Une réinterprétation de la relation entre productivité et inégalités salariales dans les entreprises

Abdelmalik KOUBI et Sébastien ROUX

L'objet de cet article est de revenir sur l'interprétation de la corrélation empirique positive liant productivité et inégalités salariales dans les entreprises. Une analyse économétrique montre que cette corrélation positive s'observe sur données françaises appariées d'entreprises, y compris en tenant compte des biais d'hétérogénéité fixe et de simultanéité par des variables instrumentales. Ceci est compatible avec l'idée générale des modèles d'incitation selon laquelle l'inégalité salariale serait un moyen de stimuler la productivité des salariés. Mais, dans un tel cadre, l'inégalité salariale est une variable d'optimisation à la discrétion de l'entreprise, ce qui en fait une variable endogène. Or un test indique que ses variations seraient plutôt exogènes, i.e. elles s'imposent à l'entreprise indépendamment des variations des autres déterminants non observables de la productivité. On adapte donc le modèle d'incitation pour le rendre compatible avec cette propriété d'exogénéité, en s'inspirant de Lazear (1989). Le modèle proposé est un modèle dans lequel le choix du degré d'inégalité salariale est totalement contraint par une caractéristique technique exogène de l'entreprise, i.e. le poids relatif de l'effort collectif et l'effort individuel dans son processus productif. Dans ce cadre, l'inégalité salariale s'interprète comme une mesure indirecte de cette caractéristique technique. On confirme cette interprétation en examinant le lien entre inégalité salariale et caractéristiques organisationnelles de l'entreprise mesurées par l'enquête REPONSE.

Documents de travail
No G2006/13
Paru le : 01/12/2006