Le festival de la bande dessinée : un pic d’activité pour l’hôtellerie charentaise

Florence Blanché et Jean-Pierre Ferret (Insee)

Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême représente un événement important qui a un impact significatif pour l’hôtellerie. Pendant la période du salon, les taux d’occupation des hôtels peuvent tripler certains jours. Les hôtels d’Angoulême bénéficient pleinement du festival mais aussi ceux de l’aire urbaine et, dans une moindre mesure, ceux du reste de la Charente.

Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême est le plus important festival de bande dessinée d’Europe. Tous les ans depuis 1973, il associe en janvier expositions, débats, rencontres et séances de dédicace des auteurs. Les expositions, spectacles ou espaces commerciaux sont disséminés dans une trentaine de lieux différents à travers la ville dont une exposition phare au musée de la bande dessinée. En 2015, le festival s’est déroulé du jeudi 29 janvier au dimanche 1er février et a attiré environ 200 000 visiteurs.

Des taux d’occupation jusqu’à trois fois supérieurs au remplissage habituel

En dehors des personnes qui visitent le salon de la bande dessinée sur une seule journée, ceux qui choisissent de rester plusieurs jours dorment généralement à proximité du lieu de la manifestation. Principalement les jeudi, vendredi, samedi et, dans une moindre mesure, le dimanche soir (soit les 29, 30, 31 janvier et le 1er février pour 2015).

Le festival de la bande dessinée dynamise ainsi fortement la fréquentation des hôtels de la ville-hôte et de ses environs. La comparaison des taux d’occupation des hôtels de l’aire urbaine d’Angoulême pour chacun des quatre jours du festival avec ceux des mêmes jours de la semaine précédant ou suivant le festival illustre clairement cet impact (figure 1). En effet, les taux d’occupation passent de 54 % en moyenne à 94 % le jeudi, de 21 % à 93 % le vendredi et de 20 % à 90 % le samedi, soit près de cinq fois plus qu’un samedi habituel de janvier. Seul le dimanche, dernier jour du festival, bénéficie moins de l’événement, avec une hausse de taux d’occupation de seulement 18 points, soit tout de même plus du double par rapport aux dimanches les plus proches. Le gain sur la journée du jeudi est également moins fort car c’est traditionnellement une journée qui profite déjà pleinement de la clientèle d’affaires.

figure_1 – Taux d'occupation moyens des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême

(en %)
Taux d'occupation moyens des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême
Semaine d'avant (du 22 au 26 janvier) Semaine du festival (du 29 janvier au 1er février) Semaine d'après (du 5 au 8 février)
Jeudi 48,9 94 59,4
Vendredi 18,5 92,7 23,8
Samedi 18 89,6 21
Dimanche 16,7 33,6 13,5
  • Sources : Insee, DGE, partenaires régionaux

figure_1 – Taux d'occupation moyens des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême

Une influence qui s’étend bien au-delà de la seule ville d’Angoulême

La capacité d’accueil de la ville d’Angoulême est saturée pendant toute la période du salon, hormis le dimanche soir. Ainsi, visiteurs et professionnels du salon sont aussi accueillis dans la proche périphérie de la ville, qui propose une offre en chambres importante, et même un peu plus loin encore : si le taux d’occupation moyen sur la durée totale du festival est de plus de 80 % à Angoulême (en intégrant le dimanche soir), il s’établit à 73 % sur l’aire urbaine (hors Angoulême) et à 55 % sur le reste de la Charente. Au total, sur l’ensemble du département, le taux est de 71 % pendant le festival alors qu’il n’est plus que de 33 % pour les mêmes jours de la semaine suivante (du 5 au 8 février 2015) (figure 2).

figure_2 – Les hôtels de Charente ouverts en janvier et février 2015

  • (*) voir référentiel.
  • Sources : Insee, DGE, partenaires régionaux

En Charente, un quart des nuitées du mois de janvier sont réalisées pendant le festival

Le nombre total des chambres occupées pendant les quatre jours du festival dépasse les 1 300 sur la seule ville d’Angoulême, atteint les 3 000 sur l’aire urbaine d’Angoulême et s'élève à plus de 4 800 sur l’ensemble du département. C’est quasiment trois fois plus qu’en temps normal.

Dans l’hôtellerie, le nombre de nuitées enregistrées pendant le festival est évalué à 2 300 pour la ville-hôte, à environ 5 000 sur l’aire urbaine d’Angoulême et jusqu’à 8 000 sur l’ensemble de la Charente, soit environ ¼ de l’ensemble des nuitées du mois de janvier.

Les nuitées supplémentaires (en plus des nuitées habituelles) générées par la présence du festival pendant ces quatre jours sont évaluées à près de 5 000 sur l’ensemble de la Charente. Ainsi, sur les 30 600 nuitées du mois de janvier, près de 15 % sont dues à la présence du festival.

Des effets avant et après le festival

S’il est entièrement dû à la présence du festival, le surplus de clientèle enregistré pendant les quatre jours de la manifestation se compose d’une clientèle touristique venue à l’occasion du salon, mais aussi d’une clientèle professionnelle directement liée au festival (exposants, journalistes, techniciens, etc.). Une partie d'entre elle se trouve sur les lieux de la manifestation bien avant son ouverture et reste bien après sa fermeture.

La comparaison des taux d’occupation moyens hebdomadaires de l’aire urbaine d’Angoulême avec un référentiel (voir méthodologie) montre que le festival stimule la fréquentation hôtelière en début d’année, principalement lors des semaines 4, 5 et 7 (figure 3). Cette clientèle se compose en particulier de techniciens présents dès la 2e semaine de janvier et d’exposants qui installent leurs stands la semaine précédant le festival. Ainsi, pendant la semaine du 19 au 25 janvier, l’hôtellerie de l’aire urbaine d’Angoulême enregistre des taux d’occupation moyens déjà très élevés. Principalement les 20 et 21 janvier, où les taux d’occupation tournent autour des 85 %.

Bien entendu, les retombées de la manifestation au niveau des hébergements ne concernent pas que l’hôtellerie. Visiteurs et professionnels du festival utilisent tous les autres modes offerts : gîtes, chambres d’hôtes, appart’hôtels, auberges de jeunesse, voire meublés.

figure_3 – Taux d'occupation moyens hebdomadaires des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême comparé au référentiel (*)

taux d'occupation (en %)
Taux d'occupation moyens hebdomadaires des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême comparé au référentiel (*)
Numéros de semaines (janvier et février 2015) AU d'Angoulême Référentiel
1 22,5 26
2 44,3 44,4
3 50,3 50,6
4 54,9 52
5 88,8 52,3
6 49,7 52
7 54,7 51,6
8 50,6 52,9
9 45,3 50,1
  • (*) voir méthodologie
  • Sources : Insee, DGE, partenaires régionaux

figure_3 – Taux d'occupation moyens hebdomadaires des hôtels de l'aire urbaine d'Angoulême comparé au référentiel (*)

Sources

Cette étude s’appuie sur l'enquête mensuelle sur la fréquentation hôtelière. Elle est réalisée par l’Insee en collaboration avec la Direction Générale des Entreprises (DGE), ministère en charge du tourisme et les partenaires régionaux dont l’ADT de la Charente.

Dans cette source, la donnée journalière des chambres occupées permet d’étudier la fréquentation quotidienne des établissements. Le nombre de nuitées n’étant disponible qu’au niveau du mois, les nuitées générées par le surplus des chambres occupées pendant la durée du festival ont ici fait l’objet d’une estimation.

Un référentiel a été utilisé pour la figure 3. Il est constitué des aires urbaines de Laval (Mayenne) et de Limoges, comparables par leur nature et leur fréquentation touristique. Il permet de mesurer rigoureusement l’impact du festival.

Pour en savoir plus

Ferret J.P., Repli de la clientèle française dans l’hôtellerie du Poitou-Charentes en 2014 , Insee Flash n° 9, avril 2015.

Ferret J.P., L’hôtellerie en plein air du Poitou-Charentes retrouve des couleurs en 2014 , Insee Flash n° 5, février 2015.