Une rotation de la main d’œuvre presque quintuplée en 30 ans : plus qu’un essor des formes particulières d’emploi, un profond changement de leur usage

Claude Picart

Alors que certains indicateurs traditionnels de l'instabilité de l'emploi, comme l'ancienneté ou la mobilité, ou de sa précarité, comme la part des formes particulières d'emploi, ne présentent pas d'évolution marquée depuis 2000, voire 1990 pour la mobilité, d'autres indicateurs portant sur les flux, comme la part des CDD dans les embauches ou le taux de rotation, sont toujours nettement orientés à la hausse. Les études abordant l'évolution du marché du travail sous l'angle des flux sont rares, sans doute par manque de séries longues homogènes sur ce sujet. La présente étude vise d'abord à combler ce vide en proposant un indicateur de rotation construit à partir de 30 années d'enquête emploi : en 30 ans, dans le privé, la mobilité augmente de 25%, la part des formes particulières d'emploi de 150% et la rotation de plus de 350%. Cette évolution contrastée entre des indicateurs portant sur les stocks à une date donnée et des indicateurs portant sur les flux traduit un raccourcissement de la durée de certains emplois, notamment des missions d'intérim et des CDD, et un changement profond de leur mode d'utilisation par les entreprises : ce sont de moins en moins souvent des tremplins vers l'emploi stable et de plus en plus des situations récurrentes pour les salariés concernés, notamment dans les professions à CDD d'usage. La rotation est en effet de plus en plus concentrée dans certains métiers alors que, parallèlement, l'âge devient moins discriminant, les seniors perdant notamment leur protection relative.

Documents de travail
No F1402
Paru le : 07/04/2014