L’aire d’Angoulême, un territoire en transition(s)

Frédéric Bertaux, Jérôme Borély, Nadège Pradines (Insee)

L’aire urbaine d’Angoulême est historiquement industrielle. En 1975, l’industrie offrait plus d’un tiers des emplois. Elle en offre encore 16 % en 2011. La diminution de ces emplois industriels est compensée par l’émergence d’activités tertiaires. Ainsi, l’enseignement se développe, en lien avec la filière Image. Le secteur des banques et des assurances offre de plus en plus d’emplois. Cette transition économique s’accompagne d’autres transitions socio-démographiques. Depuis les années 2000, le territoire est devenu attractif. L’aire urbaine d’Angoulême, déjà âgée, sera particulièrement affectée par le vieillissement de la population. Le déficit du territoire en infirmiers et médecins est déjà important. Il pourrait alors s’aggraver.

Insee Analyses Poitou-Charentes
No 2
Paru le : 11/07/2014

179 540 personnes résident dans l’aire urbaine (définitions) d’Angoulême en 2011 (figure 1) . Cette aire est de tradition industrielle, fait exceptionnel dans l’ouest de la France. En 1975, plus d’un emploi sur trois était industriel. Avec la désindustrialisation, bon nombre d’aires semblables ont peiné à gagner de la population et de l’emploi (voir encadré) . Ce trait historique explique ainsi que l’aire d’Angoulême soit moins dynamique que les autres grandes aires de la région. D’autres aires de la région ont pu être industrielles (certes moins, comme La Rochelle) mais ont déjà opéré leur reconversion. À Angoulême, cette tendance est encore à l’œuvre.

figure_1 – 179 540 habitants dans l'aire urbaine d'Angoulême (données de cadrage en 2011)

179 540 habitants dans l'aire urbaine d'Angoulême (données de cadrage en 2011)
Habitants Actifs Emplois Ménages Logements Densité
Aire urbaine d'Angoulême 179 540 84 320 74 480 81 150 91 360 112
dont SCoT de l'Angoumois 78% 78% 88% 79% 78% 217
dont GrandAngoulême 59% 58% 76% 62% 62% 548
dont Angoulême 23% 23% 37% 27% 28% 1 899
  • Source : Insee, recensement de la population 2011, exploitation agricole

Le poids de l’industrie est encore important

Depuis 1975, l’aire urbaine d’Angoulême a perdu 11 000 emplois industriels. En 2011, l’industrie offre 11 900 emplois dans l’aire, soit 16 % de l’ensemble des emplois. Certains secteurs industriels spécifiques au territoire (figure 2) sont en déclin : papeterie, fabrication d’équipements électriques. La plupart des gros établissements industriels de l’aire dépendent de centres de décision extérieurs à la zone.

La présence historique du secteur de l’habillement dans l’aire urbaine d’Angoulême se trouve peut-être à l’origine d’une présence plus forte des femmes angoumoisines dans l’emploi (voir encadré) . Ce secteur offre cependant aujourd’hui moins de 1 % des emplois de l’aire.

Face à cette économie historique en perte de vitesse, de nouvelles activités émergent et se développent.

figure_2 – Part de l’emploi pour les principaux secteurs de l’aire et l’indice de spécificité par rapport au référentiel

  • Sources : Insee, CLAP 2011.

De nouveaux secteurs émergent

L’enseignement n’est pas un secteur spécifique du territoire, notamment faute d’université. Mais depuis 1999, c’est un secteur qui a davantage progressé que dans le référentiel. Des antennes universitaires et écoles de l’image se sont en effet développées dans l’aire urbaine d’Angoulême. Au total, le territoire a gagné 900 emplois dans ce secteur entre 1999 et 2011. De manière générale, les industries culturelles et créatives sont aussi une des fortes spécificités de l’aire. Elles sont réparties dans différents secteurs d’activités (voir bibliographie).

Les activités financières et d’assurance sont désormais une spécificité de l’aire urbaine d’Angoulême. Elles offrent 3 100 emplois en 2011. Ce secteur représente 4,1 % des emplois de l’aire, soit 1,3 point de plus que dans le référentiel. Dans la région, cette spécificité angoumoisine est masquée par la très forte spécialisation de l’aire urbaine de Niort dans le domaine des mutuelles et assurances.

L’administration publique est plus présente, en particulier grâce aux emplois militaires, dont le poids est plus important dans l’aire angoumoisine que dans le référentiel. D’autres secteurs sous-spécifiques à l’aire se développent depuis les années 2000. C’est le cas de l'hébergement social et médico-social et des activités pour la santé humaine. Ces activités sont financées par des fonds publics pour leur majeure partie. Ce sont des activités « présentielles », c’est-à-dire répondant aux besoins de la population du territoire. Grâce aux secteurs qui se développent, les cadres des fonctions métropolitaines (emplois à haute valeur ajoutée) pèsent aujourd’hui autant dans le territoire que dans le référentiel. Pourtant, les niveaux de diplômes des habitants de l’aire sont moins élevés. En revanche, les actifs sont plus âgés : leur expérience compense pour certains leur moindre formation initiale. De plus, les habitants sans diplômes sont également moins nombreux que dans le référentiel.

L’aire est attractive pour les actifs

La population active (définitions) de l'aire augmente en partie grâce à la progression du taux d’activité des plus de 55 ans. Le territoire attire par ailleurs de la population en âge de travailler, au contraire du référentiel. L’aire gagne majoritairement de la population depuis le reste du département et l’Île-de-France. Le territoire angoumoisin attirait peu de nouveaux habitants dans les années 80 et 90. Il bénéficie désormais de sa position dans l'ouest de la France, plus attractif que le quart nord-est (figure 3) .

Les pertes de population autour de 18 ans sont liées aux départs de jeunes qui poursuivent des études supérieures. Le même phénomène s’observe dans le référentiel amputé des 4 aires où l’enseignement supérieur est le plus présent (voir encadré) . Ces départs sont cependant plus que compensés par l’arrivée d’actifs, notamment de familles avec enfants.

L'aire gagne également de la population grâce aux naissances. Les aires du référentiel ne gagnent de la population que par ce solde des naissances-décès : le référentiel perd en effet des habitants par migrations. C’est pourquoi, au total, la population de l’aire d’Angoulême a augmenté de 6,6 % entre 1999 et 2011, contre 2,7 % dans le référentiel.

figure_3 – Impact des migrations par âge et par territoire , entre 2003 et 2008(courbe lissée sur 5 ans)

  • Sources : Insee, recensement de la population 2008, exploitation principale.

La périurbanisation profite au nord de l'aire

Ce gain de population profite davantage au nord et à l’ouest de l’aire (figure 4) , même si certains (notamment les Britanniques) choisissent de s'installer dans les communes peu denses du quart sud-est de l'aire. La population augmente moins dans le GrandAngoulême que dans sa périphérie : la périurbanisation se poursuit sans ralentir, dans l'aire, comme dans le référentiel.

Les Angoumoisins (comme les Picto-Charentais) prisent les maisons et l'espace, et ce davantage que les habitants du référentiel. Les prix du foncier angoumoisin sont relativement faibles. Par ailleurs, les logements sont plus souvent inoccupés dans l’aire urbaine d’Angoulême (8,5 % des logements) que dans le référentiel (7,0 %). La part de logements vides est particulièrement élevée dans le GrandAngoulême (9,4 %). Pour répondre aux besoins de la population, les surfaces commerciales se multiplient. Elles se développent aux portes du centre-ville, en particulier près des grands axes, utilisés par les Angoumoisins pour venir travailler dans le centre.

L'emploi est, en effet, de plus en plus concentré dans le pôle urbain, malgré l'éloignement constant des actifs. Ainsi, les navettes journalières au sein de l'aire ont augmenté entre 1999 et 2010. Elles sont plus longues et plus nombreuses dans l'aire que dans le référentiel, en partie parce que l’aire est peu dense.

figure_4 – Carte de l’aire urbaine

  • Sources : Insee, recensement de la population 2006-2011, exploitation principale.

Le déséquilibre entre offre et demande de soins pourrait s'accentuer

Dans un territoire peu dense, l’accessibilité de la population à certains services est un enjeu d'avenir. En matière de soins notamment, le déséquilibre entre offre et demande, déjà présent, pourrait s'accentuer. Ainsi, les infirmiers sont beaucoup moins nombreux dans l’aire d’Angoulême (7 infirmiers pour 10 000 habitants) que dans le référentiel (10 pour 10 000). L'aire apparaît également sous dotée en médecins généralistes et kinésithérapeutes. Ces professions vont pourtant faire face à une demande croissante : le territoire est plus âgé que le référentiel et le nombre de personnes âgées augmentera fortement dans les prochaines décennies. De plus, nombre de ces professionnels, également âgés, quitteront leur activité au cours des prochaines années.

La crise bouleverse certains équilibres économiques et sociaux

Ces dernières années, l'aire urbaine traverse, comme le reste de la France, une crise économique. Le nombre d’emplois n’augmente plus entre 2006 et 2011, alors que le nombre de 15-64 ans désireux de travailler augmente encore.

Le chômage a gagné 1,3 point sur le territoire. Comme dans le référentiel, 13 % des actifs déclarent être en recherche d’emploi. La précarité dans l’aire augmente également. Le pouvoir d’achat des 20 % les plus démunis diminue plus fortement que dans le référentiel. Cependant, les revenus fiscaux de la population demeurent moins inégalement répartis que dans le référentiel.

En période de crise, maintenir l'attractivité vis-à-vis d'actifs est une question cruciale pour l'aire angoumoisine. Aidée par la mise en service de la Ligne à Grande Vitesse (Paris-Bordeaux), la création de nouveaux emplois qualifiés pourrait favoriser l’attractivité démographique et économique angoumoisine. Dans quelques années, la gare de Bordeaux ne sera plus qu’à 35 minutes d’Angoulême. Les liens avec la préfecture girondine pourraient alors se développer. Actuellement, les échanges sont bien plus importants avec Cognac, en particulier le nombre de déplacements domicile-travail.

Encadrés

Encadré : Référentiel

Les spécificités du territoire et l’analyse de son fonctionnement sont examinées par rapport à un groupe d'aires urbaines similaires. Les aires de ce référentiel sont historiquement industrielles, avec une surface, une population, et des traits touristiques proches de ceux de l'aire d'Angoulême : Amiens, Besançon, Bourges, Brive-la-Gaillarde, Chalon-sur-Saône, Charleville-Mézières, Dunkerque, Évreux, Laval, Le Havre, Limoges, Saint-Quentin, Tarbes et Valence.

L’étude des migrations résidentielles est réalisée au sein d’un sous-référentiel, en retirant les aires très estudiantines d’Amiens, Besançon, Limoges et Tarbes.

Enfin, les comparaisons à la région renvoient aux aires de Châtellerault, Poitiers, Niort, La Rochelle, Rochefort, Saintes et Cognac.

Encadré : Les femmes sont plus présentes sur le marché du travail…

Les femmes de l’aire d’Angoulême souhaitent davantage travailler que celles du référentiel ou des autres aires de la région. Néanmoins, celles qui travaillent effectivement sont, en part, moins nombreuses que dans les autres aires de la région.

Les jeunes femmes de l’aire urbaine occupent aussi plus souvent des emplois inférieurs à leur qualification que les jeunes hommes. Ce n’est pas le cas dans le référentiel.

… et moins souvent à temps partiel

Le temps partiel est très féminin, partout en  France. Cependant, les femmes de l’aire d’Angoulême sont moins souvent à temps partiel. En 2010, 28 % des femmes sont à temps partiel dans l’aire, soit 3 points de moins que dans le référentiel.

Qu’il soit choisi ou subi, le temps partiel dépend de nombreux facteurs sociaux et économiques [âge, catégorie sociale, type d’emploi (CDI, CDD…), secteur d’activité, caractéristiques du conjoint, caractéristiques des enfants (nombre et âge)]. Globalement, dans l’aire urbaine d’Angoulême, ces facteurs se compensent. Ainsi, à caractéristiques équivalentes, les femmes de l’aire urbaine d’Angoulême sont moins à temps partiel que les femmes du référentiel.

Définitions

Aire urbaine

Une aire urbaine est un ensemble de communes, d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain de plus de 10 000 emplois, et par des communes dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Emploi - Poste

Une personne peut occuper plusieurs postes. Les emplois sont fournis par le recensement de la population (chaque personne occupe ou non un emploi). Les postes sont fournis par la source CLAP (pour les seuls salariés, pour une année donnée, hors Défense).

Population active (RP)

La population active (15-64 ans) regroupe la population active occupée (en emploi) et les personnes en recherche d’emploi. Conventionnellement, les inactifs sont les personnes qui ne sont ni en emploi ni en recherche d’emploi.

Pour en savoir plus

Décimal n° 340, la diversité des quartiers du GrandAngoulême, juin 2014.

Insee Dossiers Poitou-Charentes n°1, L’aire d’Angoulême, un territoire en transition(s) (à paraître été 2014), contenant une bibliographie approfondie

Insee Analyses Poitou-Charentes, étude sur les industries culturelles et créatives (à paraître automne 2014)