Les immigrés sont davantage présents dans les grands pôles urbains

Jean-Pierre Reynaud, Axel Gilbert, Insee

Au 1er janvier 2012, la région Auvergne-Rhône-Alpes compte 681 000 immigrés, soit presque 9 % de sa population. Les immigrés résident plus fréquemment que les non-immigrés dans les grands pôles urbains et près de la frontière suisse ou italienne. Leur répartition sur le territoire varie selon le pays de naissance et l’histoire régionale de l’immigration. Les immigrés originaires d'Europe restent majoritaires même si leur part tend à diminuer. Les arrivées récentes concernent toujours les pays historiques d’immigration, mais de nouvelles nationalités apparaissent ou se renforcent. Les femmes immigrées sont maintenant plus nombreuses que les hommes.

Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes
No 21
Paru le : 08/09/2016

La région Auvergne-Rhône-Alpes compte 681 000 immigrés en 2012. Leur part dans l’ensemble de la population régionale (8,9 %) est très proche de celle observée en France métropolitaine (8,8 %), mais reste plus élevée que dans la plupart des autres régions de province. Auvergne-Rhône-Alpes se classe ainsi au 4rang des treize régions après l’Île-de-France (18,2 %), la Corse et Provence-Alpes-Côte d'Azur (toutes deux à 10,1 %). La Bretagne est en fin de classement (3,0 %).

Depuis 1999, la population immigrée régionale a augmenté de près de 153 000 personnes, soit + 2 % en moyenne annuelle. Cette augmentation est plus forte que celle de la population non immigrée sur la même période (+ 0,7 %) mais est identique à celle mesurée au niveau national. En 1999, les immigrés représentaient 7,6 % de la population d’Auvergne-Rhône-Alpes et 7,4 % de la population métropolitaine.

La population immigrée est définie selon un double critère de nationalité et de lieu de naissance : toute personne née étrangère dans un pays étranger et résidant en France est immigrée (définitions). Ainsi, une part importante des immigrés de la région (41 %) ne sont plus étrangers et ont acquis la nationalité française.

Une présence forte dans les grands pôles urbains

Comme au niveau national, la population immigrée d'Auvergne-Rhône-Alpes est essentiellement citadine et très présente dans les grandes agglomérations. Ainsi, près de 92 % des immigrés résident dans l’espace des grandes aires urbaines (figure 1). Cette concentration est encore plus marquée au sein des grands pôles urbains. Près de 75 % des immigrés en Auvergne-Rhône-Alpes habitent dans un grand pôle urbain contre 55 % de la population non immigrée. Les motifs principaux de l'immigration sont d'ordre économique et familial. Les immigrés s’installent majoritairement dans les grandes villes, conjuguant ainsi la possibilité de trouver un emploi à proximité et de se loger à moindre coût dans des logements sociaux.

Figure 1 – La part des immigrés est plus forte dans les grands pôles urbains

Population immigrée et non immigrée selon le type d’espace
La part des immigrés est plus forte dans les grands pôles urbains
Population immigrée Population non immigrée Part de la population immigrée (%)
Effectifs % Effectifs %
Espace des grandes aires urbaines 623 800 91,6 5 918 000 84,4 9,5
Grands pôles urbains 508 000 74,6 3 849 800 54,9 11,7
Couronne des grands pôles urbains 99 000 14,5 1 718 200 24,5 5,4
Communes multipolarisées 16 800 2,5 350 000 5,0 4,6
Espaces des autres aires 33 800 4,9 453 000 6,5 6,9
Moyens pôles 11 400 1,6 132 000 1,9 8,0
Couronne des moyens pôles 1 300 0,2 42 000 0,6 3,0
Petits pôles 20 600 3,0 264 000 3,8 7,2
Couronne des petits pôles 500 0,1 15 000 0,2 3,2
Espaces hors aires 23 600 3,5 642 700 9,1 3,5
Autres communes multipolarisées 10 800 1,6 274 000 3,9 3,8
Communes isolées hors influence des pôles 12 800 1,9 368 700 5,2 3,3
Auvergne-Rhône-Alpes 681 200 100,0 7 013 700 100,0 8,9
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Par conséquent, les immigrés sont plus présents dans les départements très urbanisés comme le Rhône (12%) ou l'Isère (9 %) (figure 2). À l’opposé, le Cantal (2 %) et la Haute-Loire (3 %), peu urbanisés, sont les deux départements à la plus faible part de population immigrée. D'autres facteurs peuvent expliquer ces disparités territoriales. Ainsi, par leur caractère frontalier, l'Ain et la Haute-Savoie présentent une proportion élevée de population immigrée (respectivement 11 % et 12 %).

Figure_2 – Les immigrés sont plus présents dans les départements urbanisés ou frontaliers

  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Parmi les aires de plus grande taille, Lyon (11 %), Grenoble (11 %) et Saint-Étienne (10 %) ont une part d’immigrés au-dessus de la moyenne régionale. L’aire de Clermont-Ferrand (8 %), à l’image du Puy-de-Dôme, se situe en dessous. La situation est particulière dans l’aire de Genève-Annemasse, où la proportion d’immigrés atteint 23 % de la population. Près du tiers des immigrés sont des ressortissants suisses. En effet, nombre d’entre eux travaillent en Suisse, sous la forte attractivité économique de Genève, mais résident de l’autre côté de la frontière pour des raisons liées au coût du logement.

Dans quatre communes de plus de 10 000 habitants, plus du quart des habitants sont immigrés : Gaillard (30 %), Oyonnax (28 %), Vaulx-en-Velin (27 %) et Saint-Fons (26 %). Leurs profils sont différents : Gaillard étant limitrophe de Genève, les immigrés sont majoritairement des personnes nées en Suisse et y travaillant. Oyonnax a connu une importante immigration de travail pour l'industrie de la plasturgie, en particulier depuis la Turquie et le Maroc. Les deux dernières villes, comme la plupart des communes de la banlieue populaire de Lyon, regroupent des immigrés et leurs familles d'origines diverses, occupant en général des emplois peu qualifiés.

Des vagues d’immigration qui façonnent les territoires

Par définition, on ne naît jamais immigré. La moitié des immigrés présents en Auvergne-Rhône-Alpes sont arrivés en France à plus de 22 ans. Ainsi, dans son ensemble, la population immigrée est plus âgée que la population non immigrée. En 2012, 43 % des immigrés de la région ont plus de 50 ans contre seulement 36 % pour la population non immigrée. Les plus de 50 ans sont même plus d’un sur deux parmi ceux nés en Europe, avec de fortes disparités entre les Italiens (83 %) et les Suisses (32 %). Cette moyenne d'âge est en lien avec l'ancienneté des mouvements d'immigration.

La population immigrée s’est en effet construite par vagues successives. Historiquement et jusqu’à la fin des années 1960, les immigrés venaient principalement d’Europe, et notamment d'Italie et d'Espagne. C'est ainsi qu'en 2012, près de huit immigrés sur dix originaires d'un de ces deux pays vivent en France depuis plus de 40 ans. Sur l'ensemble de cette période marquée par le développement des industries mécanique et chimique, la main-d’œuvre locale ne peut pas suffire au développement économique. Les premiers mouvements importants permettent de faire face à l'urbanisation et l'industrialisation de la région. Les Italiens et, dans une moindre mesure, les Espagnols sont très présents en Isère autour de Grenoble ainsi que dans l'agglomération lyonnaise.

Les Portugais arrivent peu après ces deux nationalités. Une grande partie d’entre eux s’installent notamment dans les départements auvergnats et autour de Clermont-Ferrand. La préfecture du Puy-de-Dôme a été une des premières à pratiquer une régularisation massive des Portugais. Devant la baisse de la main-d’œuvre locale, les industriels du caoutchouc, et en particulier Michelin, organisent des filières de recrutement, dont l’essentiel se fera au Portugal. En Auvergne-Rhône-Alpes, la moitié des immigrés d’origine portugaise sont en France depuis au moins 40 ans.

D'une immigration européenne vers une immigration maghrébine dès 1960

Dans les années 1960, la croissance économique a favorisé les arrivées depuis les pays du Maghreb nouvellement indépendants, en commençant par l’Algérie, puis le Maroc et la Tunisie. L’immigration asiatique, notamment turque, démarre quant à elle plutôt à partir des années 1975. Les immigrés occupent principalement des emplois peu qualifiés dans l’industrie, ainsi que dans le bâtiment et les travaux publics. Globalement, les ressortissants africains se regroupent plus dans les grandes aires urbaines. Plus de la moitié des immigrés d’origine tunisienne (54 %) ainsi qu’une grande part des immigrés d’origine algérienne (46 %) vivent dans l’aire urbaine lyonnaise. Les originaires de Turquie, comme les Européens, apparaissent plus dispersés sur le territoire.

Immigration plus récente liée aux accords avec l'Union Européenne, un habitant sur deux originaire de Suisse est installé en France depuis moins de 10 ans. Les ressortissants suisses restent relativement concentrés près de la frontière. Trois immigrés suisses régionaux sur quatre habitent ainsi dans l’aire de Genève-Annemasse. Les 21 000 Suisses représentent 7 % de la population de la partie française de l’aire urbaine (figure 3).

Figure 3 – Les grandes aires urbaines régionales marquées par l'histoire de l'immigration et leur position géographique

Les grandes aires urbaines régionales marquées par l'histoire de l'immigration et leur position géographique
Lyon Grenoble Annemasse - Genève Saint-Étienne Clermont-Ferrand Autres aires urbaines
Portugal 22035 7066 3916 4564 11276 30559
Italie 16574 13460 4306 4680 1109 21240
Espagne 10282 3526 2322 1524 2535 11064
Suisse 1006 344 20830 58 94 5389
Autres pays| d'Europe 26307 9092 13645 4901 3942 37679
Algérie 52944 14364 2238 14320 3745 26849
Maroc 17023 4507 3062 6467 3557 25176
Tunisie 20230 4550 1014 2148 814 8262
Autres pays| d'Afrique 24374 5797 4551 2845 2686 12363
Turquie 13047 2919 2054 4484 1878 21511
Autres| pays 31556 9581 7728 2747 3725 20734
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Figure 3 – Les grandes aires urbaines régionales marquées par l'histoire de l'immigration et leur position géographiqueRépartition des immigrés selon leur pays d’origine entre les grandes aires urbaines régionales

Suisse, Italie et Algérie, des pays d’origine surreprésentés

En France métropolitaine, les immigrés nés en Afrique (44 %) sont plus nombreux que les Européens (37 %). Mais en Auvergne-Rhône-Alpes, comme dans beaucoup de régions de province, ce sont les ressortissants européens qui sont majoritaires (43 % pour ces derniers et 39 % pour ceux d’Afrique).

Si sur l’ensemble de la région, le pays d’origine le plus représenté est l’Algérie (figure 4), l’Italie et surtout le Portugal figurent en tête des pays européens. En effet, au même titre que l’histoire politique et économique du pays, la proximité géographique influe fortement sur les nationalités d’origine des immigrés. Les ressortissants des pays frontaliers de la région sont ainsi surreprésentés par rapport à la métropole. Les Italiens représentent 9 % des immigrés en Auvergne-Rhône-Alpes (5 % en France métropolitaine) et les Suisses 4 % (1 % au niveau national). Pour l’Afrique, les Algériens sont également plus nombreux (17 % contre 13 %), contrairement aux Marocains (9 % contre 12 %) et à la majorité des pays d’Afrique subsaharienne.

Figure 4 – L'Algérie est le pays d'origine le plus représenté, mais l'immigration européenne reste majoritaire

Population immigrée par département et principal pays d'origine
L'Algérie est le pays d'origine le plus représenté, mais l'immigration européenne reste majoritaire
Portugal Italie Espagne Suisse Autres pays d'Europe Algérie Maroc Tunisie Autres pays d'Afrique Turquie Autres pays d'Asie, Amérique, Australie ou Océanie Total
Effectifs En %
Ain 7 800 5 500 3 300 7 900 12 100 4 000 7 500 1 700 3 500 6 200 7 900 67 400 9,9
Allier 3 800 800 700 300 3 200 1 200 1 500 400 1 100 800 1 200 15 000 2,2
Ardèche 1 600 1 100 1 000 400 3 300 1 800 2 000 500 900 600 1 600 14 800 2,2
Cantal 500 100 200 < 100 1 000 100 200 100 200 100 400 2 900 0,4
Drôme 2 800 2 100 2 000 400 5 000 6 100 5 300 2 300 1 800 2 400 4 000 34 200 5,0
Isère 13 200 17 500 6 000 600 13 800 21 300 7 700 6 400 8 000 8 500 12 100 115 100 16,9
Loire 6 400 5 400 2 200 100 6 300 15 500 7 400 2 500 3 500 5 600 3 600 58 500 8,6
Haute-Loire 1 500 400 300 < 100 1 500 300 1 000 100 500 500 700 6 800 1,0
Puy-de-Dôme 12 900 1 500 2 900 200 5 700 4 300 4 000 900 3 000 2 700 4 200 42 300 6,2
Rhône 16 800 13 200 8 500 800 22 400 48 900 14 400 18 500 22 600 9 600 28 800 204 500 30,0
Savoie 4 300 5 600 800 300 5 400 4 000 3 000 700 1 800 2 400 2 800 31 100 4,6
Haute-Savoie 7 800 8 200 3 400 16 700 15 800 7 000 5 800 2 900 5 700 6 500 8 800 88 600 13,0
Auvergne-Rhône-Alpes 79 400 61 400 31 300 27 700 95 500 114 500 59 800 37 000 52 600 45 900 76 100 681 200 100,0
En % 11,7 9,0 4,6 4,1 14,0 16,8 8,8 5,4 7,7 6,7 11,2 100,0 ///
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Une immigration récente de plus en plus diversifiée et féminisée

Après 1975, les flux migratoires viennent renforcer et stabiliser les populations déjà installées. Le passage d’une immigration de travail, essentiellement masculine, à une politique de regroupement familial, a entraîné une féminisation croissante de la population immigrée. En 2012, les femmes représentent 53 % des personnes immigrées arrivées en France depuis moins de 10 ans. La répartition par sexe des immigrés est identique à celle observée dans la population totale avec 51 % de femmes et 49 % d’hommes. Ce n’était pas le cas jusqu’à récemment puisqu’en 1999, les femmes représentaient encore un peu moins de la moitié de la population immigrée.

La population immigrée récente se féminise mais aussi se diversifie. La part des pays historiques d’immigration reste forte, cependant des dynamiques différentes se dessinent. En 1999, la région comptait 190 000 immigrés venus d’Espagne, d’Italie ou du Portugal. Ils sont près de 20 000 de moins en 2012 du fait des décès et des retours au pays d’origine. Les immigrés natifs du Portugal sont les seuls à encore augmenter entre ces deux dates (+ 5 800), alors que ceux venus d’Espagne (– 7 400) et d’Italie (– 16 700) sont moins nombreux en 2012 qu’en 1999. En comparaison, dans le même temps, 10 600 Suisses supplémentaires se sont installés en Auvergne-Rhône-Alpes.

De même, parmi les arrivées depuis moins de 10 ans (figure 5), de nouveaux pays d'origine apparaissent, comme la Chine (3 %), ou se renforcent, comme le Royaume-Uni (4 %), la Serbie y compris le Kosovo (3 %) et surtout la Suisse (7 %). En 1999, les dix premières nationalités représentaient 79 % des immigrés, contre à peine 71 % en 2012. Ce sont ainsi 180 pays d’origine différents qui sont représentés sur le sol régional en 2012.

Finalement, la part européenne dans l’immigration récente a augmenté : en 2007, 41 % des immigrés arrivés sur les cinq dernières années venaient d’un autre pays du continent européen (26 % d’un pays de l’Union Européenne). En 2012, les immigrés arrivés depuis moins de cinq ans sont maintenant 46 % d’origine européenne (31% d’un pays de l’Union Européenne).

Figure 5 – L'immigration récente est plus diversifiée

%
L'immigration récente est plus diversifiée
Depuis moins de 10 ans Depuis 10 à 19 ans Depuis 20 ans et plus
Chine 80 13 8
Serbie 52 26 23
Royaume-Uni 51 23 26
Suisse 50 25 25
Tunisie 27 15 58
Algérie 24 20 56
Maroc 24 16 60
Portugal 19 7 74
Turquie 19 20 61
Espagne 12 4 84
Italie 10 4 86
Autres| pays 44 23 33
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Figure 5 – L'immigration récente est plus diversifiéeRépartition des immigrés selon la période d’arrivée en France

Définitions

Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l’Intégration, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées, de même que les étrangers nés en France. Certains immigrés ont pu devenir français par acquisition de la nationalité, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement : un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers étant nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d’immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s’il devient français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré.

Figure_6 – Étrangers et immigrés en Auvergne-Rhône-Alpes en 2012

  • Source : Insee, Recensement de la population 2012, exploitation complémentaire

Pour en savoir plus

« L'accès à un travail et des conditions d'emploi plus difficiles pour les immigrés », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n°22, septembre 2016

« La localisation géographique des immigrés – Une forte concentration dans l'aire urbaine de Paris », Insee Première n°1591, avril 2016

« Histoire de l’immigration en Auvergne », Jacques Barou, Annie Maguer, Fabrice Foroni et Aude Rémy, Hommes et migrations, n° 1278, 2009