En 20 ans, les Pays de la Loire perdent 26 000 emplois salariés dans l'industrie

Marie-Christine CAHIER, David CAPELLE

Avec 247 000 emplois salariés (hors intérim) dans l'industrie, la région des Pays de la Loire se positionne au 3e rang des régions industrielles françaises. En 20 ans, elle a perdu 9,4 % de ses effectifs salariés. Bien qu'en baisse sensible, l'emploi industriel résiste beaucoup mieux dans la région que dans les autres régions françaises : le repli a été de 23,9 % dans l'ensemble de la France de province. La fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure a perdu 26 000 emplois pendant cette période, soit l'équivalent de l'ensemble de la baisse de l'emploi industriel. La chute de l'emploi industriel ne semble pas être une fatalité puisqu'avec avec 13 000 emplois créés, le secteur agroalimentaire connaît par exemple un développement sensible de ses effectifs sur la période. Autre constat, si l'emploi dans l'industrie baisse dans presque tous les départements de la région, il a augmenté de 4 000 en Vendée. Enfin, l'analyse année après année de cette période de 20 ans montre que, contrairement à l'idée répandue d'un effritement en continu de l'activité industrielle, le niveau de l'emploi industriel dans la région connaît des phases de hausses et de baisses. Depuis 2002, les pertes se succèdent cependant dans tous les départements de la région sauf en Vendée.

Faits et Chiffres
No 453
Paru le : 03/09/2012

En 2010, l'industrie en Pays de la Loire emploie près d'un salarié sur cinq. C'est plus que dans l'ensemble de la France de province où 15 % des salariés travaillent en moyenne dans ce secteur. La région des Pays de la Loire se positionne ainsi au 3e rang des régions industrielles françaises. Il y a 20 ans, l'industrie représentait 27 % de l'ensemble des emplois de la région.

Des crises et des périodes de reprise

En deux décennies, ce sont 26 000 emplois dans l'industrie qui ont été perdus. Cette baisse ne s'est pas faite de façon continue : la période étudiée a été marquée par trois crises économiques internationales importantes (1992, 2002, 2008). Ainsi, entre 1991 et 1993, ce sont 18 000 emplois salariés qui ont disparu, soit une baisse de 6,6 %. La quasi-totalité des secteurs industriels est alors touchée. Seule la fabrication de denrées alimentaires et de boissons a connu une hausse significative de ses effectifs. Entre 1994 et 2001, l'industrie régionale enregistre une embellie. Malgré une perte de 8 000 emplois salariés dans la fabrication de textiles, 41 000 emplois ont pu être créés dans les autres secteurs. L'augmentation des effectifs salariés (+ 10 500) dans la fabrication de denrées alimentaires et de boissons a largement contribué à cet accroissement. À partir de 2002, tout comme dans la France de province, la région a connu une série de baisses successives et ininterrompues de ses emplois salariés industriels. Le plus fort repli a été atteint en 2009 avec une perte annuelle de 11 000 salariés (− 4,3 %).

Le textile et la chaussure trinquent, l'industrie alimentaire tire son épingle du jeu

En vingt ans, 70 % des emplois salariés de la fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure a disparu (− 26 000). Ce secteur, très intensif en main-d'œuvre, a été très fortement concurrencé sur ses gammes à faible valeur ajoutée par les importations massives de produits en provenance de pays à bas coût de main-d'œuvre. Les industries manufacturières, la fabrication de produits informatiques ou électroniques ont également subi de lourdes pertes avec respectivement − 5 500 et − 5 200 emplois salariés. Bien d'autres secteurs de l'industrie ont été touchés. C'est le cas de la fabrication de matériels de transport (− 4 900) ou du travail du bois, industries du papier et imprimerie (− 2 700).

Avec 13 200 emplois créés, le secteur industriel qui a le plus porté l'emploi a été la fabrication de denrées alimentaires et de boissons. Le secteur de la production et la distribution d'eau ainsi que l'assainissement et la gestion des déchets ont également résisté à la crise et ont créé 4 800 emplois salariés.

La fabrication de produits en caoutchouc ou en plastique, la métallurgie et la fabrication de machines ont, eux aussi, enregistré une augmentation de leurs effectifs salariés sur 20 ans. Depuis 2008, ces secteurs connaissent cependant, à leur tour, des baisses d'effectifs.

Le Maine-et-Loire grand perdant, la Vendée progresse

Des cinq départements de la région, le Maine-et-Loire est celui qui a perdu le plus d'emplois industriels. Avec − 11 500 emplois salariés en 20 ans (− 17 %), il totalise la moitié des pertes d'emploi dans l'industrie de la région. En 1990, 29 % des effectifs salariés de ce département travaillaient dans l'industrie ; en 2010, sa part n'est plus que de 19 %.

La cause principale est la fermeture des usines de fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure : le secteur est ainsi passé de 15 000 à 4 600 emplois en deux décennies.

Dans le secteur de la fabrication de machines et d'équipements, le Maine-et-Loire est le seul département de la région a avoir perdu des effectifs (− 1 000) entre 1990 et 2010.

Enfin, dans le secteur du travail du bois, industries du papier et imprimerie mais aussi dans la fabrication de produits informatiques, la moitié des pertes d'emplois salariés se situe en Maine-et-Loire.

Dans le même temps, le secteur tertiaire a joué un rôle moteur en créant 66 000 emplois dans le département.

À l'opposé, la Vendée est le seul département de la région où l'emploi industriel a augmenté en 20 ans (+ 4 030 emplois).

Alors que dans les autres départements de la région (Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe), la baisse des effectifs industriels a commencé en 2001, ou en 2002 pour la Loire-Atlantique, l'emploi industriel s'est maintenu deux ans de plus en Vendée.

Tout comme le Maine-et-Loire, la Vendée a perdu un nombre important d'emplois salariés dans la fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure (− 7 000). En revanche, d'autres secteurs de l'industrie ont créé des emplois. Les effectifs salariés ont augmenté dans la fabrication de denrées alimentaires et de boissons (+ 5 200, soit + 47,5 % en 20 ans). Ils ont doublé dans la fabrication de produits en caoutchouc (+ 2 500 en 20 ans). Le secteur de la métallurgie et la fabrication de produits métalliques a également recruté (+ 2 600, soit + 60 % en 20 ans).

Figure 1 – Progression de l'emploi industriel en Vendée

  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisées

Figure 2 – En 20 ans, 70 % des emplois salariés de la fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure a disparu

Emplois salariés dans la région des Pays de la Loire par secteur d’activité de l’industrie
En 20 ans, 70 % des emplois salariés de la fabrication de textiles, habillement, cuir et chaussure a disparu
Secteurs Pays de la Loire France de province
1990 2010 Variation Évolution Variation Évolution
Fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac 45 900 59 100 13 200 28,76 6 600 1,32
Production et distribution d'eau, assainissement, gestion des déchets et dépollution 3 200 8 000 4 800 150,00 75 400 124,83
Fabrication de produits en caoutchouc et en plastique ; autres produits minéraux non métalliques 22 500 25 800 3 300 14,67 -68 200 -20,08
Métallurgie et fabrication de produits métalliques à l'exception des machines et des équipements 29 500 30 700 1 200 4,07 -132 500 -26,43
Fabrication de matériels de transport 30 500 25 600 -4 900 -16,07 -60 900 -17,44
Autres industries manufacturières ; réparations et installation de machines et d'équipements 26 700 21 200 -5 500 -20,60 -103 600 -29,50
Fabrication d'équipements électriques 10 000 7 800 -2 200 -22,00 -39 700 -27,15
Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques 13 400 8 200 -5 200 -38,81 -39 300 -29,62
Fabrication de textiles, industries de l'habillement, industrie du cuir et de la chaussure 37 300 11 300 -26 000 -69,71 -270 900 -73,41
  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisées

Définitions

Industrie : Relèvent de l'industrie, les activités économiques qui combinent des facteurs de production (installations, approvisionnements, travail, savoir) pour produire des biens matériels destinés au marché. Le champ de cet article couvre les postes DE et C1 à C5 du niveau agrégé en 17 postes de la nomenclature d'activité française « NAF rev. 2 ».

Estimations d'Emploi Localisées : Depuis septembre 2009, les estimations annuelles d'emploi par statut et secteur d'activité sont produites à partir du dispositif ESTEL (ESTimations d'Emploi Localisées), alimenté par deux sources principales : les Déclarations Annuelles de Données Sociales (DADS) dites « grand format » car elles incluent les effectifs de la fonction publique d'État et les salariés des particuliers-employeurs, auxquelles on ajoute les effectifs des non-salariés. Les estimations calculées par ESTEL sont corrigées de la multiactivité et correspondent à un concept d'emploi au sens du Bureau International du Travail (BIT). Ainsi, toute personne ayant effectué un travail déclaré au cours de la dernière semaine de l'année est comptabilisée dans le niveau d'emploi. Les salariés intérimaires sont comptabilisés au lieu de l'agence d'intérim, dans le secteur des services et plus précisément dans les « activités scientifiques et techniques ; services administratifs de soutien », quel que soit le secteur dans lequel ils effectuent leur mission.