Inégalités femmes-hommes en Guadeloupe : une moindre résorption qu’en moyenne nationale

Audrey Naulin

Les inégalités salariales, ou encore l'insertion sur le marché du travail, sont des domaines dans lesquels les Guadeloupéennes sont encore défavorisées par rapport aux hommes. Ainsi, l'écart entre les taux de chômage féminins et masculins est marqué (neuf points) et s'accentue. Les Guadeloupéennes ont plus de mal à accéder au marché du travail malgré un niveau de formation plus élevé que celui des hommes. Cela s'explique, en partie, par la très forte proportion de cheffes de famille monoparentale.

Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent en France depuis plusieurs années. Mais, la parité n’est pas atteinte et les écarts entre sexes sont plus ou moins marqués selon la région et le critère observé. Ainsi, la Guadeloupe fait partie des régions les plus inégalitaires sur certains aspects, comme le taux de chômage ou la part de chefs de famille monoparentale. Mais, les inégalités sont moins prégnantes qu'au niveau national sur d'autres critères, comme le taux d'activité des 25-54 ans, ou le salaire net annuel moyen.

Des évolutions plus ou moins favorables pour les femmes

La Guadeloupe connaît un accroissement des inégalités en défaveur des femmes pour quatre indicateurs : le taux de chômage des 25-54 ans, le taux d'emploi des non diplômés, la part de chefs de famille monoparentale et la part de famille monoparentale propriétaires de leur logement. Pour ces 4 indicateurs, cette hausse des inégalités est plus marquée en Guadeloupe qu'en France métropolitaine, et la situation en 2011 y est plus inégalitaire.

A contrario, l'écart entre les salaires féminin et masculin est moins inégalitaire en Guadeloupe qu'en France, et l'inégalité s'est plus réduite sur la dernière décennie qu'en moyenne nationale. Concernant l'espérance de vie et le taux de scolarisation à 18 ans, la Guadeloupe observe un écart plus important en faveur des femmes qu'en France métropolitaine, et cet écart reste relativement stable sur la décennie 2000, alors qu'il diminue en France hexagonale.

Le taux d'activité et la part des diplômés du supérieur parmi les 25-54 ans évoluent plus favorablement pour les femmes que les hommes en Guadeloupe entre 1999 et 2011. La tendance est similaire à celle de France métropolitaine pour les diplômés du supérieur, mais la résorption de l'inégalité est moindre pour le taux d'activité. Toutefois, en 2011, l'inégalité de taux d'activité est moins marquée en Guadeloupe qu'en France métropolitaine, alors que la surreprésentation des diplômés du supérieur parmi les femmes est plus importante en moyenne nationale qu'en Guadeloupe.

Figure_1 – Certaines inégalités toujours « favorables » aux hommes - Positions relatives des femmes par rapport aux hommes en 2011 en Guadeloupe

  • *2010, ** 2012
  • Note : Pour les valeurs supérieures à 1, l'indicateur est plus élevé pour les femmes que pour les hommes et inversement pour les valeurs inférieures à 1. Le rond est vert quand l'écart est « favorable » aux femmes, rouge quand il est défavorable aux femmes, et orange quand l'écart est non significatif.
  • Par exemple, le taux de chômage est 1,4 fois plus fort chez les femmes que chez les hommes, ce qui est « défavorable » aux femmes.
  • Source : Recensement de la population – État-Civil – DADS.

Figure_2 – Les écarts se creusent pour les indicateurs les plus inégalitaires - Évolution des inégalités par rapport à la France métropolitaine entre 1999 et 2011

  • * 2000-2012 ; ** 2000-2010 / Comparaison par rapport à France entière
  • Note : Chaque indicateur d’inégalité (taux de chômage, taux d’activité…) est signifié par un rond de taille proportionnelle à l’importance de l'écart hommes-femmes en Guadeloupe. Sa couleur indique si l'écart femmes-hommes est plus ou moins favorable aux femmes en Guadeloupe qu'en France métropolitaine : un rond de couleur verte indique que l'écart femmes-hommes est plus favorable en Guadeloupe, un rond de couleur orange indique qu'elle est moins favorable en Guadeloupe, un rond de couleur grise indique que l'écart est similaire à celui de France métropolitaine. Formellement, un creusement des inégalités dans les charges de famille (part des cheffes de famille monoparentale supérieure à celle des chefs de famille monoparentale) est considéré comme défavorable à l’évolution des inégalités hommes-femmes.
  • Une moindre part de propriétaire est également considéré comme défavorable. La position des bulles selon l'axe vertical représente l'évolution des inégalités en Guadeloupe. La position des bulles sur l'axe horizontal représente l'amélioration ou le recul par rapport en France métropolitaine.
  • Lecture : L'écart entre la part de cheffes de famille monoparentale femmes et celle des chefs de famille monoparentale hommes est de 28,3 points en 2011 en Guadeloupe (taille de la bulle). Il est plus défavorable aux femmes en Guadeloupe qu'en France métropolitaine (couleur). L'écart s'est accru, en défaveur des femmes, de 5 points entre 1999 et 2011 en Guadeloupe. Cet accroissement est supérieur de 3,5 points à celui de France métropolitaine.
  • Source : Insee / Recensement de la population / DADS / État Civil.

L'accès à l'emploi, une inégalité marquée qui s'accentue...

En 2011, l'écart entre les taux de chômage féminin et masculin est cinq fois plus important en Guadeloupe qu'en France métropolitaine. Près d'une Guadeloupéenne active de 25-54 ans sur trois déclare être au chômage, soit neuf points de plus que chez les hommes (écart de deux points en France métropolitaine). Cette inégalité s'amplifie en Guadeloupe, alors qu'elle se réduit sur le territoire national.

Parallèlement, les taux d'activité se rapprochent : celui des femmes progresse tandis que celui des hommes recule. En 2011, 84 % des Guadeloupéennes de 25-54 ans sont actives, en emploi ou au chômage. C'est 5 points de moins que chez les hommes, contre – 8 points en France métropolitaine.

Au total, le taux d'emploi des Guadeloupéennes de 25-54 ans est de 56 %, soit le 3e taux le plus faible de France, après la Guyane et la Réunion. Il est inférieur de 12 points à celui des hommes, écart 1,3 fois plus important qu'en France métropolitaine. Ce taux d'emploi tombe à 36 % chez les non-diplômées. Comme sur le plan national, ce sont les plus touchées par les inégalités d'accès au marché du travail : le taux d'emploi des Guadeloupéens non diplômés est supérieur de 18 points à celui des femmes dans la même situation.

… malgré des Guadeloupéennes de plus en plus diplômées

En 2011, 25 % des Guadeloupéennes de 25-54 ans sont titulaires d'un diplôme du supérieur (Post-Bac). C'est 5,5 points de plus que chez les hommes. Cet écart reste moins prononcé qu'en France métropolitaine, bien qu'il s'accroisse plus fortement depuis 1999 en Guadeloupe. Les disparités femmes-hommes se creusent dans le choix des filières de formation : 28 % des Guadeloupéennes inscrites au Bac le sont dans une filière professionnelle, contre 43 % chez les hommes. L'écart a doublé en 10 ans et devient plus important qu'en France métropolitaine. Les métiers féminins sont aussi moins diversifiés que ceux des hommes : 10 familles professionnelles concentrent 50 % des emplois féminins, contre 16 chez les hommes. Même si elles se sont réduites ces dernières années, les inégalités face à l'entrepreneuriat sont également fortes. En 2011, la part d'artisans, commerçants, chefs d'entreprises est 1,6 fois plus forte en Guadeloupe qu'en France métropolitaine chez les femmes, et 1,9 fois chez les hommes. En 2010, 27,5 % des créateurs d'entreprises en Guadeloupe sont des femmes, contre 28,6 % en France métropolitaine.

Les inégalités de salaire se réduisent

Les inégalités de salaire sont, elles, globalement plus faibles qu'en France métropolitaine et se réduisent plus sur la dernière décennie. En 2010, le salaire annuel moyen net des Guadeloupéennes rattrape la moyenne nationale, alors que celui des hommes est inférieur de 2 400 € à la moyenne française. L'écart de salaire entre femmes et hommes est passé de – 16 % à – 12 % en Guadeloupe entre 2000 et 2010. Mais, les inégalités restent très élevées pour certaines catégories sociales. Comme en France métropolitaine, les salaires annuels moyens des cadres et des ouvrières Guadeloupéennes sont respectivement inférieurs de 21 % et 17 % à ceux des hommes.

La structure familiale explique en partie les inégalités sur le marché du travail

La structure du ménage a des conséquences sur la vie quotidienne et explique en partie les difficultés d'accès à l'emploi des femmes. En Guadeloupe, les femmes occupent une place essentielle dans les familles, où le système d'organisation est matrifocal (structuré autour du lien à la mère ayant le pouvoir domestique). La part de femmes cheffes de famille monoparentale est ainsi trois fois plus importante en Guadeloupe qu'en France métropolitaine. En 2011, 32 % des Guadeloupéennes de 25-54 ans sont chefs de famille monoparentale, soit 28 points de plus que chez les hommes(9 fois plus de femmes que d'hommes). Cet écart est en hausse par rapport à 1999, où il n'était que de 23 points. Parmi ces cheffes de famille monoparentale, seules 33 % sont propriétaires de leur logement, soit 1,8 fois moins que chez les hommes. L'écart d'âge moyen à la parentalité se renforce également entre les femmes et les hommes. Les Guadeloupéennes ont leur enfants en moyenne à 29,7 ans (tous rangs de naissance confondus), soit 3,5 ans plus tôt que les hommes. Cet écart est plus marqué qu'en France métropolitaine, suite à sa forte progression dans les années 2000.

Figure 3 – Près d'un tiers des Guadeloupéennes actives de 25-54 ans n'ont pas d'emploi - Principaux indicateurs selon le sexe

Près d'un tiers des Guadeloupéennes actives de 25-54 ans n'ont pas d'emploi - Principaux indicateurs selon le sexe
Guadeloupe France métropolitaine
Femmes Hommes Femmes Hommes
Taux de chômage 25-54 ans (%) 32,5 23,0 11,5 9,7
Taux d'activité 25-54 ans (%) 83,6 88,5 86,8 95,3
Taux d'emploi 25-54 ans non diplômés (%) 36,1 53,7 58,9 75,3
Part diplômés du supérieur (%) 25,0 19,5 38,1 32,0
Part bacheliers en série professionnelle 2013 (%) 28,0 42,8 22,9 36,3
Nombre familles professionnelles 50 % emploi 10 16 13 20
Part artisans, commerçants, chefs d'entreprise (%) 5,7 16,3 3,6 8,6
Salaire net annuel moyen en EQTP 2010 * (euros) 21 384 24 198 21 464 26 606
Part chefs famille monoparentale (%) 31,8 3,6 11,9 2,4
Age moyen à la parentalité 2013 (ans) 29,7 33,3 29,9 32,9
Espérance de vie à la naissance 2012 (ans) 84,1 77,0 84,9 78,5
  • * France Entière
  • Source : Insee / Recensement de la population / DADS / Etat Civil - DEPP

Encadré

Encadré

Au 1er janvier 2015, la Guadeloupe compte 216 000 femmes. Elles sont 32 000 de plus que les hommes. En 2012, l'espérance de vie des Guadeloupéennes à la naissance (84,1 ans) est supérieure de 7,1 ans à celle des hommes (77 ans).