Croissance potentielle en France et en zone euro : un tour d’horizon des méthodes d’estimation

Matthieu LEQUIEN et Alexis MONTAUT

Fin 2013, le PIB français n'est que légèrement supérieur à son niveau de début 2008. Quelle part de la perte d'activité depuis 2008 est pérenne ? Répondre à cette question fait appel à deux grandeurs qu'on ne peut pas observer directement : le PIB potentiel et l'output gap. De ce fait, ils sont difficiles à estimer, particulièrement sur les années récentes, et appellent plusieurs techniques d'estimation. Quatre sont mobilisées ici : (A) l'approche désormais habituelle de la fonction de production à deux facteurs, capital et travail ; (B) une variante de celle-ci à un facteur de production, le travail ; (C) un filtre multivarié enrichi par des indicateurs conjoncturels et (D) une estimation directe de l'output gap par une analyse en composante principale. Selon ces quatre approches, la croissance potentielle en France pourrait être comprise entre 0,7 % et 1,3 % en 2014 et l'output gap serait négatif, compris entre 2,3 et 3,5 points de PIB en 2013, ce qui signale un potentiel de rebond substantiel mais entérine comme pérenne la majeure partie de la perte d'activité observée depuis la crise. Ces estimations, également réalisées pour la zone euro, situent la croissance potentielle entre 0,2 % et 0,7 % en 2014 pour un déficit de demande proche de celui de la France. Ces approches présentent toutes des forces et des faiblesses. Elles délivrent des lectures différentes du passé récent. Ainsi, les approches (B) et (D) indiquent une perte de PIB potentiel concentrée au moment de la crise, puis une reprise plus vigoureuse que ne le suggèrent les approches (A) et (C).

Documents de travail
No G2014/09
Paru le : 17/07/2014