitains les plus touchés par le chômage. La Haute-Garonne, portée par ses activités industrielles et la métropole toulousaine, est le département le moins impacté par le chômage. Il est aussi le plus riche de la région avec un niveau de revenu de ses habitants supérieur à celui de province.

Au 1er janvier 2016, 13 départements sont réunis pour former la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (LRMP), deuxième de métropole en termes de superficie derrière Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.

Avec un peu plus de 5,6 millions d’habitants, la région LRMP se situe au 5e rang des régions françaises. La Haute-Garonne et l’Hérault qui abritent les deux métropoles de Toulouse et Montpellier, sont les deux principaux départements avec chacun plus d’un million d’habitants. La Lozère, près de 17 fois moins peuplée que la Haute-Garonne, est aussi le département le moins peuplé de France métropolitaine.

Une région attractive mais pas partout

Le dynamisme démographique qui caractérise la région au plan national se traduit entre 2007 et 2012 par une hausse annuelle de population presque deux fois plus forte que la moyenne de France métropolitaine (respectivement + 0,9 % et + 0,5 %) (figure 1).

Figure 1 – Évolution et structure de la population en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées en 2012

Évolution et structure de la population en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées en 2012
Département Densité (hab/km²) Population Taux annuel moyen d'évolution de population 2007-2012 (%) Âge moyen Part des moins de 15 ans (%) Part des 60 ans et plus (%)
Ariège 31 152 400 + 0,5 44,3 16,4 30,4
Aude 59 362 300 + 0,9 43,4 17,0 29,8
Aveyron 32 276 200 + 0,1 45,1 15,8 32,1
Gard 124 725 600 + 1,0 41,7 18,0 26,6
Haute-Garonne 203 1 279 300 + 1,2 38,5 17,6 20,4
Gers 30 189 500 + 0,6 45,3 15,8 32,1
Hérault 177 1 077 600 + 1,3 40,9 17,0 25,5
Lot 33 174 300 + 0,4 46,1 15,0 33,8
Lozère 15 76 900 0,0 43,8 16,1 29,5
Hautes-Pyrénées 51 228 900 0,0 44,8 15,3 31,4
Pyrénées-Orientales 111 457 800 + 0,9 43,3 17,2 30,0
Tarn 66 378 900 + 0,5 43,6 16,9 29,7
Tarn-et-Garonne 66 247 000 + 1,3 41,8 18,7 26,8
Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 77 5 626 900 + 0,9 41,8 17,1 26,7
France métropolitaine 117 63 376 000 + 0,5 39,4 18,4 23,9
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012.

L’augmentation de la population résulte pour les quatre cinquièmes d’installations de nouveaux arrivants, plus nombreuses que les départs. L’excédent de naissances sur les décès contribue positivement à ce dynamisme démographique, mais dans une moindre mesure.

Si l’attractivité est principalement liée au développement des activités économiques, de l’emploi et des études supérieures, l’arrivée de retraités y contribue également. Les territoires urbains ou périurbains, le littoral de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales sont les territoires les plus attractifs.

Des départements urbains jeunes et attractifs

Les évolutions de population sont d’ampleur inégale dans la région : l’Hérault, le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne et le Gard sont les plus dynamiques, affichant une hausse annuelle supérieure à 1 % (figure 2).

Figure 2 – Évolution annuelle de la population entre 2007 et 2012 par département de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012.

Ces territoires urbains ou périurbains sont particulièrement denses, comparés à la moyenne régionale, à l’exception du Tarn-et-Garonne qui ne compte que 66 hab/km². Ce département est périurbain sur sa frange sud mais reste rural sur une large partie de son territoire. La proximité et l’influence de la métropole toulousaine qui déborde sur le sud du département expliquent l’essentiel de son dynamisme démographique.

Grâce à l’afflux des familles et des actifs, la moyenne d’âge dans les territoires les plus attractifs est inférieure à la moyenne régionale. La Haute-Garonne, département le plus jeune de la région, est aussi l’un des plus jeunes de province.

Des départements ruraux âgés moins dynamiques

La plupart des départements moins urbanisés connaissent des évolutions de population plus modérées. Le Gers, l’Ariège et le Tarn ont une croissance proche de la moyenne de France métropolitaine alors que la Lozère et les Hautes-Pyrénées voient leur population se stabiliser sur la période 2007-2012.

Ces départements sont tous plus âgés que la moyenne régionale (41,8 ans), elle-même plus élevée que la moyenne métropolitaine (39,4 ans).

Aude et Pyrénées-Orientales, attractivité du littoral et population âgée

À l’inverse, l’Aude (60 hab/km²) et les Pyrénées-Orientales (111 hab/km²) connaissent à la fois un dynamisme démographique (+ 0,9 % par an) et une population en moyenne plus âgée (43,3 ans). Les seniors sont particulièrement nombreux avec 30 % de personnes de 60 ans ou plus contre 24 % en France métropolitaine en 2012, l’apport migratoire ne suffisant pas à rajeunir la population. L’attractivité ne se traduit pas de la même façon que dans les départements les plus urbanisés. En effet, les arrivées de retraités y sont en proportion plus fortes qu’ailleurs, et celles des jeunes et des étudiants moindres.

Si une première approche démographique permet d’opposer des départements urbains à des départements dits ruraux, d’autres indicateurs affinent cette dualité.

L’attractivité des territoires va de pair avec l’emploi

Comme la population, l’emploi aussi est dynamique dans la région, avec une progression soutenue de 2,1 % sur la période 2007-2012, alors qu’il baisse de 0,1 % en France métropolitaine.

Si l’emploi croît plus vite que la population, l’évolution régionale cache aussi des disparités départementales. En effet, les départements ruraux semblent exclus de cette dynamique (figure 3).

Figure 3 – Évolution de l’emploi entre 2007 et 2012 par département de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

  • Source : Insee, estimations d’emploi localisées au lieu de travail, taux de chômage localisés.

Six départements sur treize connaissent une croissance de l’emploi positive sur la période. La Haute-Garonne (+ 6,2 %), l’Hérault (+ 2,8 %) et le Tarn-et-Garonne (+ 2,3 %) sont encore les principaux acteurs de cette évolution. Plus timidement, le Gard, les Pyrénées-Orientales et le Tarn rejoignent ce premier cercle.

Des évolutions d’emplois portées par le tertiaire marchand

Entraînés par la croissance démographique, les activités dans les transports, le commerce et les services se développent pour répondre aux besoins de la population et des entreprises. Le secteur tertiaire marchand bien implanté dans les espaces urbains connaît des gains d’emplois sur la période et reste le moteur de l’emploi.

En Haute-Garonne ou dans l’Hérault, la part du tertiaire marchand dans l’emploi total (respectivement 50,2 % et 49,4 %) dépasse la moyenne régionale (44,8 %). Dans ces territoires, comme en région, la part du secteur marchand dépasse celle du non marchand : de 20 points en Haute-Garonne, 15 dans l’Hérault et 10 pour l’ensemble de la région (figure 4).

Figure 4 – Emploi par statut au 31 décembre 2012 et taux de chômage localisés en moyenne annuelle en LRMP en 2012

Emploi par statut au 31 décembre 2012 et taux de chômage localisés en moyenne annuelle en LRMP en 2012
Département Emploi total tous secteurs en 2012 Taux d'évolution de l'emploi 2007-2012 (%) Nombre d'emplois pour 100 actifs occupés au lieu de résidence Part de l'emploi non salarié dans l'emploi total (%) Part de l'emploi tertiaire marchand dans l'emploi total (%) Part de l'emploi industriel dans l'emploi total (%) Part de l'emploi agricole dans l'emploi total (%) Taux de chômage localisé en moyenne annuelle (%)
Ariège 52 800 - 2,4 96,0 16,5 35,2 15,1 4,6 11,6
Aude 123 400 - 0,2 97,0 16,4 41,4 7,1 6,4 12,9
Aveyron 109 200 - 1,1 99,3 20,0 35,9 15,2 9,9 6,8
Gard 242 800 + 0,4 90,5 14,9 43,0 10,9 3,6 12,8
Haute-Garonne 613 000 + 6,2 105,0 9,2 50,2 12,3 1,0 9,6
Gers 68 700 - 0,2 91,8 21,0 37,6 10,6 12,0 7,3
Hérault 414 000 + 2,8 100,1 14,1 49,4 6,6 2,2 13,7
Lot 63 600 - 2,0 99,0 19,2 36,6 15,3 7,6 9,2
Lozère 31 200 - 0,5 102,0 20,0 30,5 9,4 10,2 5,6
Hautes-Pyrénées 88 500 - 3,7 101,0 15,1 39,8 12,2 3,9 10,8
Pyrénées-Orientales 155 400 + 1,1 99,0 15,2 46,9 6,1 3,4 13,9
Tarn 133 400 + 0,3 92,0 15,3 39,4 13,7 5,2 10,5
Tarn-et-Garonne 86 900 + 2,3 90,0 16,1 39,5 10,7 6,9 10,5
Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 2 182 900 + 2,1 98,4 14,0 44,8 10,5 3,8 11,2
France métropolitaine 26 457 200 - 0,1 98,5 10,1 47,6 12,7 2,5 9,4
  • Source : Insee, estimations d’emploi localisées au lieu de travail, taux de chômage localisés en 2012.

À l’inverse des départements précédents, l’Ariège, les Hautes-Pyrénées, le Lot ou l’Aveyron connaissent une baisse de l’emploi. Les activités marchandes y sont structurellement moins présentes et ont subi, sur la période 2007-2012, de lourdes pertes d’emplois. Désormais la proportion d’emplois marchands s’équilibre avec celle du tertiaire non marchand (éducation, santé, action sociale, administration).

Les départements agricoles ou industriels moins touchés par le chômage

Si les évolutions de population concourent à la croissance de l’emploi, le taux de chômage de 11,2 % dans la région reste l’un des plus élevés de France métropolitaine.

L’une des raisons réside dans le déficit d’emplois dans la sphère productive. En effet, la part des activités productives, activités majoritairement tournées vers les marchés extérieurs et les entreprises, comme l’agriculture ou l’industrie, est parmi les plus faibles des nouvelles régions. Cependant, ce déficit d’emplois n’est pas homogène sur le territoire et se traduit localement par une situation plus ou moins marquée par le chômage.

L’Aude, l’Hérault ou les Pyrénées-Orientales, faiblement industrialisés, sont dans le trio de tête des départements les plus touchés par le chômage. Ils reflètent la structure régionale, avec une industrie plus faible qu’au niveau France métropolitaine (10,5 % contre 12,7 %) et un taux de chômage plus élevé (11,2 % contre 9,4 %).

En Ariège ou dans le Gard, la situation diffère quelque peu : le secteur industriel bien que fortement implanté (15,1 % et 10,9 %) a connu les plus grosses pertes d’emplois dans la région : respectivement 3 000 et 800 emplois ont disparu entre 2007 et 2012.

Dans 8 départements sur 13, le taux de chômage est inférieur à la moyenne régionale. Parmi eux, l’Aveyron, le Gers, le Lot et la Lozère ont un chômage moins élevé qu’en moyenne métropolitaine (9,4 %).

Malgré la baisse de l’emploi total sur la période 2007-2012, l’Aveyron et le Lot peuvent s’appuyer sur une activité industrielle dépassant les 15 % d’emplois. Si le Lot a gagné des emplois industriels sur la période (+ 4,6 %), ce n’est pas le cas de l’Aveyron qui en a perdu (- 4 %). Cependant l’Aveyron maintient le quart des ses emplois dans l’agriculture et l’industrie.

Le Gers se maintient au premier rang des départements agricoles de la région, avec 12 % des emplois. Cette proportion est trois fois supérieure à la région et cinq fois supérieure à la France métropolitaine.

En Lozère, le faible taux de chômage s’explique davantage par un marché du travail limité. Le départ des jeunes couplé à la population âgée de plus de 60 ans réduisent la population active et donc celle à la recherche d’un emploi.

La part des non salariés dans l’emploi total y est aussi plus forte qu’ailleurs (20 %). C’est également le cas dans le Gers et le Lot.

En Haute-Garonne, l’offre d’emplois industriels et plus largement d’emplois productifs dynamise la croissance de la population active du département et des départements limitrophes tels que le Tarn-et-Garonne et le Tarn.

Moins de 6 ménages sur 10 imposés dans 12 départements sur 13

Signe d’un département en bonne santé économique, 67 % des ménages de Haute-Garonne sont soumis à l’impôt sur le revenu. Ailleurs dans la région, moins de 6 ménages sur 10 sont imposés (figure 5).

Figure 5 – Revenu disponible des ménages par unité de consommation en LRMP en 2012

Revenu disponible des ménages par unité de consommation en LRMP en 2012
Département Nombre de ménages fiscaux Part des ménages imposés (%) Part des pensions retraites (% du revenu disponible) Revenu disponible médian (euros)
Ariège 66 980 54,3 34,2 18 084
Aude 157 970 52,9 35,4 17 231
Aveyron 121 837 56,9 31,9 18 670
Gard 309 538 56,4 30,8 18 020
Haute-Garonne 535 644 67,1 22,2 21 475
Gers 82 271 56,8 31,5 19 067
Hérault 467 534 58,3 30,0 18 412
Lot 78 013 57,3 36,9 18 788
Lozère 32 608 57,6 31,7 18 337
Hautes-Pyrénées 102 639 59,2 33,9 18 885
Pyrénées-Orientales 206 407 54,8 36,3 17 522
Tarn 164 363 56,4 31,6 18 701
Tarn-et-Garonne 102 915 55,2 28,6 18 399
Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 2 428 719 58,8 29,6 18 888
France métropolitaine hors Île-de-France 21 773 111 61,9 28,1 19 402
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-Ccmsa, Fichier localisé social et fiscal 2012.

Population âgée et niveau de retraites, déficit d’emploi ou taux de chômage influent sur les revenus des ménages. Dans la région, un habitant sur deux appartient à un ménage disposant de moins de 18 890 € par unité de consommation, déduction faite des impôts directs et après réception des prestations sociales. En province, le revenu disponible médian s’élève à 19 400 €.

Près de 60 % des ménages sont soumis à l’impôt sur le revenu en LRMP, c’est moins qu’en province où le taux atteint 62 %. Dans l’Aude, l’Ariège et les Pyrénées-Orientales ce niveau est inférieur à 55 %.

Des évolutions proches de la moyenne régionale pour le Tarn-et-Garonne

Avec 66 hab/km² (77 en LRMP), le Tarn-et Garonne est le plus dense des territoires ruraux. Il connaît des évolutions de population et d’emploi conséquentes sur la période 2007-2012 (respectivement + 1,3 % et + 2,3 %). Deuxième département de la région en termes de croissance de la population et troisième pour la croissance de l’emploi, il évolue au même rythme que la région.

C’est aussi un territoire où l’agriculture concentre 6 % des emplois et où la place de l’industrie reste significative. Comme l’ensemble de la région, le département reste âgé, mais l’impact des migrations, à travers l’arrivée des familles et des actifs, pourrait à terme rajeunir la population. Aujourd’hui, c’est déjà le département qui abrite le plus de jeunes de moins de 15 ans dans sa population (18,7 % contre 17,1 % en région).

La Haute-Garonne, un département à part

Le dynamisme de la Haute-Garonne rejaillit sur les départements limitrophes. La Haute-Garonne se distingue à plus d’un titre des autres départements de la région. Département le plus peuplé et le plus urbanisé de la région, c’est aussi le plus jeune avec une moyenne d’âge de 38,5 ans. Il offre 613 000 emplois soit plus du quart de l’emploi total régional. Avec 105 emplois pour 100 actifs occupés, il est attractif pour les actifs. C’est le département le plus riche de la région avec un revenu disponible médian de 21 475 € par unité de consommation.

Pour en savoir plus

« Panorama de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées - Forte croissance démographique mais situation socio-économique contrastée », Insee Analyses Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées n° 26, juillet 2016

Panoramas par département de la région LRMP, Insee Analyses Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées n° 5 à 17, mars 2016