Une réévaluation du travail frontalier lorrain au Luxembourg : l’apport de données longitudinales

Gérard MOREAU et Gilles HOUNYEME

Le travail frontalier lorrain vers le Luxembourg n’a pas d’équivalent dans les autres régions françaises. Il impacte considérablement l’activité dans le nord de la Lorraine. Les mesures usuelles de ces flux quotidiens en fournissent une vision partielle, voire sous-estimée. Une réévaluation sur la base de données longitudinales révèle l’ampleur de l’impact humain et professionnel de ce phénomène. En Lorraine, plus de 140 000 personnes ont été concernées par le travail frontalier vers le Luxembourg sur la période 2001-2006. Ces actifs connaissent au Grand-Duché des parcours hétérogènes. Certains y ont travaillé épisodiquement, en intérim notamment, ceux-là même qui subissent les conséquences de la crise économique actuelle. En revanche, près de 45 000, spécifiques en termes d’âge et de secteur d’activité, étaient engagés dans des trajectoires professionnelles durables au Luxembourg entre 2001 et 2006. Toutefois, les trajectoires longues sont diversement favorables sur le plan salarial en fonction de caractéristiques individuelles telles que le salaire initial, le secteur d’activité, l’âge et le genre. Ainsi, «toutes choses égales par ailleurs», le fait d’être une femme ou un senior de plus de 55 ans freine les évolutions du revenu salarial. Des mobilités résidentielles accompagnent les trajectoires professionnelles des frontaliers. Ces déménagements ne paraissent pas obéir à des stratégies systématiques de relocalisation réduisant les coûts de transport liés aux navettes domicile-travail.

Economie Lorraine
No 194-95
Paru le : 04/12/2009