Dans les Pays de la Loire, un actif sur dix traverse la Loire pour se rendre au travail

Sonia Besnard, Delphine Legendre, Insee

Chaque jour, 145 000 personnes franchissent la Loire dans la région pour aller travailler. Ces trajets se font essentiellement du sud vers le nord, du fait de la présence sur la rive nord des grands pôles d’emplois que sont Nantes, Angers et Saint-Nazaire. Ils sont plus longs que ceux parcourus, en moyenne, par l'ensemble des actifs de la région. Les fonctions administratives des agglomérations de Nantes et d’Angers et les fonctions plus industrielles des communes du sud de la Loire induisent un chassé-croisé entre navetteurs aux profils différents.

La Loire tient un rôle majeur dans la structuration de l'espace régional, qu’elle traverse sur 200 kilomètres. Elle est une source de richesses pour les territoires riverains, tant sur le plan économique, culturel, historique que du cadre de vie. Elle reste aussi une frontière naturelle. Dans les Pays de la Loire, la vingtaine de ponts qui l’enjambent conditionne les déplacements des habitants de la région qui doivent la traverser pour aller travailler.

Davantage de franchissements du sud vers le nord

Dans les Pays de la Loire, 145 000 personnes traversent la Loire chaque jour pour se rendre au travail, dont 105 000 du sud vers le nord (figure 1). Ces navettes concernent 9,6 % des personnes en emploi de la région. La présence des grands pôles d'emplois de Nantes (méthodologie), d'Angers et, dans une moindre mesure, de Saint-Nazaire et d'Ancenis au nord de la Loire attirent fortement les actifs du sud de la Loire. Parmi les 105 000 actifs du sud qui traversent la Loire, 45 000 vont à Nantes, 10 000 à Angers, 9 000 à Saint-Herblain, 4 500 à Carquefou, 3 300 à Saint-Nazaire et 2 500 à Ancenis. Ainsi, 18 % des ligériens habitant au sud de la Loire passent le fleuve pour aller travailler. Seuls 4 % des actifs habitant au nord de la Loire travaillent dans le sud de la région.

La Loire scinde en deux la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire. En Loire-Atlantique, 96 000 personnes passent la Loire pour aller travailler, soit 17 % des personnes en emploi. Dans sept cas sur dix, elles le font du sud vers le nord. Pour sept communes au sud de Nantes, la moitié des actifs en emploi passent la Loire. Les flux les plus importants émanent de Saint-Sébastien-sur-Loire, Rezé, Vertou, Basse-Goulaine et Bouguenais (figure 2).

Dans le Maine-et-Loire, 39 500 personnes franchissent la Loire pour se rendre au travail, soit 12 % des actifs en emploi. Là aussi, la traversée vers le nord est la plus fréquente : trois quarts des cas. Dans dix communes au sud d’Angers, plus de 60 % des habitants en emploi travaillent au nord de la Loire, comme à Saint-Mélaine-sur-Aubance, Juigné-sur-Loire, Mûrs-Érigné et Mozé-sur-Louet. Ces communes sont proches de l'autoroute A87 qui relie Angers à La Roche-sur-Yon, et qui facilite l'accès au Nord Loire en doublant le tracé de la D160.

Figure_1 – Trois quarts des traversées de la Loire se font en direction du nord - Déplacements des personnes en emploi selon leurs lieux de résidence et de travail par rapport à la LoireDéplacements des personnes en emploi selon leurs lieux de résidence et de travail par rapport à la Loire

  • Source : Insee, Recensement de la population (RP) 2012.

Logiquement, les traversées sont moins nombreuses dans les départements les plus éloignés du fleuve. Seulement 7 700 Vendéens, 1 600 Sarthois et 380 Mayennais travaillent de l’autre côté du fleuve. Cela représente moins de 3 % des actifs de chaque département. En Vendée, Saint-Philbert-de-Bouaine a la part la plus élevée d'actifs (21 %, soit 330 personnes) traversant la Loire en raison de sa proximité de Nantes. Deux autres communes ont des flux quotidiens supérieurs à 300 navetteurs vers le nord de la Loire : La Roche-sur-Yon (570 personnes) et Challans (320 personnes).

Figure_2 – Au moins un actif sur trois des communes de la rive sud travaille au nord de la Loire - Part des personnes en emploi traversant la Loire par commune de résidencePart des personnes en emploi traversant la Loire par commune de résidence

  • Source : Insee, RP 2012.

Chassés-croisés d’actifs pour certaines communes riveraines

Quelques communes du sud de la Loire possèdent une part importante d’emplois occupés par des personnes venant du nord de la Loire. C'est le cas dans certaines communes riveraines du sud du Maine-et-Loire qui attirent des profils d'actifs différents de ceux qui y résident. Ainsi, à Saint-Mélaine-sur-Aubance, Mûrs-Érigné et Juigné-sur-Loire, les navetteurs occupent plus souvent des postes d'ouvriers ou d'employés alors que les résidents de ces communes travaillent vers Angers, plus fréquemment en tant qu'ingénieur, cadre ou agent de la fonction publique.

En Loire-Atlantique, la situation est identique à Bouguenais et Saint-Aignan-Grandlieu. Les résidents, en majorité des employés et des agents de la fonction publique, travaillent au nord, principalement à Nantes, tandis que les actifs venant du nord sont en majorité des ouvriers, des techniciens et des ingénieurs. La présence d'activités aéroportuaires dans ces communes explique ces flux.

Des trajets plus longs pour les navetteurs traversant la Loire

Les actifs traversant la Loire parcourent des distances plus importantes que les autres. Ceux qui restent sur la même rive, et qui utilisent la voiture, font en moyenne 17 kilomètres pour rejoindre leur lieu de travail contre 47 kilomètres pour ceux qui traversent la Loire. Pour ces derniers, la distance dépend en partie de celle à parcourir pour atteindre un pont (ou un bac) ; ce trajet contribue à allonger les distances.

Les usagers des transports en commun (dont le train) habitent plus loin de leur lieu de travail : 71 kilomètres pour les actifs traversant la Loire, 33 kilomètres pour les autres.

Les navetteurs traversant la Loire, plus diplômés, en CDI

Le profil des actifs s’avère différent entre ceux qui traversent la Loire et les autres.

Les premiers possèdent un niveau de diplôme plus élevé. Ils occupent plus fréquemment des emplois d’ingénieurs et de cadres, plus souvent sous forme de contrat à durée indéterminée. Les indépendants, artisans, commerçants, chefs d’entreprises traversent moins la Loire, leur lieu de travail étant souvent près de leur résidence. Les actifs traversant la Loire travaillent plus fréquemment dans le commerce, les transports et les services. Ils utilisent davantage les transports en commun que les autres pour rejoindre leur travail.

Ces caractéristiques sont également différentes selon le sens de la traversée. Ainsi, les actifs allant vers le sud sont plus souvent de jeunes hommes. Ils sont plus souvent ouvriers en contrat à durée déterminée, ou cadres et ingénieurs très diplômés dans le secteur de l’industrie manufacturière. Les caractéristiques des actifs traversant vers le nord sont moins marquées, même s’ils sont plus âgés et travaillent plus souvent dans des activités d’administrations publiques et de services aux entreprises. Ces activités se concentrent dans les grandes villes comme Nantes et Angers, et expliquent donc les caractéristiques des actifs venant du sud de la Loire pour y travailler.

Sources

Un traitement particulier a été effectué pour les communes traversées par la Loire. L'ensemble des actifs nantais sont affectés au nord du fleuve puisque 98 % des emplois de la commune se trouvent sur cette rive. Pour les autres communes (Indre, Les Ponts-de-Cé et Saumur), les flux d’actifs travaillant sur ces communes ont été répartis sur chacun des côtés de la Loire proportionnellement au nombre d’emplois de chaque rive.

Pour en savoir plus

Gicquaud N., Moindre hausse des déplacements domicile-travail dans les Pays de la Loire, Insee Flash Pays de la Loire, n° 7, septembre 2014.