Haute et Basse-Normandie : des évolutions démographiques et économiques différentes

Auteur : Michel Moisan, Insee

Basse-Normandie et Haute-Normandie vont se regrouper dans une seule région administrative. Cependant, sur bien des points, les deux parties de la future Normandie sont marquées par des évolutions récentes différentes. D’une part, la population haut-normande augmente plus vite et vieillit moins vite que son homologue bas-normande. D’autre part, les difficultés en termes d’activité économique et d’emploi sont plus fortes en Haute-Normandie. Chacune possède des caractéristiques économiques propres : une spécialisation industrielle marquée pour la Haute-Normandie, la fréquentation touristique et un puissant secteur agroalimentaire pour la Basse-Normandie.

La population a crû de  0,32 % par an en moyenne entre 2007 et 2012 en Haute-Normandie mais de 0,22 % par an seulement en Basse-Normandie. Au-delà de cet écart dans le rythme de croissance, les deux Normandie diffèrent également pour les facteurs qui expliquent les évolutions démographiques récentes. La Basse-Normandie attire notamment des retraités ou des actifs en fin de carrière. Le littoral bas-normand, mais aussi les territoires ruraux les moins éloignés de la région parisienne, sont plus particulièrement attractifs. Depuis les années 2000, les entrées sont plus nombreuses que les sorties de Basse-Normandie. La contribution des entrées-sorties à l‘évolution de la population y est devenue positive au tournant du siècle, et s’est maintenue à + 0,04 % en moyenne annuelle entre 2007 et 2012. Tel n’est pas le cas de la Haute-Normandie, où les sorties excèdent les entrées. Les échanges migratoires apportent ainsi une contribution négative à l’évolution globale de la population (- 0,11 % par an entre 2007 et 2012).

Vieillissement accéléré en Basse-Normandie

L’apport de populations nouvelles en Basse-Normandie est un atout pour le développement d’activités présentielles, dans le commerce ou les services. Toutefois, ces nouveaux habitants étant plutôt âgés, c’est aussi un facteur d’accélération du vieillissement de la population. Ainsi, entre 1999 et 2012, l’âge moyen des Bas-Normands est passé de 38,4 ans à 41,7 ans, soit une augmentation de 3,3 années, tandis qu’il passait de 36,9 à 39,6 ans en Haute-Normandie, soit une hausse de 2,7 années. Ce vieillissement accéléré a pour effet différé de provoquer une baisse des naissances par rapport aux décès. La chute de l’excédent des naissances sur les décès est même spectaculaire en Basse-Normandie. Ce solde a contribué encore positivement à l’augmentation de la population entre 2007 et 2012 (+ 0,17 % par an en moyenne). Mais cette contribution est, sur cette période, bien supérieure en Haute-Normandie (+ 0,42 %).

Figure_1 – Effondrement du rapport naissances / décès en Basse-Normandie

Effondrement du rapport naissances / décès en Basse-Normandie
Basse-Normandie Haute-Normandie France
1993 1,266953632 1,493070467 1,34068886
1994 1,345575568 1,536281407 1,37112219
1995 1,313358865 1,494444092 1,37534994
1996 1,323076923 1,454885577 1,373092
1997 1,252836906 1,493276127 1,37344418
1998 1,300400831 1,498280036 1,38451271
1999 1,289177168 1,500064119 1,38769452
2000 1,319265107 1,53254287 1,46234235
2001 1,309502532 1,498958662 1,45397055
2002 1,284433151 1,429702721 1,42571622
2003 1,228573488 1,415731026 1,38082493
2004 1,270816189 1,506885419 1,50976866
2005 1,220826112 1,470809433 1,47017387
2006 1,28778267 1,501828681 1,54536728
2007 1,218570608 1,511494991 1,51134853
2008 1,198197554 1,485803627 1,49826038
2009 1,175033256 1,450349393 1,47658384
2010 1,146292446 1,483837138 1,48792439
2011 1,145792426 1,484400249 1,48459965
2012 1,05878472 1,42771048 1,41507772
2013 1,022665697 1,368634708 1,40163369
  • Source : Insee, Etat civil

Figure_1 – Effondrement du rapport naissances / décès en Basse-Normandie

Pas d’évolution économique synchronisée entre les deux régions

Les deux régions affichent aussi des performances économiques assez différentes. Entre 2000 et 2012, le PIB bas-normand a crû plus vite que le PIB haut-normand (+ 11 % contre + 8 %). En 2008 et 2009, le recul de l’activité a été plus fort en Haute-Normandie. La Basse-Normandie, davantage tournée vers l’économie présentielle et donc moins soumise aux aléas conjoncturels, a mieux absorbé le choc de la récession mondiale de ces années-là. Le recul de l’emploi industriel est plus marqué en Haute-Normandie (– 11,7 % contre – 7,2 % en Basse-Normandie entre 2007 et 2010). Le recul dans les activités de transport et d’entreposage est également très fort en Haute-Normandie (baisse d’un cinquième de la valeur ajoutée du secteur entre 2007 et 2009).

Cependant, le rebond de l’activité s’affirme dès 2010 au nord de la Seine. Ainsi, en 2012, la valeur ajoutée industrielle haut-normande dépasse déjà de 11 % son niveau de 2007. Ce n’est pas le cas en Basse-Normandie, où le recul de 2008-2009 est comblé seulement en 2012.

Entre fin 2007 (point haut de l’emploi) et fin 2010, l’emploi a baissé de 2 % en Basse-Normandie et de 3 % en Haute-Normandie. Sur la période 2010 à 2013, l’emploi se stabilise presque en Basse-Normandie mais conserve une dynamique négative en Haute-Normandie (- 1,1 %). La Haute-Normandie, notamment du fait de sa spécialisation industrielle marquée, traverse donc des années plus difficiles pour ce qui concerne l’emploi que la Basse-Normandie. En revanche, elle connaît depuis des années une forte croissance de l’emploi dans les services non marchands (administration, santé, action sociale, éducation). Entre la fin des années 1980 et 2013, l’emploi dans ces secteurs a crû d’un tiers en Haute-Normandie et d’à peine 20 % en Basse-Normandie. Cette croissance semble se poursuivre en Haute-Normandie, alors qu’elle est atone en Basse-Normandie.

Figure_2 – En Haute-Normandie, les services non marchands au secours de l’industrie - Évolution de l’emploi régional (%)

  • Source : Insee, estimations d'emploi, lieu de travail

L’agroalimentaire et le tourisme, points forts de la Basse-Normandie

La nouvelle région bénéficiera aussi des atouts apportés par la Basse-normandie. Parmi ceux-ci figure le tourisme. A la veille de la réunion des deux régions, la Basse-Normandie affiche un taux d’emploi lié au tourisme assez fort (3,9 % de l’emploi total), supérieur au taux haut-normand (2,1 %). Sur certaines parties du littoral du Calvados et de la Manche, ce taux est encore supérieur (5,9 % dans la zone d’emploi de Honfleur). En 20 ans, la richesse créée dans les activités de restauration et d’hébergement a doublé en Basse-Normandie. L’industrie agroalimentaire, qui pèse 4 % de l’emploi salarié et le quart de la valeur ajoutée industrielle en Basse-Normandie contre 2 % et 11 % en Haute-Normandie, est un autre point fort de la région bas-normande. Cette industrie se développe grâce à l’innovation et à la conquête de marchés extérieurs. C’est un facteur important de développement local.

Pour en savoir plus