PNR du Vercors : entre tourisme et périurbanisation

Thierry Geay, Axel Gilbert, Insee

Le Parc naturel régional du Vercors est un espace préservé situé au sud-ouest de l’agglomération grenobloise. Très peu dense, le territoire voit toutefois sa population augmenter de façon régulière. En particulier, le nord du territoire attire de nouveaux habitants en provenance de Grenoble. Ceux-ci sont en général de jeunes actifs avec enfants, accédant à la propriété en maison individuelle. La moitié des actifs résidants travaillent à l’extérieur du territoire, en particulier les salariés qualifiés. L’économie du Vercors repose avant tout sur le tourisme alpin, mais aussi sur l’industrie légère ainsi que sur les services à la population.

Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes
No 7
Paru le : 03/03/2016

Créé en 1970, le Parc naturel régional (PNR) du Vercors s’étend sur 76 communes, à cheval sur les départements de la Drôme et de l’Isère. Son territoire, d’une superficie de 186 000 hectares, est principalement situé dans le massif du Vercors, entre la vallée de l’Isère, au nord, et le Diois, au sud. Il compte 46 200 habitants en 2012. Territoire étagé au relief assez atypique, il culmine à près de 2 400 mètres d’altitude au Grand Veymont. Sa géographie favorise les activités de sport et de loisirs. Sa situation, aux portes de Grenoble au nord et proche de Valence au sud-ouest, permet le développement d’un tourisme familial et de proximité.

Figure 1 – Près de 2 000 habitants supplémentaires en 5 ans

Carte d'identité du territoire
Près de 2 000 habitants supplémentaires en 5 ans
PNR du Vercors Référence Rhône-Alpes
2007 2012 2007 2012 2012
Population 44 474 46 225 414 040 430 111 6 341 160
Poids dans la région (%) 0,7 0,7 6,8 6,8 ///
Densité (hab./km²) 22 23 40 42 145
Nombre de communes 76 76 595 595 2 874
Part de la population dans l'espace des grandes aires urbaines (%) 32 33 59 60 89
Part des moins de 25 ans (%) 30 29 30 29 32
Part des 65 ans et plus (%) 17 18 17 19 17
Indice de jeunesse (moins de 25 ans / 65 ans et plus) 1,8 1,6 1,7 1,5 1,9
  • Source : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012 (exploitation principale)

Un territoire peu dense...

La population est concentrée dans la partie nord du territoire, au plus près des systèmes urbains, et, dans une moindre mesure, à Die. Seules cinq communes sont urbaines : Die (la plus peuplée avec 4 400 habitants), Villard-de-Lans, Saint-Jean-en-Royans, Lans-en-Vercors et Saint-Paul-de-Varces. Elles regroupent un tiers des habitants du territoire. En lien avec sa topographie particulière, la densité de population est très faible (23 hab./km2), soit deux fois moins que dans la zone de référence (définition) et six fois moins qu’en Rhône–Alpes.

Figure 2 – La population augmente aux marges du territoire 

  • Source : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012 (exploitation principale)

… mais en croissance

Dans le Vercors, l’exode rural s’est poursuivi jusque dans les années 1970, avant de connaître un fort retournement avec l’afflux de populations. La croissance démographique est désormais contenue. Entre 2007 et 2012, la population augmente de + 0,8 % par an en moyenne contre + 0,9 % en Rhône–Alpes. Cette croissance est aujourd’hui équilibrée entre les deux facteurs de croissance démographique que sont les apports migratoires (pour + 0,4 %) et un nombre de naissances supérieur à celui des décès (pour + 0,4 %).

Localement, dans de petites communes, les hausses de population peuvent être fortes. Entre 2007 et 2012, les plus importantes concernent les communes de Léoncel (+ 6,4 % en moyenne annuelle), La Rivière (+ 6,2 %), Saint-Michel-les-Portes (+ 6,5 %) et Percy (+ 5,4 %). Elles montrent l’importance de l’étalement urbain, porté par la périurbanisation de l’agglomération grenobloise. En revanche, sept communes voient leur population baisser, parfois de manière importante, comme à Pont-en-Royans (– 1,8 % en moyenne annuelle).

Figure 3 – Une croissance démographique soutenue depuis les années 1970

Base 100 en 1962
Une croissance démographique soutenue depuis les années 1970
PNR du Vercors Référence Rhône-Alpes
1962 100 100 100
1968 99,8 101,8 110,1
1975 98,9 104,6 119,0
1982 108,9 112,8 124,8
1990 118,8 123,0 133,1
1999 131,4 132,6 140,5
2007 146,1 145,5 150,9
2012 151,8 151,2 157,8
  • Source : Insee, Recensements de la population

Figure 3 – Une croissance démographique soutenue depuis les années 1970Évolution de la population depuis 1962

La croissance du parc de logements accompagne la hausse de la population : + 1,4 % de résidences principales supplémentaires chaque année entre 2007 et 2012. Il s’agit essentiellement de maisons individuelles (74 % du parc) et de propriétaires occupants. La croissance du parc de résidences secondaires est moindre, de l’ordre de + 0,7 % par an. Ces résidences représentent une part très importante du parc immobilier (36 %, contre 22 % dans la zone de référence), et sont principalement situées dans le nord du territoire autour de Villard-de-Lans, au sein de stations familiales multisports.

La croissance du parc de logements pose la question de la consommation de l’espace. Le PNR préserve le territoire : aucune artificialisation de sols supplémentaire n’a eu lieu dans les années 2000, mais la pression foncière reste une réalité.

Figure 4 – Un poids important des résidences secondaires

Les caractéristiques des logements
Un poids important des résidences secondaires
PNR du Vercors Référence
Nombre Part en % Évolution 2007/2012 en % Part en % Évolution 2007/2012 en %
Résidences principales 19 918 58 + 7,0 71 + 6,5
Résidences secondaires 12 479 36 + 3,5 22 - 1,3
Logements occasionnels 315 1 + 6,1 1 - 9,1
Logements vacants 1 895 6 + 19,3 8 + 28,0
Ensemble des logements 34 607 100,0 + 6,3 100,0 + 6,6
  • Source : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012 (exploitation principale)

Un territoire attractif, notamment pour les jeunes actifs avec enfants

Le PNR du Vercors enregistre un volume de migrations résidentielles plus important que la zone de référence. Les arrivées sont plus nombreuses que les départs (8 500 contre 6 700). Les trois quarts des mouvements (arrivées ou départs) sont internes au territoire de Rhône-Alpes. La plus grande partie d’entre eux ont lieu avec l’aire urbaine de Grenoble, dans un mouvement de desserrement urbain. Le nord du Vercors attire également des actifs venus d’autres régions, souvent des travailleurs qualifiés venus exercer un emploi à Grenoble. En revanche, le Vercors perd des habitants au profit de Valence et du reste de la Drôme. Les partants sont souvent des jeunes en âge d’étudier ou d’occuper leur premier emploi (tranche d’âge de 15 à 24 ans), ainsi que des personnes seules ou à la tête d’une famille monoparentale.

Les revenus des habitants sont plutôt modestes : 22 100 euros par an contre 24 400 euros dans la zone de référence et 24 000 euros en Rhône–Alpes. Ils sont plus élevés dans la zone proche de Grenoble.

Pour autant, les personnes en situation de précarité ne sont pas plus nombreuses qu’en moyenne régionale. 29 % de la population non scolarisée de 15 ans ou plus a un diplôme du supérieur, contre 27 % dans la zone de référence. Le taux de chômage, au sens du recensement de la population, est légèrement inférieur (9,0 % en 2012 contre 9,9 % dans la zone de référence et 11,3 % pour Rhône-Alpes) et connaît une augmentation moins rapide entre 2007 et 2012 (+ 1,3 point, contre + 1,5 point et + 1,8 point respectivement).

Des équipements souvent éloignés des habitants

La présence d’équipements sur le territoire est réelle, notamment dans les domaines suivants : la culture et les sports et loisirs, la santé (avec un accès aux principaux services dans la moyenne de la zone de référence) et l’éducation. Ces équipements sont concentrés dans trois pôles intermédiaires (Die, Villard-de-Lans et Saint-Jean-en-Royans) et quatorze pôles de proximité. Certaines communes peu peuplées (La Chapelle-en-Vercors, Clelles, Lus-la-Croix-Haute, Corrençon-en-Vercors) ont un fort taux d’équipements liés aux activités touristiques.

En revanche, les temps d’accès aux équipements de la gamme supérieure, plus rares, sont plus longs que dans le territoire de comparaison, en particulier pour ceux qui sont totalement absents du PNR (hypermarché, théâtre ou agence de travail temporaire par exemple). 43 % de la population est située à plus de 30 minutes de ces services (contre 16 % dans la zone de référence et 3 % Rhône-Alpes). Compte tenu du relief, les communes les plus éloignées se trouvent dans la partie ouest – sud-ouest du territoire.

La moitié des actifs partent travailler à l’extérieur du territoire

Sur la période 2007-2012, dans le PNR du Vercors, l’emploi local croît plus vite que la population active résidente (+ 4,5 % contre + 3,9 % respectivement). C’est l’inverse dans la zone de référence et dans la plupart des territoires qui ne sont pas urbains. Ainsi, les trois quarts des 14 000 emplois du territoire sont occupés par des résidents. Les autres emplois sont occupés par 3 000 travailleurs qui entrent quotidiennement dans le PNR pour y travailler. Les « entrants » exercent des emplois assez peu qualifiés (la moitié sont ouvriers ou employés).

Près de la moitié des habitants du PNR en emploi (soit 9 600 personnes) travaillent hors du territoire, un peu moins que dans la zone de référence des PNR de Rhône-Alpes. Ces actifs « sortants » sont plus qualifiés que la moyenne des actifs du Vercors ; la moitié sont cadres ou professions intermédiaires. 60 % de ces navetteurs travaillent dans la grande aire urbaine grenobloise et 14 % dans l’aire urbaine de Saint-Marcellin. Ces flux semblent se stabiliser entre 2007 et 2012.

En ce qui concerne les déplacements domicile-travail, 85 % d’entre eux se font en voiture, à travers un nombre restreint d’axes routiers. Ces déplacements sont souvent longs (50 km en moyenne) et génèrent des nuisances. Les volumes et les profils différents des travailleurs qui entrent et qui sortent du PNR du Vercors montrent la difficulté qu’il y a à maîtriser ces flux quotidiens.

Figure 5 – La moitié des actifs occupés vont travailler en dehors de la zone

Déplacements domicile-travail
La moitié des actifs occupés vont travailler en dehors de la zone
Ensemble des actifs (*) 2007 2012
Nombre % Nombre %
Actifs occupés (au lieu de résidence) 19 517 100,0 20 276 100,0
Résidant et travaillant dans la zone 10 236 52,4 10 660 52,6
dont résidant et travaillant dans la même commune 7 059 36,2 7 256 35,8
Travaillant en dehors de la zone 9 281 47,6 9 616 47,4
Emplois dans la zone (au lieu de travail) 13 172 100,0 13 762 100,0
Occupés par des actifs résidant dans la zone 10 236 77,7 10 660 77,5
Occupés par des actifs résidant hors de la zone 2 936 22,3 3 103 22,5
Nombre d'emplois / nombre d'actifs 0,67 /// 0,68 ///
  • (*) Dans ce tableau, les actifs occupés sont pris en compte quel que soit leur âge (donc y compris les quelques actifs de 14 ans).
  • Source : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012 (exploitation principale)

Le tourisme, une activité économique majeure

Le PNR du Vercors offre 14 000 emplois, dont 22 % sont non salariés. Cette proportion élevée est typique des territoires ruraux et des zones touristiques. Près de 16 % des emplois relèvent d’activités caractéristiques du tourisme, contre 8 % dans la zone de référence et seulement 5 % en Rhône–Alpes. L’hébergement représente 42 % de ces emplois, les sports et loisirs 26 %, et la restauration 10 %. Comme dans toutes les Alpes, le PNR du Vercors connaît deux saisons touristiques. L’offre hivernale repose sur des stations familiales proches de Grenoble offrant des domaines variés, tant pour le ski alpin que pour le ski nordique, avec 20 domaines skiables et 34 boucles de randonnée. La saison d’hiver est plus courte et plus riche en emplois saisonniers mais la saison d’été, plus longue, est celle qui génère le plus de nuitées touristiques.

La capacité d’accueil est importante, avec 74 000 lits touristiques, soit une densité touristique de 160 lits pour 100 habitants (contre 80 dans la zone de référence). Cette capacité d’accueil est concentrée dans des résidences secondaires et des gîtes. Comme dans la zone de référence, l’hôtellerie est peu présente. Il n’y a pas d’hôtel de 4 ou 5 étoiles sur le territoire, seulement des établissements de moyenne gamme.

La diversité des paysages favorise la diversification de l’agriculture

Le territoire compte 160 établissements industriels pour 1 500 postes, soit 10 % de l’emploi salarié total. Près d’un tiers des postes se concentrent dans les industries alimentaires. 38 % des établissements industriels officient dans ce secteur composé d’établissements de petite taille (8 salariés en moyenne). Les secteurs de la fabrication de produits métalliques, de produits en plastique, d’équipements électriques et la chimie-pharmacie emploient chacun plus de 100 salariés. Les principaux employeurs industriels du territoire sont l’Étoile du Vercors dans la fabrication de fromages, SDMS dans la chaudronnerie et Farevabio dans la parfumerie.

L’agriculture a un poids économique modeste. Les terres agricoles ne représentent ici que 21 % de la superficie du territoire contre 25 % dans l’ensemble des PNR et 40 % en Rhône–Alpes. À cause d’un relief accidenté, il y a peu de terres arables, 93 % de la surface agricole utile restant toujours en herbe. Ceci concourt à favoriser le développement d’une agriculture diversifiée. Ainsi, l’élevage de bovins (lait, viande ou mixte) représente le quart des exploitations, devant l’élevage d’ovins et de caprins, la polyculture et polyélevage et les cultures fruitières.

Les exploitants sont plutôt jeunes et exercent souvent plusieurs activités : 17 % seulement ont plus de 60 ans (contre 20 % dans l’ensemble des PNR), et 22 % d’entre eux sont pluriactifs (contre 13 %), en lien avec la forte présence des activités touristiques.

Figure_6_PM – Tourisme et petite industrie caractérisent le Vercors

  • Source : Insee, Clap 2012 champ complet hors agriculture et défense

Un environnement et des paysages à préserver

La préservation de l’environnement est un enjeu de taille pour les acteurs du territoire. 10 % de la zone est protégée au titre de réserve naturelle nationale et 70 % du territoire est inventorié en tant que Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et/ou Zone importante pour la conversation des oiseaux (ZICO). L’attractivité future du territoire repose donc en partie sur la préservation des paysages et de la qualité de l’eau, le maintien de l’agriculture, le soutien au pastoralisme et une bonne gestion de la forêt.

Encadré

Le partenariat

L’Insee et la Région ont engagé depuis plusieurs années un partenariat de réalisation de synthèses socio-économiques territoriales en Rhône-Alpes. Les territoires étudiées sont les Contrats de Développement Durable de Rhône–Alpes (CDDRA) et les Parcs Naturels Régionaux (PNR). Sur la base de données communes à chaque territoire et d’échanges avec les acteurs locaux, ces études présentent une analyse des principales caractéristiques démographiques et économiques. Elles visent à mettre en avant les enjeux propres à chaque territoire.

Définitions

Pour chacune des synthèses, le territoire étudié est comparé à un territoire dit de « référence », regroupant des territoires ayant des caractéristiques similaires. Le PNR du Vercors est comparé au territoire composé de l’ensemble des sept PNR de Rhône–Alpes. Ce territoire de référence est constitué des communes membres des PNR des Baronnies, des Monts de l’Ardèche, du Pilat, de la Chartreuse, des Bauges, du Haut-Jura et du Vercors.

Pour en savoir plus

«Les montagnes d’Auvergne - Rhône-Alpes éloignées des services courants», Insee Analyses Auvergne - Rhône-Alpes n° 2, janvier 2016

«Belledonne : un territoire façonné par de fortes interdépendances entre ville et montagne», Insee Analyses Rhône-Alpes n° 45, novembre 2015