Des grandes agglomérations aux communes isolées, tous les espaces ont créé des emplois

Auteur : Virginie Besson

Entre 2006 et 2011, la population active des 25-54 ans comme l’emploi total ont progressé plus vite en Paca qu’au niveau national. Le positionnement de l’économie régionale, davantage tournée vers les services, a protégé l’emploi pendant la grande crise de ces dernières années. En cinq ans, les quatre très grandes aires urbaines régionales ont créé moins d’emplois que leurs homologues de province mais ont globalement contenu le nombre de personnes sans emploi. La part de personnes se déclarant sans emploi dans la population active des 25-54 ans reste toutefois plus élevée dans la région pour ce type d’espace. Les autres grandes aires ainsi que les moyennes ont à l’inverse été plus dynamiques qu’au niveau national. Dans les petites aires, l’emploi a progressé mais le chômage également. Les communes isolées se sont démarquées par leur vitalité démographique et économique. Au total, tous les espaces ont créé des emplois.

Insee Analyses Provence-Alpes-Côte d'Azur
No 1
Paru le : 26/06/2014

En Paca, la population active augmente davantage qu'au niveau national

En 2011, Provence-Alpes-Côte d’Azur compte 1,65 million de personnes actives au sens du recensement âgées de 25 à 54 ans. Ce « noyau dur » (Source) de la population active a augmenté de + 1,3 % par rapport à 2006 (+ 0,8 % en moyenne nationale). Cette évolution résulte de deux mécanismes opposés. D’une part, la population totale des 25 à 54 ans a diminué de 0,5 % entre 2006 et 2011. Les premières générations issues du baby boom ont en effet été remplacées par des générations moins nombreuses de jeunes. D’autre part, le taux d’activité a augmenté, en particulier celui des femmes (+ 2,8 points). C’est dans ce contexte qu’est intervenue l’une des plus grandes crises économiques des dernières décennies. Face à ces évolutions, les territoires ne sont pas égaux et les aires urbaines ont évolué différemment selon leur taille, mesurée en nombre d’emplois (Définitions et figure 1).

Figure_1 – La population active progresse dans de nombreuses aires urbaines de Paca - Évolution de la population active des 25-54 ans entre 2006 et 2011

  • Source : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011

Cette progression de la population active s’est accompagnée d’une hausse du niveau de qualification des emplois. En Paca, 15 % des actifs de 25 à 54 ans occupent une fonction de cadre ou une profession intellectuelle supérieure. La région occupe le 4e rang selon ce critère, derrière l’Ile-de-France, Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées. En 2006, cette part s’établissait à 14,1 %. Cette montée du niveau de qualification est cependant moins marquée que dans d’autres régions (+ 1,2 point en moyenne en France). Comme ailleurs, plus les aires sont importantes en termes d’emplois, plus la part de cadres et professions intellectuelles supérieures est élevée (figure 2). Toutefois, dans les très grandes aires urbaines de Paca, les cadres sont moins présents : 16,2 % contre 19,7 % en moyenne dans les très grandes aires urbaines de France métropolitaine. Cet écart s’est légèrement accentué en cinq ans.

Figure_2 – Dans les grandes aires urbaines, moins de cadres en Provence-Alpes-Cote d'Azur qu'en moyenne nationale - Nombre d'emplois et part de cadres et professions intellectuelles supérieures en 2011 des aires urbaines de Paca

  • Lecture : la part de cadres dans les petites aires (PA) est de 8,8 % en Paca et de 7,7 % en moyenne en France métropolitaine
  • Source : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011

Paca dans une bonne dynamique d’emploi

Provence-Alpes-Côte d’Azur compte 1,88 million d’emplois en 2011. En cinq ans, le nombre d’emplois a augmenté plus rapidement qu’au niveau national (+ 3,1 % contre + 1,9 %) (figure 3). Paca complète ainsi un arc dynamique allant de l’ouest au sud du pays : Bretagne et Pays-de-la-Loire (+ 2,9 %), Aquitaine (+ 4,1 %), Midi-Pyrénées (+ 3,9 %), Languedoc-Roussillon (+ 6,2 %), Corse (+ 11,3 %) et Rhône-Alpes (+ 3,4 %). Dans ces régions, l’emploi est notamment soutenu par une croissance démographique rapide. En Paca, ce facteur a moins joué : la population totale n’a augmenté que de 2,1 % entre 2006 et 2011 (+ 2,7 % en France métropolitaine).

Figure_3 – En cinq ans, le nombre d'emplois a augmenté plus rapidement en Paca qu'au niveau national - Évolution de l'emploi et de la population active entre 2006 et 2011 par type d'espace de Paca (en %)

En cinq ans, le nombre d'emplois a augmenté plus rapidement en Paca qu'au niveau national - Évolution de l'emploi et de la population active entre 2006 et 2011 par type d'espace de Paca (en %)
Types d'espace de Paca Nombre d'emplois en 2011 Évolution entre 2006 et 2011
Emploi total (en %) Population 25-54 ans (en %) Population active 25-54 ans (en %) Taux d'activité des femmes (en point) Part de chômeurs déclarés parmi les actifs de 25 à 54 ans (en point)
Très grandes aires urbaines 1 490 690 2,8 -0,7 1,0 2,7 -0,1
Autres grandes aires urbaines 198 960 4,6 -0,2 1,4 2,5 0,3
Aires moyennes 49 090 2,8 -2,3 -0,3 3,7 0,1
Petites aires 45 170 2,9 -1,0 1,3 3,5 0,8
Région Paca 1,88 million 3,1 -0,5 1,3 2,8 -0,1
France métropolitaine 25,8 millions 1,9 -0,6 0,8 2,3 0,7
  • Source : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011

Le positionnement sectoriel de l’économie régionale, davantage tournée vers les activités de service, a protégé l’emploi. Comme ailleurs, les activités tertiaires, moins exposées aux chocs des crises mondiales, ont moins pâti de la crise que l’industrie. Le poids des services, qu’ils soient marchands ou non marchands, s’est renforcé en cinq ans dans la région. Par ailleurs, l’industrie régionale a mieux résisté qu’en moyenne sur le territoire français.

Dans ce contexte, la part des actifs de 25 à 54 ans se déclarant chômeurs a diminué de 0,1 point entre 2006 et 2011. Selon cet indicateur, Paca enregistre la deuxième plus faible évolution des régions françaises derrière la Corse (– 0,6 point). La part des personnes se déclarant sans emploi dans la population active reste toutefois l’une des plus élevées des régions métropolitaines (12,2 % en 2011), derrière le Nord-Pas-de-Calais et le Languedoc-Roussillon.

Grandes agglomérations régionales : dynamiques mais moins que leurs homologues

Provence-Alpes-Côte d’Azur est une région très urbanisée. Elle est la seule région française à abriter quatre grandes agglomérations : Marseille-Aix (684 000 emplois en 2011), Nice (395 000), Toulon (214 000) et Avignon (198 000). Ces territoires concentrent 79 % des emplois régionaux. Au niveau national, les très grandes aires urbaines captent l’essentiel de la croissance de la population active des 25 à 54 ans. À la fois plus jeunes et plus attractives que les autres territoires, elles constituent en effet les rares espaces où la population totale des 25 à 54 ans a augmenté entre 2006 et 2011. Les très grandes aires urbaines de Paca se distinguent. D’une part, le nombre de 25-54 ans a diminué en cinq ans (– 0,7 % contre + 1,1 %). D’autre part, le nombre d’actifs de cette classe d’âge a augmenté, mais moins rapidement qu’en moyenne dans ce type d’aires (+ 1 % contre + 2,6 %).

En cinq ans, l’emploi s’est accru de + 2,8 % en moyenne dans ces territoires : de + 1,5 % à Avignon à + 3,7 % à Marseille-Aix. C’est toutefois moins que dans l’ensemble des très grandes aires urbaines de province (+ 4,7 %). En effet, l’emploi dans les services s’est moins développé en Paca que chez leurs homologues ayant connu un fort dynamisme démographique (Montpellier, Nantes, Toulouse...). En revanche, les pertes d’emplois industriels ont été moins fortes dans la région (figure 4). C’est le cas notamment à Marseille-Aix, en liaison avec la bonne tenue du secteur aéronautique.

Figure_4 – Le positionnement sectoriel de l'économie de Paca, davantage tournée vers les services, a protégé l'emploi - Évolution de l'emploi par secteur entre 2006 et 2011 (en %)

  • Source : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011

Le niveau de qualification, plus élevé dans les grandes agglomérations, a été un rempart contre le chômage durant la crise. Ainsi, au niveau national, alors que la part des chômeurs déclarés parmi les actifs de 25 à 54 ans a augmenté en France métropolitaine de 0,7 point, la hausse est plus faible dans les très grandes aires urbaines de province (+ 0,3 point en moyenne) et à Paris (+ 0,2 point). Les très grandes aires urbaines de la région ont globalement contenu leur niveau de chômage : la part de personnes de 25 à 54 ans se déclarant sans emploi a diminué à Marseille-Aix, s’est stabilisée à Toulon et a augmenté à Avignon et Nice. Cette part reste toutefois plus élevée dans la région (12,4 % contre 10,7 % pour ce type d’espace au niveau national).

Les autres grandes aires urbaines, portées par leur dynamisme démographique

Dix autres grandes aires urbaines accueillent plus de 10 000 emplois dans la région en 2011. Elles représentent 180 500 emplois, soit 10 % de l’ensemble des emplois régionaux. Au niveau national, ce type d’espace perd de la population active (– 0,5 % en 5 ans). À l’inverse en Paca, c’est l’espace urbain le plus dynamique : sa population active augmente de + 1,4 %.

Ces territoires de Paca ont créé des emplois entre 2006 et 2011 (+ 4,6 %) et ont beaucoup mieux résisté à la crise que leurs homologues (+ 0,8 %). Six ont été particulièrement dynamiques : Manosque, Gap, Brignoles, Menton-Monaco, Draguignan et Salon-de-Provence. À l’inverse, le nombre d’emplois a diminué à Fréjus et Digne-les-Bains.

Dans ces grandes aires urbaines de Paca, les services sont particulièrement présents. En regard, l’industrie a un poids beaucoup plus faible (6,4 % contre 14,3 % pour ce type d’espace au niveau national). Ces zones ont montré un dynamisme propre. L’emploi dans les activités de service s’est notamment fortement développé (+ 5,6 % contre + 3,6 %). Les services ont bénéficié de l’accroissement de la population dans ces territoires, notamment à Gap, Brignoles et Manosque. L’attractivité touristique a également été un facteur de développement, Menton-Monaco en étant un exemple. En outre, l’industrie a perdu moins d’emplois (– 3,9 % contre – 11,7 %).

Entre 2006 et 2011, dans ces grandes aires urbaines, la part des actifs de 25 à 54 ans se déclarant sans emploi a moins augmenté en Paca qu’au niveau national pour ce type d'espace (+ 0,3 point contre + 1,1 point).

Les aires moyennes dans le sillage des grandes

En Paca, sept aires sont qualifiées de moyennes : elles accueillent de 5 600 emplois (Le Luc) à 8 800 (Briançon). Elles réunissent au total 49 100 emplois en 2011. C’est le seul type d’espace dans la région qui perd de la population active âgée de 25-54 ans (– 0,3 % entre 2006 et 2011). Cette diminution est toutefois très inférieure à leurs homologues nationales (– 2,5 %).

Au niveau national, cette catégorie d’aires a été particulièrement affectée par la crise, accusant la plus forte perte d’emplois (– 1,1 %). Au sein de la région, à l’image des grandes aires, les aires moyennes ont été dynamiques du point de vue de l’emploi (+ 2,8 % entre 2006 et 2011). Ces territoires ont toutefois été différemment impactés : l’emploi a fortement augmenté à Bollène et au Luc (+ 12 %) et a diminué à Saint-Tropez et Briançon.

Entre 2006 et 2011, la part de personnes se déclarant au chômage dans la population active des 25 à 54 ans a peu augmenté (+ 0,1 point contre + 1,3 point dans les aires moyennes de France métropolitaine).

Petites aires : dynamiques mais marquées par le chômage

Les quinze petites aires urbaines de Paca concentrent 45 000 emplois en 2011. Leur population active de 25-54 ans a augmenté de 1,3 % entre 2006 et 2011, alors qu’elle a diminué dans les autres aires de cette taille au niveau national (– 2,2 %).

Dans ces territoires, l’emploi a progressé de + 2,9 % entre 2006 et 2011. Au niveau national, les petites aires ont généralement perdu des emplois (– 0,5 % en moyenne). Spécificité régionale, ces petites aires sont beaucoup moins industrielles que leurs homologues des autres régions. Les plus fortes créations d’emplois ont été enregistrées dans les services, marchands et non marchands.

Néanmoins, c’est dans ce type d’espace que la part des personnes sans emploi dans la population active de 25 à 54 ans est la plus élevée dans la région. Elle s’établit à 12,9 %, contre 12,2 % en Paca et 11,6 % dans les petites aires en métropole.

Les communes isolées se démarquent

En 2011, 54 000 emplois sont localisés dans les communes isolées, hors influence des villes. Ces territoires se démarquent des autres communes isolées de France par leur vitalité démographique. La population des 25-54 ans y a augmenté de 2,5 % en Paca entre 2006 et 2011, alors qu’elle a baissé en France. La population active suit la même tendance (+ 3,8 % contre – 1,4 %). L’emploi a progressé de + 6,9 % entre 2006 et 2011, alors qu’il est resté quasiment stable au niveau national.

Sources

Les résultats sont issus des recensements de la population de 2006 et de 2011. La méthode de recensement de la population a été rénovée en 2004. À la collecte exhaustive qui avait lieu tous les huit ou neuf ans se substitue désormais une enquête réalisée chaque début d’année. Elle concerne successivement toutes les communes au cours d’une période de cinq ans. Le recensement de la population millésimé 2006 a ainsi été élaboré à partir des enquêtes réalisées de 2004 à 2008. Avec la diffusion du recensement de 2011, fondé sur les enquêtes de 2009 à 2013, deux millésimes peuvent pour la première fois être directement comparés, puisque constitués chacun à partir de cinq enquêtes annuelles distinctes. De plus, la dernière grande crise économique ayant démarré au deuxième semestre 2008, confronter les résultats de ces deux millésimes du recensement permet d’analyser à un niveau géographique relativement fin les grands changements intervenus autour de la crise sur la population active et l’emploi.

Le recensement est déclaratif et les questions des enquêtes sont nécessairement simples et courtes. Les résultats sur le chômage ne se situent pas dans le cadre de la définition du bureau international du travail (BIT). Ils permettent cependant de mesurer les évolutions à un niveau géographique fin et de faire des comparaisons spatiales.

Dans cette étude, on se limite au champ des actifs de 25 à 54 ans de France métropolitaine afin de mesurer l’impact de la crise sur le « noyau dur » de la population active, à des âges où la très grande majorité des personnes sont en emploi ou en recherche d’emploi. On analyse ainsi les effets directs de la crise sur l’emploi de ces personnes. Dans un contexte économique difficile, les plus jeunes et les plus âgés sont quant à eux davantage susceptibles de modifier leur comportement en entrant ou sortant plus ou moins tardivement de la vie active. À titre d’illustration, la population active des 55-64 ans a crû très fortement entre 2006 et 2011, de 25,2 %, sous le double effet des hausses démographiques et des maintiens en activité.

Définitions

La population active regroupe les personnes ayant un emploi et les chômeurs.

Aire d’influence des villes : une aire urbaine ou « grande aire urbaine » est un ensemble de communes constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. La notion d’aire urbaine permet ainsi de définir un concept de grande ville ou métropole à l’aide d’une approche fonctionnelle et économique.

De la même façon le zonage en aires urbaines 2010  définit les moyennes aires (pôle de 5 000 à 10 000 emplois) et les petites aires (pôle de 1 500 à 5 000 emplois). Les communes multipolarisées sont des communes situées hors des aires, dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans plusieurs aires urbaines, sans atteindre ce seuil avec une seule d’entre elles. Les autres communes en dehors des aires sont les communes isolées, hors influence des pôles.

Pour en savoir plus

« En matière d’emploi, les métropoles ont davantage résisté à la crise », Insee Première n° 1503, juin 2014.

« Trente ans de démographie des territoires. Le rôle structurant du Bassin parisien et des très grandes aires urbaines », Insee Première n° 1483, janvier 2014.

« Recensement de la population - En 30 ans, Provence-Alpes-Côte d’Azur a gagné 950 000 habitants », Synthèse Paca n°71, janvier 2014.