La Châtaigneraie Limousine : entre villes et campagne, interdépendances et attractivité

Bruno Granet, Claude Mallemanche, Pascal Prévot, Geneviève Simonneau, Insee

Couvrant le sud-ouest de la Haute-Vienne et bordée par l’agglomération de Limoges, la Châtaigneraie Limousine s’inscrit dans une dynamique démographique positive. Elle est portée par le renforcement de l’attractivité migratoire qui contribue à atténuer le vieillissement de la population. La polarisation de l’emploi et la périurbanisation entraînent une augmentation des navettes domicile-travail vers l’agglomération de Limoges. La voiture occupe une place prépondérante dans ces déplacements. La dotation en commerces et services s’avère d’un bon niveau. Elle présente une répartition qui se structure autour de petits pôles urbains. Le principal défi pour ce territoire réside dans le maintien de l’attractivité en préservant le cadre de vie.

Insee Analyses Limousin
No 09
Paru le : 23/04/2015

La Châtaigneraie Limousine se situe au sud-ouest de la Haute-Vienne. Elle comprend la vallée de la Vienne au nord et s’étend jusqu’aux limites de la Charente à l’ouest, de la Dordogne au sud-ouest et de la Corrèze au sud-est. Avec 1 976 km2 et 87 000 habitants, la Châtaigneraie Limousine occupe 36 % de la superficie de la Haute-Vienne et rassemble près du quart de sa population. Elle comprend 73 communes regroupées en neuf communautés de communes (CC). Au sein du territoire, la dichotomie est marquée entre la partie nord, sous l’influence de l’agglomération de Limoges et le sud, plus rural, organisé autour de quelques pôles relais (Châlus, Saint-Yrieix-la-Perche).

Ce territoire de projet, composé du Pays de Saint-Yrieix Sud Haute-Vienne et de celui d’Ouest Limousin, s’est doté d’une stratégie de développement et de plans d’actions. La connaissance du contexte en matière de démographie, de déplacements domicile-travail et d’accès aux équipements a constitué des éléments utiles à leur définition.

Figure_1 – Les chiffres clefs de la Châtaigneraie Limousine

Les chiffres clefs de la Châtaigneraie Limousine
Châtaigneraie Limousine Référentiel Haute-Vienne
Population en 2012 87 019 --- 375 869
Population en 2011 86 473 --- 376 058
Taux annuel moyen de variation 2006-2011, en % 0,5 0,9 0,3
dû au solde naturel – 0,3 0,4 – 0,0
dû au solde migratoire 0,8 0,4 0,3
Part des 60 ans et plus en 2011, en % 31,5 24,2 28,2
Part des moins de 20 ans en 2011, en % 20,9 26,0 21,5
Population active totale en 2011 37 746 - 168 625
Part des actifs ayant un emploi, en % 90,9 88,4 88,5
Nombre de logements 43 930 - 212 358
Part des résidences principales, en % 78,9 86,4 83,6
Part des logements vacants, en % 9,7 7,9 8,9
Nombre de personnes par logement 2,2 2,4 2,1
Eloignement moyen aux équipements
Population à plus de 7 minutes de la gamme de proximité, en % 0,9 3,2 1,2
Population à plus de 15 minutes de la gamme intermédiaire, en % 2,4 1,7 4,9
Population à plus de 30 minutes de la gamme supérieure, en % 6,6 0,1 5,2
  • Source : Insee, Recensements de la population 2011 - BPE 2013 - Distancier Metric

Une croissance démographique portée par les échanges migratoires

Après des décennies de baisse de la population, depuis les années 2000, la tendance s’inverse. Comme dans le grand sud-ouest de la France, la Châtaigneraie Limousine s’inscrit dans une dynamique démographique positive. Cependant, elle reste moins favorable que celle de territoires similaires composant le référentiel de comparaison (méthodologie). Au 1er janvier 2012, la population s’établit à 87 000 habitants, soit un gain de près de 7 000 personnes par rapport à 1999. La croissance démographique récente est portée par le renforcement de l’excédent migratoire. Depuis trente ans, les arrivants sont plus nombreux que les partants. À partir des années 2000, le territoire renforce son attractivité : il gagne 800 habitants chaque année du seul fait des échanges migratoires, contre seulement 400 entre 1975 et 2000. Avec plus de décès que de naissances, le déficit naturel s’est creusé jusqu’en 1975, il a atteint un palier qui s’est prolongé jusqu’à la fin des années 1990. Depuis, il s’est atténué du fait d’une augmentation des naissances. Dans le référentiel de comparaison, le solde naturel est positif mais le solde migratoire est moins favorable.

Figure_2 – Une dynamique démographique globalement positive, plus marquée en périphérie de Limoges

  • Évolution annuelle de la population par commune entre 2007 et 2012
  • Source : Insee, Recensement de la population 2007 et 2012

La moitié des arrivants a moins de 30 ans

L’essentiel des migrations résidentielles s’opère avec le reste du Limousin, notamment le département de la Haute-Vienne. Qu’ils soient entrants ou partants, six échanges sur dix se font avec le reste de la région. Dans une moindre mesure, les régions voisines (Poitou-Charentes et Aquitaine) et l’Île-de-France alimentent les flux migratoires. Les arrivants s’installent principalement dans les communautés de communes de Vienne-Glane et Val de Vienne, puis Briance-Sud-Haute-Vienne et Pays de Saint-Yrieix. Ces mêmes territoires, dont les trois premiers se situent à proximité de Limoges, fournissent aussi les effectifs de partants les plus importants.

Les migrations résidentielles contribuent à atténuer le vieillissement de la population. Toutefois, avec plus de 30 % de la population âgée de plus de 60 ans, le territoire demeure plus âgé que le référentiel de comparaison et que la Haute-Vienne. Plus de la moitié des arrivants et des partants ont moins de trente ans, contre à peine plus du quart pour la population stable. Le profil par âge des migrants ne fait apparaître un déficit que pour les 15-24 ans, correspondant à la poursuite des études et à l’accès au premier emploi. Les excédents migratoires les plus prononcés concernent les 30-40 ans et les 55-70 ans. Il s’agit dans le premier cas de jeunes couples actifs accompagnés d’enfants et dans le deuxième cas de jeunes retraités. Offrir à ces nouveaux arrivants de bonnes conditions d’accueil en termes de logements, d’équipements et de services au sein d’un espace naturel protégé demeure un enjeu important.

Figure_3 – Forte arrivée de jeunes actifs

  • Migrations résidentielles par tranche d'âge de la Châtaigneraie Limousine avec le reste de la France
  • Source : Insee, Recensement de la population 2011

Navettes domicile-travail : déficit des échanges avec Limoges

La polarisation de l’emploi et l’étalement de la population entraînent une dissociation croissante entre lieu de résidence et lieu de travail. La Châtaigneraie Limousine s’inscrit pleinement dans ce phénomène. D’une part, elle est accolée à la communauté d’agglomération (CA) Limoges Métropole qui concentre un grand nombre d’emplois. D’autre part, le nombre d’actifs occupés résidant dans la Châtaigneraie s’est stabilisé (33 900 en 2006 et 34 050 en 2011) alors que dans le même temps, le nombre d’emplois localisés dans la zone a diminué de 3 %, passant de 20 600 à 19 500.

Dans ce contexte, les déplacements domicile-travail se sont accrus. En 2011, 14 500 individus quittent la Châtaigneraie pour travailler à l’extérieur et 6 400 font le trajet inverse. Par rapport à 2006, le nombre des sortants a enregistré une progression deux fois plus forte que celle des personnes venant travailler sur le territoire (+ 9,3 % et + 4,7 %). Le déficit entre navetteurs sortants et entrants s’est creusé, il est imputable aux échanges avec Limoges Métropole qui draine l’essentiel des flux.

L’attraction de Limoges sur la Châtaigneraie est forte : un tiers des actifs résidant dans la zone s’y rendent pour travailler. Dans la communauté de communes (CC) du Val de Vienne, la proportion atteint 64 %. Elle s’établit à 52 % dans celle du Pays de Nexon et encore 44 % dans celle de Briance-Sud-Haute-Vienne, rapidement accessible par l’autoroute A20. À l’inverse, dans les communautés de communes plus éloignées du Pays de Saint-Yrieix, des Feuillardiers et de la Météorite, le taux ne dépasse guère 10 %.

Figure_4 – Une forte polarisation des actifs

  • Lieu de travail des actifs résidant dans la Châtaigneraie Limousine en 2011
  • Source : Insee, Recensement de la population 2011

La communauté de communes du Pays de Saint-Yrieix la plus autonome

Les échanges avec les communautés de communes limitrophes, hors Limoges Métropole, sont excédentaires : 2 400 entrants et moins de 1 600 sortants. Toutefois le nombre de sortants a augmenté de 11 % entre 2006 et 2011, tandis que celui des entrants est quasiment stable (+ 2 %). Les flux avec les territoires situés au-delà des zones limitrophes sont d’une ampleur limitée. Enfin, les échanges internes entre les différents territoires qui composent la Châtaigneraie Limousine s’établissent à un peu plus de 3 700 personnes. Ils sont en hausse de 7,5 % par rapport à 2006. Environ un actif sur cinq quitte sa communauté de communes de résidence pour travailler dans une autre de la Châtaigneraie.

Seulement 46 % des actifs occupés, soit 15 800 personnes travaillent dans leur CC de résidence. Le degré d’autonomie (taux d’actifs occupés travaillant dans leur CC de résidence) est très variable. Il s’élève à 71 % pour celle de Saint-Yrieix, 60 % pour celle de Vienne-Glane et 56 % pour celle des Feuillardiers qui sont les plus autonomes. À l’inverse, le taux est de 29 % dans la CC du Pays de Nexon et 25 % dans celle du Val de Vienne qui sont particulièrement dépendantes de la CA de Limoges Métropole.

Plus de navetteurs chez les cadres et professions intermédiaires

La Châtaigneraie Limousine compte près de 18 300 navetteurs qui exercent leur emploi en dehors de leur CC de résidence, soit 54 % des actifs occupés de la zone. Si le degré de mobilité varie fortement selon le lieu de résidence, les différences sont aussi marquées selon la catégorie socioprofessionnelle. Ainsi, les cadres (66 %) et les professions intermédiaires (67 %) comptent les plus fortes proportions de navetteurs. Les ouvriers avec 57 % de navetteurs et les employés (51 %) présentent une répartition plus équilibrée entre les stables et les mobiles. Les navetteurs demeurent minoritaires parmi les artisans, commerçants ou chefs d’entreprise et, a fortiori, les agriculteurs.

Transports : de l’individuel à l’écocitoyenneté

La moitié des navetteurs qui quittent leur commune de résidence pour travailler dans une autre commune de la Châtaigneraie Limousine parcourent plus de 11,2 km en aller simple, qui nécessitent plus de 14 minutes. La moitié de ceux qui se déplacent en dehors de la Châtaigneraie met plus de 34 minutes pour plus de 23,5 km.

La voiture occupe une place de plus en plus prépondérante dans les déplacements domicile-travail : 85 % des déplacements s’effectuent par ce mode de transport, proportion supérieure de trois points à celle du référentiel. Le trafic routier reste toutefois assez fluide, mais sa limitation constitue un véritable enjeu environnemental pour le territoire. Le recours aux transports en commun, en léger progrès, demeure marginal (1,7 %) et reste deux fois moins important que pour le référentiel, malgré la présence de quatre lignes ferroviaires.

Le covoiturage qui allie souplesse d’utilisation, partage des frais et réduction des émissions polluantes connaît un certain développement grâce à internet. Cette forme de mobilité est encouragée à la fois par les institutions locales et par des opérateurs de transports traditionnels. Ainsi, dans le cadre de l’Agenda 21 départemental, le Conseil départemental de la Haute-Vienne s’engage dans la création d’aires de stationnement spécifiquement dédiées.

Une bonne dotation en équipements de proximité et intermédiaires

Globalement, le territoire dispose d’un bon niveau d’équipements de commerces et de services. Les équipements de proximité (boulangerie, agence postale, restaurant…) sont très présents sur le territoire et de manière un peu plus dense que dans le référentiel. Une commune sur deux dispose de plus de la moitié des équipements de cette gamme. Cette situation constitue un facteur d’attractivité qui contribue au maintien de la population en zone rurale. Les personnes âgées, moins mobiles, en bénéficient particulièrement.

Ainsi, la zone apparaît relativement bien dotée en médecins généralistes comparativement aux espaces ruraux limitrophes. En effet, même pour la CC Briance-Sud-Haute-Vienne, territoire le moins bien desservi, les temps d’accès n’excédent pas 15 minutes. Cependant, comme dans la plupart des territoires ruraux, des indices de fragilité apparaissent. Ils concernent notamment la problématique de renouvellement des professionnels de santé et les risques de fuite des commerces vers la couronne des agglomérations importantes. Cette dernière tendance est renforcée par l’accroissement des déplacements domicile-travail qui permet aux navetteurs de disposer des services et commerces à proximité de leur emploi.

La présence dans un bourg d’équipements de la gamme de services intermédiaires tels que collège, librairie, ambulance ou gendarmerie leur confère un rôle important dans l’organisation du territoire.

Figure_5 – Des services intermédiaires qui maillent fortement le territoire

  • Nombre de types d'équipements intermédiaires présents par commune et temps d'accès moyen
  • Source: Insee, BPE 2013 - distancier Métric

Seulement six communes disposent d’au moins la moitié de la gamme. Toutefois, la quasi-totalité de la population se situe à moins de 15 minutes de cette offre. Il en ressort une répartition assez bien structurée autour de petits pôles urbains bien desservis par le réseau routier principal. Par ailleurs, l’éloignement relatif de certains pôles des agglomérations de Limoges et de Saint-Junien leur assure un avantage qui préserve leur autonomie et justifie leur degré d’équipements. La commune de Saint-Yrieix-la-Perche est, à cet égard, particulièrement bien dotée et constitue une zone d’influence à la fois en termes de services, de commerces et d’emplois.

Des équipements supérieurs situés à la périphérie

Lycées, hypermarchés ou services hospitaliers font partie de la gamme supérieure. Ils sont logiquement très concentrés dans les villes. Les communes de Saint-Junien et Saint-Yrieix-la-Perche possèdent respectivement les trois quarts et la moitié de la gamme. Elles ne sont dépourvues que des spécialités médicales les plus pointues ou d’enseignements particuliers. Cette absence est compensée par la proximité de l’agglomération de Limoges qui offre une palette exhaustive. En termes d’accès, plus de neuf habitants de la Châtaigneraie Limousine sur dix peuvent s’y rendre en moins de 30 minutes.

Encadrés

Méthodologie - Un référentiel de comparaison

Pour distinguer les spécificités de la Châtaigneraie Limousine, nous avons construit un référentiel de comparaison. Le référentiel regroupe un ensemble de cinq pays présentant des similitudes de nature et de fonction avec la Châtaigneraie Limousine : un nombre d’habitants compris entre 60 000 et 100 000, une situation géographique hors zone littorale, une variation de l’emploi total inférieure à 10 %, une part de la population résidant dans l’espace périurbain comprise entre 35 et 60 %.

Au final, le référentiel comprend les pays de :

- Beauce-Gâtinais en Pithiverais (Centre),

- Segréen (Pays de la Loire),

- Sources et Vallées (Picardie),

- Bray (Haute-Normandie),

- Vignoble gaillacois, bastides et Val Dadou (Midi-Pyrénées).

Une stratégie de développement pour 2015-2020

La Fédération Châtaigneraie Limousine, association loi 1901 qui regroupe les Pays d’Ouest Limousin et de Saint-Yrieix Sud Haute-Vienne, porte un projet de développement sur ce territoire. Il doit permettre de répondre à quatre enjeux majeurs pour la période 2015-2020 :

- maintenir et attirer de nouvelles populations et de nouvelles activités dans le respect des grands équilibres économiques, sociaux et environnementaux,

- répondre aux besoins de mobilités et aux nouveaux modes de vie et de consommation,

- préserver et rapprocher toutes les fonctions utiles à son développement : résidentielle, économique, de services, de culture et de loisirs, de lien social,

- maintenir la cohésion d’un territoire composé de sous-ensembles aux interdépendances et aux dynamiques internes différentes.

La stratégie adoptée repose sur le renforcement de toutes les formes de proximités et d’accessibilités (physique, virtuelle, sociale…), au service de l’attractivité dont le territoire a besoin pour se développer. Six leviers ont été identifiés pour renforcer accessibilité et proximité sur le territoire : l’aménagement, l’équipement, les déplacements, le lien social, l’organisation et la communication. Ces leviers seront actionnés dans différents domaines, qui vont de la revitalisation des centres-bourgs au renforcement de l’économie locale en passant par l’accélération de la transition numérique ou la construction d’un territoire accessible pour tous. Pour mettre en œuvre cette stratégie, la Fédération Châtaigneraie Limousine bénéficiera d’un programme Leader pour la période 2015-2020. Grâce à ce programme européen de développement rural, plusieurs millions d’euros seront mobilisables sur le territoire dès 2015.

Fédération Châtaigneraie Limousine