À la campagne comme à la ville, les Normands ne sont jamais très éloignés des équipements

Catherine Fichot, Fabrice Fourré, Insee

La moitié des Normands habitent dans des communes rurales à faible densité de population. Cette proportion est plus forte que dans l'ensemble de la province. Les territoires les plus denses sont souvent les mieux dotés en équipements et leurs habitants accèdent plus rapidement aux services courants mais, en Normandie, les disparités territoriales sont faibles. Les espaces ruraux sont bien équipés et les habitants des communes très peu denses ne mettent que cinq minutes supplémentaires pour accéder aux équipements de la vie courante par rapport à ceux des communes les plus densément peuplées.

La Normandie, née de la fusion de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie, reste une région rurale malgré la présence sur son territoire de trois villes de plus de 100 000 habitants (Le Havre, Rouen et Caen). Avec une densité de 111 hab/km², elle se situe dans une position intermédiaire parmi les 13 nouvelles régions de France métropolitaine. La densité moyenne française est de 117 hab/km². La Basse-Normandie est beaucoup moins dense que la Haute-Normandie (respectivement 84 et 150 hab/km²).

Si les divergences sont importantes d’une région de France métropolitaine à l’autre, c’est aussi le cas entre les 5 départements qui constituent la Normandie. La Seine-Maritime est de loin le département normand le plus dense (200 hab/km²), devant le Calvados et la Manche (124 hab/km²), puis l’Eure (98 hab/km²) et l'Orne (48 hab/km²).

La moitié des Normands habitent dans des communes à faible densité

Longtemps assimilés aux espaces agricoles, les territoires ruraux étaient, par le passé, définis « en creux » comme non urbains. Avec le développement des villes, les liens entre celles-ci et les territoires ruraux se sont intensifiés, que ce soit en termes d’emploi ou d'accès aux services et commerces. C'est désormais plus un cadre de vie qui définit les espaces ruraux. Pour tenir compte de ces évolutions, l'Insee propose aujourd'hui une nouvelle grille communale de densité qui distingue quatre catégories de territoires : les communes densément peuplées, les communes de catégorie intermédiaire, les communes peu denses et les communes très peu denses. Les deux premières catégories constituent « les espaces urbains », les deux autres « les espaces ruraux ».

Parmi les 24 communes normandes densément peuplées, on retrouve les villes centres de grands pôles urbains (Rouen, Caen, Le Havre, Cherbourg-Octeville) et certaines de leurs communes périphériques comme Sotteville-lès-Rouen et Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen, Hérouville-Saint-Clair et Ifs près de Caen, Gonfreville-l'Orcher et Harfleur près du Havre, Equeurdreville-Hainneville et Tourlaville près de Cherbourg-Octeville. Il n'y a aucune commune densément peuplée dans les départements de l'Eure et de l'Orne.

Bien que figurant parmi les dix villes les plus peuplées de la région, Évreux, Dieppe, Alençon et Vernon appartiennent à la catégorie des communes intermédiaires. On y retrouve aussi beaucoup de communes de banlieue appartenant à des grands pôles comme Mondeville ou Colombelles dans le pôle de Caen, Elbeuf ou Canteleu dans le pôle de Rouen, des villes centres de pôles moyens comme Fécamp, Argentan, Yvetot, Bernay et des communes de leur banlieue.

En Normandie, 93 % des communes sont peu ou très peu densément peuplées. Elles abritent la moitié de la population régionale mais les disparités d’un département à l’autre sont importantes. Seuls 34 % des Seinomarins habitent une commune peu ou très peu dense alors que 73 % des Ornais sont dans ce cas.

La catégorie des communes peu denses inclut des communes de taille très variable. Les plus petites comptent quelques dizaines d'habitants. D'autres ont une taille relativement élevée comme La Ferté-Macé (petit pôle dans l'Orne), Le Trait (multipolarisée en Seine-Maritime), Conches-en-Ouche (dans la couronne du grand pôle d’Évreux dans l'Eure), Mézidon-Canon (dans la couronne du grand pôle de Caen dans le Calvados). Parmi les communes peu denses, 18 % sont isolées et hors de l'influence d'une zone urbaine.

Si près d'un quart des communes normandes sont très peu denses, elles ne sont pas isolées pour autant  : 75 % d'entre elles se trouvent dans l'aire d'influence d'une ou plusieurs villes.

Figure_1 – Répartition des communes normandes dans la nouvelle grille de densité - 7 % des communes abritent 50 % de la population

Répartition des communes normandes dans la nouvelle grille de densité - 7 % des communes abritent 50 % de la population
Normandie France métropolitaine hors Ile-de-France
Nombre de communes appartenant à la catégorie Part du nombre de communes dans chaque catégorie Nombre d'habitants (en 2010) Part de la population dans chaque catégorie Part de la population dans chaque catégorie
Nombre % Nombre % %
1 Communes densément peuplées 24 1 725 042 22 24
2 Communes de catégorie intermédiaire 187 6 932 857 28 35
3 Communes peu denses 2 275 70 1 504 589 45 36
4 Communes très peu denses 745 23 147 960 5 5
Ensemble 3 231 100 3 310 448 100 100
  • Source : Insee, recensement de la population 2010

Figure_2 – Répartition des communes normandes selon la nouvelle grille de densité - En Normandie, 93 % des communes sont peu ou très peu denses

  • Sources : Insee, recensement de la population 2010

Figure_3 – Répartition de la population dans la nouvelle grille de densité - Près de la moitié des Normands habitent dans l'espace rural

Répartition de la population dans la nouvelle grille de densité - Près de la moitié des Normands habitent dans l'espace rural
Calvados Eure Manche Orne Seine-Maritime Normandie
Part de la population départementale dans chaque catégorie :
Communes densément peuplées 21% 0% 14% 0% 41% 22%
Communes de catégorie intermédiaire 33% 38% 18% 27% 25% 28%
Communes peu denses 42% 56% 64% 55% 32% 45%
Communes très peu denses 3% 5% 3% 18% 2% 4%
Densité (nombre d'habitants au km²) 124 98 84 48 200 111
Nombre d'habitants en 2010 683 105 586 543 498 747 291 642 1 250 411 3 310 448
  • Source : Insee, recensement de la population 2010

Les temps d'accès croissent lorsque la densité de population diminue

Figure_4 – Temps moyen d'accès au panier "vie courante" en Normandie et en province selon la densité des communes - Le temps d'accès augmente quand la densité diminue mais un peu moins en Normandie qu'ailleurs

Temps moyen d'accès au panier "vie courante" en Normandie et en province selon la densité des communes - Le temps d'accès augmente quand la densité diminue mais un peu moins en Normandie qu'ailleurs
Temps moyen Normandie Temps moyen province
très dense 3,4 3,1
densité intermédiaire 3,1 3,1
peu dense 5,8 5,8
très peu dense 8,5 10,4
  • Source : Insee, BPE 2013, distancier Metric

Figure_4 – Temps moyen d'accès au panier "vie courante" en Normandie et en province selon la densité des communes - Le temps d'accès augmente quand la densité diminue mais un peu moins en Normandie qu'ailleurs

Les territoires les plus denses sont souvent les mieux équipés et leurs habitants accèdent plus rapidement aux services courants. C'est vrai en Normandie où, comme partout ailleurs, les temps d'accès croissent lorsque la densité de population diminue.

Les Normands bénéficient d'un accès rapide aux équipements de la vie courante. Ils les atteignent, en moyenne, aux heures pleines et en voiture, en moins de cinq minutes. Cette moyenne est identique à celle de la province.

Il demeure cependant des disparités parmi les territoires de la région normande, notamment entre espaces urbains et ruraux. Ainsi, si 83 % des Normands habitent à moins de sept minutes des équipements de la vie courante, c’est le cas de la quasi-totalité des habitants des espaces urbains.

Figure_5 – Distribution de la population par temps d'accès aux équipements de la vie courante - Dans les communes denses tous les habitants accèdent aux équipements courants en moins de 5 minutes.

en minutes
Distribution de la population par temps d'accès aux équipements de la vie courante - Dans les communes denses tous les habitants accèdent aux équipements courants en moins de 5 minutes.
Part de la population (en %) Dense intermédiaire peu dense très peu dense
5 2,6 2,0 2,6 6,0
10 2,8 2,0 3,1 6,6
15 2,8 2,1 3,6 7,0
20 3,0 2,2 4,0 7,2
25 3,3 2,3 4,4 7,5
30 3,3 2,4 4,8 7,7
35 3,3 2,5 5,2 8,0
40 3,3 2,6 5,5 8,2
45 3,3 2,7 5,7 8,4
50 3,3 2,7 6,0 8,6
55 3,3 2,8 6,2 8,7
60 3,3 2,9 6,5 8,9
65 3,4 3,2 6,7 9,1
70 3,6 3,2 7,0 9,3
75 3,9 3,4 7,2 9,5
80 3,9 3,7 7,5 9,8
85 3,9 3,9 7,9 10,1
90 3,9 4,4 8,3 10,5
95 3,9 5,4 8,9 11,2
100 4,7 9,8 11,7 14,4
  • Source : Insee, BPE 2013, distancier Metric

Figure_5 – Distribution de la population par temps d'accès aux équipements de la vie courante - Dans les communes denses tous les habitants accèdent aux équipements courants en moins de 5 minutes.

Des disparités territoriales plus faibles qu'ailleurs en France

Le temps d'accès moyen atteint huit minutes et demi à la campagne et se réduit à trois minutes et demi en ville. Ces cinq minutes d'écart seulement permettent à la Normandie d'être la région de province où les inégalités de temps d'accès entre les communes les moins denses et les communes les plus denses sont les plus faibles.

En effet, les espaces ruraux normands très peu denses bénéficient d’une situation parmi les moins défavorables au niveau national, en raison d'un maillage fin du territoire par les petites villes et bourgs ruraux et de l’absence de reliefs montagneux. Avec le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et les Pays-de-la-Loire, la Normandie fait partie des trois premières régions de province qui offrent aux habitants de leurs communes très peu denses un temps moyen d'accès aux équipements de la vie courante de moins de neuf minutes. A l'opposé, les trois régions où les habitants ont les temps de trajet les plus longs sont l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Corse (plus de 12 minutes et jusqu'à 21 minutes en Corse).

Quant aux villes les plus densément peuplées, elles sont pénalisées aux heures de pointe par une circulation moins fluide. C’est ainsi que, parmi les dix communes les plus peuplées de la Normandie, les temps d’accès moyens sont plus courts à Alençon, Évreux, Saint-Étienne-du-Rouvray et Dieppe qu’à Caen et Rouen où la densité est pourtant plus forte.

Figure_6 – Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante dans les dix communes normandes les plus peuplées - Les grandes villes sont pénalisées par les difficultés de circulation aux heures de pointe

Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante dans les dix communes normandes les plus peuplées - Les grandes villes sont pénalisées par les difficultés de circulation aux heures de pointe
Les 10 communes normandes les plus peuplées Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante en minutes Densité (nombre d'habitants au km²) Population 2011
Le Havre 3,9 3 688 174 156
Rouen 3,3 5 218 111 553
Caen 3,3 4 217 108 793
Evreux 2,7 1 875 49 359
Cherbourg 3,6 2 603 37 754
Dieppe 2,8 2 625 31 148
Sotteville-lès-Rouen 3,4 3 847 28 679
Saint-Etienne-du-Rouvray 2,8 1 568 28 118
Alençon 2,5 2 463 26 300
Vernon 3,2 691 24 772
  • Sources : Insee, BPE 2013, distancier Métric, Recensement de la population 2011

La proximité d’un pôle favorable aux communes isolées

Si les temps d’accès aux équipements tendent à se réduire lorsque la densité de population s’accroît, l’influence des pôles urbains joue également un rôle important, en particulier pour les équipements les plus courants.

Par exemple, parmi les zones de faible densité, les temps d’accès varient en fonction de la situation des communes par rapport aux pôles, lesquels disposent généralement de la plupart des équipements courants. Ainsi, si les habitants des pôles habitent à quatre minutes de ces services, les habitants des communes isolées ne sont qu'à cinq minutes et demi, bénéficiant de la proximité de pôles petits et moyens et de la bonne implantation des services de proximité dans les zones rurales y compris les moins peuplées. En revanche, les habitants des communes périurbaines sont les plus éloignés des services de la vie courante, en moyenne six minutes. Car les communes périurbaines sous influence des grands pôles peuvent être très éloignées des villes centres et de leurs équipements, la pression des prix immobiliers tendant à transformer des communes rurales en cités dortoirs.

Figure_7 – Temps moyen d'accès aux équipements de la vie courante - La grande majorité des Normands accèdent aux équipements de la vie courante en moins de 10 minutes

  • Source : Insee, BPE 2013, distancier Metric

Figure_8 – Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante en fonction du zonage en aires urbaines - Les communes isolées peuvent être moins éloignées des équipements que celles de l'espace périurbain

en minutes
Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante en fonction du zonage en aires urbaines - Les communes isolées peuvent être moins éloignées des équipements que celles de l'espace périurbain
Temps d'accès moyen aux équipements de la vie courante Pôles urbains Espaces périurbains Communes isolées
Communes densément peuplées 3,4 - -
Communes de catégorie intermédiaire 3,0 3,4 -
Communes peu denses 4,1 6,2 5,5
Communes très peu denses - 8,4 8,9
  • Source : Insee, BPE 2013, distancier Métric

Pour comprendre

La typologie européenne « degré d’urbanisation » et la grille communale de densité

Il s’agit d’une classification urbain/rural conçue par la Commission européenne. À partir de carreaux de 1 km de côté, on forme des mailles urbaines, c'est-à-dire des carreaux contigus qui sont agrégés selon des critères de densité de population et de seuils d'habitants. En faisant varier ces critères, on obtient des mailles urbaines denses et des mailles rurales intermédiaires.

La typologie de l’Insee complète la nomenclature européenne pour proposer quatre niveaux de densité :

– les communes densément peuplées, lorsqu'au moins 50 % de la population vit dans des zones d’une densité supérieure à 1500 habitants au km²;

– les communes de densité intermédiaire, lorsqu’au moins 50 % de la population vit dans des zones d’une densité comprise entre 300 et 1500 habitants au km²

– les communes peu denses, lorsqu’au moins 50 % de la population vit dans des zones d'une densité comprise entre 25 et 300 habitants au km2

– les communes très peu denses, lorsqu’au moins 50 % de la population vit dans des zones d’une densité inférieure à 25 habitants au km²

Le panier « vie courante »

Le panier « vie courante » est construit à partir de besoins universels de la vie quotidienne :

boulangerie, épicerie, supérette, supermarché, librairie, papeterie, journaux, restaurant, coiffeur, station-service, bureau de poste, banque, école de conduite, salle ou terrain multisport, police, gendarmerie, garde d'enfants d'âge préscolaire, école maternelle, école élémentaire, collège, médecin omnipraticien, dentiste, infirmier, pharmacie, laboratoire d'analyses médicales, services d'aide aux personnes âgées.

Le calcul des temps d’accès

Pour chaque commune, on calcule la moyenne des temps d’accès à chacun des équipements du panier, une commune pouvant être équipée d’une boulangerie, mais dépourvue d'épicerie et de coiffeur, lesquels peuvent se situer dans d’autres communes avoisinantes. Ces temps d’accès sont calculés à partir du distancier Insee Metric et représentent des temps de parcours par la route. Ainsi, pour chaque commune, on dispose du temps moyen nécessaire pour accéder à chaque équipement du panier.

Définitions

Une aire urbaine est un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (unité urbaine), et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Le zonage en aires urbaines permet d’obtenir une vision des aires d’influences des villes sur le territoire. Il partage le territoire en quatre grands types d’espaces : espace des grandes aires urbaines, espace des autres aires urbaines, autres communes multipolarisées et communes isolées hors influence des pôles.

Pour en savoir plus

« L’accès aux services, une question de densité des territoires », Insee Première n°1579, Janvier 2016

« Des équipements sportifs nombreux mais des clubs inégalement accessibles », Insee Analyses Basse-Normandie n°20, Octobre 2015