Santé et capacité de travail aux âges élevés : deux méthodes d’évaluation

Didier BLANCHET - Eve CAROLI - Corinne PROST - Muriel ROGER

L'état de santé constitue l'une des barrières possibles aux politiques de remontée de l'âge de la retraite. Ce travail examine l'application au cas français de deux méthodes qui ont été proposées par la littérature pour quantifier cette contrainte. Les deux méthodes évaluent un concept de « health related work capacity » correspondant à l'écart entre les taux d'emploi effectifs et ceux qui prévaudraient sur la base d'une relation de référence conventionnelle entre emploi et indicateurs d'état de santé. La première méthode s'appuie sur l'évolution historique des taux d'emploi à taux de mortalité donnés, en faisant l'hypothèse forte que l'évolution de ces derniers est un proxy adéquat de l'évolution de l'état de santé (Milligan et Wise, 2012). La seconde s'appuie sur le lien emploi-santé observé à un âge de référence donné, pour divers indicateurs objectifs et subjectifs de l'état de santé : elle utilise ce lien pour évaluer une capacité potentielle à travailler aux autres âges, à la même période (Cutler, Meara et Richards-Shubik, 2013). Les deux méthodes suggèrent que l'état de santé ne serait pas contraignant en moyenne, mais sous des hypothèses dont on discute les limites. Nous montrons notamment que les résultats deviennent sensiblement différents lorsqu'on désagrège l'approche par catégorie sociale ou niveau d'éducation. Ceci vient appuyer l'idée que les politiques de remontée de l'âge de cessation d'activité doivent prendre en compte l'hétérogénéité des états de santé au sein de la population. Par ailleurs, ce concept de health related work capacity ne peut pas constituer un indicateur du degré auquel peuvent être poursuivies les politiques de remontée des taux d'emploi, puisqu'il laisse de côté de nombreux autres déterminants de ces taux d'emploi. (Document en anglais)

Documents de travail
No G2016/04
Paru le : 02/05/2016