Population immigrée : une main-d’œuvre plus européenne

Marie-Pierre Nicolaï, Insee

En 2012 en Corse, un habitant sur dix est un immigré, une part supérieure à la moyenne nationale. Plus européenne qu’au cours de la décennie précédente, cette population conserve les caractéristiques d’une immigration de travail. Comptant plus d’hommes que de femmes, essentiellement d’âge actif, les immigrés occupent des emplois peu qualifiés, cantonnés dans certaines activités, notamment la construction et l’agriculture. Enfin, leur part est la plus élevée dans le Sud de l’île et en Balagne.

Un habitant de Corse sur dix est immigré

En 2012, 32 000 personnes immigrées résident en Corse, soit 10 % de la population insulaire. Cette proportion est supérieure à la moyenne française (8,8 %), mais l’écart s’amoindrit. Depuis 1999 en effet, la part d’immigrés reste stable en Corse, elle augmente en revanche de 1,4 points au niveau national. Avec 10,3 % d’immigrés en Haute-Corse et 9,9 % en Corse-du-Sud, les deux départements insulaires se situent parmi les 20 départements métropolitains où la population immigrée est la plus importante. Loin derrière les départements franciliens (entre 14 et 28 %), la part d’immigrés en Corse est comparable à celle de départements frontaliers tels que les Pyrénées Orientales, le Bas-Rhin, la Moselle, ou méditerranéens tels que les Bouches du Rhône ou le Vaucluse.

1 – Les départements corses parmi ceux où la présence d'immigrés est la plus élevée

Source : Insee, Recensement de la population 2012.

Une immigration plus européenne

Europe et Afrique sont les deux principaux continents d’origine structurant la population immigrée résidant en Corse. Toutefois, depuis 1999, le rapport s’est inversé. En 2012, 51 % des immigrés sont natifs d’un pays européen, contre 46 % d’origines africaines diverses.

Le Maroc se situe toujours au premier rang des pays de naissance : 10 500 immigrés en sont originaires. Bien que stable en nombre, leur part dans la population immigrée insulaire (33 %) diminue nettement depuis 1999 (42 %). A l’inverse, la communauté portugaise croît fortement, sa part dans la population immigrée passe de 12 % en 1999 à 23 % en 2012, avec 7 500 personnes.

La proximité géographique de la Corse avec l’Italie et la Sardaigne a longtemps favorisé l’immigration italienne. Cette communauté de 4 200 personnes, ne représente plus en 2012 que 13 % des immigrés contre 19 % en 1999. Enfin, conséquence directe de la construction européenne, 10 % des immigrés sont à présent originaires d’un autre pays de l’Union européenne (UE à 27).

Figure 2 – Une immigration qui se transforme

%
Une immigration qui se transforme
1999 2012
Ensemble Europe 42,9 51,0
dont Portugal 12,3 23,3
dont Italie 18,7 13,2
dont autres UE 7,6 12,3
dont autres pays européens (hors UE) 4,2 2,2
Ensemble Afrique 54,5 45,5
dont Maroc 41,9 32,7
dont Algérie, Tunisie autres pays africains 12,6 12,8
Autres pays 2,6 3,6
  • Source : Insee, Recensements de la population 1999 et 2012.

Figure 2 – Une immigration qui se transforme

Une population essentiellement masculine et active

Dans la région, l’immigration est plutôt une immigration de main-d’œuvre. En effet, les femmes y sont moins présentes qu’en moyenne régionale (45 % contre 51 %), et la part des moins de 15 ans et des plus de 65 ans y est plus faible. La population en âge de travailler, de 15 à 64 ans, y est largement supérieure à la moyenne régionale (80 % contre 64 %).

Le taux d’activité des hommes est ainsi plus élevé chez les immigrés. En 2012, il est de 80 % chez les 15-64 ans contre 75 % au niveau régional. Équivalent à celui de l’ensemble des hommes actifs de la région entre 25 et 54 ans (90 %), il est en revanche supérieur chez les 15-24 ans (69 % contre 49,5 %) et les plus de 55 ans (57 % contre 52 %). En revanche, les femmes immigrées sont moins présentes sur le marché du travail qu’en moyenne (50 % contre 64 %).

Des emplois peu qualifiés

Les immigrés en emploi représentent 12 % des emplois de la région. Peu diplômés (la moitié déclare ne posséder aucun diplôme), ils sont surreprésentés parmi les ouvriers et employés (77 % contre 56 % en moyenne régionale). La répartition par secteur d’activité les distingue fortement de la population active régionale, principalement embauchée dans le tertiaire (80 %). Ils travaillent le plus souvent dans la construction (36 % des actifs immigrés) où ils occupent 37 % des emplois. Dans les services, ils sont concentrés sur un petit nombre de secteurs d’activité. En particulier, ils sont présents dans l’hébergement et restauration (14 % des effectifs), les activités liées à la sécurité, services aux bâtiments et autres activités de soutien (21 %). Enfin, l’agriculture est un employeur privilégié de la main-d’œuvre immigrée. S’ils ne sont que 5 % à être salariés agricoles, ils occupent 18 % de l’emploi du secteur.

Forte implantation au Sud de l’île et en Balagne.

C’est dans la zone d’emploi de Porto-Vecchio que la part des immigrés dans la population est la plus élevée (18 %). Parallèlement, ils représentent 13 % de la population de la zone sartenaise. Dans ces deux zones, ils constituent un important réservoir de main-d’œuvre dans la construction : plus de 40 % des actifs immigrés y travaillent. La zone de Ghisonaccia-Aléria abrite 13 % d’immigrés. Si la construction reste leur premier employeur, la prépondérance du secteur agricole dans cette région offre des emplois à un quart des actifs.

Calvi et L’Île-Rousse constituent, avec 16 % d’immigrés, la seconde zone de Corse où leur présence est la plus importante. La moitié des actifs sont militaires dans la légion étrangère basée à Calvi. Enfin, Corte, Ajaccio et Bastia sont proportionnellement moins concernées, même si les aires urbaines d’Ajaccio et Bastia concentrent plus de la moitié de la population immigrée de l’île.

3 – La main d'oeuvre immigrée importante dans la construction et l'agriculture

  • Source : Insee, Recensements de la population 2012.
  • Source : Insee, Recensements de la population 2012.

Encadré

13 000 familles

En 2012, 13 000 familles d’immigrés résident en Corse, soit 14 % des familles de la région. Ce sont plus souvent des familles nombreuses : 13 % ont 3 enfants ou plus, contre 5 % pour l’ensemble des familles insulaires. Elles rassemblent au total 41 000 personnes dont 42 % ne sont pas immigrées. En effet, en raison de mariages mixtes, un conjoint sur cinq n’est pas immigré. C’est également le cas pour trois enfants sur quatre qui sont nés en France.

Définitions

Résidences principales : logements occupés de façon habituelle et à titre principal par le ménage.

Résidences secondaires : logements utilisés pour les week-ends, les loisirs ou les vacances.

Logements vacants : logements disponibles pour la vente ou la location, logements neufs achevés mais non encore occupés.

Logements occasionnels : logements utilisés une partie de l'année pour des raisons professionnelles.

Immeuble collectif : bâtiment qui comprend au moins deux logements.

Logement individuel : construction qui ne comprend qu'un logement (maison).

Type de logement : maison, appartement, logement-foyer, chambre d’hôtel, habitation de fortune, pièce indépendante

Famille monoparentale : comprend un parent isolé et un ou plusieurs enfants célibataires (n'ayant pas d'enfant).

Pour en savoir plus

« Atlas des populations immigrées en Corse », Insee, Fond d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (Fasild), mai 2004

« Les immigrés récemment arrivés en France », Insee Première n° 1524, novembre 2014