Renouvellement urbain et politique de la villeSix projets pour améliorer le cadre de vie de 46 000 Réunionnais

Véronique Daudin et Stéphanie Lieutier, Insee

Les nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville ont été définis fin 2014 à La Réunion. Nécessairement urbains, ces quartiers concentrent généralement une population très pauvre. Ils abritent un Réunionnais sur cinq, qui résident souvent dans des zones d'habitat social. La taille des quartiers prioritaires est très variable. Trois d'entre eux, situés au Port, à Saint-Denis et à Saint-Benoît, dépassent 10 000 habitants. Le plus petit, situé à Saint-Pierre, ne compte que 1 000 habitants. Dans ces quartiers prioritaires, six projets ont été retenus au titre du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) 2014-2024. L'objectif est d'y résorber les dysfonctionnements socio-urbains repérés. Ces projets concernent des quartiers d'intérêt national au sein de six communes : Saint-Denis, Saint-André, Saint-Benoît, Le Port, Saint-Louis et Saint-Pierre. Ces quartiers ont été sélectionnés selon des logiques de continuité du territoire, de redynamisation de centre-ville, d'amélioration de l'habitat ou de désenclavement. Ils abritent environ 46 000 habitants et présentent souvent une surreprésentation de populations pauvres.

Renouvellement urbain et politique de la ville

À La Réunion, 48 quartiers prioritaires ont été identifiés dans le cadre de la réforme de la politique de la ville (encadré 1). Un quarante-neuvième quartier, celui de Domenjod, rejoindra prochainement le dispositif (figure 1).

L'objectif de la politique de la ville est d'assurer une meilleure égalité entre les territoires, de réduire les écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines et d'améliorer les conditions de vie de la population. À compter de 2015, les quartiers politique de la ville (QPV) sont désormais l'unique zonage officiel en matière de précarité urbaine. Ils bénéficieront de programmations spécifiques d'aménagement ou d'amélioration du cadre de vie.

Figure 1 – Treize communes concernées par la politique de la ville - Répartition des quartiers prioritaires de la ville à La Réunion par population

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Un Réunionnais sur cinq vit dans un quartier prioritaire

162 600 personnes habitent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, soit un Réunionnais sur cinq. En France métropolitaine, un habitant sur quinze est concerné par la nouvelle mesure.

Les quartiers politique de la ville remplacent les anciens zonages tels que les quartiers faisant l'objet de contrats urbains de cohésion sociale (Cucs), les zones urbaines sensibles (ZUS) ou les zones franches urbaines (ZFU) (encadré 2). La population concernée par ces nouveaux quartiers est moins nombreuse que celle des quartiers en Cucs (237 800 habitants), mais couvre un champ plus large que les ZUS (121 200 personnes). Désormais, le zonage est unique et concentre les moyens financiers sur une population plus resserrée.

Les quartiers sont plus nombreux dans la zone Sud (18 QPV) (figure 2). La population concernée par micro-région est proportionnelle à celle recensée, sauf dans la micro-région Est, qui regroupe 21 % de la population de l'île mais seulement 15 % de la population en quartier prioritaire. La taille des quartiers est très variable, allant de 1 030 habitants dans le quartier Condé - La Concession de Saint-Pierre à 24 600 habitants dans le quartier 1re et 2e couronne du Port (figure 3). Les trois quarts des quartiers prioritaires abritent moins de 3 000 habitants ; trois d'entre eux dépassent les 10 000 habitants (1re et 2e couronne du Port, Sainte-Clotilde - Le Chaudron, Rive Droite de Saint-Benoît) et concentrent à eux seuls un tiers de la population concernée par la politique de la ville.

Les QPV les plus denses sont pour la plupart situés dans la région Nord, qui abrite 27 % des Réunionnais vivant dans un quartier prioritaire. Les quartiers prioritaires de l'Est sont caractérisés quant à eux par des centres-villes très pauvres. En effet, la moitié des habitants des centres-villes de Saint-André et de Saint-Benoît ont un revenu inférieur à 4 500 euros annuels par unité de consommation (UC) (définitions). L'Ouest abrite 28 % de la population en quartier prioritaire. L'imposant quartier du Port contraste avec les petits quartiers de La Possession et de Saint-Paul.

Dans le Sud, 50 000 habitants sont concernés, soit un tiers de la population totale en quartier prioritaire. Quatre communes regroupent 18 quartiers, dont 16 ont moins de 4 000 habitants. Le Tampon entre dans la politique de la ville avec quatre quartiers.

Figure 2 – Des quartiers plus denses à la Cinor - Population et densité des nouveaux quartiers prioritaires par EPCI

Des quartiers plus denses à la Cinor - Population et densité des nouveaux quartiers prioritaires par EPCI
Liste des nouveaux quartiers prioritaires Population Nombre d'hab. Densité Hab./km²
Territoire de la Côte Ouest (TCO) Le Port : 4e Couronne, 1re et 2e Couronne La Possession : Cœur de Saint-Laurent Saint-Leu : Portail - Bois de Nèfles Saint-Paul : Plateau Caillou Centre, Fleurimont, Éperon, Grande Fontaine, Savanna Kayamb - Corbeil bout de l'Étang, Périphérie du Centre Ville 45 070 8 420
Communauté Intercommunale du Nord de La Réunion (Cinor) Sainte-Marie : Le Verger - La Découverte, Gaspard - La Réserve Saint-Denis : Le Bas de La Rivière, Le Bas Maréchal Leclerc, Le Butor, Vauban, La Source - Bellepierre, Les Camélias, Sainte-Clotilde - Le Chaudron, Moufia Les Bas, Primat, Moufia Les Hauts, Domenjod Sainte-Suzanne : Bel Air Centre Ville Village Desprez, Bagatelle 43 400 11 630
Communauté Intercommunale des Villes Solidaires (Civis) Saint-Louis : Le Gol, Centre Ville, La Rivière, Roche Maigre, Bois de Nèfles Cocos Saint-Pierre : Bois d'Olives, Ravine des Cabris, Ravine Blanche, Basse Terre - Joli Fond, Terre Sainte, Condé - La Concession 37 330 6 050
Communauté Intercommunale de l'Est (Cirest) Saint-André : Cressonnière - Manguiers, Centre Ville, Petit Bazar - Chemin du Centre - Fayard, Cambuston Centre Saint-Benoît : Sainte-Anne, Rive Droite de Saint-Benoît 24 030 6 240
Communauté d'Agglomération du Sud (CASud) Saint-Joseph : Cayenne - Butor - Les Quais, Centre Ville - Cités, Langevin Le Tampon : La Châtoire, Les Trois Mares, Les Araucarias, Centre Ville 12 780 5 030
  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Figure 3 – Des disparités marquées entre les nouveaux quartiers prioritaires - Quartiers aux valeurs extrêmes selon les critères d'éligibilité

Des disparités marquées entre les nouveaux quartiers prioritaires - Quartiers aux valeurs extrêmes selon les critères d'éligibilité
Critère Quartier de la politique de la ville ayant la mesure :
la plus basse la plus haute
Revenu médian annuel La Châtoire (Le Tampon) Bel Air Centre Ville Village Desprez (Sainte-Suzanne) : 4 000 € par UC Sainte-Anne (Saint-Benoît) : 7 800 € par UC
Population Condé - La Concession (Saint-Pierre) : 1 030 habitants 1re et 2e Couronne (Le Port) : 24 600 habitants
Superficie Cœur de Saint-Laurent (La Possession) : 5 ha 1re et 2e Couronne (Le Port) : 188 ha
Densité Langevin (Saint-Joseph) : 2 500 habitants/km2 Vauban (Saint-Denis) : 25 700 habitants/km2
  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Des revenus particulièrement bas

Les quartiers prioritaires concernent une population particulièrement pauvre. Dans chacun de ces quartiers, la moitié des habitants vit avec moins de 7 900 euros par an par UC (moins de 660 euros par mois), soit un revenu médian inférieur d'au moins 2 600 euros par rapport à celui de l'ensemble des Réunionnais (10 500 euros par an). Selon les quartiers prioritaires, ce revenu s'échelonne de 4 000 euros à 7 800 euros. Les quartiers les plus pauvres se distinguent par un revenu médian très faible, inférieur à 5 000 euros par an par UC. Certains centres-villes sont concernés, comme ceux de Sainte-Suzanne, Saint-André ou Saint-Louis. Mais ces quartiers à très faibles revenus comportent surtout une forte composante en habitat social : La Châtoire et Les Araucarias au Tampon, Le Gol à Saint-Louis, Primat et Le Butor à Saint-Denis, Basse Terre - Joli Fond et Condé - La Concession à Saint-Pierre, Rive Droite de Saint-Benoît. Tous les quartiers prioritaires abritent des logements sociaux. Vingt d'entre eux, qui abritent plus de 100 000 habitants, en sont majoritairement composés. La propriété individuelle domine dans onze autres quartiers, où résident 21 000 personnes. Ces quartiers sont principalement situés à proximité ou en périphérie des centres-villes comme Bois d'Olives à Saint-Pierre ou Bagatelle à Sainte-Suzanne. Six quartiers situés à Saint-Denis, à Sainte-Marie ou au Tampon sont composés majoritairement d'habitat locatif privé et regroupent 11 000 habitants. Enfin, 28 000 personnes vivent dans onze quartiers d'habitat mixte. Ces derniers sont situés en centre-ville ou en périphérie, comme par exemple Le Gol à Saint-Louis ou le centre-ville de Saint-Joseph.

Un nouveau programme national de renouvellement urbain

Dans le cadre de la politique de la ville, six projets d'intérêt national sont retenus à La Réunion par l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) au titre du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). Chaque projet retenu concerne un ou plusieurs quartiers prioritaires, en totalité ou en partie. Au niveau national, ce programme mobilise 5 milliards d'euros et concerne 200 quartiers d'intérêt national qui présentent les dysfonctionnements socio-urbains les plus prégnants, notamment l'absence d'équipements, la vétusté du bâti et l'enclavement. Il sera mis en oeuvre sur la période 2014-2024. Ces six projets ne faisaient pas partie du programme de rénovation urbaine antérieur (2003-2013). Ils concernent des périmètres d'étude qui abritent une population totale de 46 000 habitants.

À Saint-Denis, le projet s'inscrit dans une logique de continuité

Le Projet de rénovation urbaine de la zone Nord Est littoral (Prunel) s'inscrit dans la continuité géographique et sociale du programme de rénovation urbaine précédent qui était centré sur le quartier des Camélias (figure 4). Le périmètre d'étude s'étend sur 170 hectares et concerne environ 11 000 habitants, soit 8 % de la population communale.

Situé entre le centre-ville, secteur commercial attractif, et les quartiers de Sainte-Clotilde et du Chaudron, il n'a jamais fait l'objet de stratégie globale d'aménagement. Pourtant, les densités de population et d'habitat social y sont particulièrement élevées. En revanche, les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) n'y sont pas plus présents que dans l'ensemble de l'île.

Le parc de logements est constitué majoritairement de locatif social collectif, entrecoupé de secteurs d'habitat individuel. De nombreux logements individuels ont en effet résisté à la densification et créent une mosaïque d'habitats de types différents. La densité de population et le positionnement central de ce secteur justifient la recherche d'une cohérence urbaine d'ensemble afin d'en développer l'attractivité et la qualité de vie. Des équipements culturels en cours de réalisation, tels que La Fabrik ou la Cité des Arts, marquent les prémices du renouvellement du quartier.

Figure 4 – NPNRU Vauban - Butor (Prunel) à Saint-Denis

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Le centre-ville de Saint-André recherche une nouvelle cohérence

Le projet NPNRU de Saint-André se compose d'un centre ville économique vieillissant et d'un quartier d'habitat social très dense(figure 5). Le bâti social est contrasté, composé à la fois d'ensembles anciens, bâtis avant 1960, et d'autres plus récents, achevés au cours des années 2000. Le projet concerne près de 10 000 habitants, soit environ 18 % de la population communale. Le nombre d'habitants y est stable depuis 1999. Les ménages de personnes seules et âgées ainsi que les bénéficiaires de la CMU sont surreprésentés sur cette zone particulièrement pauvre.

Les ensembles scolaires occupent une emprise importante au coeur de la ville et répondent peu aux besoins de la population du centre-ville. Les espaces publics restent aussi peu valorisés. L'enjeu réside dans le rattachement de ce quartier au centre-ville historique afin de requalifier le centre-ville économique et d'apporter une cohérence et une dynamique nouvelle.

Figure 5 – NPNRU Centre-ville de Saint-André

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Un nouvel essor économique à trouver pour la zone Rive Droite - Beaufonds de Saint-Benoît

Àproximité du centre-ville de Saint-Benoît, le projet NPNRU Rive Droite - Beaufonds est situé dans le prolongement du quartier de Bras Fusil (figure 6). Le parc de logements sociaux anciens y est majoritaire. Comme à Saint-André, l'habitat social prédomine dans le centre-ville. En revanche, il est devenu minoritaire au sud de la zone après avoir fait l'objet de programmes d'accession à la propriété. Le centre de la zone est le plus ancien avec des constructions érigées en masse au début des années 60. Un quart de la population communale (environ 9 000 personnes) vit dans ce quartier, sur une superficie de 300 hectares. Les bénéficiaires de la CMU y sont très nombreux. Les opérations immobilières privées sont rares et l'absence d'espaces publics ou leur manque d'aménagement freinent l'attractivité. À proximité du front de mer, autour de Beaufonds, quelques zones d'habitat insalubre perdurent mais sont en cours de résorption. L'activité économique se limite à quelques commerces de proximité assez dispersés. Les seuls équipements significatifs présents sont les établissements scolaires, peu intégrés au quartier.

Figure 6 – NPNRU Rive Droite - Beaufonds de Saint-Benoît

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Ariste Bolon au Port, un quartier déshérité mais qui occupe une position stratégique

Au Port, le projet NPNRU s'étend sur 30 hectares et abrite environ 3 000 habitants, soit 8 % de la population communale (figure 7). Situé au sud du Port, il s'est structuré dans les années 1970 et 1980 avec la construction de plus de 1 200 logements sociaux qui ont permis de résorber un important bidonville. Ce quartier a été identifié comme prioritaire dans le cadre du Plan intercommunal de lutte contre l'habitat indigne (Pilhi). L'état du parc locatif, social comme privé, y est jugé préoccupant, nécessitant la programmation d'opérations de démolition. D'ores et déjà, un groupe d'immeubles concernant 144 logements sociaux a fait l'objet d'un arrêté de péril, et ses habitants ont été relogés.

Le secteur est uniquement résidentiel, très isolé du reste de la ville et en partie enclavé. Il ne dispose d'aucun équipement en dehors des établissements scolaires et les rares commerces sont implantés à sa périphérie. Le quartier est traversé par un seul axe structurant qui a fait l'objet d'une requalification récente avec rénovation des réseaux. Les autres voies, principalement des impasses ou des ruelles, assurent mal la desserte du quartier. Celui-ci occupe pourtant une position stratégique en raison de sa proximité avec les grands axes routiers structurants.

Figure 7 – NPNRU Ariste Bolon au Port

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Bois d'Olives Saint-Pierre, un quartier à structurer et à équiper

Le projet NPNRU de Bois d'Olives se situe au nord-ouest de Saint-Pierre dont il constitue une zone d'environ 8 000 habitants, soit 10 % de la population communale (figure 8). Le quartier est très jeune et plus pauvre dans sa partie située à l'est, où les jeunes de moins de 18 ans et les allocataires de la CMU sont surreprésentés. Les logements individuels prédominent, mais ils sont souvent anciens. Le parc social construit dans les années 80 dans le cadre d'une zone d'aménagement concerté (ZAC) est important au sud du secteur. Le territoire de Bois d'Olives est marqué par l'étalement urbain, héritage de la mutation de grands domaines ruraux réalisée sans intervention publique en matière de structuration et de densification. De ce fait, les voies ne sont pas hiérarchisées et il n'existe pas de coeur de quartier identifiable. La structure urbaine ne répond plus aux besoins de la population qui a fortement augmenté, de 2 000 habitants entre 1999 et 2011. Les seuls équipements de proximité sont les établissements scolaires, les commerces étant peu nombreux. La voirie n'est pas adaptée, aussi bien au volume du trafic routier qu'au partage des espaces avec les piétons et les deux roues. La desserte en transports en commun semble insuffisante par rapport à l'éloignement du centre-ville.

Figure 8 – NPNRU de Bois d'Olives à Saint-Pierre

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Au Gol à Saint-Louis, des familles nombreuses et un habitat social ancien

Le secteur NPNRU du Gol à Saint-Louis est un ancien bourg rural. La réorganisation des domaines agricoles a conduit à sa densification urbaine dans les années 1960 et 1970. Cette zone de 190 hectares est située en périphérie nord du centre-ville, dont elle est séparée par la ravine du Gol (figure 9). Elle abrite environ 5 000 habitants en 2011, soit 10 % de la population communale. Au sud du quartier, l'habitat social est organisé autour d'un espace central constitué d'espaces verts dégradés, de parkings et de zones de stockage d'ordures ménagères, sources de pollution. Les constructions datent des années 60 et 70 et abritent des familles nombreuses en situation de précarité. Au nord, l'habitat en propriété individuelle domine, mais des populations pauvres y habitent néanmoins.

Un unique petit centre commercial s'est installé au sud du quartier. Les commerces de proximité sont rares et fragiles. En dehors des écoles, aucun service public n'est présent, et le collège est difficilement accessible pour les élèves. Les espaces publics sont également peu adaptés au mode de vie urbain. Ce quartier dispose néanmoins de sites naturels et patrimoniaux qui constituent des atouts pour son développement.

Figure 9 – NPNRU du Gol à Saint-Louis

  • Source : Insee, Revenus fiscaux localisés 2011.

Encadrés

Encadré 1 : De nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville

Le décret n° 2014-1751 du 30 décembre 2014 fixe la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements d'outre-mer, à Saint-Martin et en Polynésie française. Ce texte réglementaire est pris pour application de l'article 5 de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. Le décret constitue un des points de changement important apportés par la réforme de la politique de la ville entamée dès la fin 2012.

Les enjeux de cette réforme sont de permettre une mobilisation des politiques publiques de droit commun afin de concentrer les moyens dans les quartiers denses et pauvres et de pouvoir donner une lisibilité des actions de la politique de la ville. Ils se traduisent désormais par des engagements contractualisés entre le ministère de la ville et les ministères de droit commun au travers de conventions d'objectif pour les quartiers de la politique de la ville (QPV). Les changements s'appliquent à plusieurs niveaux :

la nouvelle géographie prioritaire est plus resserrée pour exercer un meilleur effet de levier sur les conditions de vie des habitants. À La Réunion, le nombre de personnes qui résident dans les QPV est désormais de 162 600 habitants ;

cette nouvelle génération de contrats de ville mobilise largement les acteurs et s'inscrit dans une durée plus longue. Le futur contrat de ville formalisera le cadre unique pour les enjeux de cohésion sociale, de développement urbain et de développement économique. Il se traduit par la mobilisation de nombreux acteurs institutionnels (services et opérateurs de l'État, tous les niveaux de collectivités territoriales, Caisse des dépôts et de consignation, bailleurs sociaux, etc.), des acteurs de la société civile et des habitants des quartiers. Le contrat de ville est déterminé sur la durée des mandats électoraux pour mieux s'articuler avec les outils contractuels et de planification existants (documents d'urbanisme, contrat de plan État-région, programmation européenne, etc.) ;

les habitants seront associés à l'élaboration et au suivi des politiques qui les concernent. Ainsi, dans le cadre des contrats de ville, la création d'un conseil citoyen pour chaque quartier prioritaire est obligatoire. Ces derniers participeront à toutes les étapes de l'élaboration des futurs contrats de ville. Les maisons du projet, qui incluent les conseils citoyens, traduiront la participation des habitants pour les sites qui bénéficient des nouveaux programmes de renouvellement urbain.

Les quartiers ont été sélectionnés en raison de leur caractère urbain mesuré par une densité minimale de 2 000 habitants/km² et sur le faible niveau de revenus de leurs habitants. À LaRéunion, pour la sélection de ces quartiers, le revenu médian maximal a été fixé à 7 900 euros annuels (contre 11 250 euros en France métropolitaine) par unité de consommation (UC) (définitions). De plus, ces quartiers doivent être composés d'au moins 1 000 habitants et être situés sur une commune de plus de 15 000 habitants.

Encadré 2 : Les anciens zonages politique de la ville

Depuis les années 80, un grand nombre de dispositifs ont été mis en place pour lutter contre les difficultés sociales, économiques et urbaines de certains quartiers : habitat dégradé, chômage, échec scolaire, délinquance, enclavement, etc.

La loi « Pacte de relance pour la ville » de 1996 intervenait prioritairement en direction de l'économie et de l'emploi. Deux zonages prioritaires étaient alors créées :

les zones urbaines sensibles (ZUS) auxquelles sont associés des dispositifs fiscaux et sociaux ;

les zones franches urbaines (ZFU) qui permettent aux entreprises qui s'y installent de bénéficier d'un dispositif de franchise d'impôts.

Sur la période 2000-2006, des contrats de ville sont créés et la géographie prioritaire s'étend à de nouveaux quartiers : les quartiers d'initiative locale.

La politique de la ville connaît une évolution importante en 2003. La loi Borloo du 1er août crée l'Observatoire national des ZUS (Onzus) et l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru). Cette dernière a pour but de restructurer durablement les quartiers prioritaires. Elle prévoit de détruire et reconstruire 250 000 logements sociaux, ainsi que d'en réhabiliter 400 000.

Parmi ces dispositifs regroupés sous l'appellation « Politique de la ville » figurent les contrats urbains de cohésion sociale (Cucs). Les Cucs sont mis en place à partir de 2007, pour une durée de trois ans, renouvelable une fois. Ils s'articulent autour de trois principes : un cadre contractuel unique impliquant l'ensemble des échelons territoriaux, des priorités d'intervention (emploi et développement économique, habitat et cadre de vie, santé, éducation, prévention de la délinquance), une évaluation à mi-parcours. Les Cucs se sont appuyés sur un zonage complémentaire : les nouveaux quartiers prioritaires (NQP), définis en 2007.

L'imbrication de l'ensemble de ces zonages, en fin de décennie devient complexe et conduit au cumul de dispositifs aux enjeux quelquefois différents. Une simplification est mise en oeuvre à travers la création d'un zonage unique, cible prioritaire de l'ensemble des dispositifs politique de la ville.

Partenariat

Cette étude a été réalisée en partenariat avec la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion. Ont participé à la réalisation de cette étude : Sylvie Delabeye, Francis Ehrhart, Christophe Huss, Mathieu Saling (DEAL) ; Mikaël Guezelot (Préfecture Réunion).

Sources

La géolocalisation des données, c'est-à-dire l'affectation de coordonnées géographiques (X,Y) à une adresse, combinée à des méthodes statistiques spécifiques, permet de s'affranchir des limites géographiques habituelles. Elle offre une représentation sur un maillage continu du territoire formé de carreaux de 200 mètres par 200 mètres.

Les données de population, de surface et de densité des zones concernées par les NPNRU sont issues du Recensement de la population au 1er janvier 2011. Les chiffres résultent de l'agrégation des données de tous les Iris concernés par le secteur NPNRU.

Les cartes sur le parc de logementsmajoritaire des quartiers NPNRU sont réalisées à partir d'un outil méthodologique spécifique développé par l'Insee. Il permet de faire apparaître les discontinuités et disparités territoriales, comme les zones de surreprésentation de populations à bas revenus ou des bénéficiaires de CMU (source Cnam). Il permet également de cartographier des informations concernant l'ancienneté et la nature du bâti.

Le revenu médian par unité de consommation est issu du dispositif Revenus fiscaux localisés (RFL) 2011. Cette répartition géographique des revenus a servi à la définition des quartiers politique de la ville. Le seuil de confidentialité est fixé à 80 personnes par carreau de 200 mètres par 200 mètres. Les données de population par quartier politique de la ville sont aussi obtenues à partir de la source RFL.

Définitions

Le revenu médian est tel que la moitié de la population considérée dispose d'un revenu inférieur et l'autre moitié d'un revenu supérieur.

L'unité de consommation (UC) permet de comparer les revenus de ménages de tailles ou de compositions différentes en attribuant un coefficient à chaque membre du ménage. Cette pondération permet de tenir compte des économies d'échelle réalisées au sein d'un ménages de plusieurs personnes. L'échelle utilisée (dite de l'OCDE) retient la pondération suivante :

1 UC pour le premier adulte du ménage ;

0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ;

0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

Pour en savoir plus

Le ministère de la ville, de la jeunesse et des sports met à disposition des cartes interactives des quartiers prioritaires sur son site internet « ville.gouv.fr ».

Darriau V., Henry M. et Oswalt N., « Politique de la ville en France métropolitaine : une nouvelle géographie recentrée sur 1 300 quartiers prioritaires  », Insee Référence, France, portrait social, édition 2014.

Actif N. et Thibault P., « Les quartiers prioritaires de la ville - Des territoires en prise aux difficultés sociales », Insee Partenaires n° 9, août 2010.

« La politique de la ville, une décennie de réformes », Rapport public thématique de la Cour des comptes, juillet 2012.

Rapport annuel de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles, édition 2013.