Le pôle de la céramique : une opportunité dans un contexte économique difficile

Maryse Aguer

Le pôle européen de la céramique est l'un des deux pôles de compétitivité dont le siège se trouve en Limousin. Fin 2006, il regroupe 3 400 salariés dont 1 400 dans la région. Les établissements sont de taille moyenne ; le taux d'encadrement y est modéré, et les salaires offerts plutôt mesurés. Face aux difficultés récemment rencontrées par le secteur, le pôle est porteur d'une stratégie d'ensemble qui passe par la montée en puissance des céramiques industrielles.

Publication électronique
No 12
Paru le : 01/02/2008

Labellisés à l'automne 2005, les pôles de compétitivité ont pour objectif d'associer les entreprises, les organismes de formation et les centres de recherche autour de projets industriels innovants. Le pôle de la céramique valorise l'usage de ce matériau pour l'habitat et les arts de la table, et développe de nouvelles applications dans les domaines de l'énergie, de la santé, de l'électronique.

Un pôle qui rayonne sur neuf régions

Au 31 décembre 2006, le pôle européen de la céramique est constitué de 54 établissements répartis sur neuf régions, employant 3 400 salariés dans onze grands secteurs d'activité (hors centres de recherche et de formation). Il s'agit d'un pôle de taille plus petite que la moyenne des 66 pôles de compétitivité nationaux (6 900 salariés dans 53 établissements). La région Limousin domine le pôle, puisqu'elle réunit les deux tiers des établissements et 42 % des salariés. La région Centre est également bien représentée, avec un tiers des salariés dans un cinquième des établissements. Les autres unités sont localisées dans sept régions : Île-de-France, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon. Toutefois, certaines de ces régions ne sont intégrées au pôle céramique qu'en raison d'un seul établissement.

Figure 1 – Deux tiers des établissements sont situés en Limousin

  • Source : Insee - Sessi au 31/12/2006

Bien que le Limousin concentre la majorité des unités, c'est au-delà de la région que se trouvent les plus grands établissements du pôle. Le plus important, Rhodia qui emplois plus de 300 salariés dans le secteur de la chimie, est localisé en Poitou-Charentes, à La Rochelle. Viennent ensuite deux établissements du Centre, qui emploient chacun 250 à 300 salariés dans la fabrication de produits céramiques. Au final, sur les dix unités de plus de 100 salariés, seulement trois sont situées en Limousin : Ferro Couleurs France (peintures et vernis), quatrième établissement du pôle avec près de 200 salariés à Limoges, puis les porcelainiers Bernardaud et Haviland.

La plupart des établissements du pôle sont de taille moyenne : 60 % ont moins de 50 salariés, un quart en emploient moins de 10. En Limousin, la moitié des unités du pôle comptent moins de 20 salariés.

Le secteur des industries des produits minéraux prépondérant

Les trois quarts des établissements du pôle de compétitivité relèvent de quatre grands secteurs. L'industrie des produits minéraux, qui comprend la fabrication de produits en céramiques, est naturellement au coeur des activités du pôle. Ce principal secteur concerne 31 établissements, soit plus de la moitié des unités. Il concentre près des trois quarts des salariés (2 400), dont une grande partie hors de la région. Le Centre regroupe en effet 40 % de ces derniers, soit un peu plus que le Limousin (37 %).

L'ensemble "chimie, caoutchouc, plastiques" constitue le deuxième grand secteur d'activités : il emploie plus de 500 salariés, soit 15 % des effectifs du pôle. Près de deux tiers des salariés de ce secteur travaillent en Poitou-Charentes et un tiers en Limousin. La métallurgie et la transformation des métaux emploient 4 % des salariés du pôle, répartis dans deux régions, Limousin (54 %) et Rhône-Alpes (46 %). Enfin, les industries des équipements mécaniques (3 % des salariés) ne sont présentes qu'en Limousin.

À ces quatre principaux secteurs, s'ajoutent quelques établissements dont l'activité principale relève de travaux divers comme l'imprimerie, l'électronique, le commerce... ils représentent moins de 10 % des salariés du pôle..

Figure 2 – L'industrie des produits minéraux au premier rang

  • Source : Insee - Sessi au 31/12/2006

Les établissements du pôle plus féminisés que leurs homologues industriels

Les établissements appartenant au pôle européen de la céramique emploient 40 % de femmes. Ils apparaissent ainsi plus féminisés que l'ensemble des établissements exerçant des activités comparables, où le taux de féminisation ne dépasse pas 21 % (les établissements de comparaison sont tous ceux relevant des quatre principaux secteurs d'activité, dans les cinq principales régions concernées par le pôle, qu'ils soient ou non affiliés au pôle).

Les salariés des établissements affiliés au pôle sont moins jeunes que leurs homologues des établissements de comparaison. Ainsi, la part des moins de trente ans n'y dépasse pas 12 %, tandis que près du tiers des salariés ont atteint ou dépassé la cinquantaine.

Figure 3 – Plus de femmes, moins de jeunes et plus d'ouvriers

Plus de femmes, moins de jeunes et plus d'ouvriers
Activité Femmes (%) Salariés < 30 ans (%) Salariés > 50 ans (%) Ouvriers (%) Cadres ou chefs d'entreprise (%)
Industrie des produits minéraux 46,5 12 33 67,5 8,2
Chimie, caoutchouc, plastiques 18 5,7 29,2 49,4 13,8
Métallurgie, transformation des métaux 28,4 40,7 4,9 69,7 8,6
Industrie des équipements mécaniques 18,6 12,7 23,7 31,4 20,3
Autres secteurs 33,2 12,9 28,2 49,3 15,2
Ensemble des établissements 39,8 11,7 31,2 62,4 9,9
Etablissements de comparaison* 21,5 19,6 25,5 54,3 15,8
  • *Ensemble des établissements des quatre secteurs principaux dans les cinq principales régions du pôle
  • Caractéristiques des salariés dans les établissements du pôle européen de la céramique
  • Source : Insee - DADS 2005

Un taux d'encadrement réduit et des salaires modérés

Les ouvriers sont largement majoritaires dans les établissements du pôle céramique : ils forment environ les deux tiers des salariés, tandis que les cadres ou chefs d'entreprises ne représentent que 10 % de la main-d'oeuvre. Ce taux d'encadrement apparaît relativement faible par rapport à celui calculé sur les établissements de comparaison (16 %). On dénombre tout de même 230 ingénieurs et salariés en recherche et développement (hors organismes publics de recherche), dont plus de la moitié dans le secteur des industries des produits minéraux, et un tiers dans le secteur "chimie, caoutchouc, plastiques".

Dans les établissements du pôle, un salarié sur deux perçoit moins de 9,2 euros nets de l'heure en 2005. Cependant, cette médiane diffère selon les secteurs : le salaire médian ne dépasse pas 8,8 euros dans l'industrie des produits minéraux, alors qu'il atteint 2 euros de plus pour un salarié de l'industrie des équipements mécaniques.

Figure 4 – Des rémunérations en retrait

Des rémunérations en retrait
Activité Etablissements du pôle Etablissements de comparaison*
Industrie des produits minéraux 8,8 10,2
Chimie, caoutchouc, plastiques 10,4 10,6
Métallurgie, transformation des métaux 8 9,9
Industrie des équipements mécaniques 10,8 11
Autres secteurs 9,2 ///
Ensemble des établissements du pôle 9,2 ///
  • *Ensemble des établissements des quatre secteurs principaux dans les cinq principales régions du pôle
  • Salaires horaires nets médians (en euros)
  • Source : Insee - DADS 2005

Un contexte économique difficile

Le secteur des industries des produits minéraux, pilier du pôle de compétitivité, a connu une baisse de 45 % de ses effectifs dans la région entre 1990 et 2005. Si le Limousin a particulièrement souffert, la baisse atteint également 27 % dans les autres régions du pôle. Emblématiques du Limousin, les productions traditionnelles ont été particulièrement malmenées.

Le secteur "chimie, caoutchouc, plastiques" est lui aussi en difficulté, même si la situation régionale est moins préoccupante. Ses effectifs n'ont diminué que de 2 % en Limousin, contre 20 % dans les autres régions du pôle sur la même période. Les effectifs de la métallurgie et de la transformation des métaux sont restés quasi-stables en Limousin, mais ont diminué de plus de 20 % dans les autres régions du pôle. Enfin, le secteur des industries des équipements mécaniques a connu une perte d'emploi de 26 % en Limousin, et de 11 % dans les huit autres régions.

Figure 5 – Des réductions d'effectifs importantes depuis dix ans

  • Source : Insee - Sessi au 31/12/2006

Le pôle de compétitivité, porteur de renouveau pour l'industrie céramique ?

Après plusieurs années difficiles, l'industrie de la céramique dispose aujourd'hui de nouvelles perspectives de développement pour répondre à l'évolution de la demande. Deux axes de recherche sont actuellement privilégiés : l'innovation dans les procédés de fabrication et la valorisation de nouveaux usages pour les céramiques industrielles.

Le pôle de compétitivité peut contribuer à décloisonner laboratoires de recherche et entreprises petites et grandes, en les unissant autour de projets communs bénéficiant de financements publics. Les nouvelles industries orientées vers les céramiques techniques sont en développement, mais n'atteignent pas encore un poids décisif. Elles pourraient profiter de cette dynamique pour s'intégrer dans un réseau et trouver des soutiens à leurs projets.

Sources

Sources : Les fichiers utilisés sont CLAP (connaissance locale de l'appareil productif) et les DADS (déclarations annuelles de données sociales) au 31/12/2005. Pour les établissements créés en 2006, les informations proviennent du répertoire SIRENE des entreprises et des établissements, mais certaines restent incomplètes. Ces établissements ne représentant qu'une faible part des salariés du pôle, cela n'influe guère sur les résultats obtenus.

Le secteur de la recherche et développement tient une place centrale dans l'activité des pôles. Mais beaucoup d'entreprises appartenant à d'autres secteurs exercent également des activités de recherche. Pour approcher le volume des activités de recherche exercées hors du secteur recherche et développement, le nombre d'ingénieurs a été dénombré à partir des DADS : ce sont les "ingénieurs et cadres techniques d'entreprises" (CSP 38).

Avertissement : Cette étude est réalisée sur le champ des établissements d'entreprises faisant partie des pôles au 31 décembre 2006, obtenu par enquête du Sessi auprès des structures de gouvernance des pôles et validé par l'Insee. Elle dresse une première description statistique au départ du pôle, sans préjuger de son potentiel de développement.

Pour des raisons de disponibilité de l'information, l'emploi comptabilisé dans l'étude exclut les laboratoires ou organismes de recherche publics et les organismes de formation. L'étude ne peut donc rendre compte de l'apport de développement économique qui leur est propre.

Enfin, il est impossible à ce stade de différencier, à l'intérieur d'un établissement, les salariés qui sont effectivement engagés dans les projets transversaux caractéristiques du pôle, de ceux qui ne sont pas concernés directement par son activité. L'estimation d'emploi présentée ici tend donc à surestimer le nombre des emplois réellement concernés par l'activité du pôle de compétitivité. Elle fait ainsi ressortir la part prépondérante de l'industrie des produits minéraux, qui ne correspond que partiellement aux marchés visés par les entreprises participant au pôle.