En Seine-Maritime, une année économique atone malgré quelques signes positifs

Catherine Sueur, Jean-Louis Mury (Insee Normandie)

En 2015 en Seine-Maritime, l’industrie et la construction subissent de fortes réductions d'emploi. L’intérim peine à progresser et seules quelques activités du tertiaire se développent. Le chômage reste cependant stable, mais à un niveau élevé et le nombre de demandeurs d’emploi augmente. Comme ailleurs, les créations d’entreprises reculent en raison de la désaffection du statut de micro-entrepreneur. Les mises en chantier de logements et de locaux progressent tandis qu’elles se contractent dans les autres départements normands. L’activité portuaire est en hausse.

Au 4e trimestre 2015, le taux de chômage en Seine-Maritime s’établit à 11,3 % de la population active et reste stable sur un an. Il est le plus élevé des cinq départements normands.

Fin décembre 2015, 118 100 personnes sont inscrites à Pôle Emploi en catégorie A, B, C (tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi), soit une augmentation de 4,9 % sur un an. Comme ailleurs, les seniors et les chômeurs de longue durée sont les plus touchés par cette hausse. Mais avec une augmentation de 0,9 %, la situation se dégrade aussi pour les jeunes, alors qu’elle se stabilise au niveau régional et s’améliore en France métropolitaine.

Recul de l’emploi salarié dans l’industrie et la construction

En 2015, l’emploi salarié en Seine-Maritime se contracte davantage qu’au niveau régional. Le secteur industriel, en recul de 2,3 % avec 1 760 emplois perdus, est plus fortement touché que dans les autres départements normands. Dans la construction, la baisse est conséquente (– 3,6 %), soit moins 1 100 emplois. La hausse des mises en chantier de logements et de locaux, limitée au seul département seino-marin, reste insuffisante pour accroître les emplois permanents. Hors intérim, l’emploi tertiaire augmente de 0,6 %. Les services aux entreprises et l'hébergement-restauration gagnant près de 3 % d’emplois.

Les emplois intérimaires progressent (+ 2,5 %), mais plus faiblement qu'au niveau régional (+ 4,3 %), et nettement moins qu'en 2014 (+ 16,5%).

Dans l’hôtellerie, le nombre de nuitées diminue de 2,1 %. La Seine-Maritime est le seul département normand ou la fréquentation étrangère dans les hôtels augmente (+ 3,4 %). Mais ce bon résultat ne suffit pas à combler la baisse de la fréquentation française (– 3,7 %).

Peu de dynamisme dans la création d’entreprises

Comme ailleurs, les créations d’entreprises sont en baisse en raison du repli des micro-entrepreneurs. Hors micro-entreprises, les créations augmentent modestement en Seine-Maritime, notamment dans l'industrie (+ 3,4 % contre + 15,5 % au niveau régional). Dans la construction, le recul est plus prononcé, de – 11,2 % contre – 5,5 % en Normandie. Cependant, les défaillances d’entreprises diminuent de 0,9 % tandis qu’elles augmentent de 1,1 % en moyenne régionale.

Trafic en hausse sur les ports de Seine-Maritime

En 2015, l'activité progresse dans les trois plus grands ports de Seine-Maritime. Au Havre, en dépit d'une conjoncture économique défavorable au trafic de conteneurs, l'activité progresse de 1,9 % avec 69 millions de tonnes. La production céréalière, en hausse, contribue à renforcer l'activité du port de Rouen, en augmentation de 4 %, soit 22,5 millions de tonnes traitées. À Dieppe, la progression s'élève à 21,5 % et s’établit à 2,1 millions de tonnes ; le développement du trafic Transmanche stimule l’activité et le trafic passager (+ 43,7%), et

compense largement le ralentissement du port de commerce. Les trafics passagers progressent à Rouen (+ 9,3 %), mais se replient de 13,5 % au Havre.

Hausse record de la production céréalière

La production céréalière s’intensifie en Seine-Maritime où la hausse surpasse celle des autres départements normands. En revanche, le lin -dont la Seine-Maritime est le premier producteur en France- et la pomme de terre sont pénalisées par une baisse des rendements.

Les livraisons de lait augmentent faiblement (+ 0,4 %) et le cheptel bovin diminue de 1,4 %.

Figure 1 – Tableau de bord de l'année 2015 en Seine-Maritime

Tableau de bord de l'année 2015 en Seine-Maritime
Seine-Maritime Normandie
2015 2014 Évolution 2015/2014 2015 2014 Évolution 2015/2014
Emploi salarié du secteur marchand non agricole (*) au quatrième trimestre 2015 300 905 302 407 -0,5% 722 356 723 485 -0,2%
dont
industrie 76 146 77 904 -2,3% 196 625 199 564 -1,5%
construction 29 945 31 049 -3,6% 72 437 75 004 -3,4%
tertiaire marchand 194 814 193 454 0,7% 453 294 448 918 1,0%
dont commerce 52 070 51 981 0,2% 138 282 137 184 0,8%
dont intérim 15 122 14 750 2,5% 36 124 34 628 4,3%
Taux de chômage localisé au quatrième trimestre 2015 (p) 11,3 % 11,3 % 0 pt 10,2 % 10,4 % -0,2 pt
Demandeurs d'emploi de catégorie A 75 170 72 840 3,2% 181 580 176 630 2,8%
Créations d'entreprises (y-c micro-entreprises) 6 294 7 010 -10,2% 17 299 19 197 -9,9%
Logements commencés 6 500 6 300 3,1% 14 200 14 600 -2,5%
Logements autorisés 6 400 5 800 10,7% 15 400 14 700 5,0%
Tourisme – Nuitées en hôtels (en milliers) 2 271 2 320 -2,1% 7 515 7 589 -1,0%
Tourisme – Nuitées en camping (en milliers) 584 492 18,5% 3 363 3 251 3,4%
  • *Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs.
  • (p) données provisoires
  • Sources: Insee, Direccte, Pôle Emploi, Dreal

Encadré

Évènements 2015

Janvier :

Ferrero France annonce une croissance de 10 % sur le marché des chocolats de Noël. L’entreprise, qui emploie 750 salariés en Haute-Normandie, renforce ainsi sa position de leader sur ce segment.

Mars :

Pour faire face au succès du véhicule utilitaire Trafic, l’usine Renault de Sandouville, qui emploie 2 700 salariés dont 1 200 intérimaires, va recruter 183 salariés en CDI.

Avril :

À Cléon, l’usine Renault, spécialisée dans la fabrication de moteurs et qui doit faire face à une demande croissante, va recruter 100 salariés en CDI qui s’ajouteront aux 3 800 déjà présents sur le site.

La société de dépollution et de déconstruction Valgo a débuté la réindustrialisation de l'ancienne raffinerie Petrolus à Petit-Couronne. Le site, baptisé Pôle d'Innovaton des Couronnes, emploie déjà 35 salariés.

Mai :

Schneider Emectric annonce la fermeture de son usine de Petit-Quevilly où 86 salariés fabriquent des transformateurs notamment pour ERDF.

Confrontée à la baisse de son chiffre d’affaires depuis plusieurs années, l’entreprise d’échafaudages Travisol est en liquidation judicaire. Les 139 salariés des sites de Notre-Dame-de-Gravenchon et Grand-Couronne vont être licenciés.

Le programme de maintenance, appelé « grand carénage », débute à la centrale EDF de Paluel. Il vise à prolonger la durée de vie de la centrale nucléaire et va mobiliser jusqu'à 3 500 intervenants dont les 1 535 salariés EDF affectés à la centrale.

Juin :

L'usine Alpine de Dieppe débute l'assemblage de la Bluecar, véhicule électrique du groupe Bolloré destiné principalement au marché des réseaux urbains de voiture en autopartage libre-service.

Juillet :

Le groupe pharmaceutique Aspen investit 36 millions d'euros dans une nouvelle ligne de production sur son site de Notre-Dame-de-Bondeville où il produit des médicaments injectables stériles et où travaillent 756 salariés.

Septembre :

Filiale du groupe Bolloré, SDV Logistique internationale investit 30 millions d’euros dans la construction d’un entrepôt logistique au Havre et le développement de son offre de stockage réfrigéré sans rupture de la chaîne de froid. L’usine Wild du Houlme, qui appartient au groupe américain ADM, en difficultés financières suite à la baisse des ventes depuis plusieurs années, va fermer. L’entreprise, qui fabrique des produits alimentaires intermédiaires (fruits sur sucre, caramels et compotes), emploie 45 salariés qui vont être licenciés faute de repreneur.

Le groupe Sidel, leader mondial des machines à souffler les bouteilles en plastique, annonce la suppression de 185 postes sur un total de 838 sur son site d’Octeville-sur-Mer.

Novembre :

Le groupe coopératif agro-industriel Cristal Union ouvre un nouvel atelier dans son usine de sucre de Fontaine-Le-Dun et renforce ainsi un site où il emploie 130 salariés.

Le groupe Anglais Brakes finalise le rachat de l’entreprise de vente de produits surgelés Davigel. Les salariés restent dans l’expectative quant aux conséquences de ce rachat sur les 800 emplois des sites d’Offranville, Dieppe et Tôtes.

Pour en savoir plus

« En 2015, l’économie normande peine à profiter de l’amélioration nationale », Jean-François Eudeline (Insee), Insee Conjoncture Normandie N° 3, Bilan économique (mai 2016).

« Au 4 e trimestre 2015, la Normandie profite peu de la reprise nationale », Jean-Philippe Caritg (Insee), Insee Conjoncture Normandie N° 2 (avril 2016).

Tableau de bord de la conjoncture régionale