Massification et démocratisation de l'enseignement supérieur en France

Valérie ALBOUY et Chloé TAVAN (en collaboration avec Michel DUÉE )

L'ouverture rapide du supérieur depuis le début des années 1980 et la diversification de son offre éducative, avec notamment le développement des IUT et des STS, invitent à réexaminer la question de la réduction des inégalités sociales devant l'école. La réalité de cette démocratisation est doublement contestée. D'une part, l'enseignement supérieur se serait essentiellement démocratisé au niveau de ses premiers cycles, le mouvement de démocratisation s'essoufflant pour les diplômes plus élevés. D'autre part, les inégalités auraient changé de nature et concerneraient désormais la nature des études suivies. La compilation des enquêtes Emploi 1990 à 2002 permet d'étudier l'évolution fine du lien entre origine sociale et diplôme sur longue période. L'ouverture du supérieur ne s'est pas accompagnée d'une pause dans le mouvement de démocratisation et ce, quel que soit le niveau de diplôme considéré. Nous trouvons en outre que la démocratisation a été de même ampleur pour les différents cycles de l'enseignement supérieur. Mesurée à niveau de sélection constant, afin de neutraliser l'éventuelle dévalorisation des titres scolaires, la baisse de la sélectivitésociale du supérieur est encore avérée.En revanche, l'enseignement supérieur dans son ensemble s'est moins démocratisé que le baccalauréat. La prise en compte des différenciations « horizontales » des études, à travers les filières, conclut que, pour les filles, la phase d'expansion rapide du supérieur a été de pair avec une accentuation de la polarisation sociale de ses différentes filières : les filières les plus « bourgeoises » le sont devenues encore plus ; de même pour les filières les plus populaires. En revanche, la polarisation sociale des orientations des garçons dans le supérieur semble plutôt constante.

Documents de travail
No G2007/06
Paru le : 01/10/2007