Un quart de la population de la grande région du nord-est réside en Champagne-Ardenne

Raphaël Lambin, Insee

Au 1er janvier 2012, la Champagne-Ardenne compte 1 339 270 habitants. Entre 2007 et 2012, la population de la région est stable : l’excédent des naissances sur les décès compense le déficit migratoire. Le périurbain et le rural proche de villes comme Troyes, Reims, Châlons-en-Champagne et Épernay, connaissent les plus fortes dynamiques, combinant excédents naturels et migratoires. Au 1er janvier 2012, 5 549 000 personnes résident dans la grande région du nord-est. La densité de l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine est de 96 habitants au km2, inférieure à la moyenne nationale (115 habitants au km2). La population est très dense dans l’aire métropolitaine de Strasbourg et dans les quatre aires urbaines de plus de 200 000 habitants que sont Nancy, Metz, Reims et Mulhouse. À l’opposé, d’importants espaces ruraux sont très peu peuplés. La population de la grande région du nord-est augmente de 0,2 % par an en moyenne entre 2007 et 2012. La croissance démographique est plus marquée dans les territoires frontaliers avec l’Allemagne, le Luxembourg et la Suisse ou limitrophes de l’Île-de-France. La Champagne-Ardenne couvre 44,5 % de la superficie de cette nouvelle entité, pour 24,1 % de sa population.

Insee Analyses Champagne-Ardenne
No 6
Paru le : 13/01/2015

Au 1er janvier 2012, 1 339 270 habitants vivent en Champagne-Ardenne, plaçant la région au 19e rang des régions de France métropolitaine, devant la Franche-Comté, le Limousin et la Corse. De tradition agricole, la Champagne-Ardenne a une densité de population (52 habitants au km2) nettement inférieure à la moyenne métropolitaine (115 hab./km2), se classant au 5e rang des régions les moins densément peuplées.

Figure_1 – Taux annuel moyen d’évolution de la population entre 2007 et 2012

  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012

La population de la Champagne-Ardenne est stable

Entre 2007 et 2012, la population champardennaise est stable alors que celle de France métropolitaine augmente de 0,5 % par an en moyenne. Entre 1982 et 2007, la région perdait en moyenne 260 habitants par an ; elle reste néanmoins la région de France métropolitaine dont la population évolue le plus faiblement (figure 1). La dynamique démographique de la Champagne-Ardenne est à l’image de celle des régions du nord, du nord-est et du centre de la France, marquées depuis plusieurs décennies par des suppressions d’emplois industriels.

La stabilisation de la population champardennaise de 2007 à 2012 s’explique par un moindre déficit des arrivées dans la région sur les départs. La contribution du solde migratoire à la croissance annuelle moyenne de la population est passée de -0,4 % entre 1982 et 2007 à -0,3 % entre 2007 et 2012. La région est la 3e de France métropolitaine qui perd le plus d’habitants du fait de ce déficit derrière l’Île-de-France et le Nord-Pas-de-Calais (-0,4 %) ; entre 1982 et 2007, elle était la 2e derrière le Nord-Pas-de-Calais.

La contribution à l’évolution de la population régionale de l’excédent des naissances sur les décès diminue également, mais dans une moindre mesure. Elle est de +0,3 % sur la période récente, au 9e rang le plus élevé des régions de France métropolitaine, comme entre 1982 et 2007.

Figure_2 – Évolution annuelle moyenne entre 2007 et 2012 de la population par commune

  • Lecture : la commune de Reims a perdu 1 600 habitants entre 2007 et 2012, soit une baisse de -0,2 % de sa population par an en moyenne.
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012

Une évolution plus favorable dans le périurbain et le rural proche des villes

Entre 2007 et 2012, la population est globalement stable dans les aires urbaines champardennaises, la croissance dans les couronnes périurbaines compensant la baisse dans les pôles urbains. Les quatre plus grandes aires urbaines gagnent de la population, à des rythmes différents. La population dans l’aire urbaine de Troyes croît à un rythme annuel de +0,4 % entre 2007 et 2012, soit 740 habitants de plus par an. Dans celles de Reims et de Châlons-en-Champagne, la croissance est moins soutenue, respectivement +0,2 % et +0,1 % par an, tandis que la population de l’aire de Charleville-Mézières reste stable. Les quatre autres aires urbaines de la région (Épernay, Sedan, Saint-Dizier et Chaumont), plus petites, attirent moins de ménages notamment dans leur couronne périurbaine et perdent ainsi de la population.

Dans les pôles urbains, la population baisse (-0,3 % par an, en moyenne) ( figure 2 ). L’excédent des naissances sur les décès (+0,4 %) ne suffit pas à compenser un déficit migratoire plus marqué (-0,7 %), à l’exception du pôle de Troyes où la population est stable.

À l’inverse, la population qui réside en couronne périurbaine ou dans le rural proche des villes progresse de 0,7 % par an en moyenne entre 2007 et 2012. Ces espaces attirent surtout des ménages qui souhaitent accéder à la propriété dans un cadre de vie jugé plus agréable, tout en restant proches des services urbains. En particulier, les couronnes de Troyes, Reims, Châlons-en-Champagne et Épernay conjuguent une dynamique démographique naturelle et un plus grand nombre d’arrivées que de départs. Autour de Charleville-Mézières, Saint-Dizier et Chaumont, l’excédent des naissances sur les décès compense un solde migratoire déficitaire. Seule la couronne périurbaine sedanaise ne gagne pas d’habitant en raison d’un déficit migratoire plus important.

Dans les communes rurales isolées, l’excédent des décès sur les naissances et le solde migratoire nul entraînent une baisse moyenne de la population de -0,2 % par an.

Figure_3 – Densité 2012 et évolution entre 2007 et 2012 de la population par région et département de la grande région du nord-est

(en nombre et en %)
Densité 2012 et évolution entre 2007 et 2012 de la population par région et département de la grande région du nord-est
Population Part de la population totale Superficie (km²) Part de la superficie totale Densité (hab./km²) Taux de variation annuel moyen
2007 2012 2007-2012 Dû au solde naturel Dû au solde apparent
Alsace 1 827 248 1 859 869 33,5 8 304 14,4 224,0 0,4 0,4 -0,1
Bas-Rhin 1 084 840 1 104 667 19,9 4 782 8,3 231,0 0,4 0,5 -0,1
Haut-Rhin 742 408 755 202 13,6 3 521 6,1 214,5 0,3 0,4 -0,1
Lorraine 2 339 881 2 349 816 42,3 23 596 41,0 99,6 0,1 0,2 -0,2
Meurthe-et-Moselle 726 592 733 266 13,2 5 268 9,2 139,2 0,2 0,3 -0,1
Meuse 193 962 192 800 3,5 6 219 10,8 31,0 -0,1 0,1 -0,3
Moselle 1 039 023 1 046 468 18,9 6 233 10,8 167,9 0,1 0,3 -0,1
Vosges 380 304 377 282 6,8 5 877 10,2 64,2 -0,2 0,1 -0,2
Champagne-Ardenne 1 339 487 1 339 270 24,1 25 640 44,6 52,2 0,0 0,3 -0,3
Ardennes 284 749 282 778 5,1 5 227 9,1 54,1 -0,1 0,2 -0,4
Aube 300 840 305 606 5,5 6 004 10,4 50,9 0,3 0,3 0,0
Marne 566 491 568 750 10,2 8 160 14,2 69,7 0,1 0,4 -0,3
Haute-Marne 187 407 182 136 3,3 6 238 10,8 29,2 -0,6 -0,0 -0,5
Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 5 506 616 5 548 955 100,0 57 540 100,0 96,4 0,2 0,3 -0,2
France métropolitaine 61 795 238 63 363 549 /// 551 700 /// 114,9 0,5 0,4 0,1
  • Sources : Insee, recensements de la population 2007 et 2012, état civil

Forte disparité de densités de population dans la grande région du nord-est

Suite à la réforme territoriale de 2014, la Champagne-Ardenne sera fusionnée avec l’Alsace et la Lorraine au 1er janvier 2016. Ces trois régions partagent certaines caractéristiques démographiques propres aux régions du nord de la France. Elles présentent une dynamique plus contenue que la moyenne nationale, surtout pour la Lorraine et la Champagne-Ardenne, marquée par un déficit migratoire ( figure 3 ).

Au 1er janvier 2012, 5 549 000 personnes résident dans la grande région du nord-est. Avec 8,9 % de la population nationale, elle se situe au 6e rang des 13 grandes régions de France métropolitaine, après l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Cette nouvelle entité territoriale couvre 11 % de la superficie nationale. Elle affiche une densité de population moyenne de 96 hab./km², contre 115 en France métropolitaine, la plaçant au 8e rang des grandes régions les plus densément peuplées.

Cette densité moyenne masque de fortes disparités qui reflètent les différents niveaux d’urbanisation ( figure 4 ). La nouvelle région compte 32 aires urbaines, 16 en Lorraine et 8 en Alsace ainsi qu’en Champagne-Ardenne, qui regroupent 68,3 % des habitants. L’aire métropolitaine de Strasbourg, la plus peuplée (769 000 habitants), compte 350 hab./km2. Les 4 autres aires urbaines de plus de 200 000 habitants, Mulhouse, Metz, Nancy et Reims ont des densités variant de 560 à Mulhouse à 160 à Reims. La présence de la population est également forte dans les autres aires urbaines de Thionville, Forbach, Colmar et Bâle-Saint-Louis (de 870 à 190 hab./km2), près des frontières luxembourgeoise, allemande et suisse, ou à l’ouest, dans l’aire urbaine de Troyes (90 hab./km2) proche de l’Île-de-France. En dehors de ces espaces très urbanisés, le territoire est principalement rural, peu dense. En particulier, les communes rurales isolées couvrent 18,3 % du territoire de la nouvelle grande région et une majorité d’entre elles ont des densités de population inférieures à 50 hab./km2 .

Des hausses de population plus marquées à proximité de l’Allemagne, du Luxembourg, de la Suisse et de l’Île-de- France

Entre 2007 et 2012, l’évolution annuelle moyenne de la population au sein de la grande région du nord-est est de +0,2 %. C’est l’évolution la plus faible des grandes régions, juste devant le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et la Bourgogne-Franche-Comté. Cet accroissement de la population est exclusivement dû au solde naturel (+0,3 %), le territoire comptant davantage de départs que d’arrivées. La contribution à l’évolution de la population de l’excédent des naissances sur les décès est de +0,4 % en moyenne par an en Alsace, au même niveau qu’en France métropolitaine ; viennent ensuite la Champagne-Ardenne (+0,3 %) puis la Lorraine (+0,2 %). L’Alsace est au 5e rang des régions pour la progression naturelle de sa population (hors migrations). La Champagne-Ardenne et la Lorraine se situent respectivement à la 8e et à la 10e place.

Le déficit migratoire (-0,2 %) de ce grand territoire est le 3e le plus élevé des nouvelles grandes régions, derrière ceux de l’Île-de-France (-0,4 %) et du Nord-Pas-de-Calais-Picardie (-0,3 %).

La dynamique démographique est notamment plus intense dans les aires urbaines lorraines de Longwy et Thionville, proches du Luxembourg et dans les aires urbaines alsaciennes de Bâle-Saint-Louis, Strasbourg, Colmar et Mulhouse, proches des frontières avec le Bade-Wurtemberg et la Suisse. La population y augmente, entre +1,0 % à Bâle-Saint-Louis et +0,3 % à Mulhouse et Thionville, dans les pôles comme dans les couronnes périurbaines.

Dans les autres grandes aires urbaines que sont Troyes, Reims, Châlons-en-Champagne et Nancy, la population croît aussi (entre +0,4 % à Troyes et +0,1 % à Nancy), mais uniquement dans les couronnes périurbaines. Enfin, la population baisse (de -0,2 % à Verdun à -0,8 % à Sedan) dans les plus petites aires urbaines du centre et du sud du territoire (Verdun, Saverne, Bar-le-Duc, Saint-Dizier, Chaumont, Sedan), qui ne bénéficient pas de la proximité immédiate de grands pôles.

Figure_4 – Densité de population 2012 pour la grande région du nord-est

  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012

Figure_4bis – Variation annuelle de la densité de population entre 2007 et 2012 pour la grande région du nord-est

  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012

D’importants bassins d’emploi à la périphérie de la grande région

Les espaces urbains situés à la périphérie de la grande région bénéficient de la proximité d’importants bassins d’emplois, facteurs d’attractivité résidentielle. L’Alsace, séparée du reste de la grande région par le massif des Vosges et située dans le bassin rhénan, est orientée vers le Bade-Wurtemberg à l’est, la Rhénanie-Palatinat au nord et la Suisse au sud. En Lorraine, les aires urbaines de Metz, Thionville et Forbach sont reliées au Luxembourg et à la Sarre. À l’ouest, les aires de Reims et de Troyes sont tournées vers le bassin parisien. En Lorraine et en Alsace, respectivement 100 000 et 56 000 actifs sont des travailleurs frontaliers, exerçant leur activité professionnelle en Allemagne, au Luxembourg ou en Suisse. En Champagne-Ardenne, environ 10 000 actifs travaillent en Île-de-France.

Un quart de la population de la grande région est champardennaise

Au 1er janvier 2012, la Champagne-Ardenne regroupe 24,1 % de la population de la grande région sur 44,5 % de sa superficie.

Région plus agricole au tissu urbain moins dense, les aires urbaines, moins nombreuses et moins importantes, y abritent une plus faible part de la population (62,5 %) qu’en Lorraine (66,8 %) ou qu’en Alsace (75,5 %). Dans le même temps, la part de la population vivant dans une commune isolée (8,0 %) est plus élevée qu’en Lorraine (3,7 %) ou qu’en Alsace (3,5 %).

Encadré

La réforme territoriale

Le 17 décembre 2014, l’Assemblée nationale a adopté en lecture définitive le projet de loi relatif à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral. De 22 régions, la France passe à 13. La Champagne-Ardenne est fusionnée avec la Lorraine et l’Alsace. Les nouvelles régions entreront en vigueur le 1er janvier 2016. Ce projet de loi fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel.

Sources

Les résultats sont principalement issus des recensements de la population de 2007 et 2012. Le terme générique de « populations légales », issues de ces recensements, regroupe pour chaque commune sa population municipale, sa population comptée à part et sa population dite « totale ». La population totale prend en compte certaines personnes dont la résidence habituelle est dans une autre commune mais qui ont conservé une résidence dans la commune (par exemple les étudiants majeurs logés ailleurs pour leurs études). La population municipale est la seule qui évite qu’une même personne soit comptée deux fois. C’est pourquoi elle est privilégiée dans les descriptions statistiques. Les chiffres de cette publication portent uniquement sur la population municipale.

Depuis 2004, le recensement a lieu chaque année. Si depuis la parution en 2008 des populations légales 2006, ces chiffres sont actualisés annuellement, l'observation des évolutions, commune par commune, n’est pertinente qu’à partir d’un intervalle d’au moins cinq ans. Pour chaque commune, est observée l'évolution de la population entre 2007 et 2012.

Définitions

Solde naturel : différence au cours de l’année entre le nombre de naissances et le nombre de décès dans la zone géographique. Les naissances et les décès pris en compte sont ceux domiciliés, comptabilisés respectivement au lieu de domicile de la mère et au lieu de domicile de la personne décédée

Solde migratoire apparent : différence entre le nombre de personnes venues résider dans la zone (les entrants) et le nombre de personnes qui l’ont quittée pour résider ailleurs (les sortants). Il s’agit d’un solde apparent qui se calcule par différence entre la variation de la population entre deux recensements et l’excédent naturel (naissances - décès).

Aire urbaine ou « grande aire urbaine » : ensemble de communes, d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Communes isolées, hors influence des pôles : ensemble des communes situées hors de l’espace des grandes aires urbaines et hors de l’espace des autres aires urbaines

Communes multipolarisées des grandes aires urbaines : communes situées hors des grandes aires urbaines, dont au moins 40 % des actifs occupés résidents travaillent dans plusieurs grandes aires urbaines, sans atteindre ce seuil avec une seule d’entre elles, et qui forment avec elles un ensemble d’un seul tenant. Dans cette étude, ces communes sont considérées comme appartenant au rural proche des villes.

Pour en savoir plus

- « Trente ans de démographie des territoires - Le rôle structurant du bassin parisien et des très grandes aires urbaines », Insee Première n°1483, janvier 2014

- « 30 ans de démographie en Champagne-Ardenne - L’influence des grandes aires urbaines de l’ouest s’étend », Insee-flash Champagne-Ardenne n°178, janvier 2014.