Le vieillissement de la population s'accélère près des villes et du littoral

Fatima Le Strat et Laurent Auzet, Insee

Avec actuellement 41,3 ans de moyenne d’âge, la population bretonne vieillit plus rapidement que la population française dans son ensemble. Parmi les multiples raisons : un déficit migratoire entre 20 et 30 ans et un littoral très attractif pour les retraités en provenance d’autres régions françaises.

À l’échelle des bassins de vie, le rythme du vieillissement varie selon les périodes et les territoires. Le centre de la Bretagne, où le vieillissement s’est amorcé très tôt, fait partie des territoires les plus âgés. Les bassins de vie de la première couronne des grandes villes voient aujourd’hui leur population vieillir très rapidement après avoir connu une périurbanisation voici quelques décennies. Le littoral cumule une population déjà âgée et un rythme actuel de vieillissement important.

Insee Analyses Bretagne
No 30
Paru le : 15/12/2015

Le vieillissement démographique, phénomène marquant des dernières décennies, se traduit par des changements importants dans la structure de la population. Il s’accompagne de nouveaux enjeux tels le financement des retraites au niveau national, mais également, plus localement, la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie. La loi sur l’adaptation de la société au vieillissement, en cours d’examen, en témoigne.

Plusieurs facteurs expliquent le vieillissement démographique : l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses issues du baby-boom, la diminution de la fécondité des générations suivantes, mais aussi l’allongement de l’espérance de vie.

Au niveau local toutefois, le rythme du vieillissement diffère selon les territoires, en raison des mobilités géographiques qui contribuent tantôt à l’atténuer, tantôt à l’amplifier.

Une population bretonne plus âgée

Actuellement, la population bretonne est d’un an plus âgée que celle de métropole. Avec une moyenne d’âge de 41,3 ans, la région se place cependant en position médiane (11e région la plus âgée sur 22). La région métropolitaine la plus jeune est l’Île-de-France (37,4 ans) en raison de son attractivité pour les étudiants et les jeunes actifs et de son déficit migratoire chez les retraités. Le Limousin est la région la plus âgée (44,4 ans).

Au sein de la région, la population est plus âgée au centre de la Bretagne et sur le littoral. Elle est plus jeune dans le périurbain des principales villes bretonnes (figure 1).

Figure_1 – Une population plus âgée dans le centre de la Bretagne et sur le littoral

  • Source : Insee, estimations de population-zonage en bassins de vie

En 2014 (1), 20 % de la population bretonne est âgée de 65 ans ou plus contre 18,2 % pour l’ensemble de la France métropolitaine. De même, la proportion des personnes âgées de 80 ans ou plus, les plus susceptibles d’être concernées par la dépendance associée au grand âge, représente 6,4 % de la population en Bretagne contre seulement 5,7 % au niveau national. Cependant, cette surreprésentation des plus âgés ne traduit pas un déficit pour les moins de 20 ans qui représentent en Bretagne quasiment la même proportion qu’au niveau national. En revanche, les jeunes actifs de 20 à 39 ans sont sous représentés dans la région, du fait d’un solde migratoire toujours déficitaire entre 20 et 30 ans. Ce déficit se résorbe toutefois pour la classe d’âge 40-59 ans et la région reste attractive pour les actifs.

(1) : données provisoires

L’écart d'âge moyen avec la France métropolitaine s’est surtout creusé entre 1980 et 2000

Entre 1975 et fin 2013, la Bretagne a vieilli plus vite que l’ensemble de la métropole (figure 2). En 1975, l’âge moyen (34,6 ans) y était quasiment identique à celui observé en moyenne nationale (34,5 ans). Fin 2013, cet âge moyen s’est accru de presque 7 ans, contre 5,7 ans au niveau national.

Figure 2 – Une stabilisation de l'écart d'âge avec la France depuis 2000

Une stabilisation de l'écart d'âge avec la France depuis 2000
Écart avec France métropolitaine Écart avec France métropolitaine hors Île-de-France
1975 0,110 0,000
1976 0,110 -0,010
1977 0,110 -0,010
1978 0,120 -0,020
1979 0,120 0,000
1980 0,120 -0,040
1981 0,120 -0,050
1982 0,140 -0,040
1983 0,290 0,050
1984 0,330 0,080
1985 0,370 0,100
1986 0,410 0,130
1987 0,460 0,160
1988 0,510 0,190
1989 0,560 0,220
1990 0,630 0,260
1991 0,670 0,290
1992 0,740 0,340
1993 0,780 0,370
1994 0,820 0,390
1995 0,860 0,410
1996 0,890 0,430
1997 0,900 0,440
1998 0,910 0,440
1999 0,930 0,450
2000 0,940 0,440
2001 0,940 0,420
2002 0,940 0,400
2003 0,940 0,390
2004 0,940 0,380
2005 0,940 0,360
2006 0,940 0,330
2007 0,960 0,350
2008 0,940 0,320
2009 0,930 0,300
2010 0,980 0,340
2011 0,990 0,340
2012 1,010 0,350
2013 1,010 0,350
  • Source : Insee, estimations localisées de population (ELP)

Figure 2 – Une stabilisation de l'écart d'âge avec la France depuis 2000Évolution de l’écart d’âge moyen entre la Bretagne et la France métropolitaine

Dans le détail, l’âge moyen en Bretagne augmente au même rythme qu’au niveau national entre 1975 et 1982. À partir de 1983, l’écart se creuse petit à petit jusqu’à la fin des années 90. Cet écart ne progresse ensuite que faiblement avec la métropole et diminue même avec la France de province. Cependant, à partir de 2010, l’âge moyen augmente de nouveau plus rapidement en Bretagne, sans que l’espérance de vie et la fécondité n’aient connu d’évolution notable. Les échanges migratoires chez les actifs et les retraités apparaissent donc comme le principal déterminant de cette tendance récente.

Entre 1975 et 2014, la part des Bretons âgés de 65 ans ou plus dans la population totale est passée de 13,7 % à 20 % contre respectivement 13,4 % et 18,2 % en métropole (figure 3). Le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus a progressé plus vite qu’au niveau national, mais aussi plus rapidement que la population bretonne dans son ensemble. L’écart avec la métropole s’est creusé de façon continue jusqu’en 2005 pour ensuite se réduire jusqu’en 2011 et augmenter de nouveau depuis.

Figure 3 – Forte augmentation de la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus

Évolution de la structure de la population entre 1975 et 2013
Forte augmentation de la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus
Année Nombre d'habitants Part de chaque tranche d'âge (en %)
Moins de 20 ans (A) 20 à 49 ans 50 à 64 ans 65 ans ou plus (B) dont 65 à 74 ans dont 75 à 84 ans dont 85 ans ou plus Total Moins de 20 ans / 65 ans ou plus (A) / (B)
Bretagne
1975 2 596 000 33,4 37,4 15,5 13,7 9,0 4,0 0,8 100,0 2,44
1982 2 708 000 31,2 38,4 16,2 14,2 8,4 4,8 1,0 100,0 2,20
1990 2 794 000 28,2 40,2 16,4 15,2 8,2 5,8 1,4 100,0 1,84
1999 2 904 000 25,2 41,2 15,8 17,8 10,0 5,6 2,2 100,0 1,42
2007 3 120 000 24,4 38,6 18,6 18,4 9,0 7,2 2,2 100,0 1,33
2014 (p) 3 273 000 24,1 36,0 19,9 20,0 9,6 7,1 3,2 100,0 1,21
France métropolitaine
1975 52 600 000 32,1 40,1 14,4 13,4 8,4 4,1 0,9 100,0 2,40
1982 54 335 000 30,0 41,0 15,6 13,4 7,6 4,8 1,2 100,0 2,23
1990 56 577 000 27,8 42,6 15,6 14,0 7,2 5,2 1,6 100,0 2,00
1999 58 497 000 25,6 42,8 15,6 16,0 8,8 5,0 2,2 100,0 1,62
2007 61 795 000 24,8 40,3 18,4 16,5 8,1 6,3 2,1 100,0 1,50
2014 (p) 63 920 000 24,4 38,1 19,3 18,2 9,0 6,3 2,9 100,0 1,34
  • p : données provisoires
  • Source : Insee, estimations localisées de population (ELP)

Les différents déterminants du vieillissement en Bretagne

L’espérance de vie à la naissance a progressé plus vite qu’en moyenne nationale : de 66,5 ans en 1975 à 77,7 en 2013 en Bretagne pour les hommes contre respectivement 69 et 78,8 ans en métropole. Depuis le début des années 2000 l’écart stagne autour d’un an pour les hommes. Chez les femmes, la progression de l’espérance de vie a également été supérieure dans la région, passant de 76 ans en 1975 à 84,7 ans en 2013 (de 76,9 ans à 85 ans pour la métropole).

Ensuite, depuis le début des années 80 le taux de natalité est devenu moins élevé en Bretagne : 10,9 naissances pour 1 000 habitants contre 12,2 pour la métropole. Ce plus faible nombre de naissances résulte directement de la structure par âge de la population et, à l’instar des autres régions, de la normalisation de la fécondité bretonne. En effet, cette dernière est quasiment identique à celle observée pour la métropole (1,96 enfant par femme en 2013 contre 1,98) alors qu’elle était bien supérieure en 1975 (2,14 contre 1,93). La surreprésentation des moins de vingt ans dans la population bretonne en 1980 s’est peu à peu étiolée en raison d’un déficit migratoire générant au final, pour cette classe d'âge, moins de naissances en Bretagne.

Ceci étant, alors que la région comptait en 1990 un déficit migratoire à tous les âges allant de 20 à 55 ans, celui-ci s’est désormais comblé et inversé entre 30 et 55 ans. La part des plus de 35 ans est redevenue équivalente à ce que l’on observe au niveau national.

Enfin, la Bretagne enregistre également de nombreuses arrivées de retraités alors que la région connaissait déjà en 1975 une surreprésentation des personnes de 60 à 74 ans. Cependant, les 75 ans ou plus y étaient légèrement moins présents qu’ailleurs. Aujourd’hui, du fait de l’augmentation de l’espérance de vie et du vieillissement des retraités arrivés il y a quelques années, la part des 80 ans ou plus progresse plus vite en Bretagne qu’au niveau national.

Un rythme de vieillissement propre à chaque territoire

L’observation sur longue période du rythme de vieillissement de la population montre l’importance des mobilités de la population à l’échelle des territoires. Les arrivées de retraités ainsi que les départs des plus jeunes contribuent fortement au vieillissement des territoires littoraux. Les mobilités d’actifs influent également sur le rythme de vieillissement. La périurbanisation, de plus en plus lointaine, vient quelquefois contribuer à revitaliser des territoires, d’autant que ces mobilités périurbaines sont souvent le fait de familles et s’accompagnent d’une augmentation du nombre d’enfants.

Cependant, 15 à 20 ans après une forte périurbanisation, ces territoires peuvent entrer dans un cycle de vieillissement plus accentué à l’occasion du départ de ces enfants du foyer familial. C’est notamment le cas, ces dernières années, des bassins de vie les plus proches des grands pôles urbains qui restent, cependant, parmi les plus jeunes de la région.

Un vieillissement d’abord dans les territoires ruraux

De 1968 à 1975, le vieillissement est d’abord plus rapide dans les territoires ruraux du centre de la Bretagne (figure 4). Ces bassins de vie perdent de la population, notamment aux âges actifs, ce qui provoque mécaniquement une baisse des naissances. A contrario, les grandes villes et les territoires périurbains les plus proches (bassins de vie de Guilers près de Brest ou de Betton près de Rennes) connaissent une forte croissance de leur population, en particulier des familles de jeunes actifs.

Figure_4 – Un vieillissement d'abord dans le centre de la Bretagne puis sur le littoral

  • Source : Insee, estimations de population-zonage en bassins de vie

Puis sur le littoral et dans des territoires périurbains

Ensuite, entre 1975 et 1982, le vieillissement est plus prononcé sur l’ensemble du territoire. La périurbanisation se développe un peu plus loin des grandes villes. Guichen et Acigné pour Rennes, Theix pour Vannes, Plabennec pour Brest sont les bassins de vie qui résistent le mieux à l’augmentation de l’âge moyen. Inversement, les territoires vieillissant le plus rapidement sont alors ceux de Concarneau, de Plouha et de Quiberon. Le vieillissement sur cette période résulte à la fois du départ des plus jeunes et de la progression des arrivées de retraités dans les zones littorales.

Entre 1982 et 1990, dans la lignée de la période précédente, quasiment tous les bassins de vie connaissent une augmentation de l’âge moyen de leur population (figure 5). Ainsi, à Erquy ou Arradon, la population des 65 ans ou plus bondit alors que celle des moins de 20 ans décroît fortement. Même si la population active des 20-49 ans se maintient, le nombre d’enfants de moins de 5 ans est en diminution sur la majeure partie du territoire du fait de la baisse de la fécondité à la fin des années 80. Des territoires particulièrement attractifs au cours des années 70, comme Guilers ou Betton, enregistrent désormais de nombreux départs de jeunes autour de 20 ans.

Figure_5 – Un vieillissement dans l'ensemble des bassins de vie

  • Source : Insee, estimations de population-zonage en bassins de vie

Les bassins de vie en seconde couronne des grandes aires urbaines parviennent à limiter le vieillissement de leur population en restant attractifs pour les jeunes actifs et les familles.

La période 1990-1999 marque un retournement. En effet, si pour l’ensemble de la Bretagne l’âge moyen continue de croître plus vite qu’au plan national, on observe un tassement de sa progression dans les bassins de vie les plus âgés du Centre-Ouest Bretagne, comme Callac, Huelgoat et Rostrenen. Ce ralentissement ne touche cependant pas le bassin de vie de Carhaix qui ne parvient pas à retenir ses jeunes de moins de 20 ans. Le littoral vieillit toujours un peu plus vite que la moyenne : les 65 ans ou plus y affluent encore et les plus jeunes continuent de quitter ces zones. De même, Pontivy et Loudéac, par exemple, enregistrent une progression plus prononcée de l’âge moyen à cette période.

Entre 1999 et 2007, le phénomène de périurbanisation façonne toujours très fortement le rythme du vieillissement des territoires. Autour de Rennes, une couronne plus éloignée se dessine désormais aux limites des départements voisins. Les bassins de vie de Tinténiac, Plélan-le-Grand, Bain-de-Bretagne et Saint-Aubin-du-Cormier notamment connaissent une baisse de l’âge moyen de leurs habitants. Dans le Finistère, ceux du Faou et de Pont-de-Buis-les-Quimerch enregistrent les mêmes évolutions. Dans tous les cas, l’arrivée de nombreux ménages d’actifs entraîne non seulement une forte progression du nombre des adultes, mais aussi de celui des enfants. Si les zones côtières connaissent toujours une augmentation plus forte de l’âge moyen, c’est également le cas de quelques bassins de vie excentrés, comme celui de Gourin dans le Morbihan et de Louvigné-du-Désert en Ille-et-Vilaine. Le vieillissement s’accélère dans les bassins de vie des principaux pôles urbains, Rennes et Vannes par exemple. Ces bassins de vie, qui comprennent non seulement la commune centre mais aussi sa banlieue, vieillissent alors à un rythme plus rapide que précédemment. Ainsi l’âge moyen augmente de 36,4 à 38,2 ans à Rennes et de 37,1 à 40,1 ans à Vannes (de 39 à 40,2 ans pour l’ensemble de la région). Ce vieillissement s’observe également pour quelques bassins proches, comme Betton et Acigné à proximité de Rennes et Theix à proximité de Vannes. Plusieurs phénomènes expliquent ce mouvement. Si le bassin de Rennes, par exemple, est attractif pour les étudiants, une partie des jeunes ménages actifs s’installe dans les zones périurbaines plus lointaines. Par ailleurs, compte tenu de la structure par âge de ces bassins de vie, de nombreux habitants atteignent la tranche d’âge des 65 ans ou plus.

Enfin, sur la période la plus récente, entre 2007 et 2012, les mêmes phénomènes sont à l’œuvre. La périurbanisation rennaise, toujours plus lointaine, entraîne une baisse de l’âge moyen, jusqu’à Broons dans les Côtes-d’Armor. Il en est de même pour Vannes dans le bassin de vie de Locminé. En revanche, un vieillissement plus marqué est toujours constaté dans les bassins de vie littoraux (figure 6).

Figure_6 – Rajeunissement dans le périurbain lointain

  • Source : Insee, estimations de population-zonage en bassins de vie

Le bassin de vie de Rennes connaît un vieillissement limité, lié à une progression du nombre de ménages d’actifs avec enfants. En revanche, des bassins de vie proches enregistrent maintenant une accélération du vieillissement (Le Rheu, Mordelles par exemple), toutefois moins prononcée que ce l’on observe sur le littoral. À Vannes, l’interpénétration de la zone littorale et périurbaine peut entraîner un double phénomène : l’arrivée de retraités et quelquefois, en raison de difficultés d’autant plus marquées d’accès au foncier, le départ de jeunes ménages vers la zone rétro-littorale.

Définitions

Les taux de natalité et mortalité rapportent les nombres de naissances et décès à la population totale moyenne de l’année.

L’indicateur conjoncturel de fécondité mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie si les taux de fécondité observés l’année considérée à chaque âge demeuraient inchangés.

Le découpage de la France en bassins de vie a été réalisé pour faciliter la compréhension de la structuration du territoire de la France métropolitaine. Le bassin de vie est le plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants. Les services et équipements de la vie courante servant à définir les bassins de vie sont classés en 6 grands domaines : services aux particuliers, commerce, enseignement, santé, sports-loisirs-culture et transports.