Retour sur deux siècles de recensements de la population

Pascale CHEVALIER, Sébastien SEGUIN

En deux siècles, la population des Pays de la Loire a doublé. De 1801 à 1870, l'augmentation de la population de la région suit la tendance nationale. Puis, de 1870 jusqu'à la seconde guerre mondiale, l'exode rural pénalise fortement la croissance démographique régionale. Ensuite, l'effet du baby-boom profite essentiellement aux villes qui se densifient comme Nantes, Angers, Le Mans, Saint-Nazaire. Depuis les années 1970, cette densification dans la région atteint également la périphérie des villes et le littoral. Le rythme de croissance de la population depuis 1999 est largement supérieur à celui de la moyenne nationale. Les phénomènes d'exode rural et d'industrialisation expliquent également les fortes disparités départementales dans l'histoire démographique de ces territoires.

Faits et Chiffres
No 424
Paru le : 20/10/2011

Le recensement de la population a pour vocation principale de mesurer le nombre d'habitants sur un territoire et d'en connaître les caractéristiques socio-démographiques. Si les recensements remontent à l'Antiquité, il faut attendre le XIXe siècle pour avoir une bonne mesure de la population de la France et de ses régions.

Lors du recensement de la population organisé en 1801, 1,7 million d'habitants résidaient sur le territoire de l'actuelle région des Pays de la Loire. Au 1er janvier 2008, 3,5 millions de personnes occupent ce même territoire. En deux siècles, la population des Pays de la Loire a donc doublé, comme celle de la France métropolitaine. Comptant pour 6,3 % de la population de l'actuelle France métropolitaine au milieu du XIXe siècle, les Pays de la Loire accueillent aujourd'hui 5,6 % des habitants du pays. Sur longue période, le peuplement régional s'est en effet modulé au fil des événements politiques et économiques.

Exode rural jusqu'au milieu du XXe siècle

De 1801 à 1870, l'augmentation de la population de la région suit la tendance nationale. Au lendemain de la guerre de 1870, les courbes démographiques régionale et nationale commencent à s'écarter l'une de l'autre, le phénomène d'exode rural touchant davantage les Pays de la Loire, région très agricole. Cet exode est particulièrement intense au nord et à l'est de la région. Il se fait non pas au bénéfice des villes de la région, mais d'autres régions urbaines comme l'Île-de-France. Jusqu'au déclenchement de la seconde guerre mondiale, ce phénomène explique l'essentiel de l'évolution démographique de la région. La population diminue ainsi de 8 % entre 1870 et 1936, alors que dans le même temps la population nationale augmente de 11 %. Le poids de la région dans la population de France métropolitaine chute ainsi de 6,2 % en 1870 à 5,2 % en 1936.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la croissance de la population régionale redémarre, sous l'effet du baby-boom. La densification des villes commence par Nantes, première bénéficiaire de l'afflux d'habitants en provenance des campagnes. Elle est suivie par Angers et Le Mans vers 1950, puis Saint-Nazaire en 1960. Pour autant, la population régionale n'augmente pas aussi vite que la moyenne nationale, du fait de la poursuite du déclin de l'activité agricole ; la part de la population régionale dans la population de France métropolitaine atteint ainsi son niveau le plus bas en 1975 (5,1 %).

Fort regain démographique depuis les années 1970

Depuis les années 1970, le mouvement s'inverse au profit des Pays de la Loire. La densification touche non seulement les villes, mais également leurs périphéries. Dès les années 1960, les citadins commencent à s'installer à la campagne, de plus en plus loin des villes. Ils sont à la recherche d'espace pour acquérir une maison individuelle, tout en gardant un mode de vie urbain et un travail en ville. Dans le même temps, depuis 35 ans, la population du littoral ne cesse de croître.

Depuis le début du XXIe siècle, l'excédent des arrivées sur les départs du territoire régional contribue fortement à l'accroissement de la population régionale. À cela s'ajoute un excédent naturel particulièrement élevé en milieu rural, en lien avec le taux de fécondité des femmes de la région qui est le plus élevé des régions françaises. Aussi, la population régionale augmente-t-elle à un rythme largement supérieur à celui de la moyenne nationale (+ 1,0 % par an contre + 0,7 % depuis 1999).

La mobilité accrue de la population et l'imbrication des marchés du travail conduisent à l'apparition d'aires métropolitaines, à l'instar de celle reliant Nantes à Saint-Nazaire. En outre, bénéficiant d'une attractivité résidentielle, la population des espaces périurbains ruraux augmente. Profitant notamment de l'arrivée de personnes retraitées et des venues saisonnières de touristes, le littoral voit aussi le nombre de ses emplois augmenter. En conditionnant l'implantation des entreprises et des emplois, les mutations économiques ont donc largement redessiné les contours démographiques de la région. Elle se situe à présent au 5e rang des régions métropolitaines tant par sa taille que par le rythme de sa croissance démographique depuis le début du XXIe siècle, et au 4e rang pour le nombre de personnes supplémentaires « accueillies » sur son territoire depuis 45 ans, derrière Île-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Figure 1 – La population des Pays de la Loire augmente à un rythme plus élevé qu’au niveau national depuis 1975

  • Source : Insee, Recensements de la population.

L'industrialisation, moteur de la forte croissance démographique

Les évolutions démographiques présentent de fortes disparités départementales. Ainsi, la Mayenne et à un degré moindre le Maine-et-Loire et la Sarthe ont été particulièrement touchés par l'exode rural entre 1870 et 1940. A contrario, la population de la Loire-Atlantique croît fortement au cours de la même période, en lien avec l'industrialisation et l'activité portuaire autour de Nantes et Saint-Nazaire.

Entre la fin de la seconde guerre mondiale et le milieu des années 1970, le regain démographique se poursuit en Loire-Atlantique. Il gagne aussi les autres départements assez industriels de Maine-et-Loire et de la Sarthe. Depuis le milieu des années 1970, la croissance démographique s'est ralentie dans la Sarthe, tandis qu'elle est restée élevée en Loire-Atlantique et dans le Maine-et-Loire. La Vendée a pris le relais depuis le début du XXIe siècle, avec notamment l'installation de nombreux retraités sur le littoral.

Figure 2 – Forte croissance de la population de la Loire-Atlantique depuis 1945

  • Source : Insee, Recensements de la population.